Simple ou complexe ? (2ème partie)

Publié le par Bernard Sady

Après avoir présenté la critique imparfaite faite par Florent Fouque concernant l’affirmation par Goldratt de « l’inhérente simplicité » de la réalité, voici l’argumentation telle que Goldratt la présente dans « The Choice », son dernier livre. 

 

Ce livre est fait sous la forme d’une discussion avec sa fille Efrat qui joue le rôle d’avocat du diable, ce qui rend le livre agréable et très pédagogique, mais qui peut présenter des limites, dans la mesure où Efrat ne donne qu’un nombre limité d’objections, auxquelles, bien sûr, Goldratt répond…

 

Venons-en de suite au contenu du livre.

 

Goldratt commence dès le début de son livre à affirmer la simplicité de la réalité.

 

C’est lors d’une première conversation avec Efrat qu’il explique (page 7) que : « Chaque personne est née avec un énorme potentiel intellectuel (tremendous brainpower). Malheureusement, il y a des obstacles qui font barrage à l’utilisation de ce potentiel. La signification la plus profonde de la liberté de choix est le choix d’investir dans le fait de surmonter ces obstacles. »

 

Et le premier obstacle est le suivant (page 8) : « les gens croient que la réalité est complexe, et donc ils recherchent des explications sophistiquées pour des solutions compliquées. »

 

Juste avant, il avait asséné « une de ses phrases favorites » : « Plus une situation semble complexe, plus la solution doit être simple »… à l’antithèse de ce que préconise la systémique…

 

Puis, devant les réticences de sa fille à croire que même l’humain peut être simple il lui donne un rapport à lire montrant que même dans un groupe de plusieurs milliards de dollars, les « relations de cause à effet sont simples. Si simples que c’en est embarrassant » (page 11).

 

Et après l’étude de ce rapport qui occupe les chapitres 2 et 3, on arrive au fameux chapitre 4 (pages 34 à 43) dans lequel Goldratt donne tous ses arguments en faveur de « l’inhérente simplicité » de la réalité.

 

Avant de donner les définitions de ce qu’est la complexité, il affirme au tout début du chapitre (pages 34-35) : « Pour qu’une personne pense clairement, il est nécessaire d’accepter le concept de l’Inhérente Simplicité, non comme une spéculation intéressante, mais comme une voie pratique de vision de la réalité, de toute réalité ».

 

Ce que Joël-Henry Grossard interprète de manière humoristique sur Viadeo par : « Et, en plus, ça marche superbement… et comme ça marche superbement, je me fiche bien, et Goldratt avec moi, de savoir si c’est rigoureusement prouvé et si ça correspond bien ou pas aux paradigmes prévalant chez les Shadocks, les Gibis et autres systémiciens de tout bord. »

 

Le principal, c’est le résultat sur le terrain…

 

Donc, ce qui intéresse Goldratt, ce n’est pas la spéculation pour la spéculation, mais ce qui pourra être utile dans la vie pratique. Pragmatisme avant tout.

 

Et il donne (pour une fois…) l’origine de ce concept, comme l’a très bien rappelé Joël-Henry Grossard sur Viadeo : « L’Inhérente Simplicité. En un mot, c’est aux fondements de toute la science moderne telle qu’établie par Newton : “Natura valde simplex est et sibi consona.” Ce qui signifie, dans un langage compréhensible : “La nature est extrêmement simple et harmonieuse avec elle-même”. » (page 35)

 

Il est dommage que Florent ait “zappé” toute cette partie…

 

Goldratt développe :

« Quand nous nous demandons pourquoi une chose existe, recherchant la cause de cette chose, nous obtenons d’habitude plus d’une réponse ou nous obtenons une réponse qui contient plus d’une composante. Qu’arrivera t-il si nous continuons, comme un enfant de cinq ans, à plonger plus profondément en demandant “pourquoi la cause existe ?” pour chaque composante de notre réponse précédente ? L’impression est que nous finirions avec de plus en plus de causes à traiter ; l’impression intuitive est que l’utilisation systématique de “pourquoi ?” conduira à de plus en plus de complexité. »

 

« Ce que Newton nous dit, c’est que c’est le contraire qui arrive ; le système converge ; des causes communes apparaissent quand nous approfondissons. Si nous allons suffisamment profond, nous trouverons qu’il y a très peu d’éléments à la base – les causes racines – qui à travers les connexions “cause – effet” gouvernent tout le système. Le résultat de l’application systématique de la question pourquoi n’est pas une énorme complexité, mais plutôt une merveilleuse simplicité. » (pages 36-37)

 

C’est ce qui a donné le merveilleux essor de toutes les sciences de nos temps modernes.

 

Mais Newton, appliquait cela à la nature, alors que Goldratt l’applique à la réalité, à toute réalité.

 

Efrat, sa fille, lui reproche : 

« Newton a fait un saut dans la foi, mais par ta dernière phrase, tu as ajouté un autre saut. » Et elle explique que si les spéculations de Newton sont acceptées comme les fondations des sciences dures, il n’en est pas de même pour les sciences sociales. Car les gens ont « la liberté du choix ». Et elle sait de quoi elle parle car elle est psychologue…

Cependant, Goldratt la persuade que les personnes sont prédictibles, sinon, « il n’y aurait pas de base à la société, ni même à la famille ». Ce qui est parfaitement exact… même si c’est un peu rapide…

 

Ces dernières remarques montrent que Goldratt connaît la systémique et veut la contrer, car ce sont les systèmes humains qui sont jugés complexes par cette théorie...

 

Et c’est seulement arrivé à ce point que Goldratt présente les deux schémas des systèmes A et B et donne les deux définitions de la complexité.

 

Mais si Goldratt explique très bien que le système B est finalement simple, il ne donne pas de conclusion pour le système A. Qu’en fait-il ?

 

Joël-Henry Grossard, s’adressant à Florent, affirme : « Là où visiblement tu n’as pas encore tout compris, c’est que Goldratt ne s’intéresse pas aux systèmes présentant des degrés de liberté qui les rendent ingérables (et qui sont pour lui des systèmes complexes), mais qu’il s’intéresse aux systèmes à un seul degré de liberté (où toutes les ressources sont interdépendantes), car eux, qui sont perçus par le plus grand nombre comme complexes, sont pour lui gérables à partir d’un tout petit nombre de facteurs. »

 

Je ne serais pas aussi affirmatif que Joël-Henry…

 

Dans “The Choice”, Goldratt ne dit nulle part (du moins, je ne l’ai pas vu) qu’il refuse de s’intéresser à ce qui a plusieurs degrés de liberté. Il dit simplement (page 42) qu’« un système qui a quatre degrés de liberté, est de plusieurs ordres de grandeur plus complexe – plus difficile à contrôler et prédire – qu’un système qui a seulement un degré de liberté. »

 

Et il ajoute dans la bouche d’Efrat : « J’ai besoin d’un peu de temps pour m’adapter au fait que les gens et les organisations peuvent être incroyablement complexes et déjà être excessivement simples. Que la complexité et la simplicité peuvent coexister. Une chose est claire ; le concept d’inhérente simplicité est beaucoup plus puissant que je ne le pensais ».  

 

Par ailleurs, à plusieurs reprises, Goldratt affirme que toute la réalité est simple : l’inhérente simplicité de la réalité, de toute réalité…

 

Donc, il me semble que pour Goldratt, les systèmes peuvent être complexes selon la première définition, mais ne le sont finalement pas selon la seconde. Tous les systèmes seraient prédictibles et contrôlables par seulement quelques “causes-racines”.

 

 

Alors au final, qui a raison, Goldratt ou les systémiciens ? La réalité est-elle simple comme le prétend Goldratt ou complexe comme le prétendent les systémiciens ?  

 

J’apporterai une réponse très… simple dans un prochain billet.

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