Un manager peut-il être sympa ?

Publié le par Bernard Sady

Un article des "Echos" du 14 mai 2008 titrait : « Attention, manager trop sympa ». Je l'avais mis de côté en me disant qu'il faudrait y revenir.

Et un mois plus tard, dans "L'Usine Nouvelle" du 12 juin 2008, « La vie qui va chez Balaton S.A. » est sur le même sujet : « Trop sympa, ce chef ! »

Les deux articles expliquent qu'un manager ne doit pas être trop sympathique, car sinon, il risque de perdre en autorité...

Mais dans aucun de ces articles, on n'explique le fameux phénomène des 100 jours. En fait, un manager est comme pour un nouveau prof qui arrive dans une classe. Tout se passe au début, à l'arrivée. Un "bon" prof est d'abord une "peau de vache" pendant quelques semaines : il n'admet pas le moindre bruit, ni le moindre écart de discipline. Et ensuite, il peut détendre l'atmosphère et devenir très sympa. Car, il aura montré son autorité. Ensuite, les élèves le respecteront toujours. Du moins, c'était comme cela à mon époque et cela marchait. Je sais que maintenant, c'est beaucoup plus difficile...

Pour un manager, c'est presque pareil (il n'est pas nécessaire d'être une véritable "peau de vache"...). Mais il y a deux situations possibles :

  • - soit vous arrivez dans une nouvelle entreprise
  • - soit vous devenez manager dans la même entreprise.

 

Premier cas : vous arrivez dans une nouvelle entreprise pour prendre un poste d'encadrement. C'est le plus facile. Personne ne vous connaît et vous avez l'avantage, car a priori, on vous craint. Vous avez 100 jours pour vous affirmer. Pendant cette période, évitez toutes les familiarités, soyez ferme, tout en restant humain bien sûr. Ne faites preuve d'aucune faiblesse, car sinon, certains vont s'y engouffrer et vous aurez perdu votre autorité aux yeux de tous. Si vous hésitez sur une décision, il vaut mieux pendant cette période jouer à la "peau de vache" qu'au "chic type". Ce sera peut être difficile pour les personnes qui subiront ces décisions, mais tant pis, il vaut mieux un "petit" voire un "gros" inconvénient qu'un défaut d'autorité pendant toute votre carrière dans cette entreprise. Mais attention de rester toujours juste.

Vous devez d'abord affirmer votre autorité envers les "fortes têtes". Il faut les repérer très vite, car vous aurez rapidement l'occasion de les affronter. Ils vont vous tester. Je me souviens qu'après deux jours de présence en tant que directeur dans une nouvelle usine, j'avais sévèrement repris un cadre devant tous les autres, car ce dernier avait pris l'habitude d'exiger du personnel de la part des autres ateliers et que ses collègues étaient obligés, eux, de recruter des intérimaires. J'ai changé la règle : chacun se débrouillait avec son personnel et faisait appel directement à des intérimaires si nécessaire. Par la suite, je me suis très bien entendu avec ce cadre et j'ai eu une paix royale. Cela avait aussi servi de leçon aux autres. Deuxième exemple moins facile humainement : dans une autre entreprise où j'arrivais également en tant que directeur, j'ai été confronté à un mécanicien qui était venu faire un dépannage manifestement sous l'emprise de l'alcool et ceci pour la deuxième fois. La règle voulait que la sanction soit un licenciement. L'équipe d'encadrement était contre. Mais j'ai tenu bon, car je savais que ma crédibilité en dépendait (je remplaçais un directeur qui avait perdu toute son autorité). Il y avait des syndicats forts qui m'attendaient "au virage" et je ne pouvais me permettre la moindre marque de faiblesse. En général, dans ce genre de situation, je suivais toujours les recommandations de mes cadres, mais là, je devais marquer le coup et ne pouvais faire état de la moindre "gentillesse". J'ai donc licencié cet individu (je n'avais cependant pas manqué à la justice, la "règle du jeu" était parfaitement connue). Et même si je ne l'avais pas fait cette fois-ci, j'aurais certainement été amené à le licencier une fois suivante. En tous cas, j'ai affirmé mon autorité face aux syndicats et face à l'ensemble du personnel. Par la suite, j'ai pu faire preuve de plus de "tolérance" ou de "patience".

Il est nécessaire d'affirmer son autorité dans les cas de dysfonctionnement. Il y en suffisamment dans toute entreprise...
Par contre, il n'est pas question d'être "mesquin" et de refuser un congé ou une absence pour une raison parfaitement légitime, sous prétexte que le délai n'aurait pas été respecté... Dans ce cas, vous passerez pour une vraie "peau de vache" et vous ne gagnerez que de la crainte, mais pas de véritable autorité. Vous serez un "petit chef". Et la prochaine fois, la personne se mettra en maladie...

 

Deuxième cas : vous prenez un poste d'encadrement dans le même service. C'est le cas de l'ouvrier qui est nommé chef d'équipe ou contremaître. Ou de l'ingénieur de bureau d'étude qui est nommé responsable de ce bureau. C'est beaucoup plus difficile, car les personnes que vous allez commander vous connaissent.

Vous avez également 100 jours pour revêtir vos nouveaux habits de "chef". Mais vous devez le faire en douceur. Vous ne pouvez changer d'attitude du jour au lendemain, car vos anciens collègues ne le comprendraient pas. Par exemple, si vous ne mettiez jamais de cravate, il n'est pas question que vous en mettiez une à partir du jour de votre nomination... Si vous voulez porter cet ustensile signe d'autorité (ce qui est parfaitement vrai), attendez quelques semaines et faites-le lors d'une occasion importante.

C'est surtout par votre compétence que vous vous affirmerez. Normalement, c'est pour cela qu'on vous a nommé "chef". Ne prenez pas le "grosse tête", car c'est un très gros défaut qu'on pardonne rarement. Restez vous-même, soyez simple et commencez doucement à modifier vos habitudes : vous n'aurez plus les mêmes contacts et la même familiarité avec vos anciens collègues même si vous continuez à les tutoyer, vous allez changer de bureau, vous resterez plus tard le soir, etc... Et surtout, vous allez animer les réunions de votre service : ce sera là le véritable test...

 

Après ces 100 jours, si vous avez réussi à affirmer votre autorité, vous allez pouvoir devenir plus sympa. Mais ne vous faites pas d'illusions, il y aura toujours une distance entre un chef et ses subordonnés. Car vous devez exiger des résultats de la part de vos subordonnés et vous devrez toujours être capable d'en "recadrer" un si nécessaire.

 

En conclusion, un manager peut être sympa, si auparavant, il s'est forgé une image crédible d'autorité. L'autorité n'est pas synonyme d'antipathie. On peut très bien avoir une forte autorité et être néanmoins sympathique.

Mais il est vrai qu'il n'y a rien de pire (pour les profs, c'est pareil) qu'un chef qui a été laxiste au début pour vouloir être populaire ou "chic type" et qui se raidit par la suite et n'accepte plus rien sous prétexte de regagner son autorité (exemple donné par "L'Usine Nouvelle"). C'est en général trop tard et rédhibitoire. Dans ce cas, il vaut mieux se donner une nouvelle "virginité" en changeant de poste ou d'entreprise.

 

Je suis conscient que sur ce thème, j'ai essayé de donner des règles générales. Il peut y avoir de nombreux cas particuliers qui peuvent se traiter différemment. Surtout pour le cas du manager prenant un poste d'encadrement dans le même service. Si vous avez des questions particulières, n'hésitez pas à me contacter par mail (sadybernard@free.fr).

Publié dans Relations humaines

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