Cerveau droit et cerveau gauche (1)

Publié le par Bernard Sady

Comme annoncé précédemment, je commence une série de billets sur les méthodes d'apprentissage et leurs impacts sur la génération Y.


Depuis plus de 15 ans, je m'intéresse à la pédagogie et en particulier aux travaux d'Antoine de la Garanderie. Puis j'ai suivi les travaux du Docteur Wetstein-Badour sur les méthodes d'apprentissage de la lecture. Enfin, j'ai découvert récemment le livre d'Elisabeth Nuyts "L'école des illusionnistes" qui me semble le plus complet sur cette problématique. Je m'inspirerai principalement de ce dernier livre.


Par ailleurs, ayant étudié depuis quelques mois la "fameuse génération Y", force est de constater que ce que dénonce Elisabeth Nuyts s'applique parfaitement aux qualités et défauts de cette génération.



Commençons donc par la notion de cerveau droit et de cerveau gauche.


Depuis longtemps, on s'est aperçu que chacun des lobes du cerveau avait des fonctions particulières. Mais c'est surtout depuis les travaux de Gazzianiga, Changeux et Sperry à partir des années 1970, que l'on connaît beaucoup plus précisément le rôle de chacun de ces hémisphères.


Je citerai longuement le chapitre III du livre d'Elisabeth Nuyts "Spécialisation hémisphérique et pédagogie".



D'abord, le premier constat est que « nous avons besoin de nos deux hémisphères parce qu'ils sont complémentaires. »



Voyons d'abord le cerveau droit :

« L'hémisphère droit est analogique et intuitif :


-         Son approche est globale.


-         Son domaine est l'espace, il est spécialisé dans le traitement de la forme et de l'information graphique non-lexique, images, dessins, idéogrammes qu'il perçoit globalement. C'est donc lui qui est sollicité lors de la lecture globale.


-         Il ne perçoit pas la chronologie, les phrases complexes.


-         Analogique, il suit une logique binaire : conforme / non conforme (à la théorie présentée, ou tout simplement, aux données engrangées, etc.). C'est à partir de cette logique, extrêmement rapide, qu'il est capable de reconnaître ce qu'il connaît déjà. Dans un choix de propositions, il est capable de retrouver la bonne solution. Il fonctionne par associations d'idées, concrètes ou abstraites. C'est donc lui qui travaille dans les réponses aux QCM et la recherche de champs lexicaux. Analogique, il est incapable d'expression véritablement personnelle.


-         Travaillant par reconnaissance, c'est lui qui est responsable du rappel des informations déjà engrangées.


-         Il procède par tris et catégories.


-         Il peut établir des constats, et faire des observations brutes, mais ne peut les interpréter.


-         Intuitif, il est capable de faire des approximations.


-         Il a accès au sens des informations simples, mais pas à l'interprétation fine de données complexes : il est littéral.


-         Sa mémoire est donc littérale, qu'elle soit auditive (mémoire perroquet), ou visuelle (visualisation).


-         J. ECCLES, dont les travaux sur le cerveau ont été couronnés, comme ceux de W. SPERRY, par un prix Nobel, compare l'hémisphère droit à un "automate préconscient".


-         Cet hémisphère accède au sens cependant, mais de façon intuitive et globale, dans une zone qui est symétrique de l'aire de Wernicke.


-         Procédant par bonds intuitifs, il émet des hypothèses, qu'il ne peut vérifier, si la vérification demande une anyse ou une iterprétation.


-         Il procède ensuite par déduction, à partir de ces hypothèses, de théories ou de règles données.



« Dans le domaine de la lecture et de l'écriture :


-         Le cerveau droit lit directement, sans avoir besoin d'oraliser sa lecture.


-         Bien que ce ne soit pas un hémisphère verbal, il comprend et exécute des instructions orales ou écrites simples. Il a du mal à traiter les informations verbales complexes. Il s'attache aux intonations, aux inflexions, aux modalités affectives de la voix.


-         Ses capacités langagières, longtemps mises en doute, sont maintenant reconnues mais jugées bien inférieures, tant dans le vocabulaire que dans la syntaxe, à celles d'un adulte qui a librement accès à ses eux hémisphères. C'est lui qui produit clichés, expressions conventionnelles, automatismes, proverbes, rimes, listes de mots et citations. Toutes expressions non personnelles.



« Dans le domaine du comportement la plupart des chercheurs relient émotivité et cerveau droit : celui-ci est très impulsif, et réagit à des stimuli affectifs. »




Passons maintenant au cerveau gauche.


« L'hémisphère gauche, analytique et verbal est plus vulnérable que le cerveau droit, car il mûrit plus lentement.


-         Il est incontestablement dominant en matière de langage : "Nous naissons avec deux aires du langage, mais l'hémisphère gauche prend rapidement le dessus dès la première année." (J. Changeux).


-         L'hémisphère gauche est, chez 90 à 95% des droitiers, le siège du traitement de la parole. Il l'est également chez 65 à 70% des gauchers. C'est l'hémisphère responsable du langage complexe autonome qui est traité et produit dans les aires du langage situées de part et d'autre de la scissure de Sylvius.
D'où la nécessité de solliciter l'hémisphère verbal dans les activités d'écriture et de lecture, si l'on veut que celles-ci restent conscientes et autonomes : volonté de dire ou d'écrire, contrôle et compréhension.
Ainsi donc, pour la très grande majorité des occidentaux, l'hémisphère verbal est situé à gauche. [...] Puisque, dans la très grande majorité des cas, les fonctions verbales sont à gauche, et les fonctions spatiales à droite, pour respecter les écrits des spécialistes, nous allons donc continuer à appeler cerveau gauche le cerveau analytique, temporel et verbal, et cerveau droit le cerveau analogique, spatial et intuitif, quelle que soit la place que ces ensembles occuperont effectivement dans la boîte crânienne de nos enfants. Voyons donc maintenant comment sont regroupées les fonctions de l'hémisphère verbal, que l'on appelle souvent le cerveau gauche.


-         Il traite analytiquement les données complexes recueillies par l'un ou l'autre hémisphère, et leur donne sens. Il peut donc s'adapter à une réalité changeante. Il procède par induction à partir de ce que l'individu observe, et non à partir de règles.
Puisqu'il part d'observations faites par le sujet lui-même, il est autonome.


-         Il procède à l'encodage des informations et à leur stockage. Ensuite ces informations seront accessibles par le cerveau droit.


-         Il interprète et donne un sens logique aux données perçues par les deux hémisphères : "Seul le demi-cerveau gauche est capables de faire des déductions logiques. [Chez un commissurotomisé], on présente à chaque demi-cerveau une série de diapositives représentant des gestes successifs de la vie quotidienne - se lever, se raser, conduire sa voiture... Deux heures plus tard, on projette au malade une nouvelle diapositive qui pourrait très bien s'intégrer parmi les précédentes (par exemple, prendre son petit déjeuner). Le demi-cerveau gauche réussit alors parfaitement à la relier aux diapositives présentées auparavant, le demi-cerveau droit en est lui, parfaitement incapable ! D'où son nom d'hémisphère littéral." (Gazzanica)


-         Capable d'établir des liens de chronologie, le cerveau gauche perçoit les relations temporelles.


-         Sa logique est verbale et propositionnelle : il exprime en phrases complexes les relations d'appartenance, de but, moyen, cause, conséquence, opposition, condition...



« Dans le domaine de la lecture et de l'écriture, cet hémisphère est notamment responsable, nous dit J.L. Bradshaw :

  • des tâches perceptives
  • de l'analyse visuelle fine
  • de la traduction de graphèmes (signes) en phonèmes (sons) : c'est le rapport son/signe qui donne la clé du décodage de notre langue phonétique
  • du séquençage auditif et graphique (syllabation)
  • de la mémoire verbale à court terme (ex : le n° de téléphone que l'on se répète avant de le composer)
  • de l'expression personnelle du discours
  • de l'encodage des informations
  • et de la compréhension d'informations complexes.



« Dans le domaine du comportement, l'hémisphère gauche serait un "inhibiteur des conduites négatives" (Bradshaw), il filtrerait pulsions et émotions brutes. L'individu qui ne peut accéder à son hémisphère gauche serait donc primaire, parfois violent. Ce constat établi par un spécialiste de renommée mondiale corrobore mon expérience d'enfants du type de kinou (chap. II). L'homme au cerveau droit surdéveloppé au détriment du gauche ne pourrait pas gérer ses pulsions de façon autonome : il exigerait un encadrement extrêmement autoritaire. C'est une caractéristique qu'il ne faut pas oublier à l'époque où, par idéologie égalitaire, on a décidé de mettre au point la pédagogie du cerveau droit. »


Voici donc cette première étude qui permet de bien comprendre les fonctions complémentaires de chacune des hémisphères de notre cerveau.

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druille 06/05/2009 00:27

Je confirme, article très intéressant, même si j'ai déjà beaucoup lu sur ce sujet.
Voir le magazine (scientifique mais aussi vulgarisation) cerveau et psycho [http://www.cerveauetpsycho.fr/ewb_pages/r/recherche-multicritere-articles.php?rech_go=1&rech_texte_sz=cerveau+gauche&page15_int=1#result]:
N°3 (Gauche-droite, la grande illusion)
N°6 (Cerveau de gauche, cerveau de droite)
N°19 (Gaucher : Avantage ou inconvénient        Charlotte Faurie, Droitier, gaucher et œil dominant  Guy Azémar)
N°23 (Comprendre et accompagner l’élève gaucher    Michel Galobardes)

Merci éventuellement de me donner ton avis sur ces publications.
Bruno

Bernard Sady 13/05/2009 23:05


Je n'ai pu accéder à ces articles. Par contre, j'en ai lu d'autres qui m'ont semblés très intéressants...


Bruno 05/05/2009 10:02

Vivement la suite!

Bernard Sady 13/05/2009 23:01


J'espère avoir assez de temps pour aller au bout de cette étude passionnante, mais difficile...


Florent+F. 05/05/2009 08:50

Après réflexion je pense que la phase de réflexion et d'assimilation du système sont traitées par l'hémisphère gauche. Une fois l'information à disposition : il est plus facile pour le cerveau droit de générer des interconnexions sur la base des éléments visuels de l'analyse systémique.

Autre chose... A mon sens : les interconnexions entre les deux hémisphères sont omniprésentes. Dissocier les deux hémisphères nous permet de comprendre les rouages dans les grandes lignes mais il ne faut pas perdre de vu que cette approche reste assez "caricaturale"... ;-)

Au plaisir de te lire.

Bernard Sady 13/05/2009 23:00


Ce sera effectivement intéressant de voir comment le cerveau régit face aux éléments visuels de l'analyse systémique.


Florent F. 30/04/2009 17:29

Très intéressant...! ;-)
Cela me conforte dans l'idée que la systémique est vraiment un outils efficace. Il permet au cerveau droit (plus agile et rapide) d'assimiler des informations d'une nature complexe et analytique, par nature plus propice au traitement du cerveau gauche...

Vivement le deuxième épisode ! ;-)
Au plaisir

Florent.
http://analysesystemique.free.fr

Bernard Sady 04/05/2009 23:29


Bonsoir Florent
C'est un problème intéressant que tu poses-là. Le cerveau droit peut-il "assimiler des informations d'une nature complexe et analytique"? Je ne suis pas sûr, mais je vais approfondir la question.