Spécial premier emploi dans Les Echos Sup

Publié le par Bernard Sady

Les Echos Sup de ce jour présentent un dossier "Spécial premier emploi" de 6 pages : « Les raisons de garder le moral ».


J'ai déjà parlé plusieurs fois de la recherche d'emploi pour les jeunes diplômés, mais en ces temps de crise, il ne faut négliger aucune piste. Et dans le dossier présenté par Les Echos, les nombreux articles publiés donnent de bons conseils pour tous les jeunes qui sont en recherche de leur premier emploi.



Voici quelques éléments que j'ai sélectionnés :



L'éditorial « Malgré la crise » explique que « pour les jeunes diplômés, il y a deux lectures possibles du marché de l'emploi. Et deux façons de se comporter. »


Jean-Claude Lewandowski, l'auteur de cet éditorial précise : « La première manière d'analyser la situation consiste à ne voir que les signaux négatifs.


« Une autre vision, plus mesurée, fait davantage la part des choses. On peut ainsi observer qu'après tout la chute du marché de l'emploi cadre n'est pas si dramatique. Qu'elle a été bien plus douloureuse en 1991-1992, par exemple. Et que les jeunes diplômés d'aujourd'hui vont bénéficier de l'effet papy-boom, qui fait office d'amortisseur.


« Dès lors, deux comportements possibles, aussi. Le premier : baisser les bras, attendre une hypothétique solution, espérer une embauche "tombée du ciel". Et puis, l'autre attitude, qui consiste à bien analyser le marché, à retrousser ses manches et à tenter de s'adapter à la nouvelle donne. En faisant flèche de tout bois. Et en organisant sa recherche d'emploi comme... un vrai job à temps plein. »


Et notre auteur remet certaines affirmations à leur place : « Sans aller jusqu'à dire, comme certains, dans un bel accès de méthode Coué, que "la crise offre une foule d'opportunités", on peut au moins tenter d'en tirer quelque chose de positif. Car la conjoncture est aussi l'occasion de remettre en question son fonctionnement, d'envisager de nouveaux modes de travail, de se fixer d'autres objectifs. C'est aussi à cela que peuvent "servir" les périodes difficiles: à inventer des solutions inédites. »

 



Et voici d'abord un peu de théorie :


 

« Ne pas sombrer dans le pessimisme » est l'interview de Maryvonne Labeille, présidente de Syntec, conseil en recrutement.


Elle explique que « les entreprises réduisent leurs embauches, certes. Mais nombreuses sont celles qui affichent encore des plans de recrutement ambitieux. Il est vrai, toutefois, que beaucoup d'offres sont sur Internet. La situation est difficile, mais il ne faut pas sombrer dans le pessimisme. »


Et qu'« il faut s'attendre à une ou deux années difficiles, certes. Les salaires d'embauche sont en légère baisse par rapport à l'an dernier. Mais la situation n'a rien à voir avec la période 1991-1993, par exemple, où les jeunes diplômés avaient le plus grand mal à trouver un emploi. Aujourd'hui, le "choc générationnel" sert d'amortisseur. »


Enfin, elle conseille aux jeunes « D'être ouverts à toutes les opportunités, de n'exclure aucune piste. Si l'on veut faire du marketing, mieux vaut ne pas refuser un poste de commercial, qui peut être une bonne première étape. Il faut de la patience, de la mobilité. Il faut aussi rester raisonnable en termes d'exigence salariale. Enfin, je conseillerais de multiplier les contacts avec le monde professionnel dès les études, notamment sous forme de stages ou d'alternance. »


Et elle termine par un signe encourageant : « Ce qui est rassurant, c'est que beaucoup de jeunes se montrent très motivés. Face à la crise, ils déploient beaucoup d'énergie. »


« Comment décrocher son premier poste » donne un « petit rappel des principales stratégies qui permettent d'aboutir » à « décrocher son premier poste ».


D'abord, « il faut s'y consacrer... à plein-temps. »


Ensuite, « il faut s'informer. Identifier les secteurs et les entreprises qui embauchent, leurs métiers, les postes qu'elles proposent. [...] Nouvelles tendances, méthodes de recrutement, attentes des DRH, évolution de la conjoncture : plus on est à l'écoute du marché, plus on a de chances d'éviter les erreurs. »


« Autre aspect important : les entreprises, aujourd'hui, sont à la recherche de candidats opérationnels. Il faut donc miser, plus que jamais, sur tout ce qui apporte de l'expérience - stages, alternance, missions humanitaires, petits boulots même. Beaucoup de premiers jobs s'obtiennent d'ailleurs dans la foulée d'une expérience réussie. D'où l'importance du stage de fin d'études. »


« Il faut également penser à élargir sa recherche : inutile de se focaliser sur un métier ou un poste très précis, si le marché est saturé. On peut aussi accepter de travailler dans une autre région, voire abaisser son niveau d'exigence salariale... Surtout, ne pas hésiter à commencer par le terrain - sous toutes ses formes : la vente, le contact avec la clientèle, les chantiers... Après tout, mieux vaut un CDD qui peut se transformer un jour en CDI que pas d'emploi du tout. »


Mais il y a aussi des solutions alternatives : « D'abord, les PME et PMI, qui représentent de 15 à 20 % des emplois. On y acquiert rapidement des responsabilités élevées. Seconde piste, la création d'entreprise. Enfin, prolonger ses études peut être une solution judicieuse - l'occasion, par exemple, d'acquérir une seconde compétence appréciée des recruteurs, en s'inscrivant en mastère ou en MBA. En revanche, mieux vaut éviter de prolonger ses études sans but précis. »


Et dernier conseil, mais pas des moindres : « lorsque la recherche se prolonge sans résultat, c'est que quelque chose ne fonctionne pas. Dans ce cas, il ne faut pas hésiter à se tourner vers un professionnel - conseiller carrière, spécialiste du recrutement ou coach. Quitte à remettre à plat toute sa démarche. »




« Comprendre les nouvelles attentes des recruteurs » explique que « le côté formaliste des entreprises reste sous-estimé des jeunes. Les candidats doivent s'appliquer à les rassurer, en se pliant à leurs règles : motivation, respect des codes sociaux... et modestie. »


Marie-Madeleine Sève, l'auteur de l'article donne l'exemple d'un candidat complètement décalé lors d'un entretien d'embauche : « "Ouais ! On s'est bien éclaté. C'était top !" Amené à parler de lui via ses activités dans une association sportive, le jeune homme s'est tant relâché qu'il en a stupéfié son vis-à-vis, Marc Bernardin, directeur général du cabinet Managing. Ce candidat sortait pourtant d'une excellente ESC de province. "On attend un autre comportement des bac +5. Ils ont été confrontés à des professeurs de haut niveau, issus du monde de l'entreprise. Ils doivent savoir user d'un vocabulaire, d'un style professionnel." Professionnel en herbe, mais professionnel tout de même. L'anecdote, authentique, n'est pas une exception. Tous les DRH en ont plein leurs tiroirs. Les jeunes en mal d'emploi pèchent souvent par excès de naïveté ou de forfanterie. Plus tout à fait étudiants, mais pas encore "cadres dynamiques", ils sortent facilement du décor des convenances sociales qu'adorent les employeurs. Et, par temps de crise, ceux-ci ne font plus dans l'indulgence. Ils trient, et vite ! »


Ce que recherchent les recruteurs, ce sont « des personnes qui collent au poste. Ils ont besoin d'être rassurés. Or le défaut des candidats, c'est de rester généralistes dans leur présentation. Ils exposent des connaissances génériques pour brasser large, mais l'entreprise ne sait qu'en faire. Ce qu'elle recherche, c'est le projet, l'envie. »


Mais il ne faut pas « "surargumenter", pour être sûr d'avoir le job. » Du coup, [le jeune] essuie un refus, car les RH, estimant le profil surdimensionné, craignent que ces débutants ne s'ennuient. »


Autre point côté personnalité : « Les recruteurs apprécient de trouver du relief, de la saveur dans les lettres de motivation. [...] La lettre de motivation, l'attitude en entretien doit s'en ressentir. » Par contre il faut veiller aux « petites choses qui agacent vraiment les RH. Ces terrifiants messages sur les téléphones portables reprenant la voix de Nicolas Sarkozy ou des Guignols. Ou la réponse au bout du fil : « C'est pour quelle annonce, déjà ? »... Que peut penser un recruteur ? » Effectivement. Ce sont une multitude de détails qui risquent d'incommoder un recruteur.


Enfin, quelques conseils bienvenus : « Pour mettre toutes les chances de son côté, mieux vaut s'isoler et prendre sereinement l'appel qui sert à écrémer les candidatures. Et, de façon générale, cultiver son réseau. Tout le monde en a un : copains de promo, maître de stage, commerçant, cousin... Grâce à lui, on déniche de bons tuyaux, un contact pour mettre le pied dans la porte, se faire coopter. Voire profiter d'un "coup de pouce". Une façon d'accéder au marché invisible, très actif aujourd'hui. »


« La bonne démarche » est un rappel synthétique des principales pistes pour trouver son premier emploi. Je cite presque intégralement :


« 1. Anticipez. Commencez votre recherche le plus tôt possible. Inutile d'attendre d'avoir décroché votre diplôme ou de laisser passer les vacances.


« 2. Procédez avec méthode. Prévoyez du temps pour vos démarches, fixez-vous des objectifs, soyez organisé(e). La recherche d'emploi doit être conçue comme... un emploi à plein-temps.


« 3. Tenez-vous informé(e). Lisez la presse, soyez au courant des dernières nouvelles du marché de l'emploi, repérez les entreprises et les opportunités en tout genre.


« 4. Efforcez-vous de comprendre les entreprises. Cela suppose de faire preuve de curiosité et de dynamisme. Et cela permet de savoir ce que l'on peut mettre en avant auprès des recruteurs : les stages, les expériences associatives...


« 5. Le terrain, ça paie. Misez sur les stages et les jobs divers, en France et à l'étranger. Mettez en avant vos réalisations concrètes, les compétences que vous avez acquises. Et, si on vous le propose, n'hésitez pas à accepter un poste sur le terrain : c'est le meilleur des tremplins.


« 6. Ratissez large. Les PME ou les entreprises de province, par exemple, offrent de belles opportunités. Idem pour un secteur comme la grande distribution : on peut y effectuer de très belles carrières.


« 7. Mobilisez votre réseau. Parents, amis, connaissances... N'hésitez pas à leur demander conseils et renseignements. Adressez-vous au bureau des carrières et à l'association des diplômés de votre école ou de votre université. Contactez aussi les fédérations professionnelles. Utilisez les réseaux sociaux comme LinkedIn, Classmates.com ou Facebook. Bref, faites flèche de tout bois.


« 8. Consultez un spécialiste du marché de l'emploi en cas de difficultés. Il vous aidera à redéfinir votre stratégie et votre projet, vous permettra de mieux comprendre comment se passe un entretien... Et, surtout, il vous aidera à retrouver confiance en vous.


« 9. Ne négligez pas les emplois « précaires » - en CDD ou en intérim, les missions ponctuelles... Ils vous permettront de percevoir un revenu, de garder le contact avec le monde professionnel, de maintenir vos compétences à jour et d'avoir un pied dans l'entreprise.


« 10. Montrez-vous mobile. Soyez prêt à vous déplacer - au moins provisoirement -, en province ou à l'étranger, pour décrocher un emploi.



« Le CDD, une expérience à ne pas négliger ». C'est un fait, en cette période de crise, même si on peut le déplorer, les entreprises hésitent à embaucher en CDI et "tolèrent" quelques CDD.


« Aux jeunes diplômés de s'adapter à cette nouvelle donne. Certains n'ont pas le choix, contraints à gagner leur vie rapidement pour rembourser des emprunts ou payer leur loyer. D'autres pourraient attendre le CDI idéal, mais optent volontairement pour des missions de quelques mois. "Le principal frein à l'embauche des jeunes est le manque d'expérience, souligne Christian Darentière. Accepter un CDD permet de s'en doter et d'être plus crédible auprès des recruteurs. Il ne faut pas négliger cette alternative." »


Et notre auteur donne exemple réussi : « C'est ce qu'a réalisé Tiphaine Rimour : diplômée de Sup de Co Montpellier, elle accepte un CDD de six mois à la Société Générale, sur un poste d'achat de logiciels. "J'avais déjà effectué six mois de stage dans le service et mon supérieur m'avait clairement signifié qu'il n'y aurait pas de CDI ensuite. Mais le poste était riche en responsabilités, c'était une bonne expérience. Vu l'état du marché de l'emploi, je ne me voyais pas refuser." Un choix qui s'est avéré payant : à la fin de son contrat, Tiphaine est contactée par un cabinet de conseil spécialisé dans les achats, First Buyer. "Les recruteurs ont été séduits par mon CDD : j'étais déjà opérationnelle et je pouvais mettre en avant une véritable expérience de salariée. Cela a été décisif." »



Puis, des expériences vécues par des jeunes diplômés.


« J'ai élargi mon champ de recherche ». C'est la démarche que suit actuellement Julien Peirano de l'ESC Toulouse.


« Voilà déjà six mois que je suis en recherche active. J'ai eu de nombreux entretiens, mais aucun n'a pour l'heure aboutit. J'ai le sentiment qu'avec la crise, les recruteurs veulent sécuriser au maximum leurs embauches : ils ont le choix en termes de candidatures et affinent ainsi leur sélection. J'ai par exemple passé huit entretiens pour un industriel de l'agroalimentaire, avant d'être recalé. Pour un jeune diplômé, c'est beaucoup !


« Il faut s'adapter à la situation. Pour ma part, j'ai décidé d'élargir mon champ de recherche. Spécialisé en marketing et ayant effectué vingt-quatre mois de stages dans ce domaine, je prospecte également les métiers commerciaux, qui sont plus dynamiques en ce moment. A la réflexion, commencer par un poste de terrain ne pourra que m'être profitable : on est un bon professionnel du marketing lorsque l'on connaît bien la réalité de la vente et des produits.


« Par ailleurs, je suis inscrit sur différents sites d'offres d'emploi, et je multiplie les contacts via les réseaux sociaux. Par exemple, je me suis mis en relation avec d'anciens maîtres de stages, d'anciens diplômés de l'école, voire des managers que je ne connais pas. Je pense qu'il peut être utile de contacter directement les décideurs, quitte à ce qu'ils fassent tourner mon CV en interne. J'ai ainsi envoyé un mail au PDG d'un grand groupe industriel, en utilisant une adresse mail basique. Et ça a marché : mon CV a circulé jusqu'au service des ressources humaines, et je suis actuellement en train d'enchaîner les entretiens. Preuve que l'essentiel est d'y croire, et d'être audacieux. »



« Une stratégie bien pensée ». C'est la stratégie en trois temps développée par Sarah el-Hadjadj, vingt-cinq ans. Sortie de l'Ensam en mars.


« Le Web, d'abord : elle a "posté" son CV sur les principaux sites de recrutement (Apec, cadremploi.fr, monster.fr...). "J'ai également intégré mon profil sur les rubriques carrière des sites Internet des entreprises qui m'intéressaient, comme GDF-Suez, EDF, Veolia ou Areva. Comme le CV apparaît aux yeux des recruteurs en fonction de mots clefs, j'ai fait en sorte d'en mettre le maximum, pour que ma candidature soit vue le plus souvent possible", ajoute-elle.


« Ensuite, la jeune diplômée répond régulièrement aux offres d'emploi qui correspondent à son profil et qui sont proposées en ligne par les entreprises. En trois mois, elle a envoyé environ 70 CV et obtenu jusqu'à présent... quatre entretiens.


« Enfin, troisième action, deux demi-journées par semaine, elle épluche la presse économique pour recueillir des informations sur les entreprises, savoir celles qui embauchent ou celles, au contraire, sur lesquelles il vaut mieux ne pas miser en ce moment. "J'envoie aussi des candidatures spontanées ou j'appelle des anciens de l'école pour obtenir des précisions, savoir quelles sont les opportunités ou la personne à contacter", indique Sarah el-Hadjadj.


« Autre petit plus qui lui a été bien utile, le suivi proposé par l'Apec : "Une consultante m'a aidée à mieux organiser mes recherches. Elle m'a aussi fait comprendre que beaucoup de postes ne sont pas visibles sur les sites Internet et s'obtiennent par réseau."


« Pour l'instant, elle n'a pas eu recours aux réseaux sociaux et professionnels, comme Facebook, Viadeo ou LinkedIn. Mais elle n'exclut pas de le faire dans les semaines à venir. »



« Il faut rassurer les entreprises » explique la manière dont Emilie Manglou, diplômée de l'UPMC, a réussi à décrocher, au bout de trois mois, son premier poste chez Keller, une société qui réalise des fondations spéciales.


« Après avoir déposé son CV sur les sites de recrutement et à l'Apec, puis répondu à quelques annonces, elle s'est rendu compte qu'il valait mieux cibler les entreprises qui connaissaient déjà sa formation. Pour cela, elle a consulté le fichier de l'UPMC, qui répertorie tous les stages effectués par les étudiants ces dernières années. "Cela me permettait aussi de savoir quelle était la personne à contacter", observe-t-elle. Elle a également fait appel à quelques anciens, reconvertis dans les RH, qui l'ont aidée à améliorer la présentation de son CV, sa façon de répondre à une annonce ou de gérer un entretien... Durant cette période, elle a envoyé une cinquantaine de CV et obtenu cinq entretiens. "Je savais aussi que deux étudiants de ma promotion avaient effectué un stage chez Keller. Lorsque j'ai postulé, je leur ai rappelé qu'ils connaissaient ma formation. Je savais que cela allait les rassurer. J'ai d'ailleurs eu rapidement deux entretiens, l'un avec les RH, l'autre avec un responsable de la direction technique." »


Par contre, elle reconnaît que « s'inscrire sur Viadeo et LinkedIn ne lui a pas été très utile : "Je pense que cela fonctionne mieux lorsque l'on est déjà en poste et que l'on cherche des contacts." » Il me semble que ce dernier point n'est pas à généraliser. Viadeo et LinkedIn sont des pistes qu'il ne faut pas négliger, même si dans le cas d'Emilie, ces deux réseaux ne lui ont pas servi.




Bon courage à tous ceux qui vont commencer (ou continuer) à rechercher leur premier emploi cet été.

Publié dans Nouveau job

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Lulu 24/06/2009 17:39

Voilà un billet très instructif que je ne manquerai pas de mettre en pratique incessamment sous peu ...
Message reçu 5/5 !

Bernard Sady 24/06/2009 23:43


Bonsoir Lulu
Ce billet t'était effectivement destiné...
Ainsi qu'à tous ceux qui ne s'y sont pas encore mis...