Cerveau droit / Cerveau gauche (4) : profils d'apprentissage

Publié le par Bernard Sady

Après avoir abordé les caractéristiques de chacune des hémisphères de notre cerveau et leur complémentarité, voici un des points les plus importants dans notre étude : les profils d'apprentissage.


Nous n'apprenons pas tous de la même manière. Et ces différences sont directement liées à la manière dont notre cerveau fonctionne : nous avons soit une préférence "cerveau droit", soit "cerveau gauche".



Lors de l'apprentissage, nous passons par trois étapes principales : la perception, l'évocation et la restitution.


Sur son site, Dominique Erbelin, en suivant Antoine de la Garanderie, décrit ces différentes étapes dans "Le coin de la gestion mentale" : « Pour chacune de ces étapes, notre cerveau effectue une démarche différente. La perception nous permet d'entrer en contact avec un contenu nouveau, l'évocation est la façon dont nous pensons ce contenu, la restitution est l'application pratique que nous faisons de ce contenu. »


De manière plus précise, concernant la première étape, « pour intégrer un contenu il faut d'abord le percevoir clairement. A ce stade, nous avons recours à nos cinq sens. Ceux qui ont une préférence pour la perception visuelle trouveront plus facile de retenir une notion si elle leur est montrée, dessinée ou s'ils peuvent poser leurs yeux sur un support visuel qui serve de déclencheur au contenu. Bien sûr, ce sont des "visuels". Les "auditifs""kinesthésiques", enfin sont ceux qui font appel au ressenti pour capter le contenu. Soit ils y associent une odeur, une ambiance générale, une sensation, soit ils l'associent à un geste, un mouvement. » C'est ce qu'on appelle les profils de compréhension (Jean-François-Michel) ou les modes cognitifs (Elisabeth Nuyts) que nous verrons en détail plus loin. préfèrent écouter une explication, entendre un exposé, recevoir des sons qui font sens autour du contenu. Les

D. Erbelin continue : « Ces trois systèmes de perception ne sont pas incompatibles ni exclusifs: la plupart d'entre nous en conjugue deux, ou les trois. Ce qui fait de nous des visuels, des auditifs ou des kinesthésiques est l'importance et la priorité que notre cerveau accorde à chaque système. »


Puis, elle en vient à l'évocation : « Quand nous avons pu percevoir confortablement le contenu à acquérir et que nous lui avons donné du sens, nous pouvons le garder en tête. Prenez un instant pour vous remémorer un souvenir de vacances agréable...
Si vous fermez les yeux, vous prenez bien conscience de l'image mentale que vous avez dans la tête : vos vacances ne sont plus là, mais "quelque chose" est bien présent à votre esprit. Observez si c'est plutôt "quelque chose" à regarder, à écouter, à ressentir ou un mélange de tout cela. » Car une image mentale n'est pas seulement visuelle. 

« Si votre souvenir est plutôt à regarder, qu'il soit en couleurs, en noir et blanc, mobile ou immobile, quels qu'en soient les paramètres, vous êtes "visuel". Si c'est plutôt quelque chose à écouter, que ce soit une voix qui raconte, des dialogues, des commentaires ou quelques mots qui passent, vous êtes un "auditif". Si vous associez fortement un ressenti à votre souvenir, que ce soit une sensation de bien-être, une odeur, un mouvement ou tout autre sensation, vous êtes un "kinesthésique". Et vous conjuguez probablement ces paramètres, à votre manière.

« Notons que l'image mentale est une création unique, un peu comme le sont nos empreintes digitales. »


Enfin, elle en vient à la restitution : « C'est l'étape au cours de laquelle nous donnons en retour ce que nous avons appris.
Et il y a différents modes de restitution : « Certaines restitutions doivent redonner fidèlement le contenu initial présenté : tout élève doit savoir ses tables de multiplication ou sa poésie "par cœur" et sans erreurs, et l'orthographe n'admet pas de fautes; la construction d'une voiture ne laisse pas de place à des fantaisies personnelles.
« D'autres restitutions autorisent un peu plus de liberté: on attend d'une dissertation qu'elle soit à la fois fidèle à une structure et riche de l'individualité de son auteur; d'un médecin qu'il sache accorder la science aux besoins uniques de son patient.
« D'autres restitutions enfin, dans les matières artistiques par exemple doivent mêler les contenus récemment acquis et les précédents, les techniques partagées par tous et les émotions propres à chacun. C'est la création unique qui en résulte qui fait la valeur de ce type de restitution. On attend d'un dessin qu'il exprime une émotion personnelle, on écoute un pianiste autant pour l'œuvre qu'il joue que pour l'interprétation qu'il en donne. »



Après cette présentation rapide du processus d'apprentissage, venons-en aux profils d'apprentissage, tels que développés par Jean-François Michel sur son site "Apprendre à apprendre.com" et dans son livre "Les 7 profils d'apprentissage".



Il explique : « Les 7 profils d'apprentissage sont composés de trois niveaux :


« Au premier niveau (appelé profil d'identité) est pris en compte le comportement de la personne en situation d'apprendre. On peut définir 7 profils d'identités différents : le perfectionniste, l'intellectuel, le rebelle, le dynamique, l'aimable, l'émotionnel, l'enthousiaste.


« Au deuxième niveau (appelé profil de motivation) on s'intéresse à la motivation de la personne. En d'autres termes quel est l'élément dans le fait d'apprendre qui motive, quels sont les éléments extérieurs qui conditionnent l'intérêt de l'élève ? Il y a 4 profils de motivations : « vais-je apprendre ? », « avec qui », « quelle utilité ? », « où ça se situe »


« Le troisième et dernier niveau (profil de compréhension) concerne le mode d'intégration, de mémorisation de l'information. Ils sont au nombre de 3 : les profils visuels, auditif, kinesthésique. »


Si vous le voulez, vous pouvez faire un test en ligne sur son site qui vous donnera votre profil d'apprentissage. C'est très bien fait et peut se révéler très utile. Il faudra seulement vous inscrire sur le site.


Ce qui nous intéresse pour le moment, ce sont les profils de perception : auditif, visuel, kinesthésique. Car la manière dont nous percevons et interprétons le monde extérieur est en relation directe avec le fonctionnement de nos deux hémisphères.



Voici la manière dont Elisabeth Nuyts décrit ces profils dans son livre "L'école des illusionnistes" :


« L'auditif, analytique, accède à la connaissance par la parole et l'ouïe. C'est par l'ouïe qu'il accède directement à la compréhension d'informations verbales, même relativement complexes. Mais c'est par l'analyse qu'il comprend et mémorise les finesses d'un texte écrit. Sa mémoire est auditive : intelligente, elle passe par l'analyse, mécanique, c'est la mémoire du son, la mémoire perroquet. C'est par l'écriture qu'il fixe les données à long terme. Chez lui, la mémoire visuelle est très évanescente si la parole ne vient pas la relayer. Son domaine de prédilection est le verbe. Sa logique, inductive, part de la réalité et y revient sans cesse pour vérification. Il procède par liens logiques. Son repère naturel est le temps. Essentiellement analytique, il est d'un tempérament doux mais très attaché à son indépendance.


« Le visuel, synthétique et analogique, accède à la connaissance par la vue. C'est par elle qu'il accède directement à la compréhension d'informations visuelles telles que schémas et plans, ainsi qu'à celle d'écrits explicites. Il a besoin de transcrire les informations verbales reçues pour les intégrer. Pour percevoir le sens d'un texte complexe, et le mémoriser à long terme de façon autonome, il lui faut analyser la forme pour accéder au fond. Sa mémoire mécanique visuelle (par visualisation) peut emmagasiner une foule de données hétéroclites, mais il ne peut y accéder de façon autonome que très peu de temps. Passé ce délai, il ne peut y accéder qu'en reconnaissance, en réponse à un stimulus extérieur. Sa logique, déductive, part de la règle ou de données extérieures dont il perçoit très rapidement les diverses implications. Il procède par analogie et flashs intuitifs. Son repère naturel est l'espace. Il est par nature très respectueux de l'ordre.


« Le kinesthésique réunit les facultés des deux autres modes. Cependant, il est beaucoup plus proche de l'auditif que du visuel car, comme le premier, il est très analytique et son mode de raisonnement est essentiellement inductif. Son accès à la connaissance se fait par le geste (la main), la parole et la vue. La vue sans la parole ne lui donne que l'intuition de la chose. Pour passer à la perception consciente, il lui faut impérativement ajouter la parole et l'analyse, souvent le geste. Contrairement à l'auditif, il a la mémoire du geste. Il entre les données par l'écriture, les comprend par la parole, et les fixe par le raisonnement verbal et l'élaboration de tableaux et schémas de toutes sortes. Sa mémoire mécanique passe par la vue (visualisation) et/ou par la parole (mémoire perroquet). Mais sa mémoire intelligente et autonome nécessite, en plus du geste, donc l'écriture, l'analyse, donc la parole. Très intuitif, il procède à la fois par flashs intuitifs et par analyse. Il a besoin d'être situé à la fois dans l'espace et le temps. L'ordre non expliqué l'indispose : très indépendant, il supporte difficilement les contraintes arbitraires, ou jugées telles. »


Elisabeth Nuyts précise que « les particularités présentées ici ne sont généralement perceptibles qu'en début d'apprentissage : l'individu qui a mis en place son raisonnement en respectant les impératifs de sa nature, pourra par la suite s'adapter peu à peu aux autres modes de pensée ».

Ce qui veut dire, qu'au départ, lorsque nous sommes enfant, nous avons des préférences cognitives, liées au fonctionnement de notre cerveau. Mais ensuite, avec l'éducation et en particulier l'apprentissage scolaire, s'il est bien fait (ce qui est un énorme problème actuel), nous développons les autres modes cognitifs, et donc l'équilibre entre les deux hémisphères de notre cerveau.



Il nous restera à voir comment les méthodes modernes d'apprentissage associées au numérique (l'ordinateur et le web) structurent le cerveau de la "génération Y".

Pour un résultat qui a de quoi inquiéter...

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cec 17/06/2009 14:38

Merci beaucoup pour ces articles ! J'avais un peu de mal à "digérer" le livre d'Elisabeth Nuyts que je n'arrive d'ailleurs pas à terminer... En tant que mère de famille, je trouve que c'est très important de savoir "comment ça marche" pour pouvoir aider correctement nos enfants dans leurs apprentissages.

Bernard Sady 22/06/2009 23:33


Bonsoir Cec
C'est pour des personnes comme toi que je fais cette série d'articles. Si cela peut t'aider, tant mieux. Je vais continuer, car c'est vraiment très intéressant pour moi également.