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Faits et foutaises

Mardi 26 mai 2009

Le Journal du Net de la semaine dernière affirmait que « Google a mis au point un algorithme d'un genre tout particulier. Elaboré sur la base de données RH (comptes-rendus d'entretiens individuels, promotions, évolutions salariales...), cet algorithme est en effet en mesure de fournir des indicateurs statistiques d'une pertinence rare. Avec pour objectif d'identifier parmi les 20 000 employés de Google ceux qui seraient les plus prédisposés à quitter le navire. »


« Algorithme d'un genre tout particulier »... C'est le moins qu'on puisse dire...



Dominique Filipponne, auteur de l'article du JDN, précise : « Bien sûr, le géant de la recherche est resté discret sur les formules mathématiques employées pour concocter cet algorithme RH. »



Et pourquoi cet algorithme ?


« Avec la pression de plus en plus forte exercée par d'autres moteurs, en particulier de Live Search, ses ingénieurs, designers ou encore responsables de vente peuvent être plus que jamais tentées de céder aux sirènes de la concurrence. Et de ses alléchantes propositions financières.


« Cela a d'ailleurs déjà été le cas pour plusieurs matières grises appartenant notamment à Tim Armstrong, un des vice-président de Google, ou encore à son designer en chef Doug Bowman, au directeur de l'ingénierie Steve Horowitz ou encore à son responsable qualité dédié à la recherche, Santosh Javaram. Autant de personnes - et de talents - ayant fui Google pour être accueillis à bras ouverts par des sociétés telles que AOL, Facebook ou encore Twitter. »


Et c'est sans aucun complexe, ni aucune gène que « le responsable des ressources humaines du groupe Lasxlo Bock interrogé à ce sujet par le Wall Street Journal » explique que "ce nouvel algorithme permet de nous glisser dans la tête des individus avant même que l'idée de partir ne les effleure".


Dominique Filippone montre quand même un certain trouble : « Mais si on peut comprendre les besoins d'une entreprise à déterminer le niveau d'adhésion de ses salariés à sa politique et à ses valeurs, cette méthode d'évaluation prospective des comportements individuels n'en reste pas moins sujette à caution. » C'est le moins qu'on puisse dire...


Sa conclusion : « Car la mise au point d'un tel modèle statistique permettant d'anticiper des comportements humains, certes catégorisables, peut voler en éclat par la nécessaire prise en compte d'un paramètre qui ne doit pas être sous-estimé : le libre-arbitre. » Heureusement... nous ne sommes pas encore des robots...


Il est dommage que Google ne précise pas ce que deviendraient les individus souhaitant "inconsciemment" quitter cette compagnie qui commence vraiment à sentir mauvais...


Vouloir mettre en formule Maslow, Herzberg et les autres... avec leurs théories sur les motivations humaines tient plus d'une gageure que d'un véritable travail scientifique... Car jusque maintenant, même s'il y a des tendances générales, personne n'a pu prédire de manière précise et infaillible le comportement de tel ou tel individu réel dans telle situation réelle. Hé oui, il y a encore le libre-arbitre...



On comprend très bien que Google « reste discret sur ses formules mathématiques »... S'il les dévoilait, ce serait vraisemblablement un grand éclat de rire dans toute la blogosphère...  


N'est pas Frankenstein qui veut...


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Lundi 25 mai 2009

Il y a quelques semaines, dans la rubrique "Vous trouvez ça normal", L'Usine Nouvelle faisait part de son émotion au sujet de la proposition de reclassement pour un poste de « gestionnaire ... en Pologne ». (L'Usine Nouvelle du 23 avril 2009 - page 9).


En effet, dans le cadre d'un « plan de licenciement de 248 salariés », c'est ce qui avait été proposé à un technicien de « l'équipementier automobile rennais Barre Thomas. » L'Usine Nouvelle ajoutait : « Rémunération : 705 euros brut par mois. Avec, en prime, un billet aller simple payé par la société. L'élégant employeur à laissé huit jours au salarié pour réfléchir à cette proposition de rêve »...


Emoi dans les chaumières...



Nouveau tollé lorsque les médias se sont fait l'écho d'un nouveau scandale début mai : « La société Carreman, qui emploie 90 personnes à Castres où est son siège social, a proposé à neuf salariés en cours de licenciement des emplois rémunérés 69 euros brut mensuels à Bangalore, en Inde, où elle possède un établissement. »



Mais il y a une semaine, c'était le summum de l'incompréhension qui prévalait lorsque la presse a annoncé que « le fabricant français de chaussettes Olympia » avait été condamné « à verser 2,5 millions d'euros à 47 salariés licenciés, pour ne pas leur avoir proposé un reclassement en Roumanie. »


Hésitation entre la stupeur et le gag... Non, nous sommes en mai, le 1er avril est passé...


Le Journal du Net précise : « "C'est une décision surréaliste (..) qui pourrait signer l'arrêt de mort de l'entreprise", a déclaré à l'AFP la présidente de l'entreprise, Catherine Rambaud, réagissant à cette condamnation prononcée la semaine dernière par la Cour d'appel de Reims. Selon elle, la direction s'est refusée "en plein accord avec le comité d'entreprise" à proposer "des reclassements indignes dans son usine de Roumanie au salaire de 110 euros par mois". Mme Rambaud affirme que cette condamnation menace la survie de l'entreprise et les 296 emplois restants à Romilly-sur-Seine. »


Me Philippe Brun, l'avocat des salariés « a souligné que l'arrêt de la cour d'appel confirmait une décision en première instance du tribunal des prud'hommes. "Il y a une obligation de reclassement dans le groupe en France et à l'étranger, quelles que soient les conditions. Aux salariés d'accepter ou pas", a-t-il dit, comprenant que cela pouvait choquer l'opinion publique. Mais "la loi, c'est la loi", a-t-il martelé. »


Nul doute que si Olympia avait proposé à ses salariés des postes en Roumanie à 110 euros par mois, cela aurait été un nouveau scandale dû à des "patrons voyous"...


Aberration ? Oui, mais c'est la loi...



Marie Hautefort, des Editions Lamy, explique ce qu'il en est dans Les Echos : « Cela fait plus de dix-huit ans que la Cour de cassation a fait de la recherche d'un reclassement un préalable à tout licenciement pour motif économique, collectif (Cass. soc., 8 avr. 1992) comme individuel (Cass. soc., 19 févr. 1992). En 2002, la loi a entériné cette jurisprudence qui est devenue l'article L. 1233-4 du Code du travail. La recherche de reclassement est donc prévue dans l'entreprise ou le groupe.


« S'agissant du "groupe", les juges ont précisé qu'il faut considérer les entreprises "dont les activités, l'organisation ou le lieu de travail ou d'exploitation" permettent "la permutation de tout ou partie du personnel" (Cass. soc., 5 avr. 1995, 4 mars 2009).


« Plus restrictif, le Conseil d'Etat retient « les entreprises du groupe, dont les activités ou l'organisation offrent la possibilité d'exercer des fonctions comparables » (CE, 27 nov. 2000). Le groupe de reclassement est donc défini par rapport aux possibilités de permutation du personnel.


« Complétant sa construction, la Cour de cassation précise que les sociétés situées à l'étranger font partie du groupe de reclassement sauf si la loi nationale y fait obstacle (Cass. soc., 7 oct. 1998). »


Donc les entreprises sont obligées de proposer tous les postes disponibles quel que soit le lieu : « Poussant le raisonnement jusqu'au bout, les employeurs se sont donc mis à proposer des postes à l'étranger, mais, bien sûr, en appliquant les salaires en usage dans les pays d'accueil. »



C'est ce que précisait François Morel, le PDG de Carreman : "Je suis conscient que c'est stupide, mais c'est la stupidité de la loi". Le site du Point qui rapportait le fait, précisait : « Il a rappelé que "la loi française oblige à faire une proposition de reclassement si on dispose d'autres sites, même si c'est en Papouasie ou au Bangladesh".


« "Ce patron a appliqué la législation avec zèle pour ne pas prendre de risques en cas de contentieux", estime Paul-Henri Antonmattei, professeur de droit du travail à l'université de Montpellier. Selon un avocat en droit social, Bruno de Prémare, "on arrive à des situations surréalistes, dans une fiction juridique qui fait peser sur l'employeur une obligation qui l'amène à faire des propositions tout à fait virtuelles aux salariés". »



Voilà où nous en sommes au royaume d'Ubu... Même la loi oblige les entreprises à se moquer de leurs salariés...


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Jeudi 18 décembre 2008

Hier, j'ai reçu un mail dans ma boîte pro qui m'a particulièrement interpellé. L'expéditeur était un certain Philippe Sarrazin et l'objet en était aguicheur : «  Management et gastronomie »... Deux sujets qui m'intéressent au plus haut point... Toutes affaires cessantes et intrigué, j'ouvre le mail, me demandant quand même si ce n'était pas une plaisanterie (avec un nom pareil...).

Eh bien ! Non, ce n'était pas, hélas, une blague... Mais une proposition très sérieuse de la société "Teambooster" dont Philippe Sarrazin est le PDG, pour une formation à la cohésion et à l'efficacité en équipe... grâce à la gastronomie. Et Philippe Sarrazin a la délicatesse d'ajouter « en ces temps difficiles ».


Vous ne me croyez pas ? Voici l'intégralité de ce mail (fautes d'orthographe et coquilles comprises...) :


« Bonjour,

Du plaisir, de la cohésion et de l'efficacité en équipe, en ces temps difficiles ?

Oui, c'est possible, grâce à la Gastronomie !

La démarche consiste à réunir l'équipe dans les cuisines d'un restaurant et à demander aux participants (encadrés par des professionnels) de confectioner un repas gastronomique pour qu''ils le dégustent tous ensemble par la suite.

Il s'agit ainsi de réaliser un projet commun, de produire un résultat concret et visble, et de partager ensemble la réussite.

Au-delà du moment festif et convivial, cette action apporte une expérience forte et un ancrage positif à toute l'équipe.

Cette prestation peut être utilisée pour les objectiifs suivants:

Renforcer la cohésiond'équipe

Améliorer l'efficacité et la performance collective

Travailler en mode projet

Renforcer la relation entre une équipe client et une équipe fournisseur

Travailler au sein d'uneéquipe multiculturelle

Accompagner le changement

Gérer l'imprévu

Adopter une posture créative

Mieuxservir le client

Etc.

 

Cette prestation a été délivrée dans de nombreuses entreprises et pour différents  types d'équipe.

Pour plus d'informations, vous pouvez nous contacter :

en nous adressant un mail à : teambooster@teambooster.fr

en nous téléphonant au 01.41.31.13.30

ou en m'appelant directement au 06.20.32.25.19

Vous pouvez également visiter notre site internet : www.teambooster.fr

Cordialement,

Philippe Sarrazin »

Suit l'adresse que j'ai enlevée, car sans intérêt.

S'il existait un "Awards" pour les formations décalées, je suis sûr que "Teambooster" serait sur le podium...

Car, enfin,  proposer à ses cadres une formation au management dans les cuisines d'un restaurant gastronomique et déguster ce qui a été réalisé, alors que nous sommes dans une crise économique très grave et qu'il va falloir serrer les boulons partout, montre au minimum un manque de recul et un manque de prudence. Bien sûr, c'est moins provoquant que Fortis invitant 50 personnes dans le plus grand hôtel de Monaco pour un « évènement culinaire » à 150 000 € en pleine déroute de la société... mais il y a un minimum de retenue à avoir, surtout si quelques semaines plus tard, vous devez annoncer un plan de restructuration.

Je pensais qu'avec la formation au management à base de poker, on avait atteint un niveau maximum dans les "foutaises" en management, mais là, "Teambooster" a fait au moins aussi bien.

Si j'étais en charge de programmes de formation au management, je monterais des formations sur le thème des billes et de la pétanque : là aussi, il y a de la cohésion d'équipe, de la stratégie (tu tires ou tu pointes ?), de l'efficacité, de l'imprévu... En tous cas, ce serait moins cher...

Franchement, en cette période de crise, il y a certainement mieux à proposer comme formation à ses managers que de passer une journée dans les cuisines et à la table d'un grand restaurant...

Au fait, cela coûte combien ?

 

Si au moins le management rencontré dans les cuisines des grands restaurants correspondait à ce que nous avons (ou souhaitons) dans nos entreprises...

Un article très intéressant des Echos de ce jour tombe à point nommé : « Les grands chefs, ces toqués de l'organisation ».

En fait, l'organisation et le style de management dans ces cuisines sont parfaitement adaptés au contexte de la gastronomie : « Coordination des équipes, multiplicité des enseignements (de la précision d'un geste à l'observation d'une hygiène impeccable, en passant par la façon dont on présente une assiette), gestion du temps au cordeau... Le management se fond très naturellement dans le quotidien des plus grands restaurants. Sans en avoir toujours conscience, les surdoués de la cuisine sont des chefs au sens le plus fort du terme, car ils doivent avoir les savoir-faire d'un patron de choc : gestion des approvisionnements, des hommes, des risques, du stress et parfois même des crises.

« Le plus gros danger en cuisine ? Ne pas préciser clairement les objectifs. C'est pourquoi l'organisation y est très hiérarchisée et presque militaire. Celle de Philippe Gauvreau, à La Rotonde de Lyon, comprend 16 personnes et respecte la hiérarchie traditionnelle avec cinq chefs de partie (entrées froides, viandes, légumes, poissons et pâtisseries) assistés de demi-chefs et de commis. Le chef, qui règne sur ce restaurant gastronomique doublement étoilé, est quotidiennement présent pour discuter des nouveaux plats et des suggestions avec Fabrice, trente-deux ans, son second en charge du management opérationnel. « Le chef transmet des ordres précis, auxquels un «Oui, chef !» en réponse vaut accusé de réception », explique Yannick Alléno. Mais, avant de parvenir à réaliser ce qu'il souhaite, la brigade doit s'adonner à tout un travail répétitif de gestes précis et synchronisés et tout un apprentissage de l'art de maîtriser le triptyque chaud-froid-assaisonnement. « Il faut apprendre aux équipes à respecter les étapes, leur inculquer une sensibilité et surtout le sens du détail (comment couper un oignon, par exemple) avant toute finition », explique Yannick Alléno. « Et c'est vrai qu'il m'arrive quelquefois de me montrer très dur, au sens exigeant du terme », reconnaît-il. Car l'objectif ultime et des plus difficiles porte différents noms : qualité, bonheur, satisfaction du client, etc. « Chacun a des fonctions bien déterminées. Mais, je suis beaucoup sur leur dos », explique Nicolas Le Bec, sans doute le plus médiatique des jeunes chefs lyonnais, qui gère une brigade de douze collaborateurs dans son vaisseau amiral doublement étoilé. »

 

Je ne critique pas et j'ai de bons amis cuisiniers. C'est un contexte très particulier, et on est plus dans l'art que dans l'industrie...
Mais il faut reconnaître qu'on est loin de l'entreprise collaborative et participative où chacun est autonome et peut se fixer ses propres objectifs...

Finalement, la pétanque ou les billes, c'est beaucoup plus proche de "l'entreprise du troisième type"...


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Lundi 15 décembre 2008

Cela fait la deuxième fois que je vois dans des blogs "sérieux" traitant du management, un texte composé de mots ayant des lettres mélangées. Il y a quelques variantes, mais l'objectif reste le même : démontrer que notre cerveau ne lit pas chaque lettre des mots, mais chaque mot comme un tout. Ce serait donc une démonstration de la valeur de la méthode globale et de l'inutilité de l'apprentissage de la lecture par la méthode syllabique.

 

Il s'agit du blog d'André Musard dans un article du 22 octobre dernier intitulé « A propos d'orthographe » :

" Sleon une édtue de L'uvinertisé de Cmabrigde, l'odrre des ltteers dnas un mto n'a pas d'ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire soeint à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porlbème. C'est prace que le creaveu hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe,mias le mot cmome un tuot - Senol uen étdue ed al Srobnoen li fuat êrte cno cmoem nu agnlias poru cahgnre l'odrer dse ltertse dnas nu txeet ".

Et du blog de Laurent de Rauglaure dans l'article du 21 novembre 2008 : «  C'set tuot mlégané » :

"- is vuos pvueoz lrie ccei, vuos  aevz asusi nu dôrle de cvreeau. Puveoz-vuos lrie ceci? Seleuemnt 55  porsnenes sur cnet en snot cpalabes.Je n'en cyoaris pas mes yuex que je  sios cabaple de cdrpormenre ce que je liasis. Le povuoir phoémanénl du  crveeau huamin. Soeln une rcheerche fitae à l'Unievristé de Cmabridge, il  n'y a pas d'iromtpance sur l'odrre dnas luqeel les lerttes snot, la suele  cohse imotprante est que la priremère et la derènire letrte du mot siot à  la bnone palce. La raoisn est que le ceverau hmauin ne lit pas les mtos  par letrte mias ptuôlt cmome un tuot. Éontannt n'est-ce pas? Et moi qui ai  tujoours psneé que svaoir élpeer éatit ipomratnt! Si vuss poevuz le lrie,  fitaes le svirue !!!"

 

 

 « Mias non, Miessuers, la letcure des mtos dnot les letrtes snot palcées en dérsorde ne pourve pas que cuex-ci snot lus de mèanire golbale ! En ariffmnat clea, vuos aezv pirs un gors riquse car vous ne pievouz pas truover un meuiller expleme puor illsutrer le fiat que la letucre, même extpere, retse aphlabéquite ! »

C'est l'entrée en matière d'un long article du docteur Wettstein-Badour sur son blog, dénonçant cette « énormité ».
Je connais le Docteur Wettstein-Badour depuis de nombreuses années, par à son opposition à la "méthode globale".

 

C'est « quand une personnalité très importante du monde pédagogique s'est servi de textes de ce type pour écrire péremptoirement que le fait de pouvoir les lire "prouvait" le caractère global de la lecture experte », qu'elle a réagi.

 

Elle explique : « Je ne pouvais laisser passer une telle énormité puisque bien au contraire, la lecture de ces mots explicite clairement le travail de synthèse qu'effectue le cerveau pour comprendre le sens de l'écrit ! J'aurai pu utiliser les deux textes reproduits ci-dessous pour illustrer de manière concrète, dans mes publications antérieures, le fait que le cerveau part de la lecture de chaque lettre pour découvrir le sens des mots mais j'avoue que je n'y avais pas pensé. De toute manière, je n'aurais pas osé présenter de tels exemples. J'aurais craint que mes lecteurs pensent qu'un virus encore inconnu venait de s'abattre sur mes neurones surmenés. Cependant, puisque certains n'hésitent pas à utiliser une telle production comme "preuve" du bien fondé de leurs thèses, je ne résisterai pas non plus au plaisir de leur montrer en quoi ces fantaisies linguistiques prouvent très exactement le contraire de ce qu'ils affirment. »

 

Entrons dans son argumentation. Je vais résumer, car cet article est très détaillé et très approfondi. Pour ceux qui le souhaiteront, ils consulteront l'article du Docteur Wettstein-Badour avec profit.

Sa démonstration tient en trois points.

 

1. Le cerveau est incapable de traiter les mots comme des images et ne peut pas les photographier pour les reconnaître dans leur globalité.

Elle explique : « Nous savons désormais que le cerveau est capable, lorsqu'il reçoit des informations visuelles, de faire le tri entre celles-ci. Il sait différencier les mots (ou les idéogrammes) des images. Lorsqu'il comprend qu'un graphisme n'a pas d'autre signification que son lien avec un son, il conduit l'information analysée vers les structures de l'hémisphère gauche destinées à en découvrir le sens. Or, cet hémisphère travaille en pratiquant la synthèse des unités les plus simples et en comparant ces assemblages aux éléments dont il dispose dans sa mémoire. Mais jamais l'hémisphère gauche n'appréhende globalement les formes qui lui sont proposées. Sa nature physiologique ne le lui permet pas. L'affirmation que les mots sont abordés dans leur globalité est un non sens neurologique. Mais, même si on admettait cette hypothèse, comment ceux qui prétendent que les mots sont reconnus globalement sous leur forme orthographique peuvent ils expliquer que ceux qui n'ont jamais été rencontrés sous cette forme graphique puissent être "reconnus" ? Personnellement je serai curieuse d'obtenir une réponse à cette question. »

Et voici l'explication de ce qui nous permet  de lire un texte avec des lettres en désordre dans les mots : « Il n'y a pas besoin d'avoir des connaissances approfondies sur le fonctionnement cérébral pour comprendre que s'il y a une possibilité d'identification des mots ainsi présentés, c'est parce qu'il s'opère un travail de synthèse qui permet par une série d'essais successifs de réorganiser l'ordre des lettres pour découvrir un mot connu qui contienne tous les éléments graphiques identifiés. »

 

Approfondissons l'argumentation : « Il est bon de rappeler ici que lorsqu'il y a, chez le lecteur expert, une mémorisation de la forme orthographique d'un mot, celle-ci n'est utilisable que lorsque toutes ses composantes graphiques ont été analysées. [...]Rappelons simplement ici que la lecture, qu'elle soit débutante ou experte, nécessite une succession de mécanismes d'analyse commencée dans les récepteurs sensoriels et une synthèse de ces éléments par l'hémisphère gauche pour accéder au sens du texte. Ce type de travail est totalement opposé à celui qu'effectue l'hémisphère droit qui peut, quant à lui, mémoriser des images dans leur entier et traite les informations visuelles de manière analogique. Il est indispensable de connaître les conséquences de la spécificité du travail de chaque hémisphère pour comprendre les diverses opérations qui entrent dans la lecture. Quelle que soit la langue, qu'il s'agisse d'un débutant ou d'un lecteur expert, la lecture nécessite la découverte de la correspondance des éléments de base de l'écrit, les graphèmes dans les langues alphabétiques (lettre, ou groupe de lettres) avec les sons qu'ils représentent (les phonèmes). »

 

2. Les caractéristiques de la vision rapprochée sont telles que les meilleurs lecteurs sont ceux qui identifient une par une les lettres contenues dans les mots.

Après des explications très techniques sur « la neurologie du langage écrit et la vision rapprochée utilisée dans la lecture », elle conclut cette seconde partie : « De nombreux travaux ont montré que, contrairement à ce qui est trop souvent affirmé, les meilleurs lecteurs sont ceux qui font très peu appel au contexte rapproché et aux hypothèses de lecture. Ils n'essaient pas de "prédire" la suite du texte ou de "reconnaître" les mots mais ils traitent le texte lettre après lettre en faisant porter tout l'effort sur l'identification de la forme de chaque signe graphique. Ces études ont révélé que les meilleurs lecteurs (ceux qui lisent le plus rapidement en comprenant le sens de leur lecture) sont ceux qui sont capables d'identifier le plus rapidement de très petites variations de formes dans un mot et donc d'optimiser l'usage de leur fovéa.

 

3. La compréhension du sens des mots résulte d'un assemblage lettre à lettre de chacun des signes graphiques qui les composent et d'une comparaison de ces éléments synthétisés avec ceux qui sont présents dans les différentes mémoires dont le cerveau dispose.

Je cite longuement le Docteur Wettstein-Badour car elle explique parfaitement comment se fait le phénomène de la compréhension d'un texte :

« La synthèse des travaux effectués sur ce sujet permet d'avoir une vision assez précise de la manière dont le lecteur passe de la compréhension du lien entre graphèmes et phonèmes à la découverte du sens des mots.
La compréhension d'un texte nécessite à la fois :
- d'intégrer les informations concernant les liens qui unissent les signes visuels aux sons qu'ils représentent ;
- de regrouper ces informations et de les comparer avec les souvenirs stockés en mémoire, qu'il s'agisse d'éléments phonologiques ou d'éléments mémorisés sous leur forme orthographique ;
- d'utiliser le lexique du vocabulaire oral et écrit ;
- de faire intervenir dans la découverte du sens les connaissances grammaticales qui permettent d'arbitrer entre les différentes formes orthographiques des mots ;
- de permettre la fixation de l'attention et la mémorisation des éléments compris pour les intégrer dans des ensembles de plus en plus complexes afin de passer du lien phono-graphémique à la compréhension du mot, de la phrase et du texte.

 « La compréhension résulte des interactions permanentes entre les structures neuronales qui participent à la découverte du lien qui unit les graphèmes aux phonèmes et de celles qui participent à la découverte du sens des mots. Celles-ci sont situées, elles aussi, dans l'hémisphère gauche, et travaillent de manière synthétique. Les informations qui entrent dans les circuits du langage écrit vont donc, à tous les niveaux de traitement, être rassemblées en partant du plus simple pour aller vers le plus complexe jusqu'à ce que soit trouvée une correspondance parfaite entre ces données et un mot strictement équivalent stocké dans les différentes mémoires du cerveau. C'est la rétine périphérique qui détecte les espaces entre les mots et indique ou doit commencer et finir la synthèse de chaque mot à lire.

L'intrication complète des structures cérébrales qui vont de la perception du mot à sa compréhension a pour conséquence le fait que celles dont le rôle est de rattacher les éléments contenus dans un mot à la signification de celui-ci exercent un effet facilitateur pour simplifier et accélérer le travail de recherche de la correspondance entre chaque signe graphique et le phonème qu'il représente. Cette facilitation est réduite au minimum lorsque le décryptage fournit des informations suffisantes pour accéder à la compréhension. Par contre, lorsque la découverte de la correspondance phono-graphémique ne permet pas la compréhension d'un mot, le module supérieur intervient pour suggérer des solutions aux structures phonologiques. C'est là que nous trouvons l'explication de la lecture des mots présentés en désordre. Les aires destinées à identifier les lettres reconnaissent la première lettre du mot, elles abordent la seconde, puis la troisième, etc. Elles transmettent l'information concernant les liens graphismes/sons aux aires destinées à regrouper entre elles ces associations afin de trouver leur signification en comparant leur assemblage avec un mot strictement équivalent dont elles disposent en mémoire. Elles butent d'emblée sur un problème : aucune succession graphique connue n'existe dans les différents lexiques de la mémoire des mots. La découverte du sens est donc impossible tant que le cerveau, dont les capacités d'adaptation sont stupéfiantes, ne comprend pas qu'il doit, pour résoudre cette énigme, faire abstraction de l'ordre des lettres. Il lui faut élargir ses techniques de synthèse, passer en revue toutes les combinaisons grapho-phonémiques possibles avec les graphèmes identifiés et les assembler entre elles sans tenir compte de la position des signes graphiques les uns par rapport aux autres. Il poursuit ce travail jusqu'à ce qu'une de ces combinaisons puisse être conforme à la forme orale ou orthographique d'un mot dont il dispose en mémoire. Dans le premier texte présenté, le nombre de solutions est limité puisque la première et la dernière lettre sont en bonne place, ce qui facilite le processus mais la lecture est également réalisable si la première et la dernière lettre sont placées en position aléatoire. Par contre, le travail est alors beaucoup plus lent et plus difficile car le nombre de solutions envisageables est considérablement plus élevé. Ces exercices peuvent être rapprochés de ceux que pratiquaient certaines cultures lors des débuts de l'histoire de l'écriture. Certaines langues écrites ne faisaient figurer dans les mots que les signes correspondant aux consonnes. De plus, les mots et les phrases étaient liés entre eux sans aucune césure. Il fallait donc, pour lire, non seulement reconnaître les signes consonniques mais aussi pratiquer des essais d'introduction de voyelles et de séparations de graphismes dans le but de retrouver, dans cette chaîne graphique ininterrompue, des termes du langage oral. Trois millénaires plus tard, dans les textes précités, notre cerveau est soumis, aux mêmes contraintes mais celles-ci sont considérablement simplifiées par rapport à celles qui étaient exigées de nos prédécesseurs. Le mode opératoire en reste cependant identique. Pour prendre une comparaison contemporaine, disons que les inventeurs de ce jeu de société n'ont fait que reproduire sous forme d'un texte ce que réalisent tous les joueurs de scrabble. S'il existe un divertissement qui montre le rôle des opérations de synthèse dans la lecture, c'est bien celui-là. Le joueur doit construire un mot avec les sept lettres dont il dispose en utilisant la totalité ou une partie de celles-ci tout en incluant dans le corps du mot, à son début où à sa fin, une des lettres déjà placées sur la grille du jeu. Il lui faut donc passer en revue toutes les combinaisons possibles dont il dispose dans sa mémoire en tenant compte de leur forme orthographique pour répondre à ces contraintes. Les opérations de synthèse sont donc ici beaucoup plus élaborées que dans la lecture du premier texte puisqu'elles touchent toutes les possibilités envisageables à partir des mots déjà en place et des lettres dont le joueur dispose. Ceux qui pratiquent ce jeu perçoivent clairement la nature du travail qu'ils exécutent. Les bons joueurs sont ceux qui ont stocké en mémoire un très grand capital de mots et exécutent rapidement ce travail de synthèse d'une grande complexité. »

 

Sa conclusion : « En ce qui me concerne, j'aimerais bien connaître le raisonnement et les preuves scientifiques dont disposent ceux qui ont cru bon d'utiliser ces deux textes [il y a avait un deuxième texte, plus complexe, mais que j'ai passé sous silence pour ne pas être trop long]  pour affirmer le caractère global de la lecture experte. Ce serait sans nul doute pour moi une grande révélation. Je suis toujours prête à accueillir des informations susceptibles de m'aider à progresser dans la connaissance à condition que celles-ci soient étayées par des travaux dont la valeur scientifique est reconnue. S'ils n'en disposent pas, je les trouve bien imprudents de s'aventurer sur ce terrain et de confondre ainsi avec tant de désinvolture preuves et convictions. Mais je les remercie cependant de leur initiative car ils m'auront donné là une belle occasion d'illustrer, grâce à des exemples concrets et originaux, la complexité et la complémentarité des mécanismes qui partent de la vision d'un texte à sa compréhension.
Barvo, Miessuers, puor cttee intréessnate cnotirbution ! »

 

De mon côté, j'espère qu'on ne reverra plus ce genre de texte dans des blogs "sérieux"...

 


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Mercredi 8 octobre 2008

Dans la newsletter de l'APCE de ce jour (Association Pour la Création d'Entreprise), je découvre avec effarement ce qui me semble être une nouvelle "foutaise" de plus au "service" des entreprises : « Le poker s'invite dans les entreprise avec PokerForBusiness : La société PokerForBusiness propose des prestations basées sur le poker et dédiées aux entreprises (séminaires de formation pour améliorer la prise de décision, actions de communication, dispositifs d'évaluation pour identifier et évaluer les capacités de performance)... »

Cette information se trouve plus précisément dans la rubrique « Nouvelles idées, nouvelles tendances » qui présente d'habitude des idées de nouveaux business. C'est en général une rubrique assez intéressante.

Mais cette fois-ci, je suppose que l'auteur de la newsletter est allé un peu vite et n'a pas suffisamment vérifié ce nouveau concept. C'est dommage pour la crédibilité de l'APCE...

Revenons à PokerForBusiness.

La newsletter pointe sur le site www.Actionco.fr qui fait une brève présentation du concept. Je ne connais pas ce site, mais je n'y ferais pas une confiance absolue... Cette présentation renvoie au site de la société PokerForBusiness.

Site bien fait et accrocheur... 

L'équipe de PokerForBusiness est de... trois personnes. Des pointures : un polytechnicien, une « diplômée en sociologie (DEA) et en ressources humaines (DESS) » et un « commercial de formation et de terrain ». Impressionnant...

 

Venons-en au fond du problème.

J'ai lu toutes les rubriques du site. Comme il paraît que le poker actuel "Texas hold'em" est très différent et « plus subtil » que le « poker fermé des vieux westerns », je suis allé sur un des sites mis en lien sur le site de PokerForBusiness : www.poker-academie.com.

J'ai consulté l'article intitulé « Par où commencer ? », ce qui me semblait adapté à mon cas.

Et je n'ai pas été déçu :

« Vous pouvez commencer à partir de zéro! En effet nul besoin de créditer pour commencer à "envoyer" des jetons, il vous suffit d'ouvrir un compte sur un site de jeu en ligne et de tester les parties de "play money" (par opposition au parties: "Real Money"). Ces parties sont les espaces gratuits du site qui servent à tester l'interface et les options.
« Cela dit, le poker est, et restera, un jeu d'argent. Les parties sans enjeu ne présentent que peu d'intérêt. En effet, la principale difficulté du poker c'est la gestion de la tension et des émotions qui nous empêchent de prendre les bonnes décisions. C'est cette faculté de garder l'esprit clair alors que nous jouons avec notre argent et que nous risquons de le perdre, qui fait la différence et qui donne tout son attrait au poker. Je vous conseille donc de commencer très rapidement à jouer pour de l'argent, à partir du moment ou vous êtes familiarisé avec la hauteur des combinaisons et les règles de base du jeu.
« Sur Internet, nous pouvons jouer à tous les tarifs, ce qu'il faut c'est trouver son propre tarif de jeu. Quel doit être le montant de notre premier dépôt? A priori, vous devez créditer un montant dont la perte, sans vous empêcher de dormir vous contrarie un peu. En effet, comme nous venons de le dire, le moteur de progression est non seulement technique mais également nerveux. Si vous jouez pour des allumettes, vous serez trop tenté de suivre le coup jusqu'au bout, en vous risquant à des tirages plus qu'hasardeux, et vous ne développerez pas le style "serré-agressif" indispensable pour gagner sur le long terme.
« "L'envie vient du besoin". Si vous ne jouez pas assez cher, vous n'aurez jamais envie de bien jouer, vous aurez juste envie vous amuser.
« Vous devez donc créditer d'une somme qui vous "parle". Si perdre 50€ ne vous fait ni chaud ni froid, alors créditez de 300. A l'inverse, si vous êtes malade à l'idée de perdre 100 alors créditez de 30€. Bien entendu, les sommes que vous êtes prêt à perdre sont de l'ordre de grandeur de celles que vous pourrez gagner. A priori, un dépôt raisonnable pour commencer à jouer et muscler sa technique est de 50€. »
Nous voilà prévenus...

Question : les formations se font-elles avec l'argent des stagiaires ? En mettant en jeu suffisamment d'Euros pour que ce soit stressant et qu'on en tire la substantifique moelle ... ?

 

Revenons sur la société PokerForBusiness et la page d'accueil de son site.

Le principe du poker est énoncé : « faire fructifier son capital dans un environnement concurrentiel ». Et donc, « il s'agit à chaque instant, de prendre des décisions, d'être confronté à celles des autres, d'analyser les situations en prenant en compte à la fois des critères mathématiques, financiers, stratégiques, comportementaux, émotionnels, psychologiques et sociologiques. Ce jeu est déjà connu, c'est celui de l'entreprise et de toute initiative économique. »

Et d'expliquer que « le poker est une métaphore de l'entreprise :
« Maîtriser le jeu conduit à élaborer des stratégies adaptées à ses objectifs afin d'optimiser la rentabilité, minimiser les risques et évoluer rapidement en fonction de la situation.
« Les qualités du joueur de poker sont des qualités essentielles de l'entrepreneur et du manager: rationalité des décisions, anticipation, capacité d'action offensive, analyse psychologique des acteurs, maîtrise de soi, et bien d'autres. »
PokerForBusiness vous garantit qu'elle « a étudié et analysé les similitudes entre poker et entreprise et vous propose de bénéficier de ce puissant levier de progrès ». Le baratin habituel... Toute nouvelle méthode proposée aux managers, futurs "gogos", est toujours un "puissant levier de progrès"...

Cependant, PokerForBusiness admet que la métaphore a ses limites :
« Si le poker est une métaphore de l'entreprise, sa nature de jeu ludique et sportif doit être conservée pour favoriser les exploitations pédagogiques et didactiques.
« Malgré les nombreuses analogies possibles, le poker n'est pas l'entreprise. » Ouf !
« Certaines notions fondamentales de l'entreprise et des affaires en sont tout à fait absentes. » On aurait bien aimé savoir lesquelles...
Mais rassurez-vous PokerForBusiness complète ses « interventions par l'apport de concepts professionnels et business permettant de satisfaire l'ensemble des objectifs professionnels définis ».
C'est bien joué et cela sent le sérieux : on vous explique même que le système a ses limites... mais qu'on les compense...



Eh bien, non !
Le poker ne peut être une métaphore de l'entreprise idéale. Si elle l'est, c'est par son plus mauvais côté : la bataille pour savoir qui fera le plus de rayures sur le parquet avec ses dents...

D'abord, si pour le poker « la meilleure stratégie est celle qui assure le meilleur retour de l'investissement sur le long terme » et que « l'unique objectif est de maximiser ses gains », il n'en est pas de même pour l'entreprise. Pour cette dernière, le profit est le moyen d'atteindre ses objectifs et non l'inverse. Il ne doit pas y avoir confusion entre les moyens et les objectifs. Et il faut absolument refuser le profit maximum comme seul et unique objectif de l'entreprise.
C'est donc déjà, dès le départ un écart fondamental.

Ensuite, le poker est essentiellement « un jeu individualiste » : je suis seul contre les autres et pour que je gagne, il faut que les autres perdent. Alors que l'entreprise est (ou devrait être) avant tout une communauté de collaboration. Les concepts récents "2.0" (Entreprise 2.0, Management 2.0) sont construits sur les possibilités collaboratives du Web 2.0. Si chacun joue perso contre les autres, c'est la fin de l'entreprise et tout le monde sera perdant. Par contre, si chacun collabore sincèrement, tout le monde sera gagnant.
Autre différence de taille.

Le bluff qu'on retrouve au centre de la stratégie du poker, même si PokerForBusiness affirme que c'est « une notion scientifique qui peut se mettre en équations » au nom de l'application « au poker de la "théorie des jeux" » (il faut bien être polytechnicien pour l'affirmer sans sourciller...), s'oppose à l'échange sincère des informations qu'on retrouve au centre des relations dans l'entreprise.

Et nos trois partenaires n'ont pas peur d'affirmer que le poker permet de « développer l'intelligence relationnelle ». L'intelligence manipulatrice, peut être, mais certainement pas la capacité à nouer des relations cordiales et sincères avec ses collègues.

La seule analogie que je vois est le stress qui découle de la prise de décisions qui ont un impact sur l'avenir de l'entreprise.

Mais il y a d'autres moyens d'apprendre à gérer son stress que de jouer sa paie au poker !


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Mardi 22 juillet 2008

Au détour d'un petit article de L'Usine Nouvelle du 10 juillet 2008 « La réforme de Fret SNCF sur les rails », Olivier Cognasse nous apprend que Fret SNCF modifie son organisation en abandonnant l'organisation matricielle. Il cite Luc Nadal, le nouveau directeur : « Nous avons mis en place un management unique. Nous sommes sortis d'une organisation matricielle pour aboutir à une chaîne de commandement allégée qui permet une plus grande réactivité dans les prises de décision et une meilleure productivité. »

J'ai toujours été dubitatif face à l'organisation matricielle qui a été à la mode dans les années 90. Beaucoup de grandes entreprises ont tenté de mettre en place ce type d'organisation. Avec peu de succès et beaucoup de difficultés. Elles en sortent en général sans bruit. C'est pour cela que cet article est intéressant : enfin une grande entreprise reconnaît que l'organisation matricielle n'est pas la panacée et qu'au contraire, rien ne vaut une chaîne unique allégée. Les avantages de ce type d'organisation sont sans appel : plus grande réactivité et meilleure productivité.

 

Eric Abrahamson et David H. Freedman expliquent également la lourdeur et le manque de réactivité de l'organisation matricielle dans leur ouvrage "Un peu de désordre = beaucoup de profit(s)" : « Dans les plus grosses entreprises, la simple décision d'attaquer un nouveau marché n'est souvent prise qu'à l'issue d'un long et tortueux cheminement. Parfois même, assez ironiquement, la faute en incombe largement à des schémas organisationnels postmodernes, fondés sur le maillage pourtant adopté comme un antidote à la hiérarchie pyramidale. Ces nouveaux schémas compliquent tellement les lignes hiérarchiques qu'il devient difficile de savoir qui est véritablement en mesure de prendre une décision. Dans les années 1990, par exemple, IBM a choisi une structure de direction qu'on peut représenter par une matrice à huit dimensions, du type de celles qui sont utilisées en physique des particules dans la théorie des cordes ! Et les entreprises continuent de recourir à des schémas organisationnels toujours plus ambitieux à mesure de leur croissance, en partie  par peur de l'alternative (les organisations se comporteraient de façon imprévisible, irrégulière, non coordonnée et désordonnée), en partie parce que cela donne aux cadres supérieurs l'impression de s'accomplir pleinement. »

La suite du paragraphe donne une explication intéressante sur le succès apparent de telles organisations : « La démarche trouve sa justification dans le fait observé que les performances connaissent alors une amélioration temporaire, grâce à une sorte d'équivalent de l'effet placebo. C'est une conséquence secondaire de l'effet Hawthorne : n'importe quel changement, ou presque, apporté dans l'environnement d'un travail tend à être temporairement efficace. »

Et la conclusion : « Mais le fait est qu'un schéma organisationnel de haute précision, dans tous les cas ou presque, s'adaptera mal aux mouvements d'expansions et d'effondrements spectaculaires qui caractérisent aujourd'hui la plupart des marchés. » (Pages 168-169).

 

La chaîne de commandement unique, depuis Socrate jusque Fayol reste quand même l'organisation la plus efficace. A condition de ne pas trop l'alourdir et de veiller à ce que les informations circulent dans les deux sens. Même dans le cadre d'une organisation projet, il est préférable de détacher à plein temps l'équipe projet qui dépendra du chef de projet, sinon, il y aura inévitablement des conflits de priorité, et comme me le disait un ami consultant, « on ne peut suivre correctement qu'un seul projet ».


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Vendredi 23 mai 2008

Après le Lipdub, l'"Office Sweded Movie"... On ne sait vraiment plus quoi inventer pour mobiliser les troupes.

C'est un article de Muriel Jasor dans "Les Echos" du 22 mai 2008 qui nous informe de cette dernière trouvaille.

« Inspiré par le film de Michel Gondry « Soyez sympa, rembobinez », Heaven (promoteur en France du "Lipdub") a testé, lors d'un séminaire, les talents d'acteurs et de scénaristes de ses équipes. Résultat : ses salariés ont revisité, à leur façon et dans la bonne humeur, des scènes de "Titanic", "Matrix" ou "Pulp Fiction" ».

Ce que cela donne ? Allez voir Matrix revisité...

M. Jasor donne les raisons qui poussent les entreprises à mener de telles actions : « Montrer une société créative et enjouée, où il fait bon vivre, est supposé doper la marque employeur et attirer les talents. Ce serait aussi une façon de souder les équipes, de satisfaire la curiosité des clients et de livrer aux actionnaires une image rassurante de collaborateurs engagés, motivés et optimistes. »

Notre auteur indique cependant les limites et les risques de telles démarches : « la joyeuse initiative peut se retourner contre l'entreprise en période de conjoncture difficile ». Ce qui ne manquera pas d'arriver dans la vie mouvementée d'une entreprise... L'exemple d'AOL est significatif : «  la ritournelle des salariés d'AOL France en passe d'être licenciés s'est transformée non seulement en chant du cygne à l'adresse de l'employeur, mais en tube à succès sur... Internet. »

De quoi faire réfléchir nos apprentis sorciers en techniques de motivation...

 

Et si pour avoir des salariés motivés et des équipes soudées, on en revenait à des principes simples : avoir un objectif clair, capable de mobiliser l'ensemble des salariés et adopter un management factuel respectueux des hommes ?


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Mercredi 14 mai 2008

Laurent Péricone, dans un article de "La Tribune" du 9 avril 2008, fait une recension très intéressante du livre de Dominique Maniez "Les Dix Plaies d'Internet" (Dunod).

Le "chapeau" de l'article pose bien le problème : « Saurons-nous garder notre esprit critique face à ce prodigieux média qu'est Internet ? Dans un ouvrage salutaire, Dominique Maniez dresse un état des lieux inquiétant ».

 

Il explique : « Internet a créé une culture de l'immédiateté qui peut se révéler nocive. Ce que l'on gagne en accélération de l'information, on le perd en assimilation et en analyse. [...] Du fait de la gratuité, l'internaute se retrouve face à une offre pléthorique qu'il n'arrive pas toujours à hiérarchiser. »

C'est surtout chez les jeunes qu'Internet risque de faire le plus de dégâts : « Tout ce qui se trouve sur la Toile devient parole d'évangile et fait office de référence ». Internet a remplacé le "journal" comme garant de la vérité.

 

Notre auteur s'attaque d'abord à une des plus grandes "stars du Net", Wikipédia : « Chaque article est modifiable à tout moment par un internaute dont l'identité reste secrète. A ce manque de responsabilisation des auteurs s'ajoute l'absence de projet éditorial des concepteurs de Wikipédia, d'autant qu'ils revendiquent la filiation culturelle de l'Encyclopédie de Diderot ! » Rien que ça... Il continue et c'est plus inquiétant : « Un outil séduisant mais qui est ouvert à toutes les manipulations de l'opinion ». Il y certainement des individus qui cherchent à manipuler l'opinion à travers Wikipédia, mais les manipulateurs de tout poil n'ont pas attendu Wikipédia pour réaliser leurs méfaits. Attention de ne pas faire de fixation. Pour ma part, je me contente de constater que n'importe qui peut venir (et vient) étaler son ignorance sur Wikipédia pour le déconsidérer définitivement.

Certains internautes courageux, comme Alithia sur son blog  "wikipedia.un.mythe.over-blog.com", dénoncent cette supercherie. Voir à ce sujet, le billet que j'ai publié il y a quelques jours sur mon blog et les commentaires qui ont été faits. Ce qui est impressionnant, c'est la haine que vouent les wikipédiens à ceux qui dénoncent leur méthode.

 

Puis, Dominique Maniez s'en prend à Google « qui sert de filtre exclusif à notre accès à l'information sur Internet. » Comme tout le monde, j'utilise Google. C'est quand même un super outil. Mais qui n'est pas neutre, car son modèle économique est basé sur les liens commerciaux. Il vaut mieux le savoir.

 

Conclusion que j'emprunte à Dominique Maniez : « L'esprit critique sera le dernier rempart et fera office de juge de paix pour décider de la validité d'une information. »


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Lundi 12 mai 2008

Les "Echos" du 07 mai 2008 se sont faits les échos (c'est le cas de le dire...) du "Wall Street Journal" qui explique qu'« une nouvelle race de gourous est en train de naître ». Comme si n'en avions pas déjà assez...

Ce journal donne un classement de ces gourous.

Le premier est Gary Hamel, fondateur de la firme de consultants "Chicago Strategos" et auteur, en particulier, de « The future of Management » qui vient d'être traduit en français et publié chez Vuibert sous le titre « La fin du Management »... Encore un qui nous explique que le monde ayant changé, il faut changer de style de management... Depuis Taylor, tous les maîtres à penser du management le disent... A croire que les entreprises et les managers n'ont pas compris... Mais, lui, il va enfin apporter la solution... Heureusement, Gary Hamel se « targue du titre de "gourou traditionnel" »...

Les gourous suivants viennent d'autres origines. Le deuxième, Thomas Friedman, est l'éditorialiste du "New York Times". Il est l'auteur de "La terre est plate"... Tout un programme... Bill Gates est troisième et un autre journaliste, Malcolm Gladwell auteur de "La force de l'intuition" est quatrième. Le cinquième est le psychologue Howard Gardner.

A noter que ces gourous se font payer jusqu'à 75.000 dollars la conférence pour délivrer leur message aux managers en attente de la bonne parole.

Quels sont les thèmes le plus souvent abordés ? « Le manager pressé a besoin de conseils absorbables facilement. Les questions les plus fréquemment posées concernent la mondialisation, la motivation des salariés et l'innovation. »

Une bonne nouvelle, les livres écrits par ces nouveaux gourous sont moins épais que ceux de leurs prédécesseurs...

Mais le "Wall Street Journal" ne donne pas un blanc-seing à ces gourous : « Quel que soit le prêcheur en vogue, la prudence est de règle parmi les managers pour suivre leurs conseils »... Ce qui est également une autre bonne nouvelle.

Par contre, je sens qu'il va y avoir pas mal de travail à dénoncer toutes les foutaises que ces nouveaux gourous ne vont pas manquer d'inventer...


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Mardi 6 mai 2008

Un article de Sabine Germain dans les Echos du 29 avril nous fait découvrir la dernière technique à la mode pour motiver ses salariés : le "LipDub". Ce concept est né l'année dernière à New York, où la société « Connected Ventures a fait chanter ses salariés - tous beaux, jeunes et forcément « cool » -  sur « Flagpole Sitta », le tube du groupe rock Harvey Danger » nous explique la journaliste.

LipDub signifie « doublage de lèvres » ou play-back et consiste à tourner un clip "karaoké" avec ses salariés, puis à le mettre en ligne. Il paraît que ça va motiver vos salariés et ressouder vos équipes...

Commentaire de Christophe Abric, directeur éditorial chez Heaven, société qui a déjà tourné deux clips... : « Presque tout le monde a joué le jeu, y compris les patrons. Pour les organisateurs, c'est un peu compliqué à monter. Mais pour les participants, c'est une heure de plaisir. Et, pour l'entreprise, c'est un formidable outil de cohésion interne. Largement aussi fort que le saut à l'élastique ! »

Heaven a même créé un site pour publier ces "LipDub" : www.officelipdub.com.

Par curiosité, je suis allé voir... C'est d'une nullité !!! Des jeunes, éventuellement affublés de masques, essaient d'imiter leurs idoles en se dandinant sur le dernier tube à la mode. Le play-back n'est même pas synchronisé. Tout cela dans le décor de leur bureau...

 

Le saut à l'élastique a été la mode dans les années 90. Son efficacité a été plus que douteuse. Il a d'ailleurs été rapidement abandonné et ne se pratique plus dans le cadre professionnel...

 

Si maintenant, pour motiver ses salariés et ressouder ses équipes, on en vient à les filmer pour un clip de mauvaise qualité publié sur internet à la manière de "YouTube" où chacun vient étaler sa médiocrité, c'est qu'on ne sait plus trop quoi faire...

Serait-ce pour se mettre à la portée de la fameuse génération "Y" ?

 

Et si pour avoir des salariés motivés et des équipes soudées, on en revenait à des principes simples : avoir un objectif clair, capable de mobiliser l'ensemble des salariés et adopter un management factuel respectueux des hommes ?


A lire et voir sur ce même sujet :
Legallais, le lipdub chez les beaufs...et les blogueurs chez Hugo Boss !


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