Bureaux : espace de travail toujours plus petit... (1)

Publié le par Bernard Sady

Le poste de travail "bureau" devient un sujet  récurrent dans la littérature managériale. Coûteux mais indispensable aux administratifs sédentaires, il se retrouve de plus en plus au sein d'Open Spaces, qui, s'ils diminuent les coûts posent d'autres problèmes.

Un article d' "Enjeux Les Echos" de septembre 2008 fait un point sur la situation (pages 60 - 63).

 

Lionel Steinmann, auteur de l'article, commence par donner le prix annuel d'un poste de travail "bureau" par an : dix mille euros ! Et à Paris, il « grimpe même à 11600 euros ». Comme il le précise, il y « a de quoi irriter les cost killers de tout poil ».

Les grandes entreprises avec de nombreux services administratifs cherchent donc à limiter ce coût.

Cela sa fait dans plusieurs directions.

 

D'abord le déménagement « vers des zones meilleur marché ». C'est effectivement une bonne solution, même si parfois, cela rallonge les durées de trajet. Mais tout le monde ne peut pas travailler à Paris intra-muros...

 

Une autre solution est d'encourager le télétravail qui supprime immédiatement l'espace nécessaire au salarié... celui-ci travaillant chez lui. C'est également une très bonne solution, mais réservée à certains types de postes et à condition que le salarié et le manager y soient préparés et l'acceptent. Renault, qui pourrait avoir 27000 salariés bénéficiant de cette possibilité n'en a que 200 qui « avaient franchis le pas » fin juin 2008...

En effet, cette solution, qui par ailleurs présente de nombreux avantages est difficile à mettre en œuvre sur le terrain.

 

Enfin, la dernière solution est de réduire l'espace par salarié. « "En France, la surface utile nette par salarié s'élève à 13m², alors qu'elle est inférieure à 10m² en Grande-Bretagne", détaille Philippe Fixel, directeur chez IPD. »

Mais c'est là que les choses se compliquent : «le défit consistant pour les entreprises à faire la chasse aux mètres carrés superflus sans pour autant détériorer les conditions de travail des salariés, ce qui plomberait leur motivation et leur productivité. » 

L'open space semble donc une bonne solution pour les entreprises. Heureusement « le passage en open space de se traduit plus forcément par des plateaux aussi immenses qu'impersonnels, comme ce fut le cas dans les années 80 et 90. Censés favoriser la communication entre collègues, ces "open stress" généraient au contraire bruit et promiscuité. "La première génération d'espaces ouverts souffrait souvent d'une mauvaise isolation acoustique, de manque de lumière ou d'absence de rangement de proximité", déplore Odile Duchenne, directrice d'Actineo, un observatoire de la qualité de vie au bureau. Cela a contribué à dégrader durablement l'image de ce type d'aménagement. » Si on ajoute les problèmes de chauffage ou de climatisation, on a effectivement fait le tour des problèmes de ces "open stress", comme le dit si bien l'auteur. Si les choses s'améliorent pour les nouveaux open space (à condition qu'ils soient conçus par des véritables spécialistes), il reste encore de nombreux "open stress" datant des années 80 - 90.

Axa semble avoir trouvé des solutions intéressantes pour aménager ses nouveaux open spaces. « L'adoption d'un nouveau mobilier a permis lui aussi un gain de place substantiel. "Les salariés travaillent sur des écrans plats fixés sur des bras articulés", explique Dominique Denis », directeur général d'Axa France Supports. "Par rapport à l'encombrement des anciens écrans, cela permet de gagner près d'un mètre carré et demi par poste de travail" ». Je ne savais pas qu'un écran cathodique prenait un mètre carré et demi... A mon avis, ils en ont profité pour reprendre quelques décimètres carrés de plus... Mais il est vrai que les écrans plats sont un net progrès, aussi bien pour la place que pour l'ergonomie du poste : pour les yeux, c'est nettement meilleur. Ces écrans sont également moins gourmands en énergie et ont une durée de vie plus élevée. De quoi passer l'audit de la norme ISO 14001...

Mais il y a aussi l'aménagement général qui a été repensé. « Aujourd'hui, finis les alignements de bureaux à perte de vue. Dans l'immeuble Axa de Val-de-Fontenay, le champ de vision ne dépasse jamais 25 mètres. "Les entreprises cherchent désormais à recréer des séparations entre les services, en utilisant pour cela des armoires ou des meubles bas", précise Antoine Barry », directeur associé chez Atisreal. « "Cette délimitation favorise la cohésion des équipes." » Effectivement, 25 mètres permet d'avoir une sensation de taille humaine.

 

Autre point important découvert par nos aménageurs d'espace : « les possibilités accrues de personnaliser le poste de travail. » En effet, « "scotcher une photo des enfants près de son écran a longtemps été proscrit, car cela s'apparentait à de la pollution visuelle dans des espaces où l'unité esthétique est créée par l'uniformité du mobilier", explique Jacques Simonian, PDG de l'entreprise d'aménagement d'espace Tertiam. "Aujourd'hui, les entreprises s'efforcent de laisser plus de latitude aux salariés. La lampe individuelle fait par exemple un retour en force. Le modèle est identique pour tous, mais permet à chacun d'adapter la luminosité de son poste." ».

Les 5S ont, hélas, poussé dans ce sens. Christian Hohmann préconise la suppression des objets personnels dans son livre "Guide pratique des 5S" qui date de deux ans : « Pour les affaires personnelles qui sont davantage des éléments de personnalisation de l'environnement de travail : poste de radio, portrait de famille, poster, peluches, bibelots... et qui ne présentent pas d'entorse formelle aux règles, il faut un peu de doigté. Pour le chef de projet, l'idéal est d'amener leurs propriétaires à réfléchir puis à conclure eux-mêmes à l'inopportunité de la présence de ces éléments au poste de travail » (page 91). Il faudrait quand même que nos consultants en organisation prennent en compte l'humain et arrêtent de préconiser le rangement au point d'avoir des postes complètement dépersonnalisés et sans saveur. Lorsque j'ai mis en place VITAL, adaptation des 5S à une des usines que je dirigeais, j'ai failli tomber dans le piège en refusant aux assistantes de mettre la moindre photo de leurs enfants sur leur bureau. Je suis très vite revenu en arrière, me rendant compte de l'inanité d'une telle décision. C'était il y a 10 ans...

 

Mais réduire l'espace de travail n'est pas toujours bien accepté par le personnel. Cependant, « pour leur confort, plaide la direction d'Axa, les salariés peuvent compter sur le soin apporté aux lieux de vie (restaurant d'entreprise, une salle de sport, une conciergerie...) ainsi que sur les espaces prévus pour s'isoler ou organiser une réunion. « "Les entreprises ont compris que la densification de l'espace de travail devait être contrebalancée par un accroissement de ces espaces à vivre", résume Antoine Bary. En espérant, concède cet expert, que ceux-ci ne soient pas peu à peu phagocytés par l'arrivée de nouveaux embauchés. »

Il est dommage que notre "expert" n'ai pas lu ou qu'il ait oublié « Le travail en miettes » de Georges Friedmann. Il est vrai que cet ouvrage est un peu ancien et qu'il date de 1956. Mais la citation du récit d'un ouvrier soumis à un travail abrutissant faite par Friedmann n'en est pas moins percutante, et s'adapte parfaitement à notre cas : « L'effort récent du Scientific Management "rajeuni", recommandant, au nom des "relations humaines", d'encadrer le travail d'atelier proprement dit d'un environnement physique et d'une sociabilité agréables, cet effort est-il capable de changer profondément la conscience du travail tel que l'ouvrier l'effectue, d'en transfigurer à ses yeux le contenu ? Là-dessus, Joe est catégorique et sa réponse, pathétique dans sa simplicité, intéresse ici des millions de travailleurs, de par le monde : "Vous savez, dit-il à l'interviewer, c'est drôle. Toutes ces choses, c'est très bien, mais elles ne rendent pas le job bon. C'est ce que l'on fait pendant le plus clair du temps, c'est cela qui compte" » (page 232).

La transposition au cas des bureaux à espace réduit pourrait s'exprimer ainsi : "Toutes ces choses, c'est très bien, mais elles ne rendent pas la densification de l'espace de travail bonne. C'est là où l'on est pendant le plus clair du temps, c'est cela qui compte." Ce n'est pas le contre-balancement de la densification de l'espace de travail par un accroissement des espaces à vivre qui va résoudre le problème... Mais n'en doutons pas, dans un futur article, notre auteur nous annoncera une nouvelle découverte des aménageurs d'espace...

 

Dernière invention pour limiter les coûts des bureaux, le partage...

C'est certainement la pire des solutions. Nous verrons cela dans un prochain billet.

 

 

 

 

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Presotto 05/06/2014 16:13


Vous avez bien raison. L'open space est certainement une très bonne solution pour toutes entreprises. J'ai aimé votre article. Merci.