Autres leçons de Milgram

Publié le par Bernard Sady

Augustin Landier et David Thesmar reviennent sur « le vrai-faux jeu télévisé “Zone X-trême” », diffusé la semaine dernière sur France2, dans Les Echos du 24 mars.

 

Pour nos deux auteurs, « les enseignements de l'expérience “Zone X-trême” sont plus généraux et plus intéressants qu'une énième critique du pouvoir de la télé. »


Ils en tirent trois enseignements principaux :


« Premier message : la rébellion contre un ordre absurde n'est pas une donnée de l'humanité. Ceux qui en appellent à plus d'indépendance dans les conseils d'administration, ceux qui déplorent la caporalisation de l'UMP, tous ceux-là manquent leur cible. L'être humain est d'un naturel docile : c'est la loyauté au chef qui est dans nos gènes. L'insolence, l'esprit de résistance ne se décrètent pas. »

Ce premier message va à l’encontre de tous ceux qui voudraient éduquer l’être humain à la désobéissance. Peine perdue…

 


Mais cette docilité est renforcée par d’autres phénomènes :

 

« Deuxième message de “Zone X-trême” : c'est la présence physique de la figure de l'autorité qui déclenche l'obéissance aveugle. Lorsque la présentatrice télé quitte la pièce, rappelant le sujet de l'expérience à ses responsabilités, le taux d'obéissance s'effondre. Ce résultat avait déjà été mis en évidence par Milgram. »


Ce deuxième message est important pour tout manager : si vous voulez des collaborateurs “obéissants”, vous resterez le plus possible physiquement présent ; mais si vous voulez favoriser la liberté d’esprit chez vos collaborateurs, vous saurez vous effacer…

 

Et « troisième message : c'est lorsque l'autorité est monolithique que la soumission est la plus totale. Dans certaines expériences de Milgram, lorsque l'autorité était représentée par deux scientifiques en blouses blanches, et que l'un affichait clairement son désaccord lorsque la dose électrique devenait trop forte, la désobéissance devenait presque systématique. »

 

Nos deux auteurs tentent une application à l’économie et plus particulièrement à ce qui se passe dans les conseils d’administration :


« Au départ, ces expériences avaient été conçues pour comprendre la logique totalitaire, mais elles éclairent aussi le fonctionnement de l'économie. L'instinct d'obéissance découvert par Milgram permet notamment d'expliquer la docilité sans faille des conseils d'administration dans la période précédant certains naufrages industriels célèbres (Enron, Vivendi…). Pour créer un véritable espace de délibération dans les conseils, il faut confier à des “avocats du diable” la charge de poser les questions qui gênent et de contester le consensus. C'est aussi la diversité qu'il faut promouvoir : mettre dans les conseils d'administration des non-spécialistes, externes au monde de l'entreprise comme les universitaires, permet de forcer chacun à expliciter ses arguments. De plus, les délibérations du conseil doivent se faire en l'absence du dirigeant. Enfin, pour casser le monolithisme de l'autorité, le cumul des postes de directeur général et de président du conseil doit être évité. Un pouvoir bicéphale promeut l'insolence. »


Oui, mais au risque de la paralysie… Il ne faut pas tomber de Charybde en Scylla…


Il me semble qu’il est préférable de conserver une autorité unique, mais tempérée par d’autres éléments. Dans les entreprises familiales, l’autorité du patron est tempérée par la prudence propre à la gestion familiale : c’est son bien qu’il gère.


Dans les autres sociétés, à capital éclaté et anonyme, il ne semble pas y avoir d’élément tempérant l’autorité équivalent… Ces entreprises sont-elles condamnées à vivre avec le risque permanent de tomber dans Charybde ou Scylla ?

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Jean-Michel 06/04/2010 17:46



Oui Bernard, et je confirme qu'ils se sont montré (Nos supérieurs) globalement intelligents, donc démobilisateurs pour une quelquonque insolence ou révolte.


C'était cela l'armée moderne, du moins l'armée de l'air dans les années 70-80...à Aix-en Provence.



Jean-Michel 31/03/2010 01:40



Bonsoir Bernard,


Je me souviens de mon service militaire, dans l'armée de l'air, où entre appelés nous nous disions une devise  "Non au néant mental", nous désirions des ordres intelligents, qui nous
rendraient fiers d'y obéir...


Au fond c'était aussi le cas de l'insolence, elle se devait d'être intelligente, lucide,


pertinente, mettant le doigt où cela fait mal. Donc la barre que nous nous étions fixés était trop haute pour nous permettre de la manifester, piégés étions nous, mais nous n'en pensions pas
moins. Et puis nous étions bien traités.


Mais la paralysie, la confusion c'est bien Scylla, le pire qui puisse arriver.


L'esprit de révolte pour la révolte me rappelle l'histoire du changement pour le changement, cela ne mène à rien, il faut une pensée et des arguments derrière.


Nous ne sommes pas sortis de l'auberge...



Bernard Sady 05/04/2010 21:36



Jean-Michel,


Intéressante votre histoire de service militaire. Comme vous le dites, la révolte pour la révolte ne mène à rien...