Hommages à Steve Jobs, "sale con certifié"...

Publié le par Bernard Sady

Le très charismatique patron d'Apple vient de laisser la présidence d'Apple pour raisons de santé.


Ce ne sont que des éloges sur la blogosphère pour un aussi génial inventeur. En voici quelques exemples :


Philippe Martin donne « 
Les meilleures citations de Steve Jobs »

 

Bertrand Duperrin, de son côté relève : « Quelques choses à retenir de Steve Jobs ».



Je ne vais pas échapper à  la règle des hommages, mais à ma manière... en vous donnant un extrait du livre de Robert Sutton "Objectif Zéro-sale-con".

En effet, Steve Jobs est un de ces "sales cons certifiés" épinglés par Robert Sutton.


Voici donc ce qu'il en disait au début du chapitre 6 intitulé « Les sales cons ont aussi leurs vertus » :


« Je ne voulais pas écrire ce chapitre. Mais mes amis les plus proches et les plus malins ne cessaient de me répéter que c'était un mal nécessaire. Ils ont réussi à me convaincre que le livre serait naïf et incomplet si je ne parlais pas des aspects positifs des sales cons. Et ils me citaient des kyrielles d'exemples de gens qui réussissent apparemment parce qu'ils sont des sales cons certifiés.


« Exemple à charge numéro un : Steve Jobs, le PDG d'Apple, ancien patron de Pixar et le plus gros actionnaire de Disney (depuis le rachat de Pixar par Disney). On a parfois le sentiment que son nom complet est "Steve Jobs, ce sale con". J'ai saisi "Steve Jobs" et "sale con" sur Google et j'ai obtenu 89 400 réponses. J'ai demandé à quelques initiés de désigner les dirigeants (supposés) les plus arrogants dans les entreprises de divertissement et de haute technologie, afin de pouvoir faire une comparaison entre sales cons puisque les sociétés de Steve Jobs appartiennent à ces secteurs. Le nom de Michael Eisner, ancien PDG de Disney, revenait régulièrement ; pourtant, une recherche sur Google associant "Michael Eisner" et "sale con" ne produisit qu'une moisson relativement modeste, avec 11 000 réponses. Et dans la haute  technologie, le tristement célèbre patron d'Oracle, Larry Ellison, ne généra que 750 réponses.


« Les histoires les plus terrifiantes - et les plus drôles - viennent directement de gens qui ont travaillé pour Jobs. La revue Wired a rendu compte d'une réunion de 1300 anciens employés d'Apple en 2003 en disant que Jobs, bien qu'absent, était quand même le principal sujet de conversation, et plus particulièrement ses diatribes et ses crises de rage. Comme le dit un participant, « tout le monde a son histoire de sale con à propos de Steve ». En tant que professeur à l'école d'ingénieurs de Stanford, voisine d'Apple, j'ai moi-même entendu ce genre d'histoires pendant des années. Prenez, par exemple, cette crise de rage que Job avait piquée dans sa société d'ordinateurs, NeXT, aujourd'hui disparue. J'en ai parlé avec un manager quelques jours à peine après l'incident. Il me raconta que Jobs s'était mis à hurler, à pleurer et à proférer des menaces parce que les nouvelles camionnettes de la société n'étaient pas exactement de la même nuance de blanc que la peinture des murs de l'usine. Pour apaiser Jobs, les responsables de production de NeXT furent obligés de perdre de précieuses heures (et de dépenser des milliers de dollars) pour faire repeindre les camionnettes exactement dans la même teinte.


« Pourtant, ceux qui racontent ces histoires affirment que Jobs fait partie des hommes les plus créatifs, déterminés et persuasifs qu'ils aient jamais rencontrés. Ils reconnaissent qu'il insuffle une énergie et une créativité extraordinaires chez ses collaborateurs. Et même si ses caprices et ses critiques acerbes ont souvent conduit ses collaborateurs au bord de la crise de nerfs et en ont fait fuir beaucoup, tous estiment que ces qualités sont un élément crucial de sa réussite, en particulier son perfectionnisme et son désir obsessionnel de créer des beaux produits. Même ceux qui ont pour lui le plus profond mépris me posent la question : "Alors, est-ce que Steve Jobs ne prouve pas que certains sales cons méritent qu'on les supporte ?"


« Pour moi, la réponse est non : je n'accepterais pas de travailler avec Jobs ou quelqu'un comme lui. Mais j'ai fini par être convaincu qu'il est trop simple de penser que les sales cons font toujours plus de mal que de bien. Ce chapitre est donc consacré à leurs vertus. Attention, cependant, car ces idées sont à double tranchant : elles fournissent aux connards destructeurs et mégalos des munitions qui peuvent leur servir à justifier, voire à glorifier, leur penchant à tourmenter les autres. » (pages 141 - 143) [...]

 

« Beaucoup d'entre nous travaillent dans le monde de l'entreprise et doivent affronter des "intimideurs". Steve Jobs remporte, une fois de plus, la palme. Andy Hertzfeld, un membre essentiel de l'équipe qui conçut le premier Macintosh, se souvient d'un message laissé en 1981 par Jobs à Adam Osborne, le PDG de la firme concurrente, Osborne Computer. Herzfeld le cite dans son livre, Revolution in the Valley :

« "Bonjour, ici Steve Jobs. Je voudrais parler avec Adam Osborne."

« La secrétaire informa Steve que M. Osborne était absent et ne serait pas au bureau avant le lendemain matin. Elle demanda à Steve s'il voulait laisser un message.

« "Oui", répondit Steve. Il marqua une pause. "Voici mon message. Dites à Adam qu'il est un sale con."

« Il y eu un long silence au bout du fil pendant que la secrétaire cherchait ce qu'elle pouvait répondre. Steve poursuivit : "Autre chose. J'ai entendu dire qu'Adam s'intéresse au Macintosh. Dites-lui que le Macintosh est tellement formidable qu'il en achètera probablement plusieurs pour ses enfants, même si c'est le Macintosh qui va foutre sa boite en l'air." » (page 148).

 

Pour paraphraser Bertrand Duperrin, je dirais que ces extraits « mériteraient d'être enseignés dans les écoles et médités dans les conseils de direction ».

Mais contrairement à lui, je ne suis pas un fan de Steve Jobs. Même s'il a eu des côtés géniaux, son attitude "sale con" le décrédibilise à mes yeux pour toujours. Ne le donnons surtout pas comme modèle.

Les relations cordiales et l'aspect humain du management passent largement devant le génie d'un homme.

Publié dans Relations humaines

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Jean-Michel 15/02/2013 20:37


Erratum: une phrase résiduelle est apparue en bas de ma fenêtre, elle concerne


votre "admirateur poli et évolué".


A bientôt Bernard.


Jean-Michel.

Jean-Michel 15/02/2013 20:30


Bonsoir Bernard,


Ah, pour mon retour, je tombe pile sur un commentaire hautement argumenté, de la part d'un grand connaisseur de la nétiquette originale dans le texte américain de 1995 : http://www.ietf.org/rfc/rfc1855.txt 


A son attention "d'américain évolué", sans trop d'illusion.


Ce qu'il n'a pas compris, c'est le contexte original de l'expression "Zéro sale con"


tiré du livre au titre provocateur. Un non-initié.


De mon côté, je m'intéresse à sa période adolescente où il recherchait un "Gourou" et avait déjà cette notion de la nécessité de se dégager de l'hyper-matérialisme de la société environnante, et
de donner la primauté aux valeurs spirituelles, tournées vers le dépassement de l'égo et l'élargissement du champ de conscience. Il est allé en Inde visiter des ashrams, mais en est revenu
horrifié


par la saleté. C'est dommage qu'il n'ait pas persévéré ses recherches aux USA, la patience et "l'intelligence du coeur" en auraient profité, faisant de lui un autre homme.


Il est devenu un maniaque génial, inspiré, mais prisonnier du domaine matériel.


 


Néanmoins son discours de Stanford en 2005 restera dans les mémoires.


http://www.mac4ever.com/dossiers/74525_steve-jobs-son-discours-a-stanford-en-2005


C'est pas simple du tout de juger l'homme total Steve, c'est plein de contradictions, une personnalité complexe.


Un comble pour un ancien Baba-Cool. Son compagnon Steve Wozniak est resté en revanche beaucoup plus Baba-Cool, et a grossi au contraire.


Jean-Michel


 


Non, je reviens à plus sérieux que cela.

américain 15/02/2013 00:14


arrêtez de critiquez les gens plus fort que vous, c'est vous le sale con de merde.


vous ne pouvez jamais atteindre son niveau, et vous dites que c'est un sale con..pff


cessez de dire des anneries Francais de merde .

Max 03/03/2011 02:33



Désolé de te contredire, je ne suis surement qu'un jeune idiot, mais je pense qu'on ne dirige pas une boite et qu'on ne se hisse pas au sommet a coups de bisoux...


Etre exigeant, capricieux et autoritaire permet peut être de captiver ses employés, de ne jamais se reposer sur ses lauriers et ainsi de rester compétitifs...


Et pour l'anecdote du concurrent,  s'il s'agit encore d'une des nombreuses boites qui ont vues au dernier moment tout le potentiel commercial du Macintosh et qui se sont mis purement et
simplement à le plagier pour faire de l'argent sur le dos d'Apple (Windows), alors... je comprend la réaction de Jobs...



Bernard Sady 08/03/2011 19:34



Bonjour Max,


Tu comprendras certainement que je ne sois pas d'acord avec toi.


D'abord, voici le lien vers l'histoire de cette confrontation Jobs / Osborne


http://www.folklore.org/StoryView.py?project=Macintosh&story=Tell_Adam_Hes_An_Asshole.txt&topic=Personality+Clashes&showcomments=1#comments


Et pour bien comprendre le contexte, voici un lien vers l'histoire (très courte) de l'Osborne 1 et de la Osborne Computer Corporation :


http://www.larousse.fr/encyclopedie/article/LOsborne_1/11023165


Ou bien en anglais :


http://oldcomputers.net/osborne.html


Sans oublier l'histoire du Macintosh qui n'est certainement pas à la gloire de Steve Jobs :


http://www.aventure-apple.com/ordis/mac.html


Tu peux donc constater  que dans cette histoire, il n'y a aucun plagiat : l'Osborne 1 a été le premier portable et Apple a lancé le sien en 1989, soit 8 ans plus tard... En fait, c'est
simplement la réaction d'un ego mal dimensionné. Cela ne faisait que quelques mois que Jobs avait rejoint l'équipe Mac et qu'il commençait à en revendiquer la paternité après l'avoir vertement
critiqué... jusqu'à en évincer Jef Rskin le véritable père du Mac...


Voilà pour cette "anecdote du concurrent".


Loin de moi de penser que l'entreprise soit le monde des bisounours... Les luttes de pouvoir ont toujours existé et existeront toujours.


Mais il y a plusieurs types de patrons à la tête des entreprises. Ceux qui sont montés grâce à leurs compétences reconnues et qui ne se sont pas laissés faire par les "sales cons" de tout poil
prêts à les éjecter. Les sales cons qui sont montés en écrasant les autres. Et entre les deux les "sales cons" compétents voire géniaux... Steve Jobs fait partie de cette dernière
catégorie.  Mais ce n'est pas parce qu'il est génial dans un certain domaine qu'il faut accepter tout ce qu'il fait.


Pour prolonger cette réflexion sur les patrons "sales cons", Robert Sutton a publié un livre "Petit chef ou vrai patron" que j'ai commencé à commenter sur ce blog.


Les nombreux exemples qu'il donne montrent qu'un patron peut être exigeant tout en restant respectueux des hommes et des femmes de l'entreprise. Et que ça peut marcher.


Je préfère donc cette voie au "management par le stress" préconisé par certains.



Gorald 03/02/2009 17:06

Merci pour ta comment Bernard.
Je sui être moi aussi.
Gorald