Pauvre génération Y : doublement sacrifiée !

Publié le par Bernard Sady

Les chiffres du chômage pour le mois de mars viennent de tomber : 63.400 demandeurs d'emploi en plus, venant s'ajouter aux 180.000 de janvier et février. Soit une hausse de près de 250.000 demandeurs d'emploi en 3 mois, pour arriver à 2.448.200 chômeurs fin mars. Les Echos ajoutent : « Si l'on ajoute les chômeurs ayant travaillé occasionnellement dans le mois, le nombre de demandeurs d'emploi s'établit à 3.480.700, en hausse de 77.000 en mars (+ 2,3 %). »


Les Echos rappellent également que « dans ses dernières prévisions, l'Insee tablait sur un chiffre assez proche (281.000 chômeurs de plus), mais pour l'ensemble du premier semestre ! »...


Ce n'est pas brillant, même si la hausse "ralentit"...


Le plus grave, c'est que le chômage des jeunes, la fameuse génération Y, explose : « Le chômage des jeunes [de moins de 25 ans] a bondi de 4 % en mars, et sur douze mois, la progression représente 35,8 % (et même 49,9 % pour les seuls hommes de moins de 25 ans). Ainsi, 451.600 demandeurs d'emploi de moins de 25 ans sont-ils inscrits à Pôle emploi en catégorie A. »

Et les causes montrent maintenant les premiers effets des plans sociaux : « Quant aux motifs d'inscription, il se confirme que les fins de missions d'intérim sont en léger recul et que les fins de CDD se stabilisent, les entreprises s'étant déjà largement séparées des salariés précaires. En revanche, les inscriptions pour licenciements économiques ont bondi de 11,9 % en mars (46,1 % sur un an), même si elles restent relativement limitées en valeur absolue. » Et ce n'est qu'un début : «  La mise en oeuvre des plans sociaux dans les mois à venir devrait peser sur cet indicateur. »

Marie-Madeleine Sève, dans Les Echos d'aujourd'hui ("Pourquoi les jeunes broient du noir ?") pose la question : « Où est donc passée la superbe de la génération Y ? Ces enfants gâtés nés dans les années 1980 et au début des années 1990, adeptes du zapping, individualistes, impatients, inventifs, parfois capricieux et prêts à s'investir dans l'entreprise... sous condition. »


Et la réponse tombe, terrible : « La situation s'est retournée. "2009, c'est 1994 en pire", assène le sociologue Michel Fize, chercheur au CNRS et auteur du "Livre noir de la jeunesse". "1994, c'est le flop du CIP Balladur lancé en plein marasme économique. Les jeunes n'ont pas la bonne filière, ni le bon diplôme, ni le bon salaire, ni le logement, ni toujours la santé, ni l'autonomie. Ils en deviennent fatalistes, pensant que c'est la logique du système libéral." »

Marie-Madeleine Sève poursuit : « Des facteurs aggravants se combinent aujourd'hui pour fabriquer chez eux un sentiment d'exclusion. Les entreprises ont repris la main. Elles préfèrent embaucher un junior avec deux ou trois ans d'expérience plutôt qu'un débutant. "Ce dernier se vit alors comme un second choix, constate Christian Darantière, directeur délégué de l'Afij. La concurrence s'intensifie à deux niveaux : avec de plus aguerris que soiavec les diplômés des écoles préférées des employeurs. En outre, l'entreprise travaille en réseau : elle recherche des candidats auprès de ses clients ou fournisseurs. Difficile pour un étudiant d'avoir accès à l'information ! Encore plus s'il s'appelle Mohammed et qu'il habite La Courneuve." »


Je me souviens de 1994 et de l'arrêt brutal des embauches dans les entreprises. A cette époque, certains jeunes ingénieurs n'avaient pas réussi à trouver d'emploi correspondant à leur diplôme et avaient dû se rabattre sur des postes de techniciens après de longs mois de galère : c'était devenu la course à la sous-qualification... Quelques années plus tard, on en a retrouvé certains dans des filières de remise à niveau...


Il est vraisemblable qu'on va assister au même phénomène en plus grave...

Et il est également vrai que la brutalité de l'arrêt est beaucoup plus sévère. Nous sommes passés d'un marché de plein emploi pour les jeunes cadres en septembre à un marché bloqué au rouge vif depuis le début de l'année.



Un autre phénomène, beaucoup plus inquiétant et certainement beaucoup plus pénalisant, est lié à la formation de cette génération Y : l'hypertrophie du cerveau droit au détriment du cerveau gauche due aux méthodes de « lecture globale, silencieuse et rapide » en vigueur dans toutes les écoles primaires, surtout depuis les années 1980.


Les caractéristiques qu'on attribue à cette génération : « adeptes du zapping, individualistes, impatients, inventifs, parfois capricieux », comme l'écrit Marie-Madeleine Sève, sont des caractéristiques plutôt liées au cerveau droit. Elles cachent en fait des manques graves qu'il va falloir gérer dans nos entreprises : difficultés de concentration, difficultés d'analyse fine, difficultés d'écoute réelle, difficultés de réflexion, difficultés à innover réellement (en dehors du copier-coller...), difficultés à travailler sur le long terme, manque d'esprit critique qui sont toutes des caractéristiques influencées par le cerveau gauche.


La force des générations précédentes était l'équilibre et la collaboration permanente entre les deux cerveaux. Que vont donner l'atrophie du cerveau gauche et l'hypertrophie du cerveau droit pour cette génération ?


La génération Y va-t-elle révolutionner le management dans les entreprises comme l'affirment les partisans de l'Entreprise 2.0 ?

Peut-être pas dans le sens qu'ils espèrent...


J'ouvre dès maintenant une nouvelle rubrique dans laquelle je développerai ce thème, ô combien important.


Dans un prochain billet, je commencerai par les caractéristiques de nos deux cerveaux, car il y a un certain nombre de confusions qui ont été faites à ce sujet.

Publié dans Economie

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