Le But de l'entreprise (1)

Publié le par Bernard Sady

La première fois que j'ai lu "Le But" de Goldratt, c'était il y a presque 20 ans... J'avais acheté la première édition publiée en français par l'AFNOR.


Sur la suggestion d'un de mes jeunes lecteurs, je viens de lire (ou plutôt dévorer) "Réussir n'est pas une question de chance" du même Goldratt.


Construit comme "Le But", sous la forme d'un "roman industriel", il est passionnant et bourré de leçons, surtout sur les processus mentaux. Mais comme "Réussir n'est pas une question de chance"l est la suite du "But", dans la foulée, j'ai relu la dernière édition de ce livre.


La différence d'avec la première édition n'est pas négligeable : 9 chapitres en plus avec de nombreuses explications sur les cinq étapes du processus de progrès permanent.


Et au final l'interview de quelques personnes ayant appliqué avec succès (au moins pendant un certain temps... Cf. General Motors cité en exemple...) la théorie des contraintes.


Donc, relecture passionnante.


Une seule chose me contrarie, c'est que Le But ultime de toute entreprise serait le profit... C'est du moins ce qui ressort de ce premier livre.


Dans la première édition, le chapitre 31 et dernier chapitre se terminait par une conversation entre Alex et Jonah :

« - C'est tout ce qui importe : faire de l'argent. C'est ça le but.

- Si vous vous souvenez de notre première conversation à Chicago, Alex, vous comprendrez que, pour moi, il y avait autre chose en dehors de gagner de l'argent, quelque chose de beaucoup plus important à mon avis.

- Mais je croyais que gagner de l'argent était le but, non ?

- C'est le but d'une entreprise industrielle. Mais ce n'est pas le mien et je ne crois pas que ce soit le vôtre.

- Mais alors, quel est notre but ?

- A votre avis, quel devrait-il être ?

- Eh bien... euh... je ne sais pas.

- Je vous quitte maintenant, Alex. Je vous rappellerai. Mais entre temps, permettez-moi de vous faire une suggestion.

- Laquelle ?

- Réfléchissez à ce que devrait être le but. »


L'histoire se termine sur ces mots. Ensuite, il y a seulement un épilogue, mais nous n'en apprendrons pas plus sur "Le But"...


Cependant, dans "Réussir n'est pas une question de chance", Goldratt semble avoir évolué. Il admet que toute entreprise industrielle a trois buts interdépendants et complémentaires :

   -       "Gagner de l'argent maintenant et à l'avenir"

   -       "Procurer un cadre de travail satisfaisant et sécurisant pour nos salariés, maintenant et à l'avenir"

   -       "Satisfaire le marché, maintenant et à l'avenir".


Trois buts ? Oui, qui correspondent aux besoins des 3 parties prenantes au sein de l'entreprise : les actionnaires, le personnel et les clients.

Au moins, le profit n'est plus le seul but : il ne représente qu'un tiers du but...


Mais ce n'est pas encore satisfaisant...


Finalement, quel est Le But ?



Avant d'apporter ma réponse, je voudrais démonter une fois de plus cette « foutaise » enseignée dans toutes les écoles de management qui consiste à affirmer que le but de toute entreprise est le profit (maximum ou pas, c'est la même foutaise).


Pas plus tard que le week-end dernier, j'ai eu une discussion serrée avec un de mes bons amis qui tenait cette position.


Son argumentation (venant certainement de son passage dans une de ces écoles de gestion) était de dire qu'une entreprise qui ne faisait pas de profit ne pouvait pas survivre et que donc, c'était son objectif.


J'ai eu les plus grandes difficultés à lui expliquer que le profit est un moyen, certes important, pour atteindre l'objectif de l'entreprise, mais qu'il n'en était pas lui-même l'objectif ultime. Il ne fallait pas confondre moyen et fin.


Heureusement Molière est venu à mon secours... Dans l'Avare, Valère explique à Maître jacques qu' « il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger » (Acte 3, scène 1).

La question du profit dans l'entreprise se pose de la même manière : l'entreprise doit-elle faire du profit pour vivre, ou bien vivre pour faire du profit ? Posée avec cette alternative, la réponse vient immédiatement : l'entreprise doit faire du profit pour vivre et être pérenne et non l'inverse. Le profit est donc un moyen (de même que manger est un moyen, certes indispensable, pour vivre, mais manger ne sera jamais l'objectif ultime des hommes...) et un moyen n'est jamais le but.



Mais d'où vient cette idée du profit comme but ultime de toute entreprise. Tout simplement du protestantisme de Calvin. Cela a été très bien montré par Max Weber dans "L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme". Je l'ai cité dans mon étude sur « Taylor : contexte dans lequel il a évolué » :


Max Weber écrit : « Toutes les admonitions morales de Franklin sont teintées d'utilitarisme. L'honnêteté est utile puisqu'elle nous assure le crédit. De même, la ponctualité, l'application au travail, la frugalité ; c'est pourquoi ce sont là des vertus. (Max Weber - p. 27) [...] Mais, surtout, cette éthique est entièrement dépouillée de tout caractère eudémoniste, voire hédoniste. Ici, le summum bonum peut s'exprimer ainsi : gagner de l'argent, toujours plus d'argent, tout en se gardant strictement des jouissances spontanées de la vie. L'argent est à ce point considéré comme une fin en soi qu'il apparaît entièrement transcendant et absolument irrationnel sous le rapport du "bonheur" de l'individu ou de l'"avantage" que celui-ci peut éprouver à en posséder. Le gain est devenu la fin que l'homme se propose ; il ne lui est plus subordonné comme moyen de satisfaire ses besoins matériels. Ce renversement de ce que nous appellerions l'état de choses naturel [...] exprime une série de sentiments intimement liés à certaines représentations religieuses. » (Max Weber - p. 28).


Avant d'en arriver à ce qui me paraît être l'objectif ultime d'une entreprise, LE BUT en quelque sorte, je ferai quelques détours chez certains "gourous" du management qui ont des points de vue intéressants à nous présenter à ce sujet.

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Vanessa 24/05/2015 00:38

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Paramo 01/07/2013 23:45


Pour ma part je crois que "E" est trop contaminé par certaines écoles économiques. Je vais répondre par un commentaire un peu long. Car ses affirmations sont comme les affirmations des
partis extrémistes des énonces faciles du genre « la terre est plate ». 


Je le répète, la monnaie est un outil social, il est nocif de le prendre pour une fin. 


Il serait judicieux que les gens aient une meilleure connaissance des différentes théories économiques de leurs bases idéologiques et leur degré de scientificité.

Mais j’avoue que la plupart des gens qui colportent les théories monétaristes ont du mal à lire autre chose que les comptes rendus superficiels des économistes que leurs médias leur donnent à
voir. D'autres en tirent des avantages et la situation les arrange.

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La suite de mon commentaire est une explication maladroite de ce que E devrait savoir.


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La monnaie est un outil qui au départ avait pour but de faciliter les échanges et réguler certaines activités humaines. 


Ainsi la quantité de monnaie dans notre société était en relation avec l'activité de celle ci, l'absence ou l'excès sont signes de problèmes économiques et sociaux. C'est un peu comme la
fonction qui ont dans notre cerveau certains neuromédiateurs. 


Sous l’influence de certains économistes (plus militants que scientifiques) on a dérégulé le système de création monétaire.

Aujourd’hui personne n’a plus le contrôle de ce processus la situation telle qu’on ne veut pas courir le risque de l’arrêter. Les seuls qui ont un certain contrôle sur cela sont les pays qui
n'ont pas renoncé à l'intervention directe de l'état sur cette création. 


J’ai lu qu’aujourd’hui l’ensemble des agrégats financier dans le monde représente 70 fois le PIB mondiale. 


Le plus grave pour notre système économique est que cette masse de capitale est de plus en plus concentré. Une équipe d’économistes suisses a montré dans un travail sur les flux de contrôle que
40 % de cette masse de capital est contrôlée par 147 entreprises.
(Voir : http://oppt-in.com/wp-content/uploads/2013/02/Network-of-Global-Corporate-Control.pdf et http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0025995)


La conséquence de cela est la grande instabilité que l’on observe mais pas seulement, malheureusement.

E 14/05/2013 11:22


Bonjour,


Je pense que votre raisonnement est erroné. En effet, vous confondez l'entreprise ou les sociétés avec d'autres formes d'organisation : les associations, les coopératives... S'il existe une
entreprise dont le but ultime n'est pas la recherche de la rentabilité du capital et la distribution du bénéfice alors sa forme juridique n'est pas adaptée.


 

Florent F. 06/08/2010 15:19



Bonjour Bernard,


Je reviens un peu tardivement sur cet article que j'avais beaucoup apprécié.


Je commence par un petit rectificatif, dans "Réussir n'est pas une question de chance", Goldratt ne revient pas sur son idée initiale que l'entreprise ait un seul but "Faire de l'argent
aujourd'hui et dans le futur". Simplement il ajoute que deux conditions sont nécessaires : "Procurer un cadre de travail satisfaisant et sécurisant pour nos salariés, maintenant et à l'avenir" et
"Satisfaire le marché, maintenant et à l'avenir".


Sinon, je suis d'accord avec toi. Gagner de l'argent aujourd'hui et demain est un moyen et non une fin. Penser l'entreprise comme un générateur d'argent c'est concevoir l'entreprise comme un
système sans finalité (Système déterministe selon Ackoff). L'entreprise serait remplirait alors une fonction en vue de satisfaire une finalité de l'Homme. Je préfère concevoir l'entreprise comme
un système tétralogique dont la multifinalité consiste à satisfaire le marché, les actionnaires et les salariés (Cf mon article sur la question : http://analysesystemique.free.fr/?p=844).


Au plaisir.



Bernard Sady 31/08/2010 22:09



Bonsoir Florent,


Merci de ces commentaires. Je ne suis pas d'accord avec toi sur tout. Mais j'aurai l'occasion de développer en commentant ton article sur le sujet...


La finalité de l'entreprise est un sujet qui me tient à coeur, car de cette finalité dépendent beaucoup de choses...


Cordialement,


Bernard



Jean-Michel 10/01/2010 22:57


Bonsoir Bernard,
J'ignorais cette information, et elle ne témoigne pas d'une plus haute idée de l'entreprise que celle des "Harpagons". Quel désert mental.