Crise : optimisme ou pessimisme ? (suite)

Publié le par Bernard Sady

Hier, je vous faisais part des positions optimistes de Jean-Claude Trichet, Christine Lagarde et Ben Bernanke qui estimaient tous que la crise allait se terminer rapidement. Contrairement au FMI, pour qui l'année 2009 sera l'année de la "grande récession" avec une « croissance mondiale négative depuis 60 ans.»

 

Dans le camp des optimistes, il faut ajouter les déclarations du président de General Motors rapportées par Les Echos du 16 mars : « Les ventes aux Etats-Unis de General Motors devraient connaître en mars un niveau similaire à ceux de janvier et février, indique le président du groupe automobile pour l'Amérique du Nord. Les ventes devraient repartir à la hausse "au cours de cette année", a pronostiqué Troy Clarke, qui s'exprimait lors d'une interview à la chaîne CNBC. »

 

Dans le camp des pessimistes, on trouvera encore le FMI qui confirme ses positions, citées par Les Echos aujourd'hui : « "Le scénario sera pire, mais le directeur général l'a déjà dit", a déclaré Ter-Minassian lors d'une conférence à Lisbonne. "Il s'agit d'une crise véritablement mondiale, qui a des conséquences pour toutes les régions et pour tous les pays du monde, à tous les niveaux de développement."
L'organisation s'attend à une contraction du PIB de 2,6% cette année aux Etats-Unis (contre -1,6% projeté en janvier) et à une contraction de 3,2% de la zone euro (contre -2%). Le produit intérieur brut japonais, lui, devrait chuter de 5%, alors que le Fonds ne prévoyait il y a deux mois qu'une baisse de 2%, a-t-elle ajouté. »

 

 

On ajoutera dans ce camp Robert Zoellick, le patron de la Banque Mondiale qui a déclaré dans le quotidien britanique Daily Mail : « Mon estimation est que l'activité va probablement reculer de 1 à 2%. Nous n'avons pas vu de tels chiffres depuis la seconde guerre mondiale, et en fait depuis les années 30 ». Les Echos qui citent cet entretien continuent : « M. Zoellick a ajouté que le commerce international devrait probablement enregistrer "sa plus forte chute depuis 80 ans" et a dit craindre que la crise économique n'entraîne le décès de 200.000 à 400.000 enfants par an, appelant au passage les pays riches à accroître leurs efforts contre la pauvreté. »

 

 

On y mettra également Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie 2001 et professeur à l'université de Columbia,  qui déclare dans un article intitulé "Comment rater la relance" et publié par Les Echos d'hier :

« Certains ont cru que l'élection de Barack Obama allait remettre sur pied l'Amérique. Mais, même après l'adoption d'un plan massif de relance, cela n'est pas le cas. 

« Le plan de relance est important - plus de 2 % du PIB par an -, mais un tiers est consacré aux réductions fiscales. Or, les Américains - endettés, menacés de licenciement - vont préférer utiliser ces baisses d'impôt pour faire des économies. Certes une augmentation de l'épargne des ménages est une bonne chose. Mais elle se fait au détriment de la croissance économique. De plus, le déficit du budget des finances fédérales se situera à 10 % du PIB.

« En d'autres termes : le plan de relance d'Obama va consolider l'économie américaine. Mais il ne permettra pas de restaurer une croissance robuste. »

Je vous conseille de lire l'intégralité de cet article qui pose parfaitement les limites des plans de relance actuels... 

 

 

 

Je laisse la conclusion à François Vidal qui résume bien la situation actuelle dans un article des Echos de ce jour ("Bourgeons boursiers") :

« La crise serait-elle finie ? Depuis une semaine, un vent d'optimisme souffle. En tout cas sur les marchés financiers.

« Quand tous les indicateurs de l'économie réelle sont au rouge vif, que les tensions sociales s'exacerbent, ce rallye boursier a de quoi surprendre.

« Il trouve son origine dans deux annonces, venues rompre la litanie des mauvaises nouvelles. La première a trait à la finance. La banque américaine Citigroup a enregistré deux mois consécutifs de profits, en janvier et février, ce qui ne s'était pas vu depuis près d'un an et demi. En clair, une banque « zombie » quasiment nationalisée est parvenue à retrouver un semblant d'équilibre.

« L'autre annonce est à mettre au crédit de Jean-Claude Trichet et de Ben Bernanke. A quelques jours de distance, les deux banquiers centraux ont affiché leur confiance dans une reprise économique dès 2010. L'Américain ajoutant même qu'il en voyait déjà les « bourgeons ». De quoi là encore ancrer l'idée que le pire est passé.

« Pour autant, il faut se garder de tirer des conclusions hâtives de cette embellie boursière. Comme en témoigne la séance de New York d'hier. D'abord, parce que la crise procède par vagues successives entrecoupées de périodes d'accalmie. Rien ne dit que nous ne traversions pas l'un de ces moments de répit. Ensuite, parce que les périls restent nombreux. De la faillite d'un acteur systémique ou même d'un Etat à une guerre des changes, en passant par des troubles sociaux, le champ des possibles en la matière est encore très vaste. Enfin, parce que si la situation du secteur financier a cessé de se dégrader, elle reste très précaire et le restera tant que la question du nettoyage des actifs toxiques sera posée. Or, sans redémarrage durable du crédit, il ne peut y avoir de reprise économique réelle. Cela aussi, Ben Bernanke l'a dit. » 

 

 

 

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