La France en récession ?

Publié le par Bernard Sady

L'annonce de la baisse du PIB de 0,3% pour le deuxième trimestre 2008 a fait l'effet d'un coup de tonnerre dans le ciel serein de ce 14 août 2008. A tel point que François Fillon a décidé de raccourcir les vacances de ses ministres : il en convoque une partie pour une réunion extraordinaire cet après-midi afin d'« analyser les causes de la dégradation de la conjoncture internationale, et  identifier les réponses qui devront y être apportées ».

Mais comme l'annonce un article d'Etienne Lefèbvre à la une des "Echos" de ce jour, « le gouvernement se mobilise face au spectre de la récession, mais ses marges de manœuvre sont faibles »...


Les causes ? Elles ont été parfaitement expliquées dans de nombreux articles parus avant et après ce fameux 14 août. En particulier, l'article des Echos « Réaction des économistes au PIB français » du 14 août résume bien la situation :
 

  • - La dégradation rapide de l'environnement international avec en particulier la crise des sub-prime qui s'est propagée depuis un an à l'ensemble de l'économie mondiale (et ce n'est pas terminé...). Et tous les pays européens sont touchés. Le PIB est en baisse de 0,2% dans la zone euro avec en particulier, moins 0,5% en Allemagne, et moins 0,3% en Italie.
  • - Le ralentissement du commerce international.
  • - La hausse de l'énergie. Le pétrole a perdu 30 dollars depuis un mois et se retrouve autour de 115 dollars le baril. Certains prévoyaient un baril à 200 dollars... Espérons que cette baisse n'est pas que passagère...
  • - La hausse des matières premières et des céréales. Il devrait y avoir une légère baisse, mais tant que la Chine et l'Inde progresseront, ces prix se maintiendront à un niveau élevé.
  • - L'inflation qui est actuellement à son plus haut niveau. La plupart de nos économistes pensent que nous sommes au pic de l'inflation et qu'elle va redescendre. C'est à espérer, mais rien n'est moins sûr, car il y a de la tension sur les salaires
  • - Le retournement du marché de l'immobilier: baisse de près de 3% de l'investissement des ménages dans l'immobilier.
  • - La consommation des ménages est au plus bas depuis le début de l'année.
  • - Les investissements des entreprises sont en baisseà cause du prix de l'énergie et des matières premières.
  • - Le chômage repart: 12000 emplois détruits au 2ème trimestre dans le secteur marchand.

Et toutes ces causes sont imbriquées les unes dans les autres et se soutiennent entre elles pour des effets encore plus dévastateurs...

A la question « Est-ce que ça va durer ? » Nicolas Bouzou répond : « Oui, ça va durer, encore au moins un trimestre ». Même Christine Lagarde le reconnaît : « il ne faut pas s'attendre à un bon troisième trimestre car les facteurs ayant pesé au deuxième trimestre sont restés présents en juin et sur une partie du mois de juillet ». Même si elle précise : « Toute personne qui crierait au loup et à la récession aurait un trimestre d'avance »...

De son côté, Marc Touati affirme : « Il faut être clair : l'économie française ne vit pas un simple trou d'air mais est bien en train de s'enfoncer dans une récession au moins aussi grave que celle de 1993. Compte tenu des chocs qu'il faudra encore digérer (dégonflement de la bulle immobilière, ralentissement de la croissance mondiale et notamment eurolandaise, hausse du chômage, euro et pétrole toujours trop chers malgré leur baisse récente), le rebond ne commencera au mieux qu'au printemps 2009 »...

Et le gouvernement n'a pas de marges de manœuvre... Une baisse des impôts pour relancer la consommation des ménages ne ferait que grever un peu plus les finances sans résultat réel pour la croissance... Une baisse des taux d'intérêt de la BCE ne dépend pas du gouvernement et ne sera possible que si l'inflation revient à un niveau "acceptable".

A la sortie de la réunion de Matignon, selon un article des "Echos" de ce soir « le Premier ministre français François Fillon a affirmé ce lundi que la France n'a "pas besoin d'un plan de relance". "Nous n'avons pas besoin d'un plan de relance, qui serait un plan de relance artificiel", a-t-il déclaré, plaidant pour des "réformes de structure". Selon M. Fillon, il "n'est pas raisonnable de parler de récession" et l'année 2008 sera celle d'une "croissance positive" en France ». Et enfin « le Premier ministre a souhaité que les Européens adoptent une "réponse coordonnée" à la dégradation de la situation économique internationale ».
En bref, le gouvernement n'a pas de solution...


Comme le dit Mathieu Kaiser, « il va falloir faire le dos rond »...

Publié dans Economie

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