Résultat du G20 : ce qu'en dit Attali...

Publié le par Bernard Sady

Je ne suis pas un fan de Jacques Attali, mais j'avoue que ses analyses concernant le G20 sont très pertinentes. Je vous conseille la lecture de son dernier billet sur son blog : « Un dernier verre, pour la route ».


Dans ce billet, il rappelle d'abord « les efforts énormes des uns et des autres », « pour que personne ne claque la porte », « pour qu'on traite sérieusement de la régulation », « pour qu'on rappelle les immenses programmes de relance », « pour qu'on reforme le FMI et qu'on crée des DTS », « pour qu'on augmente de 0, 75 trillions les moyens du FMI ».


Puis, il explique qu'il craint « que tout cela n'annonce aussi l'accumulation de bien de nouveaux nuages à l'horizon, parce qu'on emploie pour résoudre la crise les mêmes armes que celles qui l'ont créée ».



Et il donne « quelques exemples ».


D'abord les 5 000 milliards de dollars de relance qui représentent « 10% du PIB mondial ». La question « est simple : qui finance ? » En dehors de « la vente d'un peu d'or du FMI », il n'y a « aucune recette ». La constat d'Attali est sans appel : « Comment alors espérer résoudre une crise de la dette en augmentant la dette ? A terme, par l'argent des contribuables. »


Ensuite, il aborde la réforme des normes comptables qui semblent nécessaires pour éviter les effets pro-cycliques (accélération de la crise). Mais « en permettant aux banques et aux assureurs de ne plus valoriser leurs actifs à des prix proches de leur valeur de marché, on améliore en apparence le bilan des banques. » Ce qui aura comme effet pervers de ne pas les encourager « à se débarrasser de leurs actifs toxiques. Les auditeurs vont même se retrouver, avec ces nouvelles dispositions, dans l'obligation de valider des valorisations d'actifs même s'ils ne sont pas convaincus des hypothèses sous jacentes. » Une bombe à retardement de plus : « Quand la vérité apparaîtra, dans quelques mois ou quelques années, il faudra recapitaliser ces institutions. Avec l'argent des contribuables (bis) ».


Puis, Attali aborde la spéculation. Elle serait réduite « en apparence ». Car « en pratique », « rien n'est dit sur les CDS, épée de Damoclès au dessus du système, ni sur les paradis fiscaux anglo-saxons, grands vainqueurs du G20, ni sur la réalité de la titrisation et des effets de levier. »



Et tout semble continuer comme avant : « la FSA (régulateur anglais) a autorisé avant hier la Barclays à céder l'une de ses filiales en lui permettant de financer l'acquéreur. » « Les nouvelles valorisations autorisées vont améliorer artificiellement les fonds propres et permettre l'accroissement des effets de levier. » « Le plan Geithner va permettre aux banques américaines de vendre leurs actifs toxiques avec des effets de levier dignes des pires spéculations d'avant la crise (9 pour 1). » Et ce sera encore au détriment des contribuables : « Comment le Comité de Stabilité Financière autorisera t-il ainsi à des fonds spéculatifs de faire d'immense profits avec l'argent des contribuables (ter) ? »   



La conclusion de Jacques Attali est imparable : « Au total, tout se passe malheureusement comme si, à coté de mesures très utiles et courageuses, dont j'espère infiniment qu'elles suffiront, on mettait en place un immense plan de relance aveugle, non dirigé vers la sauvegarde des banques, ni vers les secteurs d'avenir, et non financé, qui pourrait se terminer, dans deux mois ou dans deux ans, par des faillites, une hyperinflation, et un formidable plan d'austérité. »

Hé oui, un jour, il va bien falloir rembourser...


Et il termine par la même image que celle qu'il avait prise dans un de ses billets précédents : « Tout se passe comme si les alcooliques anonymes, tout heureux de leurs bonnes résolutions, avaient décidé, au sortir de leur réunion, de prendre un dernier verre. Pour la route. »

1 000 milliards de dollars, c'est quand même un gros verre...

Publié dans Economie

Commenter cet article