Les SCOP et la motivation des salariés

Publié le par Bernard Sady

Hier soir, sur M6, l’émission Zone Interdite était consacrée à l’entreprise bretonne SDAB, qui après avoir mis fin à ses activités en novembre 2008, a été reprise par 15 de ses salariés (parmi les 70 salariés licenciés) sous forme de SCOP (coopérative ouvrière de production). Ces 15 salariés ont investi leurs indemnités chômage + 3 000 € chacun dans “leur” entreprise.


Il faut saluer le courage de ces salariés qui se battent pour sauver leurs emplois. C’était même émouvant de voir hier soir, le PDG de la SDAB faire lui-même les livraisons de ses produits à Paris, en attente de l’embauche de chauffeurs. Pour d’autres salariés, c’était faire 45 heures par semaine alors qu’avant ils en faisaient 35… Et pour tous, faire 10 heures par jour pour préparer les commandes ne posait pas de problème.

 

Ce qui m’est apparu le plus important, c’est la motivation des salariés. C’est “leur” entreprise et chacun veille à ne pas gaspiller. Et le patron de l’entreprise est très proche de ses “salariés-actionnaires”. Il les appelle pour leur annoncer la satisfaction d’un client.

La conclusion d’un de ces “salarié-actionnaire” : « Maintenant, nous sommes reconnus pour nos compétences ».

 

 

De son côté, L’Usine Nouvelle du 21 janvier dernier présentait une autre SCOP bretonne, les “Aciéries de Ploërmel”. On y trouve la même motivation : « Selon Rémi Garin, le responsable de la sécurité : “L’ambiance et la motivation des salariés ont complètement changé. Chacun a le souci d’éviter tout gaspillage.” Les taux d’absentéisme et d’accidents du travail ont été divisés par deux en quatre ans. »

 


Alors, les SCOP seraient-elles une solution au management inhumain qui sévit dans nombre de nos entreprises ?

 

L’auteur de l’article de L’Usine Nouvelle explique que ces SCOP sont « un modèle que le ministère de l’industrie veut dynamiser, d’autant qu’il valorise le maintien durable de l’activité dans les territoires. » Et « lors de son discours d’ouverture des états généraux de l’industrie, le ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, a vanté ce système comme l’un des modèles de “l’entreprise du futur”. Il veut valoriser le statut de “coentrepreneur”. »

 

Même les pouvoirs publics veulent favoriser cette forme d’entreprise, alors…

 

Elle est pourtant peu développée. L’Usine Nouvelle donne quelques chiffres : « Tous secteurs confondus, les SCOP représentent 883 sociétés (+20,6% depuis 2004), 40 000 salariés, 3,8 milliards de chiffre d’affaires. »

883 entreprises sur près de trois millions d’entreprises en France est effectivement négligeable… Même si on compare aux presque 250 000 entreprises de plus de 10 salariés…

 

Je suis sceptique sur cette forme d’entreprise. Cela peut marcher dans certains cas, mais c’est très difficile. Il faut des patrons exceptionnels à la tête de ces SCOP pour fédérer l’ensemble des salariés-actionnaires. On le voit au travers du reportage de M6 et dans l’article de l’Usine Nouvelle.

 

 

La motivation des salariés dans ces entreprises est surtout due aux patrons qui sont très humains.


Il est vrai que la structure aide. L’Usine Nouvelle explique : « Une SCOP est une société commerciale (SA ou SARL) à capital variable dont au moins 51% du capital est aux mains des salariés, avec le principe “un homme, une voix”. La répartition des bénéfices y est encadrée : 16% minimum en réserves, 25% minimum en participation, 33% maximum en dividendes. »


Alain Sabourin, le PDG des Aciéries de Ploërmel déclare à L’Usine Nouvelle que « chez nous, le capital sert le travail et non l’inverse. Nous mettons 60% de nos bénéfices en réserves, 25% en participation et le reste est consacré aux dividendes. »

 

La structure même de cette forme d’entreprise va à l’encontre du profit maximum comme seul objectif de l’entreprise. C’est certainement l’un des gros avantages de cette forme d’entreprise. Cela permet à des patrons humains (il faut vraiment être tourné vers les autres pour prendre la présidence d’une telle entreprise) de pouvoir pleinement exprimer tout leur charisme.


Et les SCOP sont en général créées par des salariés qui reprennent leur ancienne entreprise. Ils ont un objectif industriel et visent la pérennité de leur entreprise. Le profit est le moyen de cette pérennité.

 

C’est une démonstration de plus de l’importance des organisations et des structures sur les comportements.

 


Cependant, on retrouve cette même forme de motivation dans des PME familiales dont le patron est humain.


Dans ces entreprises, l’objectif est également la pérennité. Les salariés sont souvent considérés comme une extension de la famille de l’entrepreneur.


C’est ce mélange famille / entreprise qui structure l’entreprise et qui est à l’origine de ces comportements humains.

 


Dans les autres entreprises, il n’y a aucune structure induisant un type de management ou un autre. C’est laissé à l’initiative des dirigeants. C’est pour cela qu’on trouve de tout…

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Ceres 19 28/01/2010 07:44


Il existe une société de ce type en Pays d'othe qui fonctionne depuis une vingtaine d'années.La Coopérative Electric.Aix.dont la vocation principale est l'enfouissement des réseaux haute et moyenne
tension et la pose ou l'entretien de l'éclairage public.Une vingtaine de salariés dans l'entreprise dont une dizaine d'actionnaires coopérateurs.Cette entreprise est reconnue sur plusieurs
départements.Néanmoins elle vient de perdre son secteur aubois a la fin de l'année dernière suite à un appel d'offres enlevé par une société baée dans le Loiret, si ma mémoire est bonne.
   Le succès de ce type d'entreprise est effectivement lié en grande partie à la personnalité de celui qui en préside les destinées.
   Par ailleurs,dans le secteur agricole où le système coopératif est très répandu,la réussite dépend, pour partie, de la personnalité du président,mais aussi de la dimension humaine de
la Coop (nbre de sociétaires).On peut considérer qu'à partir de 500 adhérents le rôle du sociétaire est devenu quasi nul et la gestion ressemble plus à une gestion de type capitaliste ou la
démagogie devient le moteur de la coop par les dirigeants.
   En conclusion, privé ou coopératif?il semblerait que ce soit la dimension humaine de l'entreprise,et la personnalité de celui ou celle qui la dirige qui soit les principaux facteurs
influents de la réussite.
                                    
Ceres 19


Bernard Sady 31/01/2010 21:22


Merci de cet exemple Ceres 19...

Je me demandais si ce genre d'entreprise pouvait durer dans le temps. Cet exemple montre que oui.
Et merci de confirmer l'importance du président d'une telle organisation.

Je ne connais pas le monde des coops dans le milieu agricole, mais ce que tu en dis est intéressant, en particulier sur le nombre d'adhérents.

Si la personnalité du dirigeant est importante, elle n'est pas suffisante. Il est nécessaire que la structure de l'organisation permette au dirigeant humain de s'exprimer complètement.


Jean-Michel 27/01/2010 02:25


Bonsoir Bernard,
Ces exemples de reprise montrent que la plupart des intervenants ici concernés gardent en eux-même une image de relations professionnelles prêtes à renaître
et à fonctionner sur un mode plus humain, même au prix d'heures supplémentaires et de dépassement de soi.
Des liens familiaux même, qui n'ont cessé d'être cassés et vilipendés par l'idéologie communiste dans le passé, puis l'isolement et la mise en concurrence de tous par le néo-libéralisme plus
insidueux et insaisissable, l'un comme l'autre de ces systèmes ont oeuvré contre l'homme pour en faire un pion !
Si l'on cherche la flamme, l'enthousiasme prêt à renaître, ces exemples nous montre que des trésors intérieurs ont survécu aux méfaits de ces fous du profit pour le profit...C'est comme une greffe
de culture cellulaire qui reprend sur une peau brûlée.


Bernard Sady 31/01/2010 20:51


Jean-Michel,

Je vois que nous sommes toujours en phase.
Il est vrai que malgré tout le matraquage sur le Dieu "profit" que chacun doit servir, il reste encore un peu de sagesse, surtout dans les entreprises familiales.
D'autres en reviennent. Je suis en train de lire "J'ai fait HEC et je m'en excuse"... Commentaire dans quelques jours.