Entreprise 2.0, Entreprise du 3ème type et génération Y (3ème partie)

Publié le par Bernard Sady

Je continue le commentaire du document publié par blueKiwi « L'Entreprise 2.0 - Comment tirer profit des Réseaux Sociaux Professionnels ? ».

 

Les auteurs de ce document expliquent que « l'entreprise se retrouve au centre d'une "tempête parfaite", point de rencontre de trois grandes perturbations qui se nourrissent mutuellement ».  Après avoir vu la première perturbation "économique" (en fait beaucoup plus managériale et organisationnelle qu'économique), puis la seconde "technologique", venons-en à la troisième qui est "sociologique".


Comme vous l'avez certainement deviné, il s'agit de la fameuse "génération Y".

 


Le titre de cette troisième perturbation nous prévient : « Ils sont jeunes, multitâches, connectés, voient l'entreprise autrement.... vos collègues dès demain ».

BlueKiwi nous dit que nous en avons certainement rencontré, soit « dans les murs de votre entreprise », ou même « il se peut fortement que vous en côtoyiez certains au quotidien : vos enfants! ». Effectivement, j'en ai quelques spécimens à la maison...

 

D'abord, leur identité : « Ils sont nés après 1978, succèdent à la génération X qui a, elle même, prit la suite des Baby Boomers ».

 

Mais pourquoi est-ce qu'on en parle tant ? « S'ils monopolisent l'attention des médias et des entreprises c'est en raison de traits de personnalité nouveaux qui bouleversent leur rapport à la société, à l'entreprise, au travail. » Rien que ça...

 

Voyons quels sont ces traits de personnalité. Ils « sont individualistes et débrouillards et n'ont pas l'intention de perdre leur vie à la gagner. Pragmatiques, seuls l'action et le résultat comptent et ils rejettent tout ce qu'ils jugent déconnecté de la réalité. » Ils ont « une prédilection pour le fonctionnement en réseaux, les échanges permanents, l'immédiateté du résultat. » Cette génération « fait peu confiance à la "parole officielle", à la pensée "structurée" qu'elle soit celle de l'entreprise, du monde politique, religieux ou syndical ». Mais « le Y est un "surfeur" dans tous les sens du terme. Il surfe sur internet, sur les réseaux sociaux, passe d'information en information et de contact en contact. Il surfe aussi sur les projets, les idées. »

Et « habitué à un monde qui change vite et à baigner dans des flux d'information, il trouve logique d'avoir accès à toute l'information sans aucun cloisonnement. Il accorde d'ailleurs une grande importance au  fait de pouvoir s'instruire en permanence de ses expériences et se désengage rapidement lorsqu'il n'apprend plus rien. Il n'y a, pour lui, de travail sans développement personnel et si possible de façon ludique. »

Enfin « l'équilibre entre travail et vie privée n'est pas négociable. Le Y est demandeur d'horaires flexibles, se sent plus engagé par un objectif à atteindre que par la nécessité d'être physiquement présent dans l'entreprise, imagine mal oublier sa vie personnelle en arrivant au bureau dès lors que son travail peut rogner sur son temps libre. [...] Il ne croit ni aux promesses ni à l'emploi à vie. Le Y n'hésitera pas à quitter son emploi s'il trouve mieux ailleurs, n'apprend rien, ressent un déficit de confiance, n'a pas l'impression de "vivre" au travail. »

 

Est-ce si différent de ce qu'on disait de la génération X il y a vingt ans ? Bien sûr, il y a le zapping et Internet, mais beaucoup de traits des Y étaient déjà décrits dans ce qui semblait être la nouvelle génération pour les auteurs de « L'entreprise du troisième type »...

Je cite : « Il y a deux ou trois générations, la scolarisation était moins développée qu'aujourd'hui et la France était surtout agricole, beaucoup de salariés attendaient en priorité de la vie en entreprise le salaire et le couvert ; notre génération actuelle de salariés est bourrée de connaissances scolaires et techniques ; elle reçoit une formation permanente par les médias qui disent tout sur tout en temps réel et elle est sans cesse sollicitée par la pression des produits de masse dont la diversité le dispute à l'attirance. Pour toutes ces raisons, notre génération n'a ni les mêmes besoins ni les mêmes attentes qu'autrefois, qu'il s'agisse du mode de vie en général ou de la vie au travail en particulier. Toutes les analyses sociologiques le confirment ; les salariés d'aujourd'hui, de plus en plus nombreux, veulent évoluer dans une organisation vivante, ils veulent faire un travail utile dans une entreprise transparente, ils recherchent un environnement convivial et par-dessus tout ils ressentent le besoin d'utiliser leurs connaissances et leur imagination pour pouvoir améliorer en même temps leur cadre de vie et les résultats de leur activité, grâce notamment, à une marge importante d'initiatives. Ils refusent enfin de plus en plus les idéologies, les systèmes tout faits, et plus généralement, même si c'est « bon », tout ce qui est plaqué : ils veulent participer à la construction de leur environnement et à l'arrangement de leur vie ! » (L'entreprise du 3ème type - pages 15 et 16).

 

C'est finalement le lot de chaque nouvelle génération d'être perçue comme étant différente de la génération précédente. Mais au bout de quelques années, on s'aperçoit que ces différences s'estompent... L'exemple le plus flagrant est celui de nos "soixante huitards", se retrouvant 20 ou 30 ans plus tard à la tête des entreprises et aux principaux postes clés dans la société civile reproduisant ce qu'ils reprochaient eux-mêmes en mai 68... Ceux-ci étant contestés par une nouvelle génération qui elle-même...

On a ce même sentiment lorsqu'on lit le dossier du Journal du Net préparé par Aurélie Fardeau sur « les caractéristiques et les valeurs des quatre générations qui se côtoient en milieu professionnel pour définir l'espace de travail idéal de chacune d'entre elles. » Dans ce dossier, elle fait une brève présentation de chacune de ces quatre générations : les vétérans, les papy boomer, la génération X et la génération Y.

 

Bien sûr, on trouvera des différences entre les générations, ne serait-ce que celles qui sont liées aux évolutions technologiques. Mais au fond, un homme reste un homme, un type sympa reste un type sympa et un sale con reste un sale con, Internet ou pas...

Voyons d'abord les points communs : le besoin de relations (convivialité ou réseau), l'apprentissage permanent, le besoin de transparence de la part de l'entreprise, le besoin d'autonomie et d'initiative, le développement personnel, le refus des "idéologies", de la "parole officielle", de "tout ce qui est plaqué", de la "pensée structurée", le besoin d'avoir un travail utile, le besoin d'améliorer son cadre de travail...

Venons-en aux différences : le zapping du Y, la séparation très nette entre l'entreprise et la vie privée pour le Y, l'impatience du Y, l'immersion dans Internet...

 

Je ne nie pas ces différences, mais je ne les exagère pas non plus, car si il y a des différences, il y a aussi de nombreuses ressemblances.

Et il faut quand même se rendre compte que ce portrait de la génération Y n'est qu'un portrait moyen et ne recouvre pas l'ensemble des individus nés entre 1978 et 2000. Entre l'enfant qui est né dans une famille française aisée et celui né dans une famille immigrée et ayant vécu dans le 9-3, il y a beaucoup plus de différences qu'entre deux individus X et Y appartenant au même milieu social. Il en est de même entre l'enfant né dans un quartier chic de New-York et celui né dans un bidonville d'une capitale africaine... La plus grosse différence étant qu'ils n'ont pas tous le même accès au web...

 

Au risque de me répéter, pour moi ce qui est le plus important, c'est le système de management qui est mis en place dans l'entreprise.  Plus que quelques outils web 2.0 mis en avant pour attirer les candidats. Dans une entreprise ayant un management humain et factuel, c'est tout naturellement que les outils dits 2.0 (blogs, wikis, mashups, etc...) viendront supporter la collaboration existant entre les membres des différentes communautés constituant l'entreprise.

 


J'ai terminé le commentaire des trois "perturbations" qui ressemblent sur plusieurs points (sauf technologique, bien sûr) à ce qui était décrit vingt ans plus tôt... Au départ de cette étude, je voulais ne commenter que cette première partie « Météorologie d'un changement ». Mais comme ce document me semble vraiment caractéristique de la pensée des partisans de l'Entreprise 2.0, je continuerai. Il y a beaucoup de choses à dire. Toujours en faisant le parallèle avec "L'Entreprise du 3ème type"...

Publié dans Entreprise 2.0

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