Tout ce que vous publierez sur le net pourra être retenu contre vous...

Publié le par Bernard Sady

J'ai déjà prévenu dans un billet (Réputation sur Internet : Dégooglisez-moi !) des risques qu'il y avait à publier des informations personnelles sur des sites comme Facebook.



Un de mes collègues français, directeur d'une usine à l'étranger, a ainsi retrouvé sa photo (qu'il avait publiée sur "Copains d'avant") dans le journal local... Cela n'a pas eu de conséquences, mais il n'y tenait pas plus que ça... Il a immédiatement retiré toute information le concernant dans "Copains d'avant".

 


Plus grave. Il y a quelques semaines, c'est un internaute qui a été "piégé" par Raphael Meltz du bimestriel « Le Tigre ». Ce dernier a publié une bonne partie de sa vie privée en décembre... à partir d'informations glanées sur le net...

Comme l'écrit le site de LCI : « La démarche du journaliste du Tigre est toute simple : il a choisi au hasard un internaute qui avait disséminé beaucoup de photos sur Flickr, le site de partage de photos. En l'espace de deux heures, de site en site, il a retrouvé l'employeur de l'internaute, sa famille, deux ex-petites amies - dont il note les ressemblances physiques -, son numéro de téléphone portable... De ce travail, beaucoup d'informations très personnelles qui sont finalement facilement accessibles, pour n'importe qui. »

LCI ajoute : « Dans un article publié mercredi, le quotidien nantais Presse Océan raconte que l'internaute épinglé n'a "pas dormi les nuits" qui ont suivi la découverte du portrait le concernant. "Immédiatement j'ai enlevé toutes les informations me concernant sur Internet", a-t-il déclaré à Presse Océan. Lorsqu'il a pris connaissance de son portrait (seuls les noms propres avaient été anonymisés), l'internaute épinglé a écrit au bimestriel pour protester, notamment pour le risque que représente pour lui l'identification de son employeur, expliquant "Je n'assume pas tout ce que vous avez écrit" dans un courriel publié sur le site du Tigre. »
 « Depuis, le Tigre a modifié le portrait sur son site
Internet, pour éviter l'identification de l'internaute, changeant notamment le nom de sa ville de résidence. Mais Raphael Meltz, fondateur du Tigre et auteur de l'article, ne regrette pas son initiative. "Rendre publique sa vie sur Internet est dangereux, c'est le sens de cet article en général", explique-t-il dans sa réponse en ligne à l'internaute épinglé. Raphael Meltz annonce que le bimestriel va poursuivre sa série de "portraits anonymes" pêchés sur le Net, en variant sa technique de recherche d'informations. Les internautes peu enclins à protéger leur vie privée sont prévenus... »



Voici quelques "morceaux choisis" de cet article
, montrant ce qu'on peut trouver sur internet et ce qui peut en être déduit...


« Bon annniversaire, Marc. Le 5 décembre 2008, tu fêteras tes vingt-neuf ans. Tu permets qu'on se tutoie, Marc ? Tu ne me connais pas, c'est vrai. Mais moi, je te connais très bien. C'est sur toi qu'est tombée la (mal)chance d'être le premier portrait Google du Tigre. Une rubrique toute simple : on prend un anonyme et on raconte sa vie grâce à toutes les traces qu'il a laissées, volontairement ou non sur Internet. Comment ça, un message se cache derrière l'idée de cette rubrique ? Évidemment : l'idée qu'on ne fait pas vraiment attention aux informations privées disponibles sur Internet, et que, une fois synthétisées, elles prennent soudain un relief inquiétant. Mais sache que j'ai plongé dans ta vie sans arrière-pensée : j'adore rencontrer des inconnus. Je préfère te prévenir : ce sera violemment impudique, à l'opposé de tout ce qu'on défend dans Le Tigre. Mais c'est pour la bonne cause ; et puis, après tout, c'est de ta faute : tu n'avais qu'à faire attention. »


« Alors, Marc. Belle gueule, les cheveux mi-longs, le visage fin et de grands yeux curieux. Je parle de la photo prise au Starbuck's Café de Montréal, lors de ton voyage au Canada, avec Helena et Jose, le 5 août 2008. La soirée avait l'air sympa, comme d'ailleurs tout le week-end que vous avez passé à Vancouver. J'aime particulièrement cette série, parce que Jose a fait des photos, et ça me permet de te voir plus souvent. Vous avez loué un scooter, vous êtes allés au bord de la mer, mais vous ne vous êtes pas baignés, juste traîné sur la plage. En tout, tu as passé un mois au Canada. Au début tu étais seul, à l'hôtel Central, à Montréal (série de photos « autour de mon hôtel »). Tu étais là-bas pour le travail. Le travail ? Tu es assistant au « service d'architecture intérieur », dans un gros cabinet d'architectes, LBA, depuis septembre dernier (Facebook, rubrique Profil). Le cabinet a des succursales dans plusieurs villes, et a priori tu dois travailler dans la succursale de Pessac, dans la banlieue de Bordeaux. Ça, je l'ai trouvé par déduction, vu que tu traînes souvent à l'Utopia (cinéma et café bordelais) ou à Arcachon. Donc à Montréal, tu étais dans un bureau avec Steven, Philipp, Peter, en train de travailler sur des plans d'architectes, devant deux ordinateurs, un fixe et un portable. En agrandissant la photo, on peut même voir que tu avais un portable Packard-Bell et que tu utilisais des pages de brouillon comme tapis de souris. Je n'ai pas dit que c'était passionnant, j'ai dit qu'on pouvait le voir. Le 21 août, c'est Steven qui t'a accompagné à l'aéroport. Retour en France, où t'attendait un mariage (Juliette et Dominique), puis, la semaine suivante, le baptême de ta nièce, Lola, la petite sœur de Luc (qui fait des têtes rigolotes avec ses grosses lunettes), à Libourne. »


« Revenons à toi. Tu es célibataire et hétérosexuel (Facebook). Au printemps 2008, tu as eu une histoire avec Claudia R***, qui travaille au Centre culturel franco-autrichien de Bordeaux (je ne l'ai pas retrouvée tout de suite, à cause du caractère ü qu'il faut écrire ue pour Google). En tout cas, je confirme, elle est charmante, petits seins, cheveux courts, jolies jambes. Tu nous donnes l'adresse de ses parents, boulevard V*** à Bordeaux. Vous avez joué aux boules à Arcachon, et il y avait aussi Lukas T***, qui est le collègue de Claudia au Centre Culturel. Fin mai, il n'y a que quatre photos, anodines, de ton passage dans le petit appartement de Claudia (comme si tu voulais nous cacher quelque chose) et une autre, quelques jours plus tard, plus révélatrice, prise par Claudia elle-même, chez elle : on reconnaît son lit, et c'est toi qui es couché dessus. Habillé, tout de même. Sur une autre, tu te brosses les dents. C'est le 31 mai : deux jours plus tôt, vous étiez chez Lukas « pour fêter les sous de la CAF » (une fête assez sage, mais Lukas s'est mis au piano pour chanter des chansons en allemand, tout le monde a bien ri, vidéo sur Flickr). Ce 31 mai, vous avez une façon de vous enlacer qui ne laisse que peu de doutes. Et le 22 juin, cette fois c'est sûr, vous vous tenez par la main lors d'une petite promenade au Cap-Ferret. C'est la dernière fois que j'ai eu des nouvelles de Claudia. Note bien que j'ai son numéro au travail (offre d'emploi pour un poste d'assistant pédagogique au Centre culturel, elle s'occupe du recrutement), je pourrais l'appeler. Mais pour raconter une séparation, même Internet a des limites. Avant Claudia, tu étais avec Jennifer (ça a duré au moins deux ans), qui s'intéressait à l'art contemporain (vous avez visité ensemble Beaubourg puis tu l'as emmenée au concert de Madonna à Bercy). Elle a habité successivement Angers puis Metz, son chat s'appelle Lula, et, physiquement, elle a un peu le même genre que Claudia. À l'été 2006, vous êtes partis dans un camping à Pornic, dans une Golf blanche. La côte Atlantique, puis la Bretagne intérieure. Tu avais les cheveux courts, à l'époque, ça t'allait moins bien. »


« J'ai triché, une fois : pour avoir accès à ton profil Facebook (ce qui m'a bien aidé pour la suite), j'ai créé un faux profil et je t'ai proposé de devenir mon « ami ». Méfiant, tu n'as pas dit « oui », à la différence de Helena C*** dont j'ai pu admirer le « mur », là où tout le monde laisse des petits messages. Mais tu m'as répondu. En anglais, bizarrement : « Hi Who are you ? Regards Marc » Je m'apprêtais à inventer un gros mensonge, comme quoi j'étais fan de Vancouver et que j'avais beaucoup aimé tes photos de là-bas, mais au moment de te répondre, Facebook m'a prévenu : « Si vous envoyez un message à Marc L***, vous lui donnez la permission de voir votre liste d'amis, ainsi que vos informations de base, de travail et d'éducation pour un mois. » Je me suis dit que la réciproque était vraie, et je n'ai donc pas eu besoin de te répondre pour avoir accès aux informations de base. Au passage, j'ai découvert que Facebook propose une solution pour éviter les captcha, les petits textes à taper pour prouver qu'on n'est pas un robot : c'est très simple, il suffit de donner son numéro de portable au site pour qu'il vérifie qu'on existe vraiment. Et voilà : il restait une dernière information que Facebook n'avait pas, dépêchons-nous de la lui donner. »



Vous voilà maintenant toutes et tous prévenus...Un recruteur peut faire (et fera) le même travail.

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Florent F. 16/01/2009 09:43

C'est vraiment très "violent" pour celui qui joue le rôle d'exemple. Mais au final j'avoue que si ce type d'histoire peut-être relayé au grand public cela pourrait permettre une prise de conscience plus importante.

C'est dingue comme les gens ne se rendent pas compte qu'ils sont sur internet comme ils sont sur la voie public... Que tout ce qu'il y font et déclare devient de fait public... Personnellement ca me consterne !

Je suis moi-même très attentif à ce que je diffuse sur le web. Mais aussi à ce que les autres se permette de diffuser sur moi. Et une des raisons qui m'a incité à ouvrir un blog et m'enregistrer sur LinkedIn et Viadeo était de noyer l'information sur mon compte par de l'info pro... Justement pour les recruteurs... ;-)

Bernard Sady 16/01/2009 22:21



Florent,
Tu as parfaitement raison de te méfier de ce que tu publies sur le net. Je fais pareil. De mon côté, je n'ai pas de compte Facebook, LinkedIn, Copain d'avant ou Viadeo, car je n'en ressents
pas le besoin et n'en vois pas l'intérêt (au moins pour le moment...). Mais je conçois très bien que d'autres puissent avoir des comptes sur ces "réseaux sociaux". Cela peut avoir une utilité,
comme dans ton cas, pour trouver un travail.
Mais le plus important est de prévenir tous les jeunes internautes des risques à mettre sur la place publique autant d'informations privées.
Cependant, il me semble que ces réseaux sociaux sont une mode et que cela passera. Il y a un an ou deux, chaque ado avait son blog sur lequel il mettait 3 photos... Maintenant, c'est fini, ils
sont sur Facebook. Demain, ils se serviront d'autres outils... qui seront peut être moins "dangereux"... ou beaucoup plus "dangereux"...