La manipulation (4) : le piège abscons

Publié le par Bernard Sady

Voici la dernière auto-manipulation présentée dans le « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens » par Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois : le piège abscons.

 

Nous avons tous eu l’expérience d’une vieille voiture sur laquelle nous avons engagé des frais de plus en plus importants pour la maintenir en état de fonctionnement : les freins, les amortisseurs, les cardans, la boite de vitesse, le moteur, etc... Et lorsqu’il a fallut la mettre à la casse, nous y avons laissé de nombreuses pièces pratiquement neuves…

 

Pour faire comprendre ce phénomène, nos auteurs donnent un très bon exemple avec leur héroïne:

« 23h30, Madame O. attend maintenant le dernier bus qui a déjà, si l’horloge de l’église Sainte-Lucie est à l’heure, près de cinq minutes de retard. Elle néglige d’arrêter un premier taxi en maraude qui passe devant la station. “Il finira bien par arriver”, se dit-elle en soupirant. Les phares d’u nouveau taxi éclairent lentement les premières gouttes de pluie. Il est plus de minuit et Madame O. se demande s’il ne serait pas plus raisonnable de rentrer en taxi. “Non, pense-t-elle, le bus sera là d’ici deux ou trois minutes, il doit encore être bloqué au carrefour des Epinettes.” Harassée, trempée, les nerfs à fleur de peau, Madame O. est enfin devant sa porte. Sa montre indique une heure ou pet s’en faut. Elle a dû finalement se résoudre à rentrer à pied. »

 

C’est ce que nos auteurs appellent “le piège abscons”. « Comme la dépense gâchée, et comme l’escalade d’engagement, il procède de cette tendance qu’ont les gens à persévérer dans un cours d’action, même lorsque celui-ci devient déraisonnablement coûteux ou ne permet plus d’atteindre les objectifs fixés. »

 

Les joueurs impénitents sont souvent victimes de ce piège poussé au paroxysme : ils vont toujours “se refaire”… et finissent par se ruiner.

 

Car « deux facteurs rendent ce piège abscons particulièrement redoutable. Le premier de ces facteurs tient au fait que l’individu peut être engagé dans un processus qui se poursuivra de lui-même jusqu’à ce qu’il décide activement de l’interrompre, si toutefois il le décide. »

En effet, dire “allez” pour relancer un processus qui s’interrompe automatiquement ou dire “stop” à un processus qui recommence automatiquement n’est pas du tout du même ordre : « l’individu qui s’est mis dans un piège abscons en prenant une décision initiale ne peut en sortir qu’en prenant une nouvelle décision. Mais encore faut-il que l’occasion lui en soit donnée. » Celui qui doit dire “allez” s’arrêtera beaucoup plus rapidement que celui qui doit dire “stop”.

 

« Le second facteur qui concourt à donner au piège abscons toute son efficacité tient au fait que l’individu peut ne pas être amené à fixer a priori de limites à ses investissements, par exemple à décider une fois pour toutes quelle somme il souhaite engager dans un jeu, ou combien de temps il va attendre à un arrêt de bus, ou combien de temps il va attendre Madeleine, etc. »

 

 

Et voici « les contours d’un bon piège abscons : »

« 1. L’individu a décidé de s’engager dans un processus de dépense (en argent, en temps ou en énergie) pour atteindre un but donné. » Rien à redire sur ce premier point, c’est une attitude normale et naturelle.

« 2. Que l’individu en soit conscient ou non, l’atteinte du but n’est pas certaine. » Et lorsque l’atteinte du but est incertaine, nous en sommes rarement conscient…

« 3. La situation est telle que l’individu peut avoir l’impression que chaque dépense le rapproche davantage du but. » Avec des phrases du type : “Je vais me refaire…”, “Je n’ai jamais été si près du but…”, “Encore un effort et j’y suis…”

« 4. Le processus se poursuit sauf si l’individu décide activement de l’interrompre. » Il est plus difficile de dire “stop”…

« 5. L’individu n’a pas fixé au départ de limite à ses investissements. Ainsi peut-il perdre 400 euros pour tenter d’en gagner 200. Ainsi peut-il passer plus de temps à attendre un bus qu’il ne lui en aurait fallu pour rentrer d’un pas tranquille chez lui. » C’est ce dernier point qui fait qu’on dépense sans compter pour un but plus qu’incertain…

 

 

Le piège abscons se retrouve aussi dans les entreprises et de nombreux patrons ou managers en sont régulièrement victimes : le projet qui n’en finit pas, l’acharnement sur une vieille machine, l’attente d’une négociation d’un contrat qui n’arrivera jamais…

 

 

Dans notre société “démocratique”, une solution est souvent suggérée pour éviter ce piège : le partage du pouvoir.

 

La réponse de nos auteurs est imparable : « Il serait erroné de croire que la collégialité suffise à prémunir une instance de décision contre de tels effets pervers et que ces effets restent l’apanage de l’exercice solitaire du pouvoir. […] La psychologie sociale expérimentale nous inciterait même à attendre une accentuation du phénomène d’escalade d’engagement dans les groupes. Les expériences, en effet, ne manquent pas pour montrer que ces derniers ont tendance à se porter vers des décisions extrêmes, pour peu qu’elles impliquent une prise de risques et qu’elles ne puissent être ramenées à la résolution de problèmes arithmétiques ou logiques. »

 

En voici l’explication : c’est « une dilution de la responsabilité à travers le groupe. »

 

 

Donc, même si l’exercice solitaire du pouvoir est un terrain de choix pour les pièges abscons, l’exercice collégial de ce pouvoir n’est pas une solution…

 

Alors ? Nos auteurs proposent une solution entre les deux extrêmes : « Nous avons, pour notre part, la ferme conviction que la solution est bien plutôt dans la pratique de certains dispositifs qui requièrent l’intervention de plusieurs décideurs dans un même cours d’action. Nous pensons, notamment, qu’il est préférable que ce ne soit pas la même personne, ou le même groupe de personnes, qui prenne une décision et qui en évalue les effets en vue de son éventuelle reconduction. […] Cette suggestion, bien qu’élémentaire, implique donc de profonds changements dans les habitudes et peut-être même de véritables bouleversements structurels. Mais l’inertie organisationnelle étant ce qu’elle est, et les pratiques professionnelles ce qu’elles sont, ont peut craindre que, malgré leur efficacité virtuelle, de tels dispositifs ne soient pas mis en œuvre de sitôt dans les institutions politiques, économiques ou militaires. »

 

Pourquoi pas ?

 

Et pour terminer, voici un dernier exemple de parfait piège abscons : la cure psychanalytique… :

« 1. Le patient a décidé tout seul de s’engager dans un long processus de dépense (en argent, en temps, en énergie).

« 2. Que le patient en soit conscient ou pas, l’atteinte du but n’est pas certaine, et ceci d’autant plus que son psychanalyste lui-même peut considérer ce but comme un fantasme ou un “surcroît” (sic).

« 3. La situation est telle que le patient peut avoir l’impression que chaque dépense le rapproche davantage du but.

« 4. Le processus se poursuit sauf si le patient décide activement de l’arrêter.

« 5. Le patient n’a pas fixé au départ de limite à ses investissements. »

 

 

Maintenant que vous connaissez les principales “auto-manipulations” et leurs caractéristiques, vous saurez (peut-être) les détecter et y mettre fin avant qu’il ne soit trop tard…

 

C’est du moins ce que je vous souhaite…

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

(Clovis Simard,phD) 29/01/2011 19:55



Bonjour,


Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.
      
Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.


La Page No-21: THÉORÈME DU PIEGE !


LA LIBERTÉ ! UN PIÈGE ?


Cordialement


Clovis Simard



cfdtkaram 09/06/2010 08:41



SI LES STATUTS ET REGLEMENTS INTERIEUR DE NOTRE SYNDICAT CFDT(HTR) ONT ETE RESPECTES J'AURAIS ETE ELU MEME SECRETAIRE DE SECTION
SYNDICALE CFDT COMME LE POUVAIT FAIRE LE  COMITE DE LA SECTION ET COMME LE STIPULE L'ART 5 DU REGLEMENT INTERIEUR DE NOTRE SYNDICAT CFDT(HTR) MAIS HELAS IL N'AVAIT PAS D'EXISTENCE CE
COMITE LEGITIME.


 


LA TENTATION DE M'EXCLURE LE 01/MARS/1996 A ETE UN FIASCO ET
S'EST POURSUIVIE AUSSI PAR LA DIRECTION D'EURODISNEY... MAIS MON COMBAT POUR LA VERITE EST A L'OEUVRE  AU JOUR D'AUJOURD'HUI .


Monsieur François CHEREQUE ,JE vous livre ce type de contrat suicidaire à notre démocratie vous démontrant que je restais et je
reste la cible à exclure à l'existence de ce type de contrat coûte que coûte de la section CFDT D'EURODISNEY SA/SCA et du travail plus tard  et avec quel sens de
manipulation et orchestration non conforme aux statuts et règlements ignorés par nous!, face à des gens de pouvoir l'ayant légué à d'autres sans légitimité


Je  vous demande de rétablir mes droits comme je l'ai  décri dans ma lettre adressé le 13/JUIN/2005 à Monsieur
le Prédisent du tribunal du 13EME Chambre/1 Correctionnelle de  la Cour d'Appel de Paris.


Recevez, Monsieur François CHEREQUE MES MEILLEURS SALUTATIONS Syndicale


 


COPIE Pour:-MME Nicole NOTAT(Président de VIGEO)


                      
-MR Alin GIL(CFDT "URSIF")


                       -MR Didier BRULE(Fédération CFDT des Services)


                       -Me  
Toussaint GALLAUX(Avocat à la COUR DU TRIBUNAL DE PARIS).


                                                                                                                                                      KARAM
Ahmed.



cfdtkaram 09/06/2010 08:32



KARAM
AHMED                                                               CHAMPS
SUR MARNE


cfdtkaram 09/06/2010 08:30



5 -


L'AU SECOURS
DE MR KARAM LE SYNDICALISTE DE LA CFDT D'EURODISNEY
jeudi 8 avril 2010 | cfdtkaram

EURODISNEY:IL Y A AUSSI LE CAS DE MR KARAM AHMED LE SALARIE ET SYNDICALISTE DE LA SECTION SYNDICALE CFDT A EURODISNEY QUI SE
BAT DEPUIS MARS/1996 ,VOIR LE "BLOG CYRIL LAZARO" EN DATE DU 07/MARS/2010...




cfdtkaram 08/06/2010 17:22



FAIRE FACE A TOUTES SORTES DE MANIPULATIONS!