Crise : pessimiste ou optimiste ? Mieux vaut être réaliste...

Publié le par Bernard Sady

J'ai commenté il y a quelques jours l'article de Cécile Cornudet dans les Echos du 09 février dernier "Est-ce que les élites surjouent la crise ?", ainsi que la réponse de Fabrice Brossard sur le site de l'Usine Nouvelle "En attendant la tempête".

 


Un article d'Eric Le Boucher ("Récession ou dépression") dans les Echos du 13 février vient donner un éclairage intéressant sur ce débat.

 

Eric Le Boucher constate d'abord que les industriels et les banquiers « s'opposent sur leur vision de la crise ».


En effet « les premiers redoutent une récession, forte, très forte selon les secteurs. Les seconds sont paniqués à l'idée d'une vraie dépression. Les industriels pensent que la crise est atroce, les banquiers qu'elle est effroyable. »...


D'après notre auteur, les industriels seraient plus optimistes... : « La vision plus optimiste des industriels s'appuie sur ce qu'ils connaissent : les usines. Aujourd'hui elles s'arrêtent parce que la production ne s'écoule pas. Elles tournent au ralenti, le chômage technique est la règle. Les chiffres confirment cette mise sous cocon : la production industrielle française a reculé de 8,6 % au quatrième trimestre de 2008, du jamais-vu. Il en sera probablement de même au premier trimestre de cette année, contrairement aux espoirs faussement affichés par Bercy. Et c'est pareil dans tous les pays, pire parfois, comme en Chine ou au Japon. »

Alors, cet optimisme ? Il vient « du simple fait que la production est arrêtée pour vider les stocks et qu'il arrive un moment où, forcément, ils sont vides. Il faut alors relancer les chaînes. Au ralenti peut-être mais il faut bien produire des yaourts, du papier et des voitures. La vraie vie ne s'arrête pas complètement. »


Et si on ajoute « le baril à 50 dollars qui redonne du pouvoir d'achat plus vite que Sarkozy »,  « l'effet des plans de relance en Chine et aux Etats-Unis, ceux de l'Union européenne comptant en comparaison pour des prunes », nos industriels calculent qu'on aboutirait « à une reprise vers juin. Au pire vers septembre-octobre ». Scénario qu'on retrouve dans de nombreux commentaires actuellement.


Voyons ce qu'en pensent les banquiers... Pour eux, c'est une toute histoire qui risque de se jouer. « Dans le monde de la finance et dans son entourage règne la panique absolue. L'argument est simple : les industriels, et plus encore les opinions publiques et leurs élus, n'ont toujours pas pris conscience de la gravité de ce qui se passe. Qu'est-ce qui se passe ? La crise financière et la crise économique s'enroulent l'une dans l'autre pour que la crise du crédit (« credit crunch ») accouche d'une crise de la croissance qui, à son tour, renforce la crise du crédit, etc. En spirale de mort. Pour le voir, il suffit de comprendre que la récession transforme les bons crédits en mauvais crédits. »


Et pour illustrer son propos, Eric Le Boucher explique : « Mr. Chaplain, petit industriel de Goodland (Kansas), n'avait jamais eu de problème avec sa banque. Il a toujours réglé ses fournisseurs sans délai. Malheureusement la crise a fait tomber un de ses clients, ce qui lui cause un trou de trésorerie. Il est devenu un mauvais crédit. Comme sa banque avait, à la manière des « subprimes », vendu son emprunt pour qu'il soit découpé en tranches, mélangé, et revendu, c'est l'ensemble de ce beau produit « structuré » qui est devenu toxique à cause de Mr. Chaplain, naguère bon industriel de Goodland. »


Il continue : « en clair, voilà une nouvelle couche de crédits qui est devenue suspecte et dont plus personne ne veut sur les marchés financiers. Et chaque couche vaut des centaines de milliards de dollars. Au total combien ? 3.600 milliards, dit Nouriel Roubini, professeur de l'université de New York, connu pour avoir annoncé la crise d'avance. Trop pessimiste ? Le FMI estime à 2.400 milliards l'ensemble des actifs toxiques. L'important est de noter que le capital des banques n'est que de 1.200 milliards. En clair, elles sont en faillite, toutes, sauf exceptions. Le système financier occidental est sur le point de mourir. »


Pour Eric Le Boucher, la conclusion s'impose : « il est donc temps que les gouvernements prennent la mesure de cette dépression qui vient, adoptent des plans de sauvetage monstrueux et, probablement, nationalisent l'ensemble des banques mondiales, ou presque. Le scepticisme qui a accueilli le plan de Tim Geithner, le secrétaire au Trésor de Barack Obama, est révélateur de cet état d'esprit hyper-pessimiste des banquiers. »


Et il poursuit en posant deux questions : « Comment trancher entre ces deux visions des industriels et des financiers ? Le plan Geithner de créer une « mauvaise banque » de 500 milliards (possiblement 1.000 milliards) est-il vraiment sous-calibré ? »

Il répond rapidement à la deuxième question : « Peut-être, en tout cas mieux vaudrait qu'il soit sur-calibré que l'inverse. »


Et il termine sur un appel à toutes les "bonnes volontés" : « Mais une chose est sûre. La crise ne prendra fin que si, à un moment, nous tous, nous nous mettons à y croire dans notre intérêt à tous. »


Voici donc un éclairage sur les fondements des positions actuelles sur la crise : les optimistes qui pensent que la crise se terminera dans quelques mois, une fois les stocks résorbés et grâce aux plans de relance.



Je viens d'en lire un nouvel exemple sur le blog d'Eric Blot. Ce dernier fait le compte rendu des « échanges entre les entrepreneurs Croissance plus et Hervé Novelli », secrétaire d'état chargé du commerce, de l'artisanat, des PME, du tourisme et des services. A la question : « Selon vous, sommes nous en « récession » ou en « dépression » ? », il répond : « Nous sommes en récession, pas en dépression. Il ne faut pas être pessimiste et alimenter cet état d'esprit, cela ne ferait qu'accélérer la crise. En effet, l'impact psychologique est très fort et la déprime favorise la crise. On attend les signes de sortie de crise des Etats Unis, ce sont eux qui montreront le chemin. » Vision industrielle... Pas la moindre allusion à la crise financière...


 

Par contre, le plan de stabilisation financière de Geithner avec ses 2000 milliards de dollars, montre que l'équipe Obama a pris conscience de l'ampleur de cette crise.


 

Mais les Etats-Unis arriveront-ils à sauver la finance mondiale ? Les hésitations de Geithner et le mauvais accueil du monde financier montrent que ce n'est pas gagné d'avance.

Publié dans Economie

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