L'année 2008 s'était terminée avec l'annonce de la hausse du chômage en France. Le début 2009 n'est pas meilleur...
Dans tout ce qu'on peut lire sur la crise de la part des "économistes", il se dégage deux tendances : ceux qui disent que cette crise va être sévère et ceux qui disent qu'elle va être très sévère...
Je ne voudrais pas vous saper le moral, mais vous présenter une position très réaliste qui estime que cette crise va être très grave. Il s'agit du communiqué publié par le "Laboratoire Européen d'Anticipation Politique" le 16 décembre dernier : « Crise systémique globale : Nouveau point d'inflexion en Mars 2009 ».
Je ne connais pas plus que cela ce "laboratoire", mais leur analyse me semble intéressante.
Entrons dans le vif du sujet.
L'introduction du communiqué donne un très bon résumé de leur analyse :
« LEAP/E2020 estime que la crise systémique globale connaîtra en Mars 2009 un nouveau point d'inflexion d'une importance analogue à celui de Septembre 2008. Notre équipe considère en effet que cette période de l'année 2009 va être caractérisée par une prise de conscience générale de l'existence de trois processus déstabilisateurs majeurs de l'économie mondiale, à savoir :
1. la prise de conscience de la longue durée de la crise
2. l'explosion du chômage dans le monde entier
3. le risque d'effondrement brutal de l'ensemble des systèmes de pension par capitalisation. »
LEAP ajoute : « Ce point d'inflexion sera ainsi caractérisé par un ensemble de facteurs psychologiques, à savoir la perception générale par les opinions publiques en Europe, en
Amérique et en Asie que la crise en cours a échappé au contrôle de toute autorité publique, nationale ou internationale, qu'elle affecte sévèrement toutes les régions du monde même
si certaines sont plus affectées que d'autres (voir GEAB N°28), qu'elle touche directement des centaines de millions de personnes dans le monde 'développé' et qu'elle ne fait qu'empirer
au fur et à mesure où les conséquences se font sentir dans l'économie réelle. Les gouvernements nationaux et les institutions internationales n'ont plus qu'un trimestre pour se préparer à
cette situation qui est potentiellement porteuse d'un risque majeur de chaos social. Les pays les moins bien équipés pour gérer socialement la montée rapide du chômage et le risque
croissant sur les retraites seront les plus déstabilisés par cette prise de conscience des opinions publiques. »
Dans ce communiqué, LEAP développe les deux points concernant la prise de conscience de la longue durée de la crise et le risque d'effondrement des systèmes de pension par capitalisation.
L'explosion du chômage est étudié dans un autre dossier, payant celui-ci...
Examinons donc le premier point : la prise de conscience de la durée de la crise.
LEAP se vante d'avoir prévu la crise et « souhaite être très clair sur ce point, contrairement aux discours actuels des mêmes experts qui niaient l'existence d'une crise en gestation il y a trois ans, qui niaient qu'elle soit globale il y a 2 ans et qui niaient il y a seulement six mois qu'elle soit systémique ».
Leur analyse est sans détour : « nous anticipons une durée minimale de trois ans pour cette phase de décantation de la crise. Elle ne sera ni terminée au printemps 2009, ni à l'été 2009, ni au début 2010. C'est seulement vers la fin
2010 que la situation commencera à se stabiliser et s'améliorer un peu dans certaines régions du monde, à savoir l'Asie et la zone Euro, ainsi que pour les pays producteurs de matières
premières énergétiques, minérales ou alimentaires. Ailleurs, elle continuera. En particulier
aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, et dans les pays les plus liés à ces économies, où elle s'inscrit dans une logique décennale. »
La conclusion n'est pas rassurante : « C'est seulement vers 2018 que ces pays peuvent envisager un retour réel de la croissance. »
Et même si en Europe la situation redevient meilleure « il ne faut pas imaginer que l'amélioration de la fin 2010 marquera un retour à une croissance forte. La convalescence sera longue ; par exemple, les bourses mettront également une décennie à revenir aux niveaux de l'année 2007, si elles y reviennent un jour. »
LEAP donne un fait qu'il est bon de rappeler : « il faut se souvenir que Wall Street mit 20 ans à revenir à ses niveaux de la fin des années 1920. Or, selon LEAP/E2020 cette crise est plus profonde et durable que celle des années 1930. »
La conséquence ? « Cette prise de conscience de la longue durée de la crise va progressivement se faire jour dans les opinions publiques au cours du trimestre à venir. Et elle
déclenchera immédiatement deux phénomènes porteurs d'instabilité socio-économique : la peur panique du lendemain et la critique renforcée des dirigeants du
pays. »
Examinons maintenant le second point : le risque d'effondrement des systèmes de retraite par capitalisation.
Notons tout de suite qu'en France le système de retraite par capitalisation est très peu développé et que nous ne devrions pas être trop affectés par ce risque. Mais de très grands pays risquent
gros, comme « les Etats-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, le Japon, les Pays-Bas et le Danemark ».
L'ampleur des dégâts ? « L'OCDE estime à 4.000 milliards USD les pertes des fonds de pension pour la seule année 2008 ». Il commence à y avoir de plus en plus d'augmentation de
cotisation et de réduction des prestations... Mais « c'est seulement dans les semaines à venir que nombre de fonds vont pouvoir faire réellement le décompte de ce qu'ils ont perdu. Beaucoup
s'illusionnent encore sur leur capacité à reconstituer leur capital à l'occasion d'une prochaine sortie de crise » qui, comme nous venons de le voir n'est pas prêt d'arriver...
Alors « en Mars 2009, quand gestionnaires de fonds de pension, retraités et gouvernements vont simultanément prendre conscience que la crise va durer, qu'elle va coïncider avec l'arrivée
massive des « babyboomers » à la retraite et que les bourses ont peu de chance de retrouver avant de longues années leurs niveaux de 2007, le chaos va s'installer dans ce secteur
et les gouvernements vont se rapprocher de plus en plus de l'obligation d'intervenir pour nationaliser tous ces fonds. »
Les Etats le feront-ils ? Combien de milliards supplémentaires devront-ils sortir pour limiter la casse ? Le pourront-ils ? Quel sera l'impact sur les
prestations ?
Quant à l'augmentation du chômage dans le monde entier, nous y sommes : les résultats du mois de décembre sont tombés : destruction de près de 700 000 emplois aux USA, augmentation
de 140 000 demandeurs d'emplois en Espagne (un million de chômeurs de plus en un an et le cap des trois millions de chômeurs pulvérisé), 64 000 demandeurs d'emploi en France en
novembre et remontée au-dessus des deux millions de demandeurs d'emploi, remontée du chômage en Allemagne après une baisse continuelle, etc. Aucun pays n'y échappe.
Et il est facile de deviner que lorsque les employeurs seront conscients de la durée de la crise, ce sera une explosion du chômage. Actuellement, les employeurs ne font pas (ou très peu) de plans
sociaux, car ils croient en une sortie de crise rapide. C'est ce que j'expliquais dans un billet récent concernant l'attitude des DRH en France. C'est également ce qu'explique Ingrid François
dans un article des Echos de ce jour intitulé : « Fin de l'état de grâce sur le marché de l'emploi
allemand ». Elle cite l'institut DIW « L'un des éléments décisifs sur le marché du travail est le fait que les entreprises s'attendent à une reprise au deuxième semestre
2009. Dans ce contexte, elles préfèrent garder leur personnel fixe même si les coûts salariaux augmentent de façon temporaire. Un ralentissement prolongé s'accompagnerait de pertes
d'emplois bien plus importantes ».
Et ce ne sont pas l'augmentation des défaillances d'entreprises françaises qui vont nous rassurer : plus 10% entre 2007 et 2008. « Le pic se verra en mars ou avril » comme l'annoncent Guillaume DELACROIX et Véronique LE BILLON dans l'article des Echos du 6 janvier dernier intitulé « Les défaillances d'entreprises ont crû de plus de 10 % l'année dernière ».
Alors ? Ce communiqué est certainement très alarmiste. Mais ce scénario n'est pas du tout à écarter. Il en tous cas fondé sur des éléments factuels et semble parfaitement réaliste. L'enchaînement et la combinaison des éléments sont parfaitement plausibles.
Rendez-vous fin mars. En attendant, il convient plus que jamais de faire preuve de la plus grande prudence afin de passer au travers de cette crise sans trop de dommages. Cependant attention, la prudence ne veut pas dire se recroqueviller sur soi-même et hiberner, mais agir en pesant plus que jamais les risques et les conséquences.
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