Le stress au travail : ça bouge très lentement…

Publié le par Bernard Sady

En France, ce mois de février aura été fécond en rebondissements concernant le grave sujet du stress au travail.

 

Le 08 février, c’était un nouvel échec des négociations entre le patronat et les syndicats. Un article des Echos du 09 février titrait : « La négociation sur le harcèlement et les violences au travail fait du sur-place ».

 

Le document présenté par le patronat avait la même physionomie que celui présenté quelques semaines plus tôt, « à quelques modifications près -une petite pincée de contrainte avec des objectifs de lutte contre le harcèlement qui “ s'imposent à toutes les entreprises”, un paragraphe sur les violences sexistes, et un appel à la “mobilisation”  des branches. »

Le point de désaccord est encore la question des méthodes de management : « le patronat refuse toujours d'aborder les questions de management, car il estime que le harcèlement est avant tout un sujet interpersonnel, non lié à la politique de gestion des ressources humaines. Il ne veut pas admettre une quelconque responsabilité des entreprises, alors que la Cour de cassation a ouvert une brèche en mettant en cause la méthode de gestion dans un cas de harcèlement en novembre. »

 


Cette attitude a été stigmatisée par Patrick Légeron dans une interview aux Echos du 18 février : « Le gouvernement a plus de mal avec le Medef qu'avec les syndicats ».

 

Il explique : «  pendant des années les entreprises ne s'y sont pas intéressées. Coexistent le déni ("on n'est plus au temps de Germinal", me disait-on) et la peur d'ouvrir la boîte de Pandore, et de donner ainsi du grain au moudre aux organisations les plus revendicatrices. Après les suicides dans l'industrie automobile puis l'affaire France Télécom, eh bien on est en encore là. […]


« Les choses ont bien sûr un peu bougé, mais il y a encore une non-prise de conscience générale. […]


« Que faire pour que les entreprises comprennent les énormes risques juridiques qui sont derrière tout cela ? Car aujourd'hui les tribunaux - après plusieurs arrêts très clairs de la Cour de cassation - n'hésitent plus à sévir. Et je ne parle pas de l'enjeu économique, bien intégré par les Anglo-saxons. La santé psychologique des salariés, ce ne doit pas être une fonction support, comme la gestion du parc automobile. J'ai vu ces derniers temps pas mal de dirigeants du CAC 40, mais on reste en retard. »


Que faut-il effectivement faire, si même la peur du juge ne fait pas bouger le patronat ? C’est désespérant…


Mais si Patrick Légeron apporte un satisfecit au gouvernement (« certaines positions du gouvernement français, presque pionnières, étonnent même des pays comme la Finlande »), il n’en déplore pas moins la multiplicité des rapports : « Ce rapport (celui établi par Christian Larose, Henri Lachmann et Muriel Pénicaud, remis le 17 février à François Fillon) va dans le bon sens. Le problème, c'est que j'ai remis moi-même un rapport - codirigé avec Philippe Nasse - à Xavier Bertrand il y a deux ans, qui disait que cette problématique devait être pilotée au plus haut niveau. Puis il y a eu le rapport Poisson-Méhaignerie, et l'on attend pour bientôt le rapport Touraine (au nom de la commission des Affaires sociales de l'Assemblée) et, enfin, un rapport de sénateurs. Est-ce trop ? On peut se poser la question. Après n'avoir rien fait ou si peu, on va rentrer dans du trop-plein. Il y a un risque de confusion. »


Et il conclue très justement par un appel à l’action : « Au lieu d'écrire des textes, il faut désormais se donner les moyens d'appliquer leurs recommandations. »


C’est hélas, une spécialité bien française : on fait des commissions et des rapports qui tiennent lieu d’action…



Et une de ces actions n’aura duré que quelques heures…


Xavier Darcos, après de nombreux avertissements, a décidé de publier, le 18 février, la situation des entreprises de plus de 1000 salariés vis-à-vis de l’obligation qu’elles avaient de négocier sur le stress au travail avant le 1er février.


Les résultats ne sont pas brillants : sur les 1459 entreprises recensées, 293 ont conclu un accord ou un plan d’action, 514 sont en cours et 652 n’auraient rien fait…


Le procédé, d’inspiration anglo-saxone (« name and shame » : nommer et faire honte) peut être contestable… Il l’a d’ailleurs été immédiatement... Néanmoins, il aurait pu faire bouger certaines lignes.


Mais dès le lendemain, « le gouvernement recule en ôtant la liste des mauvais élèves » (Les Echos)

 

Il a conservé cependant la liste verte qui sera tenue à jour… (name and congratulate...)


Mais il ne faut pas se leurrer, signer un accord n’est pas toujours synonyme d’amélioration des conditions de travail et plusieurs syndicats dénoncent déjà certaines entreprises “vertes” : certains « syndicats ont aussi relativisé le classement, comme une intersyndicale de la Fnac qui a dénoncé une "opération de communication", l'enseigne étant dans le vert bien que les conditions de travail se dégradent. La direction a fait valoir à l'AFP que tous les syndicats avaient signé un accord de méthode pour travailler sur le stress.


« Pour la CFE-CGC de Hewlett-Packard aussi, le fabricant d'ordinateurs est comme la pastèque, "vert à l'extérieur mais rouge à l'intérieur". »


Il y a encore du chemin à faire…

 

Dans un prochain billet, je reviendrai sur le rapport Larose – Lachmann – Pénicaud qui me semble très intéressant… à condition, comme le dit Patrick Légeron qu’il soit suivi d’actions.

Publié dans Stress au travail

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