Facebook rend-il plus intelligent ?

Publié le par Bernard Sady

A la fin d’une série de billets dans lesquels je posais la question « Internet nous rend-il stupides ? », j’avais fait allusion à un article des Echos annonçant que « Facebook rendrait “plus intelligent” »…

 

 

L’auteur de l’article, Julien Pompey, expliquait que « les réseaux sociaux auraient un effet plus ou moins bénéfique sur nos facultés intellectuelles, selon le Dr Tracy Alloway, psychologue et directrice du département langage et de la mémoire de l'université de Stirling, en Ecosse. Ainsi, selon cette spécialiste, qui vient de publier une étude sur le développement de la mémoire et son importance dans la prévention de la démence, Facebook et Twitter auraient un effet opposé sur le cerveau. Le numéro un des réseaux améliorerait les capacités intellectuelles de ses membres, à l'inverse du site de micro-blog. »

J’avais fait part de mon étonnement et promettais d’étudier la question de près. Il est donc temps de régler son compte à cette foutaise.


En fait, après avoir lu plusieurs articles sur ce sujet et surtout consulté le blog de Tracy Alloway, il s’avère que c’est uniquement un coup marketing de la part de cette dernière. C’est tellement inintéressant qu’en temps normal ce serait passé inaperçu, mais avec le succès de Facebook et Twitter, c’était une occasion rêvée.  


D’abord, dans cet article et dans d’autres qui se sont informés aux mêmes sources, il y a un mélange entre plusieurs études du Docteur Alloway et ses déclarations lors du British Science Festival début septembre. La première étude dont parle Les Echos concerne « le développement de la mémoire et son importance dans la prévention de la démence ». La seconde étude dont l’auteur parle en fin d’article est intitulée « The efficacy of working memory training in improving crystallized intelligence ». Cette étude publiée début septembre 2009 est disponible sur le site “precedings.nature.com”.


Le mélange n’est pas facile à détecter, surtout dans cet article des Echos. Continuons à l’étudier.

Après l’introduction, Julien Pompey écrit : « Facebook stimulerait les fonctions cognitives de la mémoire, car le site exige de ses membres une certaine activité et intéractivité avec les autres. "Les réseaux sociaux ou les jeux vidéo sont bons pour la capacité de socialisation des enfants, et ils permettent d'utiliser sa mémoire active, comme le Sudoku ou le fait de rester en contact avec des amis sur Facebook", explique le Dr Tracy Alloway. Les jeux vidéo seraient ainsi bénéfiques au développement intellectuel, contrairement aux idées reçues.


« A l'opposé, Twitter ne serait qu'un flux d'informations reçu de manière passive par l'internaute. Son caractère instantané ne ferait appel à aucune fonction cognitive et, par extension, ne développerait pas les facultés intellectuelles de ses membres. "Sur Twitter, vous recevez un flux interrompu d'informations, qui est en plus très succinct. Vous n'avez pas besoin d'analyser cette information. Votre niveau d'attention est réduit, et vous ne demandez pas d'effort à votre cerveau, et vous n'améliorez pas vos terminaisons nerveuses", poursuit la psychologue écossaise. »


Ces deux paragraphes correspondent aux déclarations du docteur Alloway lors du British Science Festival.


En fait, elle ne nous apprend pas grand-chose et ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes. Car tout le monde sait que le fait d’être actif plutôt que d’être passif est bon pour le développement du cerveau et de la mémoire. Ce ne sont que des lieux communs…


Mais c’est quand on arrive à la conclusion, qu’on comprend le mic mac : « Le Dr Tracy Alloway a mené cette étude avec son équipe chez des enfants de 11 à 14 ans. » On a donc bien l’impression que cette étude concerne Facebook et Twitter… Alors qu’il n’en est rien. Lisez l’étude et vous verrez que les mots “Facebook” et “Twitter” ne sont pas dans ce texte.


Continuons : « Que vos enfants utilisent Facebook ou Twitter, elle conclut toutefois qu'après huit semaines d'exercices de mémoires, les écoliers ont vu leur quotient intellectuel augmenter de 10 points... » C’est bien la conclusion de l’étude, mais sans Facebook, ni Twitter… 



Un autre article publié sur le site l'Atelier.fr est encore plus direct dans la confusion : « Les réseaux sociaux ont une influence sur la mémoire et certains aspects de l’intelligence, quelques-uns positivement, d’autres négativement. C’est ce qu’explique dans une étude le docteur Tracy Alloway, de l’université de Stirling en Ecosse. Cette étude, réalisée auprès de 11-14 ans, montre les bénéfices de l’utilisation de Facebook pour la mémoire opérationnelle, au même titre que certains jeux vidéos. Elle pointe en revanche du doigt l’effet négatif du site de microblogging Twitter.».


Non ! Encore une fois, cette étude « réalisée auprès de 11-14 ans » ne concerne ni Facebook, ni les jeux vidéo, ni Twitter !


Tracy Alloway a fait des études intéressantes sur la mémoire de travail. Mais elle n’en a fait aucune sur Facebook et Twitter, ni non plus sur les Sudoku (ou du moins, aucune étude de sa part sur ces thèmes n’ont fait l’objet d’une publication - voir l’exhaustivité de ses publications sur le site de l’Université de Stirling.)


C’est seulement lors du British Science Festival qu’elle a fait des déclarations d’un simple bon sens. Cela lui a fait une bonne publicité, mais l’intérêt scientifique est très limité.



Alors, en conclusion, est-ce que Facebook rendrait plus intelligent ? Pas plus que de faire un Sudoku… Et Twitter rendrait moins intelligent ? Pas moins que de regarder la télévision…

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Patrice Legoux 14/10/2009 17:57


A noter un dossier complet du mensuel BOOKS du mois de juillet sur le thème "internet rend t'il encore plus bête ?" (cf http://www.booksmag.fr/magazine/books-juillet-aout-2009-numero-7.html ).
J'avais trouvé l'info sur le blog de mon ancien DSI... fan de LSS ( http://organisationarchitecture.blogspot.com/2009/07/biodiversite-et-competences-sauvons.html ) !


Bernard Sady 20/10/2009 21:31


Ce dossier semble intéressant. Je n'ai pas encore tout lu, mais j'utiliserai certainement certains de ces articles dans un prochain billet.