La crise : un tournant ?

Publié le par Bernard Sady

Les statistiques concernant l'économie réelle ne cessent de révéler la profondeur de la crise : explosion du chômage dans tous les pays, baisse du PIB, faillite de banques et d'entreprises, explosion des dettes publiques, quasi faillite de certains états (Lituanie), plans d'austérité (Espagne, Lettonie, Estonie).


Mais certains et de plus en plus, depuis début mars croient voir des lueurs d'espoir ou des signes de sortie de crise.


C'est surtout aux USA que ces signes semblent les plus nets : après le résultat des Stress tests qui ont révélé une faible sensibilité des grandes banques américaines, c'est le plan de reprise des "actifs pourris" de ces mêmes banques qui vient d'être mis en sommeil : les banques refusent de "vendre" leurs actifs qui ne seraient pas si pourris que ça. D'autant que la plupart de ces entreprises ont remboursé les prêts faits par l'état US. Tout semblerait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes finciers. La consommation des ménages semble repartir. Ah si le chômage n'explosait pas...


Il y a également la Grande-Bretagne, qui après avoir frôlé la faillite et le renflouement par le FMI, annonce un PIB positif pour les mois d'avril et mai. Les Echos du 10 juin rapportent : « Le Royaume-Uni a connu une petite croissance en avril, la première depuis un peu moins d'un an, et cette tendance s'est confirmée en mai, a annoncé mercredi le National Institute of Economic and Social Research (NIESR). »... Ce serait le premier pays à sortir de la récession !



L'argumentation essentielle des "optimistes" est de mettre en avant le moindre "indicateur positif" pour le transformer en hirondelle qui annonce le printemps. Cela se passait en mars, puis en avril, et en mai... Mais dans quelques jours, c'est l'été et le printemps n'est toujours pas là...

Et ils sont sûrs qu'une fois atteint le fond de la crise, on ne peut que remonter... Il y a quelques semaines, nos optimistes annonçaient même la reprise pour septembre. Maintenant, plus prudents, ils l'annoncent pour la fin de l'année ou début 2010 et la plupart reconnaissent que la reprise sera faible pendant quelques années.



Du côté des pessimistes (mais suivant la sagesse populaire "un pessimiste est un optimiste qui s'est renseigné"...), les arguments ne manquent pas pour dire que comme les problèmes de fond qui ont provoqué la crise n'ont pas été réglés, au mieux, nous sommes sur la barre horizontale du L, ce qui veut dire que nous avons atteint le fond, mais que nous allons y rester et qu'il n'y aura pas de remontée avant plusieurs années. Et donc, ce sera une crise sociale qui suivra, car le chômage va continuer sa progression inexorable. En parallèle, ce seront des plans d'austérité et une augmentation des impôts qui seront mis en place pour renflouer les finances des états... De quoi lester l'économie pour de nombreuses années...



Voyons maintenant quelques "pessimistes" et le développement de leurs arguments.

Un de ceux les plus en vue en France est Jacques Attali. Il a publié un article sur son blog le 03 juin dernier intitulé « Passer aux choses sérieuses ».


Il explique : « Contrairement à ce qu'on voudrait faire croire, la crise s'approfondit : aux  Etats-Unis, tous les déficits  augmentent ; les défauts des banques s'aggravent ; et même si Wall Street est en hausse, sa valeur est  encore 40% inférieure à celle d'octobre 2007. De plus, chacun murmure, dans les cercles informés, qu'il faut s'attendre à bien d'autres tsunamis : sur les crédits immobiliers privés, sur les cartes de crédit, et sur l'immobilier commercial. »  

Comment régissent les principaux états concernés ? « Pour y répondre, les Etats-Unis, dans un pari fou, investissent l'argent qu'ils n'ont pas dans les secteurs de pointe. Et la Chine, dans un pari tout aussi audacieux, abandonne tout espoir d'une reprise de ses exportations vers l'Amérique et investit, dans une relance gigantesque, 20% de son PIB en infrastructures internes.


« L'Europe, face à cela, ne fait rien. Paralysée par son histoire et par ses prudences, elle préfère croire que la crise va se régler d'elle-même. Ayant tout misé sur une réforme de la gouvernance mondiale, dont la comédie de Londres n'a naturellement pas accouché, elle semble désormais attendre que le marché sorte de sa poche un remède miracle. Privée de dirigeants audacieux à Bruxelles, l'Union ne se donne aucun moyen nouveau ni pour protéger ses banques, ni pour relancer ses secteurs de pointe. 2008 et 2009 resteront comme les années du néant européen. L'euro lui-même ne résistera pas à un tel choc. »


Il n'est pas le seul à dire que l'euro risque de ne pas résister à cette crise. Eric le Boucher expliquait dans les Echos du 05 juin dernier que « le dernier acteur européen s'est arrêté de jouer : l'Allemagne ne croit plus à l'Europe. Elle la juge contraire à ses intérêts, en l'occurrence trop anglo-saxonne et pas assez industrielle. Déçue, non sans raisons, elle n'a plus confiance dans ce qui se décide à Bruxelles. La France, qui a déjà voté « non », n'a pas de leçon à donner. Mais cette fois-ci le film semble bien terminé : Germania, si toi aussi tu m'abandonnes... »


Et la France, que fait-elle ? Attali explique : « Il est temps pour la France de comprendre que, à ce rythme là, le pire est  presque certain : un marché immobilier en baisse ; une surcapacité de production dans les grands secteurs ;  une récession en  2009,  2010, et même de 2011 ; le chômage dépassera les 3,5 millions de personnes ; le déficit budgétaire atteindra, malgré tous les maquillages, les 8 ou même les 10 % du PIB, à moins d'augmenter massivement les impôts, ce qui sera de plus en plus  difficile, avec l'approche des élections présidentielles ; les  élites scientifiques et  techniques se révolteront ou partiront, écœurées par la révélation des fortunes faites dans la finance. »


Pour lui, les solutions sont dans la ligne de ses fameuses propositions : « Agir, c'est donc relancer massivement l'industrie par des dépenses clairement ciblées sur les secteurs d'avenir : la santé, l'énergie, l'agriculture, les infrastructures, l'environnement, les nouveaux matériaux, les logiciels, les nanotechnologies, les neurosciences, les services de pointe et les industries culturelles. Et pour cela augmenter significativement les salaires des chercheurs, des professeurs, des médecins, des ingénieurs, c'est-à-dire de   tous ceux, qui par leur créativité apportent aux pays. Au détriment, si nécessaire, des revenus et des privilèges de ceux qui les dirigent, les financent ou les distraient. C'est accepter provisoirement des déficits ciblés pour financer ces dépenses d'avenir. C'est promouvoir de nouveaux modèles d'entreprises, plus soucieux du long terme, et proches de ceux des ONG et des services publics ; c'est orienter la finance vers la prise de risque dans les secteurs de long terme, et non vers le profit pour compte propre. » Je ne suis pas sûr que ça règlera tous les problèmes...



Un autre pessimiste est Loïc Abadie, le rédacteur du blog Tropical Bear.


Dans ses 3 articles écrits en juin, voici les points importants :


Dans le premier article, après des considérations très techniques sur la bourse, il explique : « Il n'y a pourtant pas la moindre raison fondamentale qui permette de croire que les plans de relance actuels puissent avoir un quelconque autre effet que d'aggraver encore la situation.


« Je suis d'accord avec les analystes qui anticipent une récession en W, mais certainement pas sur l'endroit où nous nous trouvons dans ce W (dans le premier quart de la branche descendante...qui peut quand même avoir quelques zigzags ponctuels de quelques mois vers le haut !).


« Dans le contexte d'une crise provoquée par la plus grande bulle de crédit de l'histoire, certains estimeront peut-être que le fait que la dette totale des USA soit passée de 350% au début de la crise à 373% au 1er trimestre 2009 (et certainement plus au T2 2009, les chiffres seront disponibles le 11 juin), est un signe d'amélioration.


« Ils restent persuadés que la dette du système peut augmenter infiniment, que les pays émergents seront toujours enthousiastes à l'idée de travailler pour livrer gratuitement aux cigales que nous sommes tous les produits dont nous avons besoin, et que nous pourrons continuer éternellement à les payer à l'aide de reconnaissances de dettes pour consommer toujours plus sans produire... »


Ce n'est pas autre chose que ce qu'a dit Lula la semaine dernière lors du mini-sommet sur l'emploi de Genève organisé par l'OIT : « On ne peut pas se permettre de vivre avec des paradis fiscaux, on ne peut pas continuer à vivre avec un système financier qui spécule, qui vend du papier sans produire, sans produire le moindre poste de travail, la moindre chaussure, la moindre cravate", a lancé M. Lula devant les 183 membres de l'OIT, sous un tonnerre d'applaudissements ».


Loïc Abadie continue : « Laissons ces experts croire à leurs rêves de reprise durable, laissons les imaginer que l'impression de quelques milliards de morceaux de papier va constituer pour nous une création de richesse et une croissance grâce à la relance du "Saint-Graal du boomer de base", la "consommation"...et regardons les faire de loin !


Venons-en à François Leclerc dont je vous ai parlé dans des récents billets.


Un de ses meilleurs articles sur le blog de Paul Jorion est celui d'aujourd'hui "Un avenir pas trop radieux", dans lequel il explique que « petit à petit, les contours de ce qui nous attend se dessinent, à condition qu'une rechute de la crise financière n'intervienne pas. En mettant à profit pour la décrire, non pas telle ou telle prospective financière ou économique, mais les prévisions de deux organisations internationales qui font autorité dans leurs domaines respectifs : l'Organisation Internationale du Travail (OIT) et la Food and Agriculture Organisation (FAO). Selon la première, le nombre de chômeurs dans le monde devrait mondialement effectuer un bond en 2009, augmentant dans une fourchette allant de 39 à 59 millions, par rapport à 2007. Selon la seconde, le cap d'un milliard de personnes en état de sous-alimentation sera franchi cette même année. »


Plus loin, il ajoute « que la reprise économique, quand elle interviendra, sera faible et le rétablissement long et socialement douloureux. Et que, selon une sorte de système de vases communiquant, la dette publique continuera d'enfler dans de gigantesques proportions, au fur et à mesure que la non moins énorme bulle de la dette privée se dégonflera. Le tout au nom de la protection des capitaux privés.


« Ce véritable champ de dévastation ne serait toutefois qu'incomplètement parcouru, s'il n'était pas fait mention de deux incertitudes majeures qui demeurent. Celle concernant la maîtrise impossible des déficits publics et les difficultés de leur financement (par l'impôt ? par l'emprunt ?) ; ainsi que celle d'une inflation résultant d'une création monétaire trop abondante, qui pourrait aider à régler le problème précédant mais risquerait en contrepartie de plonger le monde dans d'autres affres. Avec, à la clé et dans les deux cas, l'ouverture d'un nouveau front de crise, cette fois-ci dans le domaine monétaire. En raison de tensions extrêmes au sein de la zone euro, et d'une inévitable dévalorisation accentuée du dollar. Sans parler de la situation des autres devises et des méfaits du « carry trade » que ces situations favoriseront. Ni, sur un autre mais proche terrain, de la reprise de la spéculation à la hausse sur les matières premières. »



Quelques jours avant, il avait publié un article "Les glaneurs" dans lequel il constatait « le fossé qui va se creusant entre les commentaires lénifiants de la presse selon qui, si tout ne va pas bien, tout va en tout cas beaucoup mieux, et les commentaires de plus en plus apocalyptiques des blogueurs - dont » il fait partie. Je me mets également dans ce clan...


Il continue : « C'est que pour nous, blogueurs, notre crédibilité est en jeu. La pièce du "tout va bien" est essentiellement écrite en ce moment aux États-Unis mais il n'y a pas critique plus sévère pour un auteur que des spectateurs riant à contretemps. » Et il cite la mésaventure de Geithner la semaine dernière en Chine : « Mr. Geithner, Secrétaire au Trésor américain, l'a appris à ses dépens quand les étudiants de l'université de Pékin se sont esclaffés à sa remarque que l'achat par la Chine de Bons du Trésor américains avaient été un excellent placement. »



Dans un article du 16juin "En avant comme avant", il dénonce « la sorte de candeur avec laquelle il est expliqué [dans le Washington Post] que tout va redevenir comme avant pour les Américains, et qu'ils vont à nouveau pouvoir s'endetter pour vivre. [...] D'abord parce que rien n'est moins certain, tout du moins avec la même ampleur qu'avant, ensuite parce que cela semble aller de soi, comme si aucune autre issue n'était envisageable. J'ai à de nombreuses reprises, parlé d'une machine à fabriquer de la dette (et à en vivre), je n'espérais pas le rencontrer un jour revendiqué de manière aussi directe par ceux-là même qui sont aux commandes. »


Une amie qui vit aux USA m'expliquait que les américains sont "programmés" pour vivre à crédit. A peine nés, ils sont couverts de dettes... Ils ne savent pas vivre autrement. Il n'est donc pas étonnant qu'ils se remettent à emprunter. Cette amie me disait même que courant mai, il y avait des propositions commerciales pour acheter une voiture et commencer à la rembourser dans seulement 2 ans... La crise des subprimes ne leur a rien appris. Ils continueront comme cela jusqu'à la catastrophe absolue.



Un autre "pessimiste", Olivier Pastré, écrivait un article retentissant dans les Echos le 18 juin dernier : "Fin de la crise ? On croit rêver !".


Il faudrait citer tout son article, car il résume parfaitement les arguments des pessimistes : « Depuis quelques semaines, malgré la météo morose, de nombreux médias nous donnent à croire que l'économie mondiale connaît une embellie inespérée. La crise serait-elle finie ? C'est ce que l'on essaie de nous faire croire. »


Et il reprend les arguments des optimistes pour lesquels il y a « un certain nombre d'"hirondelles" [qui] semblent faire le "printemps" économique. Certains indicateurs américains avancés, dont la capacité prédictive est unanimement reconnue (comme les indicateurs ISM et PMI), témoignent d'une amélioration du moral des entreprises de ce pays. De même, les indicateurs concernant les pays émergents semblent virer progressivement au vert. Serait-ce la preuve que le marché intérieur de ces pays pourrait être susceptible de constituer un relais de croissance aux exportations ? Par ailleurs, les dépréciations d'actifs bancaires semblent marquer le pas, permettant même à un certain nombre de banques américaines de rembourser les fonds avancés par l'Etat, et donc de retrouver leur liberté en matière de rémunération de leurs dirigeants... Enfin, on peut espérer que les mesures de relance budgétaire prises, en contravention parfaite avec les dogmes prévalant depuis vingt ans (et, en premier lieu, le Pacte de stabilité européen), vont commencer à porter leurs fruits. »


Mais il pose la question : « Ces quatre "hirondelles" font-elles, pour autant, le "printemps" de la fin de la crise ? »

Pour lui, « la réponse est clairement "non". Car, si un coin de ciel bleu existe bel et bien, la couverture nuageuse n'en reste pas moins dominante. Et ce, sur tous les fronts. »


Et il en vient à la partie la plus importante : pourquoi cette crise n'est pas prêt de finir : « Au plan microéconomique, si les grandes entreprises, intelligemment mondialisées, arrivent momentanément à "tirer leur épingle du jeu", l'immense cohorte de PME subit de plein fouet le contrecoup d'un "credit crunch" que les banquiers nient mais que les statistiques les plus sérieuses commencent à révéler. Au niveau mésoéconomique, aucune réforme sérieuse n'a été mise en oeuvre à ce jour, alors que la crise a éclaté depuis près de deux ans. Malgré les pistes tracées par le G20 de Londres, rien ou presque n'a été fait. Qu'il s'agisse des agences de notation, des paradis fiscaux ou encore des moyens dont disposent les régulateurs bancaires. La réforme américaine reste insuffisante. Et ce, au moment même où se révèlent de nouveaux "champs de mines" qu'il paraît extrêmement périlleux de franchir. Ainsi en est-il, par exemple, des fonds de pension qui, aux Etats Unis, sont passés au- dessous du "seuil de flottaison" (à savoir, leur capacité de faire face à leurs engagements) ou encore des "hedge funds", dont les meilleurs connaisseurs prédisent la disparition pure et simple d'un tiers des effectifs. Ou encore des cartes de crédit aux Etats-Unis. Ou encore des LBO en Europe. Ou encore des CDS (« credit default swaps », produits de titrisation dont le marché dépasse le PNB mondial...) partout dans le monde.


« Quant au niveau macroéconomique, ce n'est guère mieux. Même si le dollar résiste, grâce aux Chinois, l'absence complète de coopération budgétaire à l'échelle de la planète donne toujours une prime aux "passagers clandestins" (comme l'Allemagne), qui profitent des efforts des autres sans, pour cela, payer leur écot aux efforts collectifs. »

Pour lui, finalement, il y a deux attitudes face à la crise : « Compte tenu de ces multiples "épées de Damoclès" la question posée est la suivante : faut-il prêcher le faux (la fin de la crise) pour connaître le vrai (le retour de la confiance) ? »


Sa « conviction est la suivante. La confiance ne se recrée pas de manière artificielle. La méthode Coué n'a jamais durablement fonctionné en économie. Mieux vaut ne pas se voiler la face et accepter la dure réalité. La crise n'est pas finie et les réformes pour sortir de celle-ci sont, plus que jamais, nécessaires. »


Mais sa solution se contente de reprendre les conclusions du G20 : « la mise en oeuvre effective des réformes sur lesquelles la plupart des experts se sont, aujourd'hui, mis d'accord. » Sinon ? « Les rares "hirondelles" économiques de ce printemps connaîtront un automne particulièrement cruel... »


Si tous les pessimistes sont d'accord sur l'analyse de la situation dans la crise, ils ne sont pas tous d'accord sur ce qu'il faut faire pour en sortir...



Enfin venons-en au LEAP qui, dans son communiqué du 16 juin arrive à la même conclusion que celle d'Olivier Pastré : le LEAP persiste et signe dans ses prévisions apocalyptiques pour cet été ("Le choc cumulé des trois "vagues scélérates" de l'été 2009").

Les auteurs expliquent : « Comme anticipé par LEAP/E2020 dès Octobre 2008, à la veille de l'été 2009, la question de la capacité des Etats-Unis et du Royaume-Uni à financer leurs déficits publics désormais incontrôlés s'est imposée comme la question centrale dans le débat international, ouvrant de ce fait la voie au double phénomène d'une cessation de paiement des Etats-Unis et du Royaume-Uni d'ici la fin de l'été 2009.


« Ainsi, à ce stade de développement de la crise systémique globale, contrairement au discours médiatique et politique dominant actuellement, l'équipe de LEAP/E2020 n'envisage pas du tout de reprise après l'été 2009 (ni d'ailleurs dans les douze mois à venir). Bien au contraire, du fait de l'absence de traitement de fond des problèmes à l'origine de la crise, nous considérons que l'été 2009 va voir la convergence de trois "vagues scélérates" particulièrement destructrices qui traduisent la poursuite de l'aggravation de la crise et vont provoquer des bouleversements historiques d'ici les mois de Septembre/Octobre 2009. Comme c'est le cas depuis le début de cette crise, chaque région du monde ne sera bien entendu pas affectée de la même manière ; mais, pour nos chercheurs, toutes sans exception connaîtront une forte dégradation de leur situation d'ici la fin de l'été 2009.


« Cette évolution risque ainsi de prendre à contre-pied nombre d'opérateurs économiques et financiers tentés par l'euphorisation médiatique actuelle. » Si c'est effectivement ce qui se passe, cela va faire effectivement un choc...


Voici ces trois "vagues scélérates" :


« 1. La vague du chômage massif : trois dates d'impact qui varient selon les pays d'Amérique, d'Europe, d'Asie, du Moyen-Orient et d'Afrique


« 2. La vague déferlante des faillites en série : Entreprises, banques, immobilier, états, régions, villes


« 3. La vague de la crise terminale des Bons du Trésor US, du Dollar et de la Livre et du retour de l'inflation ».


Et nos auteurs expliquent ce qui pourrait se passer : « Ces trois vagues ne sont en fait pas successives comme ces vagues scélérates appelées « trois soeurs » pourtant si destructrices ; elles sont bien plus dangereuses car elles sont simultanées, asynchrones et non parallèles. De ce fait, leur impact sur le système mondial est générateur de dislocation puisqu'elles l'atteignent sous divers angles, à différentes vitesses, avec des forces variables. »


Et face à ces trois vagues, « la seule certitude à ce stade, c'est que le système international n'a jamais été aussi faible et démuni face à une telle situation : la réforme du FMI et des institutions de gouvernance mondiale annoncée au G20 de Londres reste lettre morte, le G8 ressemble de plus en plus à un club moribond dont tout le monde se demande désormais à quoi il peut bien servir, le leadership américain n'est déjà plus que l'ombre de lui-même qui tente désespérément de conserver des acheteurs pour ses bons du trésor, le système monétaire mondial est en pleine désintégration avec les Russes et les Chinois notamment qui accélèrent leur jeu pour se positionner dans l'après-Dollar, les entreprises ne voient aucune amélioration à l'horizon et accroissent leurs licenciements, des états de plus en plus nombreux vacillent sous le poids de leur dette accumulée pour « sauver les banques » et devront assumer une déferlante de faillites dès la fin de l'été. A l'image des banques, d'ailleurs, qui, après avoir soutiré encore une fois l'argent des épargnants crédules grâce à l'embellie des marchés financiers orchestrée ces dernières semaines, vont devoir reconnaître qu'elles sont toujours insolvables dès la fin de l'été 2009. »


Mais rien ne fait reculer nos financiers : « Aux Etats-Unis comme au Royaume-Uni en particulier, l'effort financier public colossal réalisé en 2008 et début 2009 au seul profit des grandes banques a atteint un tel degré d'impopularité qu'il était devenu impossible au Printemps 2009 d'envisager de nouvelles infusions de fonds publics au profit des banques pourtant toujours insolvables. Il est alors devenu impératif d'orchestrer un "beau conte de fée" pour pousser l'épargnant moyen à injecter ses propres fonds dans le système financier. »


Et « les dirigeants politiques de la planète », complices objectifs des financiers ou gogos « intoxiqués par les financiers, vont à nouveau avoir la surprise après l'été de découvrir que tous les problèmes de l'année passée vont resurgir, démultipliés, car ils n'ont pas été traités, mais juste "enfouis" sous des masses immenses d'argent public. Une fois cet argent dilapidé par des banques insolvables, forcées à "sauver" des concurrents en pire état qu'elles-mêmes, ou dans des plans de stimulation économique mal conçus, les problèmes ressortent aggravés. Pour des centaines de millions d'habitants d'Amérique, d'Europe, d'Asie et d'Afrique, l'été 2009 va être une terrible transition vers un appauvrissement durable du fait de la perte de leur emploi sans perspective d'en retrouver un avant deux, trois ou quatre années ; ou du fait de l'évaporation de leurs économies placées directement en bourse, dans des fonds de retraite par capitalisation ou des placements bancaires liés à la bourse ou libellés en Dollar US ou en Livre britannique ; ou bien du fait de leur investissement dans des entreprises poussées à attendre désespérément une embellie qui ne viendra pas avant longtemps. »


Avenir sombre, mais il vaut mieux être prévenu...

Publié dans Economie

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