Le protectionnisme de retour, la mondialisation recule...

Publié le par Bernard Sady

Depuis quelques temps, les articles se multiplient dans la presse et sur le Web pour dénoncer et "malheureusement" constater le retour du protectionnisme dans le monde.

 

Une chronique de Favilla dans les Echos du 13 janvier dernier ("Protection et protectionnisme") expliquait que lorsque « les crises atterrissent ainsi dans les sociétés, la peur du lendemain déclenche une puissante demande de protection. Et comme l'extérieur devient une menace, la protection enfante le protectionnisme. »

En effet, « la demande de protection s'annonce forte. Du protectionnisme assumé - dont il n'est plus question - on pourrait bien passer au protectionnisme détourné : secteurs dits "stratégiques", réglementations techniques ou sanitaires, protection contre les producteurs-pollueurs... On peut donc s'attendre à une épreuve sévère. La pratique, multiforme et masquée, promet de dures confrontations. Mais le protectionnisme est d'abord un réflexe. C'est en quoi il est le plus menaçant. »

 


C'était mi-janvier.

Depuis, les signes de protectionnisme se sont multipliés.

 


Il y a eu l'épisode des aciers du plan Obama (Les Echos du 30 janvier dernier "Crainte de protectionnisme aux Etats-Unis") :

« L'immense plan de relance économique adopté, mercredi, par la Chambre des représentants américaine a suscité à l'étranger la crainte que les Etats-Unis choisissent la voie du protectionnisme face à la crise économique, car il prévoit de n'employer que des métaux "made in USA". L'article en question, noyé dans un projet de loi de près de 650 pages, interdit l'achat de fer ou d'acier étranger pour les projets d'infrastructures financés par le plan de relance. »

 

Mais les sénateurs auraient supprimé cette mention au grand soulagement du monde entier. En fait, c'est seulement la formulation qui en a été légèrement modifiée (Journal du Net du 05 février "USA: recul sur le protectionnisme, retard sur le plan de relance") :

« Son introduction [dans le plan de relance a provoqué de vives réactions de l'Union européenne et du Canada. Le président Obama a lui-même qualifié "d'erreur" l'introduction de cette clause, y voyant "une source potentielle de guerre commerciale".

« La nouvelle formulation stipule que la clause "Buy American" serait "appliquée d'une manière cohérente avec les obligations des Etats-Unis en vertu des accords internationaux". »

Ce qui peut s'interpréter comme bon semblera...

Mais plus important :

« Auparavant, les sénateurs avaient repoussé un amendement visant à supprimer cette clause du texte. » Cette clause reste donc, même si elle a été allégée... Sans commentaire...



 

Il y a eu les grèves contre les étrangers en Grande-Bretagne (Les Echos du 02 février "Grèves  « protectionnistes » outre-Manche") :

« Une série de grèves illégales ont éclaté, vendredi, dans une douzaine de sites industriels britanniques afin de protester contre le recours au personnel étranger. De la raffinerie écossaise de BP à Grangemouth à une centrale électrique galloise, des milliers de salariés du secteur de l'énergie ont manifesté leur colère, après qu'un contrat de construction a été accordé à une firme italienne par Total, dans sa raffinerie de Lindsey, dans le Lincolnshire. Le sous-traitant prévoit d'employer 400 travailleurs italiens et espagnols. »

 


 

Il y a eu cette campagne publicitaire aux USA (Les Echos du 03 février "Campagne télé contre les étrangers qui « prennent les emplois des Américains »") :

 « "L'an dernier, 2,5 millions d'Américains ont perdu leurs emplois... Pourtant, malgré des millions de sans-emploi, notre gouvernement continue de laisser entrer un million et demi de travailleurs étrangers pour prendre les emplois des Américains", dit la Coalition for the Future American Worker (CFAW) dans cette campagne.
 « "Votre emploi sera-t-il le prochain?", interroge la CFAW dans ce spot publicitaire lancé lundi qui s'adresse aux employés américains. »

 

 

Il y a eu l'intervention de Nicolas Sarkozy jeudi dernier (Journal du Net "Tensions croissantes entre Prague et Paris autour de la présidence de l'UE") : « Jeudi soir, M. Sarkozy a préconisé d'arrêter les délocalisations pour que "si possible on relocalise". "Si on donne de l'argent aux industries automobiles pour se restructurer, ce n'est pas pour apprendre qu'une nouvelle usine va partir en Tchéquie ou ailleurs", a-t-il dit. »

 


 

Il y a eu l'Espagne, aux prises avec une crise économique sans commune mesure avec ce que nous vivons en France, où le gouvernement n'a pas d'autre alternative (selon les Echos du 26 janvier "Madrid débordé par l'ampleur du chômage") que « d'en arriver à suggérer aux Espagnols de privilégier l'achat des produits « made in Spain », comme l'a fait le ministre de l'Industrie, ou d'appeler les entreprises à « maintenir tous les emplois qu'ils peuvent », comme l'a demandé la semaine dernière le président Zapatero. »

 

 

Enfin, un article des Echos du 05 février dernier ("Quelques signes inquiétants de par le monde") relève des menaces de protectionnisme partout dans le monde :

« Officiellement, aucun gouvernement ne veut porter la responsabilité de déclencher les hostilités. Crise économique et enseignement de l'histoire obligent, le recours au protectionnisme serait une erreur fatale à l'économie mondiale. Hier encore, le Premier ministre britannique, Gordon Brown, au Parlement, a déclaré que « le plus grand danger auquel fait face le monde est un retour du protectionnisme ». Les intentions politiques officielles sont là. Ce qui n'empêche pas l'apparition de « signaux rouges » évoqués par le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, le week-end dernier. »


Voici ces "signaux" :


« L'Inde a déjà pris deux mesures allant dans le sens du protectionnisme. La première concerne l'acier. En novembre, elle a augmenté ses barrières douanières dans la limite de ce que l'OMC autorise. Plus récemment, elle a surtout pris une mesure radicale contre les jouets chinois en les interdisant purement et simplement de son marché pendant les six prochains mois. »


« La Chine n'est pourtant pas en reste, même si, à ce stade, les mesures qu'elle a prises sont moins ouvertement protectionnistes. Elle a principalement décidé de soutenir son secteur exportateur, en utilisant l'arme fiscale.


« En Indonésie, il semble que la tentation protectionniste existe également. Il faut dire que le contexte préélectoral pousse les responsables à faire la démonstration de leur nationalisme économique.


« Le gouvernement russe a décidé début décembre d'imposer à partir du 12 janvier et pour neuf mois une augmentation des taxes à l'importation de voitures étrangères.


« Le Brésil a succombé aux tentations protectionnistes avant de se raviser. En catimini, les technocrates brésiliens avaient décidé il y a une dizaine de jours d'exiger des autorisations préalables d'importation pour plus de la moitié des produits achetés à l'extérieur.


« L'Equateur a, pour sa part, été beaucoup plus loin. Le 26 novembre, il a relevé - de 5 % à 20 % - ses droits de douane sur 940 produits dont le beurre, la dinde, les caramels, les téléphones mobiles, les lunettes, les matériaux de construction et les équipements de transport.


« Mercosur : face à la crise, l'union douanière regroupant le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay a cédé, elle aussi, à un réflexe protectionniste en novembre 2008 en proposant la hausse de droits de douane, de 5 points en moyenne »

 



Finalement, ce protectionnisme existe et va se développer de plus en plus, mais de manière détournée. Car aucun état n'admettra officiellement son protectionnisme.


On peut le déplorer, mais c'est un fait que nos gouvernants vont devoir intégrer dans la gestion de cette crise.


C'est le signe du chacun pour soi... et donc du début de la fin de la mondialisation.


C'est ce que disait Gordon Brown mi-janvier (Les Echos du 19 janvier " Crise : le monde menacé par une "spirale préjudiciable de démondialisation", selon Gordon Brown") :

« Le Premier ministre britannique Gordon Brown a estimé lundi qu'une "spirale préjudiciable de démondialisation" menaçait la planète si les pays ne coordonnaient pas leur gestion de la crise économique internationale.
 « "A moins que nous nous unissions pour aborder ces problèmes de façon coordonnée, le monde est menacé par une spirale préjudiciable de démondialisation, qui est alimentée par une conjonction de désengagements et de solutions politiques nationales", a souligné le chef du gouvernement britannique. »

 


La mondialisation est manifestement un des facteurs amplificateur de cette crise.


La "démondialisation" est donc plutôt une bonne nouvelle, non ?


"Small is beautifull"... isn't it?

Publié dans Economie

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