Les suicides en entreprise : de Renault à France Telecom (2) - La responsabilité des syndicats

Publié le par Bernard Sady

Après mon billet traitant des suicides chez France Telecom, et avoir mis en cause la direction de cette entreprise, je disais en fin d’article que les syndicats avaient aussi leur part de responsabilité.

C’est ce que je voudrais développer dans ce billet.


D’abord, il faut reconnaître que comme pour le Technocentre de Renault, les syndicats sont désarmés face à cette souffrance au travail. Enjeux – Les Echos de juin 2008, dans un article traitant des « désespérés de Guyancourt » constatait que « le stress constitue un sujet inédit pour les syndicats comme pour le management. Et aujourd'hui, d'un côté comme de l'autre, on peine à trouver ses marques. »


En effet, les syndicats, surtout dans les grandes entreprises publiques, para publiques ou ex-para publiques (comme Renault et France Telecom) ont comme seul objectif de conserver les "avantages acquis" et de les améliorer si possible. Ces avantages concernent surtout les salaires, le temps de travail et les conditions de travail. Et si le stress et la souffrance au travail sont dénoncés, ils ne sont pas étudiés au fond (causes, solutions). Et il n’y a réaction que lorsque la souffrance devient insoutenable.


Les syndicats en sont encore au temps où ils faisaient la pluie et le beau temps dans ces entreprises. Mais la situation a évolué. Ils ne se sont pas aperçus que leur environnement avait changé. On peut regretter cette évolution, mais c’est un fait. Si les syndicats n’accompagnent pas ce changement dans l’intérêt des salariés, il se fera de toutes manières sans eux et au détriment des salariés laissés seuls face au rouleau compresseur de la direction. Etre complètement décalés fait qu’ils ne sont crédibles, ni du côté des salariés, ni du côté de l’encadrement et de la direction.


Voici ce que préconisait le rapport Technologia sur le Technocentre : « Les institutions représentatives du personnel (représentants syndicaux, CHSCT, CE, délégués du personnel) ont un rôle important à jouer en matière de régulation organisationnelle. Pour cela, il est nécessaire que leur légitimité auprès des salariés et du management soit renforcée et qu'ils aient une vraie place participative. »


Bien sûr, chez France Telecom, les syndicats ont mis en place une assistance auprès des personnes, une fois prises dans le piège infernal de la mobilité. C’est du correctif. Il aurait mieux fallu qu’ils fassent du préventif.

On le voit au travers des déclarations actuelles des délégués. Leur seul objectif, c’est « l’arrêt définitif des restructurations ».

 

Mais aucune proposition n’est faite : après le dernier suicide, ils se contentent de réclamer « l'urgence de prises de décision concrètes de la part de l'entreprise. »

 

Pour que les recommandations de Technologia, qui va également faire une étude chez France Telecom, il faut que les syndicats recouvrent une véritable légitimité. Mais celle-ci ne se donne pas, elle se mérite et se gagne. C’est une véritable révolution copernicienne que doivent faire les syndicats.

 

 

Il restera à voir dans un prochain billet la responsabilité des pouvoirs publics.

 

Publié dans Stress au travail

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