Dans L'Usine Nouvelle du 07 mai 2009, Aurélie Barbaux publie dans la rubrique "Cas d'entreprise", un article intéressant sur EdF et le Web 2.0 (page 49). Le titre de l'article : "EdF généralise le web 2.0 à toute l'entreprise".
Le chapô de l'article présente les choses : « L'électricien public souhaite généraliser l'usage des technologies du web 2.0 à l'ensemble de ses services et fait donc appel à une société extérieure pour gérer la maintenance de sa plate-forme collaborative ».
Et l'article commence fort : « En matière d'intelligence collective, EdF fait figure de précurseur, en France du moins. Ce serait même l'une des premières entreprises 2.0 de l'Hexagone. »
EdF, entreprise 2.0 ? Ce serait une révolution... Oui, j'ai bien regardé : il s'agit bien d'Electricité de France, notre producteur et distributeur d'électricité
national...
Ce qui voudrait dire que Taylor a enfin été vaincu, que tout le monde peut participer, donner son avis et être écouté, que les relations hiérarchiques sont au beau fixe... Si cela marche dans une
des plus grosses entreprises de France et certainement l'une des plus "taylorisée", c'est la victoire assurée de l'Entreprise 2.0...
Hélas, les récents arrêts sauvages de gaz et d'électricité en particulier à Douai qui ont failli
provoquer des gros problèmes à l'hôpital, sont suffisants pour montrer qu'on est encore loin de ces résultats.
Alors qu'en est-il ?
Suivons Aurélie Barbaux.
Le projet Hermès a été lancé dès septembre 2006 par « une équipe de la direction R&D », et a consisté « à développer une plate-forme électronique de partage de connaissances interne fondée sur les outils du web 2.0 ».
Aurélie Renard, chef du projet Hermès explique que « l'initiative répondait à un triple objectif ». D'abord, l'efficacité du service R&D. Ensuite la capitalisation des
connaissances des anciens. Et enfin la mise à disposition pour la nouvelle génération « d'outils de travail auxquels ils sont déjà habitués ».
Les résultas semblent impressionnants après deux ans et demi de fonctionnement : « 7 000 sources d'informations en ligne », enrichies par 25 000 billets publiés sur des
blogs et 90 communautés échangeant au moyen de wikis. De plus, « 50% des utilisateurs sont extérieurs à la R&D ».
Mais Aurélie Barbaux pose la bonne question : « L'équipe Hermès a-t-elle réussi son pari d'insuffler le concept d'intelligence collective chez EdF ? » Et la
réponse est "politiquement correcte" : « Pas tout à fait »...
Effectivement, « sur les 158 000 salariés du groupe, moins de 5 000 se sont inscrits sur la plate-forme et seuls 1 200 sont réellement actifs. » Ce qui fait moins de 1%
des salariés... C'est, somme toute, ce qu'on rencontre comme taux de participation active sur le web...
Les explications données à ce faible taux sont classiques : « peur d'être surchargé d'informations, culture du secret, crainte de perdre son pouvoir en partageant son savoir et difficultés de formaliser leurs connaissances. »
Par contre, il y a beaucoup plus grave et qui permet d'affirmer définitivement qu'EdF n'est pas une Entreprise 2.0 : « Et la direction ne donne pas vraiment
l'exemple. » Comment imaginer une entreprise où tout le monde collabore le plus naturellement du monde, alors que la direction ne donne pas l'exemple. Je n'en connais pas et cela
tiendrait du miracle...
Mais Aurélie Renard et son équipe sont décidés à « passer à la vitesse supérieure et transformer l'essai. [...] "La priorité est de poursuivre ce travail de sensibilisation en interne",
explique Aurélie Renard. En clair, persuader la direction de donner l'exemple. »
Par expérience de toutes les démarches qualité, 5S ou lean que j'ai pu connaître, tant que la Direction Générale n'est pas réellement impliquée et motrice dans ce type de projet, cela ne peut
fonctionner à l'échelle de toute l'entreprise. Chez EdF, cela fonctionne dans le service R&D car il y a dans ce service, vraisemblablement un patron moteur et impliqué. Mais tant que la DG
d'EdF ne s'impliquera pas réellement, cela continuera de vivoter au bon vouloir des utilisateurs c'est-à-dire au même rythme que la soi-disant participation qu'on trouve sur Internet, soit entre
1 et 5 % d'utilisateurs réellement actifs. Et ce n'est pas la "fameuse génération Y" qui va y changer grand-chose : elle participe (réellement) à peine plus que les autres...
Il faut souhaiter cependant bon courage à Aurélie Renard et son équipe, car convaincre la Direction Générale d'EdF de s'impliquer réellement dans un tel projet ne va pas être facile.
S'impliquer réellement, cela signifie aller au-delà d'une simple déclaration de soutien, comme on en trouve trop dans les politiques "qualité" des entreprises "certifiées ISO 9000". Ce n'est pas
non plus tenir un blog sur l'actualité de l'entreprise sur lequel chacun pourrait intervenir sans risque de sanction (ce qui ne serait déjà pas si mal...). Mais c'est, dans le cadre de ce projet,
voire au-delà, quitter le taylorisme et aller vers une entreprise plus humaine où chacun sera reconnu et pourra pleinement s'exprimer et s'épanouir, et où tous les salariés collaborent et tirent
tous dans le même sens au service de leurs clients...
Un rêve ?

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