La mise à mort du travail : Carglass, l’entreprise du désespoir…

Publié le par Bernard Sady

Je viens de voir la première partie du documentaire sur le mal être au travail ce soir sur France 3.

Ce documentaire est vraiment impressionnant.

 


Je passe rapidement sur les témoignages concernant les salariées du petit magasin. Je ne veux pas minimiser cette souffrance au travail, mais c’est tellement classique et évident : une patronne qui réduit le personnel de 52 à 35 avec toujours la même charge de travail et le refus de la représentation syndicale.

Cependant une chose importante, c’est que la souffrance au travail ressemble par beaucoup d’aspects aux violences conjugales, dont on ne parle pas par honte ou par peur de perdre son boulot. De même, si on assiste à des maltraitances, on ne dit rien, toujours pour les mêmes raisons.

 


Par contre, le reportage sur Carglass est très perturbant. Carglass passe pour un exemple de management humain, avec des résultats qui sont au rendez-vous.

Tout semble être fait pour les clients finaux : « le service doit être excellent ». Et tout est fait pour que les salariés soient heureux, car les « salariés heureux font les clients heureux ». Il y a une enquête de satisfaction clients pratiquement permanente, avec publication des résultats permettant un classement des centres Carglass et la distribution de primes.


Qu’y aurait-il de mal à de tels principes ?

Rien… sauf que c’est toujours le même rêve de Taylor : la meilleure productivité pour la satisfaction à la fois des salariés (qui auront un salaire supérieur) et des patrons (qui feront plus de profits)...

 

Et la satisfaction des clients, s’arrête là où commence la marge…

Dans un centre surchargé de travail, il est préférable de faire travailler les techniciens plutôt que d’embaucher… Le manager est là pour essayer de tenir l’équilibre impossible entre la productivité et la satisfaction clients.

Un morceau d’anthologie : le PDG reconnaît qu’il y a eu de très nombreuses heures supplémentaires et qu’il va devoir les payer alors que d’habitude, les heures sup sont récupérées chez Carglass… Il en est presque malade à l’idée que cet argent va aller dans la poche des salariés, alors qu’il aurait dû grossir le profit… Et ceci déclamé devant une salle de salariés médusés et manifestement culpabilisés…

 

La satisfaction du client final est en fait un détournement de l’attention des salariés et sert le client réel : les assureurs. Tout en cachant l’actionnaire. Le PDG France n’en parle jamais et ne l’avoue qu’à la fin : « nous devons réussir le budget, car nous sommes des compétiteurs »…


Ce reportage chez Carglass fait penser à Toyota et en particulier au livre de Kamata : « Toyota l’usine du désespoir »…

 


Le débat a été assez plat. En fait, il a été une suite de monologues répondant aux questions de Marie Drucker. Mais il y a eu quand même des éléments intéressants.


Stéphane Richard a fait une bonne prestation en expliquant qu’il fallait d’abord écouter les salariés et ensuite se mettre autour de la table. Maintenant, cela dit, ça ne résout pas les problèmes… Il faudra encore attendre un peu pour voir les résultats, car Stéphane Richard a quand même pour ambition de refonder le système de management de France Télécom…

Il a quand même été pris à contre-pied par Christophe Dejours au sujet du questionnaire de 160 questions envoyé à l’ensemble des salariés. En effet, Christophe Dejours expliquait que le suicide intervenait lorsqu’un salarié n’arrivait plus à penser sa situation et ne pouvait donc pas y répondre. Et dans ce cas, il est incapable de répondre à un questionnaire… Seule réponse de Richard : « ce questionnaire a été établi avec les organisations syndicales »…

 


Dernier point que j’ai noté dans ce débat, c’est l’explication de Christophe Dejours au sujet des “épidémies” de suicides : les “épidémies” de suicides n’existent pas dans les entreprises, mais seulement chez les adolescents et dans les sectes. Encore une de ces pseudos vérités mise à mal.

 


Si la seconde partie de ce reportage est aussi passionnante que la première, ça va encore décoiffer. Il est seulement dommage que cette deuxième partie soit diffusée à 23h05…

Merci à tous ceux qui font des commentaires. J'ai un peu de retard dans les réponses. J'espère le rattraper demain.

Publié dans Stress au travail

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un carglassien 21/03/2011 19:33



je me permet meme si tard de vous laissez un commentaire..


je travaille pour carglass et je peux vous dire que cette pseudo primes n'est en faite que pour les centre beneficiant du materiel dernier cri en premier,et pour les centres de province autend ne
pas esperer avoir de primes..


c'est comme sa,et bien d autre chose sont stupefiante chez carglass qui mets les moyen pour vous faire miroité des choses au debut ou en formation mais la réalité et bien loin des promesses..


vous ne recevez pas les habilles pour le froid..votre caisse a outils et a esperer l avoir un jour..et sans cette caisse vous ne pouvez etre bien productif a toujours tappé dans la caisse du
voisin etc..donc vos journée sont interminable et vous devez enchainé a un rythme tres tres soutenue..


il et tres usant de posé les pares brises seul,meme avec leur technologie qui soit disant le permet,mais votre dos prend a chaque pose..


cette entreprise ne se rend pas compte de tout se qu il demande au employé sans proposé en retour..


car a 1090€ net ce qui et le smic,et sans pouvoir etre payez plus car vos heures supp ne le sont jamais..et les primes sont de beaux reves ..


vous en dites quoi?Vous accepteriez de faire 9/10 h par jour en gagnant ceci et d'en faire toujours plus dans un climat de pression constante..et la je ne vous parle pas de vente additionnel
obligatoire et tout ce que nous devons faire en dehors de nos heures de travail pour l entreprise..


donc voila je ne noirci pas le tableau mais ce sont bien comme sa que l'ont et chez carglass..


 


 



Bernard Sady 15/05/2011 21:19



Bonsoir le carglassien,


Votre commentaire ne fait que confirmer ce que présentait le reportage.


Merci de ce témoignage.


Cordialement


Bernard Sady



Jean-Michel 28/10/2009 02:21


Supplément avec deux conférences de Vincent de Gaulejac :

http://www.passerellesud.org/spip.php?article1283

Fichiers sonores > 20 Mo...Mais la patience sera récompensée.


Bernard Sady 01/11/2009 21:17


Jean-Michel,

Merci de ces précisions


Jean-Michel 28/10/2009 01:19


Bonsoir Bernard,
En fin de compte ma tv sur pc a fonctionné pour la deuxième moitié de l'émission, et sur le site Web dédié à FR3, des interviews en vidéo étaient indiquées mais pas disponibles. Décidément...
J'ai remarqué la présence d'un sociologue, Vincent de Gaulejac, par intuition, à cause d'un titre , "L'impossible
conjonction des intérêts".
j'ai insisté pour le faire apparaitre, en vain également.
Je l'ai retrouvé sur le site mediapart :

http://www.mediapart.fr/club/edition/le-travail-en-question/article/290408/vincent-de-gaulejac-l-ideologie-gestionnaire-est-

A lire et à écouter, la page contient des fichiers sonores.


Jean-Michel 27/10/2009 13:36


Bonjour Bernard,

Impossible de reprendre tous les points soulevés par votre article,
mais je retiens la comparaison avec certaines situations conjugales.
Et on y retrouve cette tragédie d’avoir à sauter le pas, et de ne pas être en état de le faire.
Le surcroît d’énergie nécessaire manque.
Alors survient déni du réel, fiction, tout ce que l’on peut trouver pour tenir la place, la place du ou de la condamné(e).

Le PDG de Carglass : quelle énergie pour le coup, quelle apparente conviction, mais là aussi, j’ai ressenti une part fictionnelle, artificielle dans l’entretien
d’une ambiance…et ô surprise je ne crois pas avoir rêvé, à la fin il se confiait, après avoir parlé de mettre du sien dans le joyeux,
le « Fun » à ajouter au travail,
il avouait un certain pessimisme dans ce domaine des relations humaines en France.
L’avenir lui paraît sombre.
Le « Fun » est plutôt en berne.
La fiction a des limites.

Le rêve de Taylor tourne au cauchemar de Darwin.

J’avoue avoir ressenti du malaise en observant ces réunions, que ce soit côté employés ou
que ce soit côté investisseurs, avec le recul de l’objectif cela sonne faux, je ressens de la
honte à essayer d’imaginer de m’y soumettre. C’est un ordre certes, mais qui n’a pas de fond

Le débat a été aplatit par le manque de temps, mais la qualité des intervenants est apparue
bien réelle, et personne ne « sonnait faux » cette fois.
Stéphane Richard sérieux, retenu, concentré sur la crise, mais là ça va loin, c’est une refondation qui doit réussir et servir de modèle, une paille !

Et ce fameux questionnaire, pour briser le cercle vicieux pointé justement par Christophe Dejours, devrait intégrer une méthode de détection de confusion mentale, puisque c’est cela qui empêche de
répondre correctement quand il s’agit des personnes en difficultés dangereuses.
Facile à dire me direz-vous…


Bernard Sady 27/10/2009 22:23


Bonsoir Jean-Michel,

Je vous que nous sommes en phase concernant l'analyse de cette émission et du débat.
Vous ajoutez des points intéressants à mon billet et je suis complètement d'accord.