L'envolée du chômage se confirme en février

Publié le par Bernard Sady

Les statistiques du chômage pour février viennent d'être publiées par le ministère de l'emploi : 79 900 demandeurs d'emploi en plus, soit une augmentation de 3,5%. Ce qui porte à 2,38 millions le nombre de chômeurs en France, ce qui fait une augmentation de 19% sur un an.

Ces statistiques ne concernent que les chômeurs de catégorie A, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas du tout travaillé en février.

 

Si l'on prend en compte ceux qui ont « exercé une activité réduite » (moins de 78 heures dans le mois), la progression est de 80 800 sur février pour un total de3,4 millions de demandeurs d'emploi. Il y a donc un tiers de demandeurs d'emploi qui ont une « activité réduite ». Mais la faible augmentation de cette catégorie en février montre l'effondrement du travail intérimaire et temporaire.


Ce sont surtout les jeunes qui sont touchés : +5,1% en un mois et  +32% sur un an pour la seule catégorie A. D'après Martin Hirsch, le Haut Commissaire à la Jeunesse, leur nombre pourrait augmenter de 150 000 à 250 000 pour atteindre 650 000 à la fin de l'année 2009.

 

 

Ces chiffres confirment les prévisions publiées par l'INSEE en début de semaine qui annonçaient plus de 380 000 chômeurs supplémentaires sur le premier semestre de cette année.

Espérons que ce chiffre ne sera pas dépassé, car si nous continuons sur cette lancée et que nous avons entre 80 000 et 90 000 chômeurs supplémentaires chaque mois, nous arriverions à presque 500 000 chômeurs supplémentaires fin juin et 1 million de plus en fin d'année... Cette hypothèse n'est pas complètement aberrante, car nous ne sommes qu'au début des plans sociaux de grande ampleur et des fermetures d'entreprises. Les Continental, Goodyear ou Heuliez vont hélas se multiplier au fur et à mesure que nous avançons dans cette crise. D'autant que maintenant, tout le monde s'accorde pour dire qu'il n'y aura pas de reprise cette année et que les mesures du plan de relance de la France semblent avoir peu d'effets (au moins pour le moment...) sur le chômage.

Publié dans Economie

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MKL 31/03/2009 11:47

Bernard,
La semaine de 4 jours ne permettrait effectivement pas de "sauver" les entreprises dont le portefeuille de commandes s'effondre.
Par contre pour celles qui peuvent tenir pendant la crise à condition de mettre en place un plan social drastique, elle permmettrait d'éviter des centaines de milliers de licenciements, et d'embaucher massivement une fois l'activité repartie (même faiblement).
Les gains de productivité ne sont pas absolument nécessaires lors du passage à 4 jours, beaucoup des 400 entreprises ayant adopté cette organisation sont des TPE avec peu de possibilités de tels gains (petits commerces, librairies, restaurants, auto-écoles, entreprises artisanales passées de 4 à 5 employés...).
Dans leur cas, les éxonérations de cotisations patronales jouent à plein pour maintenir une masse salariale constante et éviter toute augmentation de coût de production, la seule contrainte étant de diminuer temporairement les hauts salaires d'environ 3%.
Je dis "temporaire" car l'objectif secondaire de cette mesure est de rééquilibrer le rapport de force salarié/employeur afin de redonner au 1er un pouvoir de négociation salariale. Actuellement la peur du chômage réduit souvent la négociation à un "Si t'es pas content tu peux aller voir ailleurs !", mais imaginez le marché du travail avec 2 millions de nouveaux postes à pourvoir (chiffre le + probable, 1.6 étant le + pessimiste), les salaires ne resteraient pas longtemps à leur niveau actuel !
Enfin, tous les types d'activité sont concernés par cette mesure, y compris les services : des laboratoires de recherche, des petites SSII informatiques... sont à 4 jours depuis plus de 10 ans (avec un aménagement particulier il est vrai, adapté au mode "projet" dans lequel ces entreprises fonctionnent)


Pour les détails plus techniques de cette mesure (éxonérations, mode et source de financement, calcul du bilan financier pour l'entreprise et macro-économique), je ne peux que vous inciter à consulter les ouvrages de P. Larrouturou : "Pour la Semaine de 4 Jours - sortir du piège des 35h", ou son ouvrage à paraître "Crise : non assistance à peuples en danger" dont une partie devrait être consacrée à la mise à jour des données issues de l'expérimentation en cours.
En attendant, ci-dessous une interview parue aujourd'hui dans Capital :
http://www.capital.fr/carriere/interviews/l-adoption-de-la-semaine-de-quatre-jours-creerait-1-6-million-d-emplois-367392
Bien à vous,
MKL

Bernard Sady 14/04/2009 22:23


Je viens de lire l'article de Capital et j'avoue que je ne suis pas convaincu de cette semaine de 4 jours, mais je vais étudier la question et y répondre plus amplement dans un prochain billet.


MKL 30/03/2009 14:21

FB,
La semaine de 4 jours à la carte (modulable sur l'année) est effectivemnet basée sur une journée de 8h, mais raisonner en heures ne veut désormais plus rien dire (surtout pour les cadres par exemple).

Ci-dessous quelques éléments de comparaison 35h (dont P. Larrouturou prédisait l'échec dans "35h - le double piège" en 1998!) et la semaine de 4 jours :

- L'effet de levier n'est pas le même : une entreprise peut assez facilement compenser quelques heures de travail perdus par une réorganisation, des gains de productivité mais sans aucune embauche supplémentaire, ce qui s'est produit avec les 35h et qui n'est plus possible avec 1 jour complet/semaine ou 1 semaine/mois en moins.
- Les exonérations de charges accordées avec la semaine de 4 jours sont absolument conditionnées à l'embauche d'au moins 10% de collaborateurs supplémentaires (aucune contrainte avec les 35h, ce qui a creusé encore + le déficit budgétaire de l'état, et créé peu d'emplois)
- Les exonérations de charges sont financées par l'UNEDIC (donc sans aucune taxe supplémentaire pour le contribuable ou l'entreprise), alors qu'elles étaient prélevées directement du budget de l'état pour les 35h.
- Cette mesure est en outre associée à un important plan de formation pour que les postes créés soient pourvus très rapidement (ce qui n'a jamais été le cas pour les 35h et qui a provoqué des problèmes de sous-effectifs qualifiés, notamment dans les hôpitaux)
- L'expérimentation de la semaine de 4 jours a été possible par le vote d'une loi en 1996 sous l'influence d'une équipe de spécialistes dirigée par Pierre Larrouturou (lui-même ancien consultant en stratégie industrielle pour un grand cabinet de conseil). Malheureusement, elle a été abrogée par la loi sur les 35h, avec le "succès" que l'on sait... Seules les entreprises ayant mis cette mesure en place à l'époque peuvent encore en bénéficier.

Enfin pour info, voici le temps de travail hebdomadaire moyen constaté fin 2007 (avant la crise) dans différents pays (hors chômeurs et tous types de contrats confondus): USA : 33.7 - Allemagne : 33.6 - GB : 32.1... du à l'explosion du temps partiel subi...
http://nouvellegauche.fr

Bernard Sady 30/03/2009 22:48



MKL,
Complètement d'accord sur les 35 heures.
Sur les 32 heures, c'est encore significatif pour le personnel ouvrier qui a toujours une base horaire. Et sauf à augmenter la productivité de manière importante, les coûts de production sont
plus élevés, malgré les réductions de charge.
Votre distinction entre l'UNEDIC et l'Etat est artificielle, car lorsque l'UNEDIC est en déficit, c'est l'Etat qui compense... C'est uniquement une question d'écriture, car au final, c'est le
contribuable / salarié qui paie.
Attention à vos statistiques sur le temps de travail hebdomadaire moyen... Que donnerait un temps de travail de 32 heures avec les congés, la 5ème semaine, les jours fériés? Et il y aura toujours
du travail partiel subi. Au fait, quel est le chiffre de la France et d'où proviennent vos statistiques?
Les 32 heures, pourquoi pas, mais pour des entreprises particulières sur des marchés précis et dont le coût de MO n'entre pas pour une part essentielle dans le prix de revient... Autant dire
qu'il y a vraisemblablement peu d'entreprises qui peuvent adopter un tel horaire.
Au plaisr de vous lire.



FB 30/03/2009 12:46

"semaine de 4 jours"?
ça veut dire 32h?
là, je comprend plus!!!

Bernard Sady 30/03/2009 22:32


Eh oui, 8x4=32.
Certains l'ont fait et parfois ça marche (ou ça a marché), mais au prix d'une amélioration de la productivité et souvent sur des marchés protégés. Il faut maintenant voir comment ces entreprises
vont passer la crise.


MKL 26/03/2009 17:53

Créer 1.6 millions d'emplois CDI en 2 ans malgré la crise est possible !

En généralisant la semaine de 4 jours à la carte, expérimentée depuis 15 ans sur 400 PME/TPE (Mamie Nova, Fleury Michon, Télérama...) sans ruiner l'état ni augmenter les charges de l'entreprise (masse salariale constante - exonérations de charges financées par l'UNEDIC), et sans baisse de salaire sous les 1500€/mois - 3% max négociable pour les autres (études Ministère du Travail - Caisse des Dépôts).

Différentes personnalités politico-économiques ont, en leur temps, plébiscité ce concept :
- Gilles de Robien (à l'origine de la loi expérimentale, coaché par Pierre Larrouturou)
- Jacques Chirac (lors de sa visite de Brioches Pasquier (Pitch), qui passait à 4j)
- Brice Hortefeux (lors d'une rencontre avec PL suivie d'une conférence patronale sur le sujet)
- Michel Barnier dans son livre "Vers une Mer Inconnue"
...

Il faut abbroger les 35h (inefficaces - tout le monde le reconnait) et généraliser la semaine de 4 jours !

Témoignage :
« Co-dirigeant d'une entreprise de 44 personnes, j'ai eu la chance de rencontrer Pierre LARROUTUROU en 1994. J'ai mis en place un de ses concepts "la semaine de 4 jours" (création d'emplois par la réduction du temps de travail-loi expérimentale de Juin 1996). Après quelques mois d'étude avec le personnel pour réorganiser l'entreprise (ouverture 6 jours par semaine mais 4 jours de travail pour les salariés, la mise en place s'est effectuée avec une incroyable énergie et avec des résultats financiers inespérés. La très grande leçon de cette "aventure" c'est la découverte de la capacité de tous les salariés à trouver des solutions concrètes aux problèmes de l'organisation de chaque service dans la mesure où ils sont impliqués dans le projet. »

La solution existe, testée et validée, alors qu'attendons-nous ? Le chaos ?

http://nouvellegauche.fr

Bernard Sady 30/03/2009 22:30


Bonsoir MKL,
Dans ce que vous dites, il y a des choses très vraies. Il faudrait cependant nous en dire plus sur ces 400 PME : marché, situation actuelle, etc. Car je vois mal comment une entreprise qui
perd 50% de ses commandes en quelques semaines comme ce qui se passe chez les sous-traitants de l'automobile peut s'en sortir, même en travaillant 4 jours par semaine...
Par contre, le fait d'intégrer le personnel à une réorganisation et à la résolution des problèmes est toujours gagnant. Et le fait de ne travailler que 32 heures peut être largement compensé
par une augmentation importante de la productivité.
Mais attention, car cette  amélioration a ses limites. Toyota, qui est le champion de la productivité souffre quand même dans cette crise, et les améliorations de productivité, ainsi que la
participation des salariés a pu se trasformer en "usine du désespoir".
D'autre part, une telle réduction du temps de travail peut difficilement s'envisager dans certains secteurs comme le textile, car cela implique une augmentation des coûts, sans beaucoup d'espoir
d'amélioration de la productivité... Les 35 heures ont d'ailleurs fini par tuer les entreprises textiles. Celles qui restent n'emploient que quelques centaines d'employés.  
Il faudrait également donner des contre-exemples, car il doit y en avoir... Dans toute expérience, il y a des succès, mais il y a aussi des échecs. Pour pouvoir se faire une idée correcte, il ne
faut pas éliminer les échecs et leurs causes.
Il faut aussi voir ce qui se passe dans la durée, car c'est un phénomène parfaitement connu qui veut que tout ce qui est nouveau est très beau. Il faut faire un point sur la motivation du personnel
et les gains de productivité quelques années après.
Au plaisir de vous lire et de continuer à débattre.
En conclusion, je dirais que toute organisation est possible. Tout dépend du marché, du type de production, de l'importance relative de la main d'oeuvre dans le prix de revient, etc... Et du mode
de management.