Quelques conseils à des jeunes diplômés...

Publié le par Bernard Sady

Sur le site Internet de l'Usine Nouvelle, Christophe Bys a publié le 28 avril dernier un entretien très intéressant avec Julien Weyrich, responsable de « la division Ingénieurs et techniciens de Page Personnel, la structure spécialisée pour les jeunes diplômés ». Le titre en est « Jeunes diplômés : soignez vos savoir-être ». Tout un programme...



Le constat est d'abord très réaliste et nous éloigne des éloges qui sont généralement faits de la « fameuse génération Y ».

Le dernier article dithyrambique étant celui écrit dans Les Echos de ce même 28 avril par Caroline Montaigne sous le titre : « La génération Y bouscule les métiers du conseil » : cette génération a toutes les qualités et les employeurs doivent être à leurs genoux... Je ne résiste pas à vous citer le chapô de l'article : « La fameuse génération Y, qui désigne les enfants des babyboomers nés entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1990, incarne désormais près de la moitié des salariés des cabinets de conseil en France. Or ces jeunes profils ont des attentes spécifiques. Adeptes des nouvelles technologies, ils ont parfois une attitude déroutante. Dans ce secteur où la moyenne d'âge ne dépasse pas 33 ans, les cabinets de conseil s'attèlent à les fidéliser. Quitte à réinventer le métier de consultant. » Sans commentaire...



Non, Julien Weyrich est beaucoup plus sérieux et son analyse est plus conforme à la réalité.


Christophe Bys commence son article en "plantant le décor" (vous constaterez la différence avec l'article de Caroline Montaigne...) : « S'ils sont mieux formés, maîtrisant l'informatique et les langues étrangères, les jeunes diplômés possèdent aussi de sérieux handicaps. Les enfants du cocooning et du zapping ont du mal à comprendre l'entreprise et ses codes. »


A la première question concernant les qualités des jeunes diplômés, Julien Weyrich répond : « Internet oblige, ils ont incontestablement un spectre de connaissances plus large que leurs aînés. Ils s'intéressent à plus de sujets, même si, souvent, ces connaissances sont moins approfondies. Les jeunes se posent aussi moins de questions, au sens où ils sont plus fonceurs que les anciens. Ils se lancent, voient le résultat. Ils sont plutôt pragmatiques. » Ce sont là des marques de l'hypertrophie du cerveau droit au détriment du cerveau gauche...


Après les qualités, les défauts... La réponse ne laisse pas la place à la flagornerie : « Ces jeunes paraissent moins investis, moins ouverts et avec parfois des idées quelque peu préconçues. Je parle en général. Il y a toujours des exceptions. C'est la génération cocooning à outrance. Elle a parfois l'habitude d'avoir ce qu'elle veut. Dans le monde professionnel, cela peut avoir des effets néfastes. Les savoir-être ne sont pas toujours à la hauteur de la compétence qu'ils peuvent avoir. La ponctualité, la préparation de l'entretien, des qualités de savoir-vivre font souvent défaut. Aujourd'hui, un candidat ponctuel qui a préparé l'entretien fait la différence, tant cela est devenu rare. Il y a seulement dix ans, la sélection s'opérait sur d'autres critères, car la ponctualité ou la préparation étaient des évidences. »

Mon expérience confirme ces constats...

Le développement déséquilibré des deux cerveaux de cette génération y est vraisemblablement pour quelque chose, car le cerveau droit est individualiste et replié sur lui-même, alors que c'est par le cerveau gauche que se fait la conscience de soi et donc des autres. Mais « l'habitude d'avoir ce qu'elle veut » y prend également une grande part. Et là, c'est un problème d'éducation...


Compte tenu de ces constats, quels conseils peuvent être donnés à ces jeunes ?

Julien Weyrich répond qu'ils doivent « d'abord bien choisir leur formation. » Et ne pas vouloir à tout prix faire la course aux diplômes, car il vaut « mieux vaut être un excellent technicien qu'un ingénieur moyen. »


Dans tous les cas, « ils doivent choisir avec attention leur stage de fin d'étude, qu'ils soient en bac +2 ou bac +5. C'est déterminant pour le premier poste. Le secteur d'activité, l'entreprise seront des facteurs de différenciation qui feront pencher la balance. »


Et pour faire la différence lors des entretiens (en plus d'arriver à l'heure !), il insiste sur la préparation : « C'est essentiel de savoir qui on va voir et pour quel poste. »


Autres points importants lors des entretiens : « Il faut aussi savoir être ouvert et à l'écoute des conseils. Sur la question des salaires, gare aux moyennes avancées par les écoles qui sont souvent surestimées. Enfin, je leur conseille de s'impliquer. Il faut éviter de poser d'emblée des questions logistiques sur les tickets restaurants ou les 35 heures. »


Et il conclut sans ménagement : « J'ai une mauvaise nouvelle pour les jeunes : tout ne leur est pas dû. » Voilà un rappel qui n'est pas inutile par les temps qui courent, même si la crise a déjà bien refroidi cette « cocooning generation » quant à leurs exigences...

L'entretien se termine par l'éloge des formations par apprentissage, y compris pour les ingénieurs : « Un ancien apprenti a une connaissance approfondie de l'entreprise. Il a une culture de salarié, il intègrera plus vite le monde du travail. Il sera plus vite opérationnel. Sur le terrain des savoir-être qui sont le gros point faible des jeunes, l'apprentissage permet un gain important. »


Complètement d'accord.

Publié dans Nouveau job

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