Les "mesurettes" et les dépenses du G20...

Publié le par Bernard Sady

Le G20 est terminé et son communiqué vient d'être publié (en anglais).



En voici les principaux points, bien résumés par Les Echos :



Lutte contre les paradis fiscaux : l'OCDE vient de publier ce soir la liste des paradis fiscaux.


Selon lemonde.fr, il y a maintenant trois listes :

- La liste noire sur laquelle il ne reste que quatre pays : Le Costa Rica, la Malaisie, les Philippines et l'Uruguay. Ces « quatre pays ont refusé de respecter les nouvelles règles internationales en matière fiscale ».

- La liste grise pour « les centres financiers qui ont promis de se conformer aux nouvelles règles sans les appliquer » sur laquelle il y a 38 pays dont « des pays comme la Suisse et le Liechtenstein, qui avaient promis avant le sommet du G20 plus de transparence. On retrouve également la principauté de Monaco, les îles Cayman, Andorre, le Chili, la Belgique et l'Autriche. »

- La liste blanche pour « ceux qui s'y conforment "substantiellement" » dont « les Seychelles, l'île de Man, l'Irlande, les Barbades, la France, les Etats-Unis ou encore l'île de Jersey ».


La Chine figure également sur la liste blanche. « Elle avait donné son accord à condition que deux de ses territoires, Hongkong et Macau, ne figurent pas sur la liste noire. L'OCDE constate néanmoins que les deux régions administratives spéciales chinoises se sont pour l'instant "limitées à des engagements". »


Par contre il y a deux grands absents sur cette liste : la Grande-Bretagne et les USA...

Les paradis fiscaux ont encore de beaux jours devant eux...


D'autant que les sanctions envisagées ne pèsent rien en face de l'intérêt de glaner l'argent du monde entier : « Les sanctions contre les pays de la liste noire peuvent aller jusqu'à des audits répétés pour ceux qui utilisent des institutions de ces pays. Les participants au G20 ont déjà fait remarquer que les relations bilatérales avec les membres de cette liste pourraient également être modifiées. » Ah! Mais!



Soutien à l'économie : à défaut d'un plan de relance concerté, Obama a obtenu que 1100 milliards de dollars (bien sûr, des dollars...) soient mis à la disposition du FMI et de la Banque Mondiale. « Au total, le G20 aura injecté 5.000 milliards de dollars dans l'économie d'ici à fin 2010, a estimé le premier ministre britannique. » Sans préciser d'où proviendraient la plus grande partie de ces fonds... Et c'est bien là le plus grave. Une des causes de la crise, c'est la trop grande création de liquidités. C'est Angela Merkel qui l'affirmait samedi dernier dans le Financial Times : « La crise ne s'est pas produite parce que nous avons distribué trop peu d'argent, mais parce que nous avons créé de la croissance économique avec trop d'argent et que ce n'était pas une croissance durable ». C'est comme si on prescrivait de manger encore plus à quelqu'un victime d'une indigestion, sous prétexte qu'il ne sentirait pas très bien...



Réglementation financière :

« Les pays du G20 se sont mis d'accord pour mettre en oeuvre de "nouvelles règles" sur les salaires et les bonus au niveau mondial ». Ces règles seront facilement détournées... Les financiers (dont c'est le métier...) ne sont pas à court d'imagination pour dissimuler quelque argent. D'autant qu'il existera toujours des paradis fiscaux...


Les "hedge funds" et les agences de notation devront « s'inscrire auprès de leurs autorités ».


Les "hedge funds" devront de plus « donner des renseignements sur leur niveau d'endettement afin d'évaluer le risque qu'ils font peser sur l'ensemble du système. » C'est quand même un minimum...


Concernant les "actifs toxiques", le G20 a abordé la question dans le § 8, mais sans préciser comment il allait s'y prendre... Les Echos précisent : « Gordon Brown a promis une "approche mondiale commune" pour nettoyer le bilan des banques, sans toutefois donner de détails. » C'est quand même une grosse lacune... car comme le G20 le reconnaît lui-même, « nos actions pour restaurer la croissance ne peuvent pas être efficaces tant que nous n'aurons pas restauré les prêts et les flux internationaux de capitaux ».


Les institutions de régulation mondiale vont évoluer : « le forum de stabilité financière va être remplacé par un "Conseil de stabilité financière" (Financial Stability Board) qui inclue les pays du G20. Ses pouvoirs seront accrus : il sera en particulier chargé de mettre en garde contre les risques systémiques en train de se former dans les marchés. »



Protectionnisme : le G20 a également réaffirmé son rejet.



Mais pour comprendre la véritable efficacité de ce G20, selon lui-même, il faut lire le dernier paragraphe (29) : « Nous nous sommes engagés à travailler ensemble avec urgence et détermination afin de traduire ces mots en action. Nous avons convenu de nous réunir à nouveau avant la fin de cette année pour examiner les progrès sur nos engagements. »

Ce qui veut bien dire que ce ne sont que des mots, mais qu'il n'y a pas d'actions précises décidées...



Résultat ? Les bourses ont applaudi. Les financiers sont satisfaits : on n'a pas trop perturbé leur business, et au contraire, on va remettre de l'essence dans la machine pour qu'ils puissent prélever à nouveau leur part du gâteau...



Les chefs de gouvernement se sont également félicités. En particulier Nicolas Sarkozy : « Pour dire la vérité, c'est au delà de ce qu'on pouvait imaginer. Nous sommes tous conscients du fait que tout seul, nous ne pouvons rien. C'est émouvant de voir des pays aussi différents de se mettre d'accord. [...] Pour toutes les mesures, il y a une méthode, il y a un calendrier et un responsable. »

Désolé, mais dans le communiqué, je n'ai vu aucune méthode, aucun calendrier (en dehors de la future réunion « avant la fin de l'année »...) et encore moins de responsable !


Il avait pourtant lancé une semaine plus tôt à Saint-Quentin : « Je le dis par avance, je ne m'associerai pas à un sommet qui déciderait de ne rien décider... Le sommet de Londres ne doit pas être un sommet technique mais un sommet politique ». Et finalement, il s'y est associé. Il faut dire que de jours en jours ses "exigences", telles le PIB, n'ont fait que décroître...



Cela rappelle le G20 de novembre, à l'issue duquel tout le monde était content pour s'apercevoir quelques semaines pus tard, qu'il n'avait abouti à rien de concret.

Et le monde a continué à s'enfoncer dans la crise.

Mais il semble qu'il y a quelques signes positifs qui pointent leur nez ?

Ce sera l'objet d'un prochain billet.

Publié dans Economie

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