Les traces sur Internet…

Publié le par Bernard Sady

Deux articles des Echos viennent rappeler, si c’était nécessaire, que « tout ce que vous déclarerez sur Internet pourra être retenu contre vous »…

 


Le premier article du 11 novembre explique que « des pirates informatiques ont pris le contrôle de près de 300 groupes communautaires sur le populaire site de socialisation Facebook, dans le but de démontrer à quel point les données personnelles sont vulnérables sur internet. »

 

Ces pirates sont d’un type très particulier : « le groupe baptisé CYI, Control Your Info (Contrôlez vos informations), a revendiqué mardi avoir réussi à infiltrer 289 groupes communautaires sur Facebook, assurant qu'il était très simple de déjouer les protections du site concernant l'administration de ces groupes de discussions. "C'est juste un exemple qui montre vraiment les vulnérabilités des sites de socialisation", indique le groupe dans un message publié sur son site internet controlyour.info, assurant que ses motivations étaient honnêtes et à but éducatives. »

Et voici comment ils ont pu facilement prendre le contrôle de ces groupes : « selon CYI, ces groupes "ont un défaut majeur", car "si l'administrateur d'un groupe s'en va, n'importe qui peut s'inscrire en tant que nouvel administrateur". Les membres de CYI affirment qu'après avoir obtenu le statut d'administrateur, il est facile de faire n'importe quelle modification, notamment sur les photos ou les paramètres du groupe. »


Mais nos Zorro du Net ont gentiment prévenu ces groupes : « CYI a envoyé des messages aux groupes infiltrés pour les avertir qu'ils avaient été "détournés", et a promis de leur rendre leur apparence initiale après avoir été entendus sur le sujet. "Notre objectif principal est d'attirer l'attention sur les questions liées à la vie privée sur internet", indiquent ces cyber militants. »

Et la cause est sérieuse car « "certaines personnes ont même perdu leur emploi à cause de contenus sur Facebook. » 

 

J’ai déjà prévenu à plusieurs reprises des risques à étaler sa vie privée sur Internet, ici, ici, ici et . Maintenant, un pas est franchi avec la possibilité de prise de contrôle de groupes sur Facebook… avec à la clé la possibilité de modification de « photos ou des paramètres du groupe ». La vigilance est donc de mise.

 


Et c’est pour cela que Nathalie Kosciusko-Morizet a réunit le 12 novembre les « principaux acteurs du web sur ce sujet ». C’est ce qu’explique un article de Jacques Henno dans Les Echos du 12 novembre : « Comment effacer nos traces sur Internet ».

 

Voici comment il présente le problème : « Avec 300 millions d'utilisateurs à travers le monde qui s'échangent chaque jour 285 millions de messages, de photos ou de vidéos, Facebook constitue un mini-Internet à lui tout seul. Or, depuis quelques mois, les problèmes de respect de la vie privée s'y multiplient. Aux Etats-Unis, deux étudiants du MIT (Massachusetts Institute of Technology), près de Boston, auraient réussi à prédire les orientations sexuelles d'un millier de jeunes hommes, rien qu'en consultant leurs réseaux d'ami(e)s sur Facebook. Plus au sud, à Dallas, un professeur de l'université du Texas a analysé les profils Facebook de 167.000 personnes pour déterminer leurs opinions politiques. »


C’est pour cela que « très préoccupés par la facilité avec laquelle beaucoup de jeunes dévoilent des pans entiers de leur intimité sur les réseaux sociaux (Facebook, Myspace…), les blogs ou les albums de photos en ligne (Flickr, Picasa…), intellectuels, universitaires et hommes politiques ont relancé le débat sur le respect de la vie privée. »


La France n’est pas à la traîne et plusieurs rapports récents ont fait le point sur ces risques : «  “L'élément déclencheur de notre réflexion a été le développement des réseaux sociaux , confirme Yves Détraigne, sénateur et coauteur avec la sénatrice Anne-Marie Escoffier d'un rapport intitulé “ La vie privée à l'heure des mémoires numériques ”. On commence à voir des jeunes qui se font piéger par ces réseaux.” Ainsi, des jeunes diplômés français auraient loupé un emploi à cause de Facebook : en préparant les entretiens d'embauche, leurs patrons po­tentiels seraient tombés sur des ­photos compromettantes, prises au cours de soirées un peu trop arrosées et publiées sur ce site.


« La protection des données de la vie numérique est également au coeur de deux autres publications récentes : le numéro “Traçabilité et Réseaux” de la revue “Hermès”, éditée par le CNRS, et le livre “L'Identité à l'ère numérique” (Dalloz), rédigé par Guillaume Desgens-Pasanau, chef du service des affaires juridiques de la CNIL (Commission ­nationale de l'informatique et des libertés), et par Eric Freyssinet, lieutenant-colonel de gendarmerie. »


Et notre secrétaire d'Etat à la Prospective et au Développement de l'économie numérique ajoute : « “On voit de plus en plus de problèmes autour des données personnelles : c'est un sujet de société majeur. 43 % des recruteurs américains déclarent avoir rejeté un dossier après avoir trouvé sur Internet des informations sur les candidats.” »


C’est pour cela qu’elle a réuni le 12 novembre « les principaux acteurs du Web pour débattre des traces que nous laissons, volontairement ou involontairement, sur Internet. »


C’est d’autant plus important que « l'avenir s'annonce encore plus dangereux pour nos données personnelles. “Aujourd'hui, quatre types d'informations circulent sur nous : les questionnaires en ligne que nous remplissons, les données que nous publions nous-mêmes sur les blogs ou les réseaux sociaux, les renseignements sur nous que nos amis ou voisins diffusent, et, enfin, nos traces de connexion”, a rappelé Olivier Iteanu, avocat, spécialiste du droit appliqué aux technologies de l'information et auteur de « L'Identité numérique en question » (Editions Eyrolles), lors d'une réunion organisée par Microsoft et l'AFCDP (Association française des correspondants à la protection des données à caractère personnel). » Voilà la situation actuelle et il est important d’en être conscient. Nous verrons plus loin comment limiter les risques liés à ces « quatre types d’informations ».


Mais l’avenir s’annonce plus sombre : « Demain, il faudra y ajouter les informations récoltées par les puces RFIDgéolocalisation bientôt disponibles sur les téléphones mobiles. Sans oublier, un peu plus tard, les nanotechnologies. “Avec les nanotechnologies, on pourra communiquer avec des objets tellement petits qu'ils seront invisibles au microscope, s'alarme Alex Türk, président de la CNIL. Vous ne saurez pas si l'on est en train de vous écouter et vous ferez attention à ce que vous direz. Il y a un risque d'autoformatage. Nous allons finir par nous ressembler. Le risque des nanotechnologies, c'est le clonage mental !” » (lisibles à distance), qui équiperont tous les articles vendus par la grande distribution, ainsi que les services de


Que faire pour limiter les risques ? « Les membres de la communauté scientifique et les entreprises sont de plus en plus nombreux à s'intéresser au problème : l'Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique) réfléchit à une nouvelle architecture du Web, Microsoft veut encourager des transactions anonymes, tandis que l'université George Washington, à Seattle aux Etats-Unis, planche sur des données qui s'autodétruiront (lire ci-dessous). Les politiques, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, mettent en avant le droit à l'oubli, c'est-à-dire le droit d'effacer ses traces. » Cependant, “le droit à l'oubli est quelque chose qui sonne très bien comme principe, mais il faut le comprendre dans un contexte un peu plus compliqué, estime Peter Fleischer, “ privacy council ” (responsable de la protection des données personnelles) chez Google. Effacer, techniquement, c'est difficile : les informations sont ­copiées, transférées sur autant de serveurs qu'il y a de sites qui reprennent ces informations…” »

Autant dire qu’il n’y a pas de solution à court terme.


D’où la conclusion de notre auteur : « Le plus simple, pour l'instant, est d'être très prudent lorsque l'on publie une information en ligne. « Il faut en dire le moins possible, martèle Alex Türk. Si vous en dites plus que nécessaire, on pourra vous tracer, vous cibler. » Et ce sera extrêmement difficile à effacer ! »


Quelques astuces données en fin d’article pour éviter de laisser des traces :

« · Refusez systématiquement que vos données soient transmises à des entreprises tierces
« · Allez sur www.networkadvertising.org/managing/opt_out.asp pour désactiver les principaux cookies publicitaires et ne plus recevoir de publicité ciblée.
« · Activez les options « navigations privées » proposées par les navigateurs Firefox, Google Chrome et Safari : aucune trace ne sera conservée sur votre ordinateur.
« · Brouillez les pistes en donnant de faux renseignements lorsque vous vous inscrivez sur des sites Internet ou quand vous remplissez des questionnaires en ligne. Aucune loi ne vous oblige à dire la vérité, sauf s'il s'agit d'une administration, de votre banque ou de votre assurance.
« · Utilisez un service vous permettant d'être anonyme sur Internet, comme Tor (www.torproject.org), pour ne pas être repéré sur le réseau. »

 


Vous voilà une nouvelle fois prévenus : Internet présente des risques pour vos données et votre vie privée…

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