L'Entreprise 2.0 et la pierre philosophale...

Publié le par Bernard Sady

Ces derniers jours, grand émoi dans le monde de l'Entreprise 2.0...

Vincent Berthelot jette un pavé dans la mare en reconnaissant sur le "blog des managers 2.0" que « nous avons créé une bulle du 2.0, terme que je n'utilise plus depuis plusieurs mois qu'avec réticence et pincettes, et que celle-ci n'a pas séduit ou convaincu nombre d'entreprises malgré tout le battage médiatique fait autour. »

Plus loin, il ajoute : « A force de parler de révolution, de conception philosophique du 2.0, de ces discours truffés de néo anglicisme nous sommes devenus des gourous et nous-nous sommes coupés de la réalité. Nous vivons-nous même dans notre propre caverne du 2.0, Nous condamnons l'ancienne école des ressources humaines mais nous proposons notre propre One Best Way sans peur du paradoxe. »

J'ai ajouté mon grain de sel à ce débat qui avait commencé sur le blog d'Anthony Poncier en expliquant ce que je pensais de ce concept.

Je ne reviens pas sur ces réflexions, mais j'apporte une nouvelle pierre au débat en proposant une longue citation du livre de Georges Archier et Hervé Sérieyx « L'entreprise du 3ème type ».

Ce livre, apporte avec 25 ans d'avance des réponses au problème soulevé par Vincent.

Dans un chapitre intitulé « Mieux que la motivation : la mobilisation », les deux auteurs commencent par livrer une histoire pleine d'enseignement :

« Qui ne connaît l'histoire de cet architecte qui participait à l'élaboration d'une de ces monstruosités en béton difforme que sont la plupart des villes nouvelles et qui souhaitait humaniser ces déserts anonymes. Alors, il cherchait et souhaitait parsemer ces grands espaces désolés de structures aux formes douces, si possibles mouvantes, mettant dans ce paysage sans âme des taches d'ombre et, pourquoi pas, de couleur. Après enquête, il constata que pour de telles structures la couleur verte serait la mieux reçue, et c'est ainsi que, par approximations successives, il découvrit un beau matin qu'il avait inventé l'arbre. »


Et nos auteurs en tiraient les leçons appliquées aux cercles de qualité, grande "Révolution" de l'époque, mais dont plus personne ne parle actuellement... Leçons que commencent seulement à apercevoir quelques-uns des partisans de l'Entreprise 2.0.


Je cite (il vous suffit de remplacer "cercle de qualité" par "Entreprise 2.0"...) : « Le cercle de qualité, c'est la redécouverte de l'arbre, cela permet de vivre sa vie de travail naturellement comme si c'était vécu avant que le taylorisme ne rende tout cela si artificiel.

« Il ne s'agit pas de faire dans le rousseauisme bêlant, d'appeler au spontanéisme tous les membres de l'entreprise qui deviendraient autant de bons sauvages ni rejeter toutes formes de structures industrielles ou d'organisations du travail ; en ce domaine, d'ailleurs rien à craindre ; nous sommes tous très marqués, entraînés, convaincus, déterminés par la civilisation technique pour être guettés de tels excès.

« Il s'agit seulement de remobiliser, de la façon la plus naturelle qui soit, tout ce gisement d'ardeur et d'intelligence, toute cette force de contribution inemployée qu'une vision appauvrie du monde, trop procédurière ou trop mécaniste, nous conduit peu à peu à ignorer, voire à mépriser et en tous cas, à stériliser.

« Aussi, en mettant en œuvre les cercles de qualité, sachons éviter un quadruple péril qui pourrait bien, si nous n'y prenions garde, rendre leur utilité bien éphémère ». C'est ce qui s'est effectivement passé ! Et c'est ce qui va vraisemblablement arriver à l'Entreprise 2 .0...

 

Je continue la citation :

« Premier péril.

« L'illusion de la pierre philosophale : croire que le cercle de qualité, cela sert à tout, cela sert tout, cela permet tout et qu'en particulier cela permet de transmuter de mauvais produits en produits de qualité, de mauvaises organisations en organisations efficaces et des gens mal formés en personnels compétents.

« Le cercle de qualité ne peut servir qu'à rendre meilleurs encore de bons produits, plus performantes encore de bonnes organisations, plus capables encore des personnels déjà bien formés.

 

« Deuxième péril.

« L'inversion du sens qui consiste à prendre le moyen pour la fin et à "faire" du cercle de qualité pour le plaisir d'en faire. Le cercle de qualité n'a d'intérêt qu'en fonction de ce à quoi il sert : remobiliser les intelligences pour que vive l'entreprise. Si l'on n'est pas décidé à cette révolution, il faut surtout éviter de recourir à ce type d'approche.

 

« Troisième péril.

« Le zèle intempestif qui peut conduire à vouloir en faire trop et trop vite. Tous les praticiens et les bons ouvrages nous le rappellent sans cesse : pour mettre en place des cercles de qualité qui fonctionnent, il ne faut pas se précipiter [...]

 

« Quatrième péril.

« Le réductionnisme abusif. C'est-à-dire, croire que l'on peut se contenter de mettre en place des cercles de qualité, et oublier de mobiliser également toute l'intelligence de l'encadrement. [...] ».

 

Voilà cette pierre ajoutée à ce débat important et intéressant qui pose une véritable question, mais dont la réponse n'est pas si simple qu'il n'y parait : comment sortir de Taylor ?

Publié dans Entreprise 2.0

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Anthony Poncier 06/12/2008 10:50

Bonjour Bernard,

donc le troisième blog pour poursuivre le débat.

Comme tout balancier, quand il va trop dans un sens, il repart tout aussi loin dans l'autre (c'est à dire que si beaucoup soutiennent avec force l'entreprise 2.0, pensez qu'ils ne pensent plus qu'à travers cela me semble exagéré).

Je vais repartir des périls :

Le premier péril, je l'ai déjà dit dans les autres commentaires, cela doit partir d'une problématique d'entreprise, et le travail collaboratif ne répond pas à tout. Et je n'ai pas l'impression que les gens qui travaillent dans ce secteur puissent avoir un autre discours. On part du besoin des entreprises avant tout. Et les consultants ont souvent/toujours plus d'un outil dans leur mallette (enfin j'espère).

Deuxième péril, je renvoi à un des "gourous", pour reprendre les termes de Vincent, Martin Rouleau-Dugage avec son livre sur l'organisation 2.0, il y a à la fin 10 commandements. Le premier est : TU PROFITERAS D’UNE CRISE. On n'engage pas de changement culturel profond sans raison valable

Sur le troisième cela va être court, vu que l'on parle bien de changement culturel et non d'outil, il faut du temps pour faire évoluer les mentalités (toute personne qui fait du change management le sait).

Enfin le quatrième, une vieille phrase que beaucoup de monde répète (mais qui demeure vrai) : les communautés naissent par le haut et vivent par le bas. Si elles naissent par le haut, c'est donc bien une volonté du top management, qui derrière doit s'investir et soutenir. On revient sur le décalogue de Martin Rouleau-Dugage : Deuxième commandement : TU FERAS DU CHANGEMENT UN PROGRAMME D’ENTREPRISE et le septième : TU OBTIENDRAS LE PARRAINAGE D’UN DIRIGEANT BIEN EN VUE ou Faire parrainer le programme par un dirigeant ayant autorité sur le territoire de ressources impacté par le programme.

Donc les aveugles du 2.0 avait eux aussi soulignés des "périls" et insistés sur le fait de tenir compte des réalités de l'entreprise.

Peut-être comme le dit Bertrand d'une certaine façon, car avant d'être 2.0, ce sont aussi des gens qui travaillent dans les entreprises.

En tout cas, merci pour cette nouvelle pierre à l'édifice du débat.

Bernard Sady 09/12/2008 01:28


Anthony,
Merci de ces extraits du livre de Martin Rouleau-Dugage. Il a bien vu les mêmes risques détectés 20 ans auparavant. La question est de savoir si l'Entreprise 2.0 saura passer au-dessus de ces
risques ou tomber dedans comme l'ont faits les cercles de qualité. Car il ne suffit pas de détecter le risque pour ne pas avoir d'accident...