Communautaire ou social ?

Publié le par Bernard Sady

Fred Cavazza, observateur pertinent du web, vient de livrer ses dernières réflexions concernant le "communautaire" et le "social".

Pour lui, alors qu'il y a quelques années on parlait de communautaire, depuis l'apparition des Facebook ou Myspace, « on ne parle plus que de "social" : réseaux sociaux, plateformes sociales, social software... il y a du social à tous les étages. » C'est vrai aussi bien dans le web public qu'au sein des entreprises.

Une foutaise que Fred Cavazza se fait un plaisir de dénoncer... Car le communautaire n'a pas disparu. Il subsiste au travers des forums qui selon lui sont toujours aussi actifs.

Il fait donc une « grosse différence entre les plateformes communautaires et les plateformes sociales ».

Il explique : d'un côté, il y a « des plateformes sociales comme  Facebook, FlickR et  Twitter où les membres publient du contenu dans une dynamique passive : ils s'expriment mais n'attendent pas nécessairement de réaction. La dynamique sociale sur ces plateformes repose avant tout sur le besoin d'appartenance ("moi aussi j'ai un profil Facebook") et l'ego ("ma vie intéresse forcément les autres") des membres qui sont motivés par la visibilité et les rencontres (personnelles ou professionnelles). Il n'y a pas réellement de dialogue au sein de ces plateformes, juste des micros discussions entre visiteurs de passage. »

De l'autre, « des plateformes communautaires comme les forums où les membres engagent des conversations : ils posent des questions, débattent, se chamaillent et témoignent. La dynamique communautaire repose avant tout sur l'empathie ("je cherche des personnes ayant eu la même expérience que moi") des membres qui cherchent à partager une passion ou un vécu (cf. les gigantesques forums pour passionnés d'automobile, de produits high tech ou pour les femmes enceintes). Le dialogue est donc l'ingrédient essentiel des communautés. »

Ces remarques s'appliquent parfaitement à nos entreprises.

Avec le concept d'Entreprise 2.0, on ne parle plus que de "réseaux sociaux" et pratiquement pas de communautés. Or, ce qui est le plus important, c'est bien la notion de communauté : l'entreprise est elle-même une communauté, c'est-à-dire un « groupe de personnes vivant ensemble et/ou ayant des intérêts communs. » (Linternaute). Et au sein de cette plus vaste communauté, on trouve de nombreuses plus petites communautés qui s'échelonnent du département à la communauté de base : l'Equipe Naturelle de Terrain formée d'individus. Les échanges, les résolutions de problème, les innovations quotidiennes (Kaizen) se font principalement au sein de ces petites communautés, soit par dialogue informel entre les membres de l'équipe, soit au sein de groupes de résolution de problèmes ou de Cercles de Qualité. C'est comme cela que fonctionne Toyota. Bien sûr, il y a des innovations de rupture comme la Prius ou la Lexus, pour lesquelles ce sont des équipes dédiées multi disciplinaires qui mènent à bien ces projets.

Mettre à disposition de ces communautés des blogs, des wikis ou des forums pour suivre leurs projets d'amélioration peut être intéressant. Cependant, ce ne sont que des outils et ne perdons pas de vue que les Cercles de Qualité ont existé et ont prouvé leur efficacité bien avant l'arrivée du web 2.0...

Les réseaux existent également dans les entreprises. Mais un réseau n'est qu'un « ensemble de personnes qui sont en contact les unes avec les autres. » (Linternaute). Ils sont complètement indépendants de la structure hiérarchique et n'ont pas de but commun. Ils peuvent avoir un rôle bénéfique comme par exemple "mettre de l'huile dans les rouages" de l'entreprise : ils permettent de régler les problèmes de manière ponctuelle grâce aux bonnes relations entre des personnes de services différents. Mais ils peuvent avoir un rôle négatif, en propageant un mauvais esprit destructeur par exemple. Ils sont bien caractérisés par des micros discussions (comme le dit Fred Cavazza), avec comme plate-forme sociale principale... la machine à café...

Le fait de mettre à disposition des employés une "plate-forme sociale" à partir d'un outil informatique ne regroupera certainement pas tous les employés d'un même réseau (les réseaux informels évoluent au fil du temps, certaines mailles ou nœuds se brisent, d'autres se créent). Cela reviendrait à vouloir mettre la "machine à café" dans un ordinateur... Les réseaux continueront d'exister indépendamment d'un outil informatique.

Par ailleurs, on donne souvent comme avantage du "réseau social" la possibilité de trouver rapidement l'expert dont on a besoin. Mais dans une entreprise moyenne (entre 10 et 500 salariés, ce qui représente 99 % des entreprises françaises de plus de 10 salariés), les personnes se connaissent et trouver la compétence dont on a besoin n'est pas ce qu'il y a de plus difficile. Nul besoin d'une fiche reprenant les compétences de chacun. Un outil de réseau social pourrait être intéressant pour les entreprises qui ont un effectif très important (moins de 2000 entreprises de plus de 500 salariés en France sur un total de près de 3 millions d'entreprises ...) avec de nombreux sites et dans laquelle les personnes ne se connaissent pas. Et cela à condition que les personnes indiquent réellement leur domaine d'expertise... Ce qui n'est pas gagné... Après l'étalage de leur vie privée de manière indélébile sur les plates-formes sociales type Facebook et les retours de bâton qu'ils en ont eu (ou auront) au début de leur carrière professionnelle, les jeunes diplômés seront sans aucun doute très prudents avec les informations personnelles qu'ils livreront publiquement au sein de l'entreprise...

Plutôt que de réseaux sociaux, nos entreprises ont besoin de favoriser les échanges au sein des différentes communautés qui la composent. Cela passera d'abord par un management qui facilite ce dialogue "présentiel" et ensuite, si le besoin s'en fait sentir, par la mise en place d'outils : forums, blogs, wikis, etc.

Pour éviter la confusion avec ce qui se passe sur le "web public", il serait préférable de parler de plateforme communautaire que de réseaux sociaux dans nos entreprises...

Je reprendrai et prolongerai ces réflexions dans la suite de mon étude du document de blueKiwi : « L'Entreprise 2.0 - Comment tirer profit des Réseaux Sociaux Professionnels ? ».

 

Publié dans Entreprise 2.0

Commenter cet article