Fiat, Chrysler, Opel... et La Fontaine

Publié le par Bernard Sady

Fiat vient de s'offrir à bon prix Chrysler : sans débourser un seul Euro...


Et voudrait faire de même ou presque avec Opel... et passer ainsi du 8ème rang mondial des constructeurs automobile au 2ème rang...


Et si c'était la fable de La Fontaine "la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf"... qui se rejouait ? 


En effet, le rapprochement avec Chrysler ne va pas être simple, comme l'explique un article des Echos d'hier : « Le constructeur [Chrysler] pourra-t-il traverser la tempête ? On peut en douter, surtout que ce navire aura désormais à sa barre bien plus d'un capitaine. Devenus premiers actionnaires de Chrysler, les syndicalistes de l'UAW prisonniers de leurs intérêts divergents. Comment défendre à la fois les salariés, les retraités et leur rôle en tant que copropriétaire ? En cas de nouvelle dégradation de la situation faudra-t-il baisser les salaires, couper dans les retraites ou sacrifier les nouveaux actionnaires ? Fiat, le juge des faillites et les créanciers, aujourd'hui accusés de tous les maux et traités avec un mépris à la limite de la légalité, auront, eux aussi, leur mot à dire à chaque virage stratégique. Difficile, dans ces conditions, de garder le cap. Surtout que l'Etat américain, même s'il prétend qu'il ne sera pas un "actionnaire-gestionnaire", sera sans cesse consulté et appelé à trancher en cas de conflit. » 


Et cela ne présente pas un risque seulement pour Fiat, mais aussi pour Obama : « En montant en première ligne, le président Obama est devenu de fait copilote de Chrysler. Un échec du constructeur serait aussi le sien. En promettant que cette faillite sera l'amorce d'une renaissance, l'homme qui sera sans doute candidat à sa propre succession dans déjà seulement trois ans a pris un risque : celui de ne pas pouvoir tenir ses promesses. »



De surcroît, la mainmise sur Opel n'est pas encore faite. C'est ce qu'explique un autre article des Echos d'hier : « la partie ne sera pas facile. Ses interlocuteurs, en période préélectorale, ont déjà indiqué qu'ils formuleraient des conditions strictes à toute entrée de Fiat au capital d'Opel. » En particulier en préservation des usines et des effectifs en Allemagne.


La partie n'est pas gagnée non plus du côté des syndicats : « deuxième obstacle pour Sergio Marchionne : convaincre les syndicats, qui se sont jusqu'ici montrés très hostiles au constructeur italien. Comme Fiat est présent sur les mêmes marchés et les mêmes types de voitures qu'Opel, ils craignent une rationalisation à la hache et des suppressions de postes massives. »


Et pour finir, c'est un article des Echos de ce jour qui cerne bien la situation : « Après Chrysler, Opel, pourquoi pas Saab, Vauxhall et passer en quelques semaines du huitième au deuxième rang mondial en triplant sa production ? Bien sûr, Fiat semble s'attabler pour un repas gratuit. Tant Chrysler que les trois marques européennes de GM ne devraient quasiment rien lui coûter. Il est toutefois à craindre que, si l'opération se fait, ce que les pouvoirs publics lui donneront d'une main, ils le lui reprendront de l'autre. En imposant, par exemple, des garanties de maintien de sites freinant les éventuels bénéfices d'une restructuration. Au total, à l'heure du "cash is king", rouler à contresens n'est pas forcément conseillé pour un automobiliste. Quand le prix du temps est plus élevé que jamais, Fiat ne peut qu'alourdir sa dette avant d'encaisser des profits hypothétiques. Du seul Chrysler, Credit Suisse n'attend aucune création de valeur avant 2013. L'américain devrait brûler du cash jusqu'en 2012. Autant dire que, si le repas est gratuit, le dessert risque d'être payant. De quoi craindre que les investisseurs ne réfléchissent à deux fois avant d'embarquer à bord du véhicule boursier regroupant ses seules activités automobiles que Marchionne envisage de leur proposer. »


C'est vraiment un pari très risqué que fait Marchionne, le PDG de Fiat. Car il est obsédé par la taille critique des constructeurs automobiles qu'il évalue à 6 millions de véhicules...


Si en période de crise, il est possible de faire des opérations intéressantes, il semble que dans le cas de Fiat, ce soit plutôt une opération style "grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf"...

Publié dans Economie

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Bruno 06/05/2009 11:49

Oui, ça ressemble plus au défi de la roulette russe... si le marché de l'automobile redémarre alors ils auront tout gagné, mais apparemment ça risque de tourner au ralentit pendant très longtemps. Et comme tu le dis, l'addition du dessert sera salée..! On a l'impression encore une fois que la stratégie des entreprises comme Fiat est bornée sur la finance à haut risque, et qu'ils n'ont rien à faire du reste étant assuré de toucher le pactol avant de s'en aller du navire en perdition.
C'est bien pour Chrysler, ça pourrait se révéler criminel pour tous les employés de Fiat dans un ou 2 ans non ?

Bernard Sady 13/05/2009 23:06


Effectivement, cela pourrait aussi s'appeler la roulette russe...
Je suis curieux de savoir ce que cela va donner...