Je voulais parler d'AZF, mais j'ai hésité. Jusqu'à ce que je lise un article très bien fait d'Ana Lutzky sur le site de L'Usine Nouvelle : "Procès AZF : la thèse officielle ne tient pas".
Si L'Usine Nouvelle remet en cause la "thèse officielle", je peux aussi abonder dans ce sens. Car j'ai toujours eu de la difficulté à croire à cette thèse... Trop beau pour être vrai.
A noter que cet article a été précédé, toujours sur le site de L'Usine Nouvelle, deux jours auparavant, par l'interview de Daniel Dissy, ingénieur chimiste, diplômé de l'École Nationale Supérieure de Chimie de Toulouse, et auteur d'« AZF, l'Enquête secrète », paru le 23 février 2009.
Je vais donc commenter ce très bon article, qui est vraiment un excellent résumé de la situation face à laquelle se trouve le tribunal. Comme « le président du Tribunal a l'air de vouloir remuer les choses », même s'il est peu probable qu'on sache la vérité "vraie", on en saura peut être un peu plus sur les causes réelles, ou au moins, on aura éliminé un certain nombre d'hypothèses aberrantes... dont la "thèse officielle"...
Ana Lutzky commence par démonter cette "thèse officielle" : « Un consensus émerge au sein des scientifiques qui observent le procès : la thèse développée par l'accusation pour expliquer l'explosion suite à l'instruction, celle du "sandwich au DCCNA", ne tient pas. »
Car en effet, « au terme de cinq années d'investigations, les experts judiciaires avaient conclu dans leur rapport
final, remis le 16 mai 2006, à un accident chimique provoqué par la mise en contact, vingt minutes avant l'explosion, de DCCNa, le chlore que l'on met dans les piscines, avec une demi-tonne de
nitrate d'ammonium, déversés sur un tas de 300 tonnes de nitrate d'ammonium. »
Et elle cite « François Rocquet, ingénieur chimiste et délégué général de la Fédération française des sciences pour la chimie (FFC) », qui affirme « au nom de tous les membres de
sa fédération : dans des conditions industrielles, celles d'un hangar manipulé "à la louche", cela n'est pas possible. "Au contact de DCCNa, d'eau et de nitrate d'ammonium se forme du trichlorure
d'azote", explique-t-il "qui est un détonant". Pour que cela puisse détonner, "il faut au moins un kilo de DCCNa, de l'eau, et attendre un peu. Puis ajouter du nitrate. C'est réalisable dans
des conditions en laboratoire. Mais on ne peut pas trouver ces conditions industriellement", affirme-t-il. "C'est impossible de faire ça dans une usine, quand on manipule ces composés
avec un schuler [machine roulante comportant une benne devant, servant à pousser les produits]" souligne-t-il à nouveau. "Et ça je ne le dis pas tout seul, je le dis au nom de ma fédération, je
n'ai pas sorti ça de mon chapeau".
Et c'est d'autant plus important que « la FFC rassemble des scientifiques aux spécialités très diverses (catalyse,
synthèse, métallurgie, biotechnologies...) plutôt indépendants : il s'agit d'universitaires, du CNRS ou d'autre laboratoire publics, et de laboratoires privés, dont la plupart des représentants
n'exercent plus dans le cadre de leurs activités industrielles, ou sont à la retraite. Des personnes aptes à parler de façon ouverte, franche et sans contraintes. »
Mais il n'y a pas que la FFC à remettre en cause la "thèse officielle" : « nombre de personnalités du monde de la science s'étaient insurgées dès 2004 contre le manque de rigueur
scientifique caractérisant la démarche des experts judiciaires qui avaient privilégié la piste du DCCNa. Bernard Meunier, président du CNRS de 2004 à 2006, professeur à l'Ecole polytechnique
et membre de l'Académie des sciences, a ainsi écrit au juge d'instruction en 2004 rappelle Jean-Christian Tirat dans son ouvrage « AZF, l'enquête assassinée ». L'association pour la promotion de
la recherche de l'industrie et du développement durable (Aprid) a émis à la même époque une pétition signée par plus d'un millier de personnes dont le président de la Société française de
chimie, les présidents des universités de Toulouse-Le Mirail, Marseille, Strasbourg, Rennes et Lille et de quatre universités parisiennes, et celui de l'Institut national polytechnique de
Toulouse. »
Une fois la "thèse officielle" démontée, Ana Lutzky fait le point sur « les autres pistes » : « l'arc électrique, l'explosion gazeuse suite à une fuite d'UDMH
(thèse développée dans l'ouvrage de Jean-Christian Tirat), l'explosion du fait de l'énergie apportée sous le tas de nitrate par des conduites d'eau sous pression, suite à des
phénomènes électriques antérieurs (thèse développée dans l'ouvrage de Daniel Dissy), le terrorisme... »
La bonne nouvelle, c'est que ces pistes seront toutes examinées lors du procès : « trois audiences seront consacrées à l'hypothèse d'un événement antérieur à l'explosion telle que la cause naturelle (météorite, foudre), un phénomène électromagnétique, la thèse électrique, l'explosion de poussières et d'atmosphère ou encore l'accident industriel préalable », et « quatre autres audiences seront consacrées à la piste intentionnelle. Une "note blanche" des Renseignements généraux et la "rumeur dans le contexte de l'après 11-Septembre" seront aussi abordées. De plus, une audience présentera "les incidents de la veille et ceux du jour même de l'accident entre les chargeurs et les chauffeurs routiers". Une autre audience s'intéressera à Hassan Jandoubi, l'homme qui avait été retrouvé mort sur les lieux de l'explosion avec plusieurs couches de sous-vêtements sur lui. »
A suivre...

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