Nous sommes tous des galériens...

Publié le par Bernard Sady

J'ai raconté ma « petite galère » avec la "perte" de ma valise lors d'un voyage en Roumanie à cause de la neige du lundi 05 janvier.



Mais ce n'est rien en regard de ce qu'ont vécu les 450 000 franciliens qui passent par la gare Saint Lazare chaque jour. Et ce depuis un mois.


En effet, comme l'explique un premier article des Echos du 12 janvier dernier (« Le scandale Saint-Lazare ») : « la gare parisienne de Saint-Lazare va entrer ce lundi dans sa quatrième semaine de grève sans que personne, au sein des pouvoirs publics, ne semble s'en émouvoir. Il est vrai que nous ne parlons ici que de la deuxième plate-forme ferroviaire européenne, drainant chaque jour quelque 500.000 passagers. 500.000 personnes quotidiennement prises en otages par une poignée d'inconscients, conducteurs dans un premier temps, agents d'aiguillage désormais, dûment encartés au syndicat SUD-rail. Personne, jusqu'à leurs confrères qui affrontent chaque jour avec courage des usagers au bord de l'émeute sur les quais, ne se souvient exactement des motifs du mouvement. Nous résumerons en disant qu'il est question, comme toujours, d'efforts de productivité intolérables. »

 

En fait, c'est la perspective des élections professionnelles qui fait monter les enchères. Et tous les prétextes sont bons. C'est ce qu'explique un autre article des Echos du 14 janvier (« Le torchon brûle entre la direction et SUD-rail ») : « La nouvelle loi sur la représentativité syndicale, accordant celle-ci aux seules organisations dépassant la barre des 10 %, promet une recomposition importante du paysage. Les grandes manoeuvres ont déjà commencé, avec les alliances entre la FGAAC et la CFDT d'une part, FO et la CGC d'autre part. La naissance d'un pôle réformiste serait bien vue par la direction, notamment pour contrebalancer l'influence de SUD (15 % au dernier scrutin) jugée bien plus radicale que la CGT (40 %). » 

 

Notre premier article conclut que « reste posée la question essentielle : celle des relations sociales dans une entreprise dont les salariés, qui représentent moins de 1 % de la population active, capitalisent bon an mal an entre 15 et 25 % des jours de grève dans le pays. »

 

Mais c'est le 13 janvier que la prise d'otages est arrivée à son summum avec la fermeture pure et simple de la gare. Dans l'article « Le chaos à Saint-Lazare remet sous tension la SNCF » paru dans les Echos du 14 janvier, Renaud Honoré explique qu' « il était environ 10 heures hier, quand la SNCF a décidé d'évacuer la gare Saint-Lazare à Paris. Une mesure prise "par sécurité" par la direction, qui craignait une saturation sur les quais après un mouvement de grève spontané lancé par les syndicats en tout début de matinée, suite à l'agression d'un agent la veille. »

Cependant, « cette montée de fièvre aura néanmoins eu pour vertu de mettre fin au conflit social débuté mi-décembre. Après des réunions de crise tenues dans la journée, les syndicats ont obtenu 10 emplois de sécurité supplémentaires, et 12 embauches de conducteurs à Saint-Lazare. » Tout ça pour une vingtaine de postes...

 

Car Sud Rail n'a pas fait dans la dentelle... En profitant d'une faille dans la loi sur le service minimum, ce syndicat a organisé la grève en tournante : « le Conseil constitutionnel a autorisé une pratique jusque-là interdite : l'entrée et sortie dans la grève. Concrètement, les salariés peuvent faire grève le lundi, travailler le mardi, refaire grève le mercredi, etc., ce qui réduit l'impact financier du mouvement pour les salariés. » Et en ajoutant « à cette faille la mise au goût du jour pour les conducteurs d'une disposition peu connue du Code du travail, la grève de 59 minutes »... Et cette grève est au final « moins onéreuse pour le cheminot - d'un type nouveau, où se succèdent grève de 24 heures, grève de 59 minutes et travail. » C'est ce qu'explique un autre article des Echos du 14 janvier « Comment SUD fait durer les grèves ».


 

Mes conclusions : 
Nicolas Sarkozy avait promis un service minimum pour éviter la prise en otage scandaleuse des "usagers" des services dits "publics". Il a été élu pour cela par beaucoup de personnes qui en avaient plus qu'assez de ces journées de galère. Avec le score qu'il avait fait, il aurait pu imposer ce service minimum. Mais la politicaillerie a rapidement repris le dessus et c'est le minimum d'un service minimum qui a été obtenu... Que les syndicats se font un malin plaisir de contourner...

Imposer un tel service minimum n'est pas l'idéal. Il est préférable de négocier et surtout prendre les mesures préventives pour éviter conflits. Mais si on est face à des syndicats qui ne cherchent que l'affrontement, il n'y a pas d'autre moyen de faire respecter les droits des "usagers".

C'est donc d'abord un échec de Nicolas Sarkozy. Il a ensuite beau jeu de demander à la SNCF de s'excuser auprès des "usagers"...


Ensuite, il est vraiment désolant de constater que pour de basses manœuvres électorales, des syndicats prennent en otage des milliers de personnes alors que nous sommes en pleine crise économique. C'est au minimum de l'inconscience et ce pourrait être criminel. Il est vrai que les cheminots, eux ne risquent rien. Mais il pourrait y avoir un minimum de solidarité de classe avec tous les ouvriers et employés qui n'ont pas d'autre moyen pour se rendre à leur travail.


Le dernier point concerne la direction de la SNCF. Un dernier article des Echos (« Les dossiers chauds de la SNCF ») de ce même 14 janvier résume bien sa situation : « sous pression, Guillaume Pepy soufflera dans un mois et demi la bougie de sa première année à la tête de la SNCF. A l'approche de cet anniversaire, cet as de la communication voit s'accumuler les dossiers ternissant l'image de la compagnie ferroviaire. » Un constat d'échec donc. Parmi ces dossiers : la réforme sociale du fret enterrée, les ratés de voyages-sncf.com, la rengaine des caténaires, la polémique sur les prix. La gare Saint-Lazare n'étant que la cerise sur le gâteau d'anniversaire...

 

 

Il y a encore du travail pour que la France puisse traverser une crise telle que celle qui se présente, sans trop de casse... 

Publié dans Relations sociales

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