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Entreprise 2.0

Jeudi 7 mai 2009

Dans L'Usine Nouvelle du 07 mai 2009, Aurélie Barbaux publie dans la rubrique "Cas d'entreprise", un article intéressant sur EdF et le Web 2.0 (page 49). Le titre de l'article : "EdF généralise le web 2.0 à toute l'entreprise".

 

Le chapô de l'article présente les choses : « L'électricien public souhaite généraliser l'usage des technologies du web 2.0 à l'ensemble de ses services et fait donc appel à une société extérieure pour gérer la maintenance de sa plate-forme collaborative ».

 

Et l'article commence fort : « En matière d'intelligence collective, EdF fait figure de précurseur, en France du moins. Ce serait même l'une des premières entreprises 2.0 de l'Hexagone. »


EdF, entreprise 2.0 ? Ce serait une révolution... Oui, j'ai bien regardé : il s'agit bien d'Electricité de France, notre producteur et distributeur d'électricité national...


Ce qui voudrait dire que Taylor a enfin été vaincu, que tout le monde peut participer, donner son avis et être écouté, que les relations hiérarchiques sont au beau fixe... Si cela marche dans une des plus grosses entreprises de France et certainement l'une des plus "taylorisée", c'est la victoire assurée de l'Entreprise 2.0...


Hélas, les récents arrêts sauvages de gaz et d'électricité en particulier à Douai qui ont failli provoquer des gros problèmes à l'hôpital, sont suffisants pour montrer qu'on est encore loin de ces résultats.

Alors qu'en est-il ?

 


Suivons Aurélie Barbaux.

 

Le projet Hermès a été lancé dès septembre 2006 par « une équipe de la direction R&D », et a consisté « à  développer une plate-forme électronique de partage de connaissances interne fondée sur les outils du web 2.0 ». 


Aurélie Renard, chef du projet Hermès explique que « l'initiative répondait à un triple objectif ». D'abord, l'efficacité du service R&D. Ensuite la capitalisation des connaissances des anciens. Et enfin la mise à disposition pour la nouvelle génération « d'outils de travail auxquels ils sont déjà habitués ».


Les résultas semblent impressionnants après deux ans et demi de fonctionnement : « 7 000 sources d'informations en ligne », enrichies par 25 000 billets publiés sur des blogs et 90 communautés échangeant au moyen de wikis. De plus, « 50% des utilisateurs sont extérieurs à la R&D ».


Mais Aurélie Barbaux pose la bonne question : « L'équipe Hermès a-t-elle réussi son pari d'insuffler le concept d'intelligence collective chez EdF ? » Et la réponse est "politiquement correcte" : « Pas tout à fait »...

Effectivement, « sur les 158 000 salariés du groupe, moins de 5 000 se sont inscrits sur la plate-forme et seuls 1 200 sont réellement actifs. » Ce qui fait moins de 1% des salariés... C'est, somme toute, ce qu'on rencontre comme taux de participation active sur le web...

Les explications données à ce faible taux sont classiques : « peur d'être surchargé d'informations, culture du secret, crainte de perdre son pouvoir en partageant son savoir et difficultés de formaliser leurs connaissances. »


Par contre, il y a beaucoup plus grave et qui permet d'affirmer définitivement qu'EdF n'est pas une Entreprise 2.0 : « Et la direction ne donne pas vraiment l'exemple. » Comment imaginer une entreprise où tout le monde collabore le plus naturellement du monde, alors que la direction ne donne pas l'exemple. Je n'en connais pas et cela tiendrait du miracle...


Mais Aurélie Renard et son équipe sont décidés à « passer à la vitesse supérieure et transformer l'essai. [...] "La priorité est de poursuivre ce travail de sensibilisation en interne", explique Aurélie Renard. En clair, persuader la direction de donner l'exemple. »


Par expérience de toutes les démarches qualité, 5S ou lean que j'ai pu connaître, tant que la Direction Générale n'est pas réellement impliquée et motrice dans ce type de projet, cela ne peut fonctionner à l'échelle de toute l'entreprise. Chez EdF, cela fonctionne dans le service R&D car il y a dans ce service, vraisemblablement un patron moteur et impliqué. Mais tant que la DG d'EdF ne s'impliquera pas réellement, cela continuera de vivoter au bon vouloir des utilisateurs c'est-à-dire au même rythme que la soi-disant participation qu'on trouve sur Internet, soit entre 1 et 5 % d'utilisateurs réellement actifs. Et ce n'est pas la "fameuse génération Y" qui va y changer grand-chose : elle participe (réellement) à peine plus que les autres...



Il faut souhaiter cependant bon courage à Aurélie Renard et son équipe, car convaincre la Direction Générale d'EdF de s'impliquer réellement dans un tel projet ne va pas être facile. S'impliquer réellement, cela signifie aller au-delà d'une simple déclaration de soutien, comme on en trouve trop dans les politiques "qualité" des entreprises "certifiées ISO 9000". Ce n'est pas non plus tenir un blog sur l'actualité de l'entreprise sur lequel chacun pourrait intervenir sans risque de sanction (ce qui ne serait déjà pas si mal...). Mais c'est, dans le cadre de ce projet, voire au-delà, quitter le taylorisme et aller vers une entreprise plus humaine où chacun sera reconnu et pourra pleinement s'exprimer et s'épanouir, et où tous les salariés collaborent et tirent tous dans le même sens au service de leurs clients...


Un rêve ?


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Samedi 28 mars 2009

Après mon billet d'hier sur les "Digital Natives", voici un quiz qui arrive à point...


Mais attention, la plupart des réponses correspondent à ce qui est communément admis sur cette génération Y. Cela ne veut pas dire que tout soit à prendre pour argent comptant...


J'ai eu 8 sur 10... Et vous ?


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Vendredi 27 mars 2009

Guillaume Serries vient de publier dans le Journal du Net un article qui présente quelques intérêts : "Digital Natives, les nouveaux travailleurs du numérique".

 

 

Après avoir défini ce que sont ce Digital Natives (« ces enfants qui ont toujours connu Internet et sont complètement habitués aux appareils et logiciels numériques »), il donne l'origine de terme et c'est ici que ça commence à être intéressant...

 

C'est Marc Prensky, « consultant américain en TICE (nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Enseignement) », qui a « inventé ce néologisme ». Et l'élément intéressant, c'est qu'il est « également le directeur général et fondateur d'une entreprise qui vend des jeux vidéos éducatifs »... Il n'y a bien sûr aucune relation de cause à effet...

 


Ensuite, Guillaume Serries décline les notions que Marc Prensky a développé autour de ce concept.

 

« Marc Prensky pense qu'à force de stimuler des zones de leur cerveau sur des actions d'acquisition de la connaissance spécifiques, de type hypertexte, les Digital Natives ont développé des compétences différentes en matière de raisonnement, qui ne correspondent pas du tout au raisonnement démonstratif classique. Ils auraient des raisonnements sérendipiens. »

Le Digital Native aurait donc le cerveau structuré différemment... Une bonne chose ou un recul de l'intelligence humaine ? Il y a quelques mois, un débat avait lieu sur Internet au sujet des affirmations de Don Tapscott sur l'apprentissage 2.0. J'y reviendrai bientôt.


« Par ailleurs, le Digital Native selon Marc Prensky est performant lorsqu'il est connecté au réseau, mais devient complètement inefficace pour réaliser des actions hors ligne, et sa capacité de concentration est alors réduite au minimum. Mais le côté positif de ce mode de fonctionnement serait qu'une fois en ligne, le Digital Natives est doué de capacités multitâches, effectuées en simultané. »


« Enfin, la gratification immédiate et le plaisir immédiat seraient les clés de fonctionnement des Digital Natives, du fait de leur habitude à l'instantanéité du réseau Internet. En conséquence, ils préfèreraient le visuel et le graphique au textuel, et l'interactivité au travail solitaire. »

Marc Prensky a développé la notion de Digital Immigrants, « c'est-à-dire l'ensemble des travailleurs qui ont du se faire à l'informatique, et dont son usage n'a rien de naturel. Il explique cette difficulté par le fait que, selon lui, passé un certain âge, le cerveau ne mute plus, et la plasticité de l'organisme ne joue plus autant que chez les Digital Natives. »


« La thèse finale de Marc Prensky consiste à démontrer que face à l'évolution technologique et à la réduction de la plasticité des individus avec le temps, l'école se doit de proposer des outils numériques aux jeunes enfants afin de leur donner les meilleures chances de réussite dans un monde du travail désormais numérique. Son outil premier pour ce faire, ce sont les jeux vidéos, véritable clé de voûte du programme éducatif de Marc Prensky. » Qui a dit "intéressé" ?



Ensuite Guillaume Serries tente une critique des thèses de Prensky : « Les Digital Natives, une vaste fumisterie ? » Mais ici, c'est le point le plus faible et le moins convaincant. Dommage.


Il n'en retient que deux concepts.


Celui des Digital Immigrants opposés aux Digital Natives car « ce sont bien des Digital Immigrants qui ont forgé pour une grande partie l'univers numérique dans lequel nous vivons et travaillons, ce qui invalide l'argument qui voudrait qu'ils aient des difficultés à vivre dans cet univers. »


Et celui même de "Digital Natives", car « ce terme rentre parfaitement dans l'argumentaire marketing de Paul Prensky pour vendre les jeux vidéos éducatifs de sa société ».



Par contre, il pose une bonne question qui nous intéresse particulièrement : « Les Digital Natives peuvent-ils changer quelque chose à l'entreprise ? »


Sa réponse n'est pas très claire et reste décevante :


« Il faut d'abord préciser que cette population n'est pas une population d'experts techniques. Loin d'être des " geeks ", ils sont avant tout des consommateurs de contenus numériques. Pas de compétences techniques à chercher de ce côté-là donc. » D'accord sur ce point. C'est une différence d'avec la génération précédente qui avait une attirance "technique".


« Mais en revanche, ces nouveaux professionnels s'avèrent aptes à utiliser les outils tels que les flux RSS, les blogs, les wikis ou encore les mashups., bref, autant d'outils neufs d'acquisition de la connaissance. Ils seraient donc tout à fait compétents en matière d'autoformation, ce qui permettrait aux entreprises de réaliser des économies de ce côté. »

Ce serait le seul gain ? Des économies de formation ? Et pas d'inconvénients ?


Et notre auteur termine en attirant notre attention sur les problèmes de sécurité que nos Digital Natives pourraient être amenés à provoquer par leurs pratiques : « Enfin, côté sécurité, leurs habitudes de communication sans frontières (sites Internet, réseaux sociaux, concurrence,...) peut heurter non seulement la culture d'entreprises, mais aussi poser de nombreux problèmes au niveau du contrôle de l'entrée et de la sortie des informations du Système d'Information de l'entreprise. De quoi convaincre les RSSI si ce n'est de croire au concept de Digital Natives, au moins de se montrer regardant sur les usages numériques dans leurs entreprises. »


Les « outils neufs d'acquisition de la connaissance » tels que « les flux RSS, les blogs, les wikis ou encore les mashups » seront-ils un "avantage concurrentiel" pour les entreprises ?

Les problèmes de sécurité, seraient-ils les seuls posés par cette nouvelle génération ?


J'étudie cette question depuis plusieurs mois. J'essaierai d'apporter quelques éléments complémentaires de réponse sur ce phénomène dans mes prochains billets.


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Mercredi 28 janvier 2009

Le Journal du Net reproduit un billet écrit par François Guillot sur son blog le 09 janvier dernier : "10 mythes du web 2.0"


Vous pourrez aller, soit consulter ce billet sur le Journal du net ou directement sur le blog de François Guillot. A noter que le Journal du Net a complété l'article original de certaines explications rendant l'argumentation plus précise.


Après les polémiques sur le Web 2.0 (en particulier sur le blog de Florent Fouque), c'est un billet qui en "rajoute une couche" pour démythifier ce fameux web 2.0...



Voici mes commentaires sur quelques-uns de ces 10 mythes.



1.    « Wikipédia est aussi fiable que Britannica. »

François Guillot explique : « C'est le mythe sur lequel Wikipédia a bâti toute son image et sa crédibilité. La source paraît infaillible : c'est une étude de la très sérieuse revue Nature qui le dit : en comparant Wikipédia et Britannica, on trouve moins d'erreurs dans le premier que dans le deuxième. »


Et pourtant, ce résultat est archifaux. Le JDN explique : « : l'enquête de Nature porte sur seulement 42 articles, avec un protocole arbitraire et restrictif. Un seul domaine est étudié (les sciences dures), et l'analyse des erreurs dans les articles est sujette à controverse... Ce
billet d'Emmanuel Bruant explique le malentendu.»


Pour moi qui suis un fervent opposant à Wikipédia, je ne peux qu'être d'accord... et ravi de voir le mythe Wikipédia à nouveau fortement secoué. La somme des ignorances ne fera jamais un savoir.



2.    « Le Drudge Report est plus fort que le New York Times. »

Je passe sur ce point, car il est hors du périmètre de mes préoccupations.



3.    « Sur Internet, c'est facile de faire du participatif. »

Encore un mythe qui part en fumée... Cette démythification est importante, car elle va avoir un impact sur la manière d'envisager la collaboration en entreprise.


« Les internautes commentent sur les blogs, postent des photos sur FlickR, des vidéos sur YouTube, construisent Wikipédia... Le web 2.0 donne la possibilité à tous de participer à la production du contenu, c'est donc facile de faire du participatif. »


Oui, mais la participation n'est pas au rendez-vous... :

« On ne répètera jamais assez que la participation active est le fait d'une minorité. On ne génère pas de la participation en claquant des doigts (ni de l'audience d'ailleurs). A relire : ce tableau de McKinsey qui montre la proportion d'internautes actifs dans les grandes plates-formes web2 (Wikipédia, YouTube, FlickR, Felicious...) ainsi que l'étude de Rue89 sur la participation de son lectorat.


« On y voit très clairement que "the many benefit from the few" : sur FlickR, 2% des utilisateurs génèrent 95% du contenu ; sur YouTube, 6% génèrent 95% ; etc. » Pour Wikipédia, ce sont 2% des utilisateurs qui génèrent 60% des contributions. 


Quelle leçon en tirer pour nos entreprises ?

J'y reviendrai plus en détail dans un prochain billet.

 

4.    « Avec Internet, chacun peut devenir journaliste. C'est le journalisme citoyen. »
Je passe également sur ce point, car il est aussi hors du périmètre de mes préoccupations.

5.    « Les blogs influents. »

Ici, François Guillot appuie sur un point sensible : en tant que blogueur, on croit tous (ou au moins, on espère...) avoir une influence... : « Des 10 mythes, c'est sans doute le plus durable, car le moins faux. On en a parlé, reparlé, on a discuté, disserté, analysé... Il existe plusieurs formes d'influence des blogs, de la capacité de nuisance à la capacité de rectification, les search, les scoops, les communautés ou l'influence auprès de leaders d'opinion comme des journalistes... Mais écrire un blog, ça ne veut pas dire avoir un public ; ni être audible ; ni être écouté. Bref, prendre la parole, ce n'est pas prendre le pouvoir. Et on a certainement tendance à exagérer l'influence réelle de beaucoup de blogs qui fonctionnent dans l'entre-soi. »

Par exemple, les blogs des partisans de l'entreprise 2.0 (peut être une vingtaine actifs en France, et il y en a de plus en plus d'inactifs) tournent en vase clos. Cette notion d'entreprise 2.0 est parfaitement inconnue dans nos entreprises, même si de temps en temps, un article de la presse économique ou professionnelle en parle...

Quant à mon blog, je ne me fais pas d'illusions...

6. « L'UGC prend le pas sur les contenus professionnels. »

Je passe également sur ce point, car il est aussi hors du périmètre de mes préoccupations.

7. « Le marketing viral, ça cartonne. »

Idem

8. « L'audience des médias traditionnels se dégrade. »

Alors qu'on pense tous qu'Internet va révolutionner les médias, François Guillot précise : « Pour la presse écrite, c'est très clair : baisse constante de la diffusion de la presse depuis 2000. ». Hélas, oui, et ce n'est pas le plan de sauvetage de 600 millions d'€ qui va y changer quelque chose...

Mais il ajoute : « pour la radio et la télévision, c'est moins évident. Le temps passé devant la télévision a même progressé d'une minute au dernier pointage : 3h28 par personne en octobre 2008. Aux Etats-Unis, la TV est à son plus haut historique. » Ah, la bonne vieille télé qui fait de la résistance...

9. « La confiance dans les médias traditionnels se dégrade. »

« Pas en France en tout cas. Malgré les discours ambiants, malgré les affaires, la question de l'indépendance, les relations entre actionnaires et groupes médias, entre le pouvoir et les patrons de rédaction...

« Non pas que la confiance dans les médias traditionnel soit élevée. Mais depuis 2000, les études ne montrent pas qu'elle a fondamentalement évolué : un peu moins bien par ci, un peu mieux par là...

Effectivement, Internet n'est pas une garantie de fiabilité de l'information plus grande que pour les médias classiques. Elle est tout simplement plus rapide.

10. « Obama a construit sa victoire sur le réseau de petits donateurs. »

« On l'a vu un peu partout : Obama aurait amassé plus d'argent via ses petits donateurs que via les gros donateurs. Un véritable effet longue traîne avec un bénéfice important : une moindre dépendance aux lobbies, grâce à des dizaines de milliers de petits donateurs ayant mis la main à la poche dans la mesure de leurs moyens (petit donateur = moins de 200 $).

« Le problème, c'est que c'est faux, révèle le Campaign Finance Institute, un organisme indépendant. Les petits donateurs n'auraient représenté que 26% des finances d'Obama... soit approximativement la même proportion que les petits donateurs de Bush en 2004. La confusion vient du fait que beaucoup de donateurs ont fait plusieurs petits dons. Si je donne 6 fois 50 $, je fais 6 fois un petit don, mais à l'arrivée, je ne suis plus un « petit » donateur, ayant dépassé les 200$. »

C'est comme cela que naissent les légendes...

 

J'en aurais bien ajouté un onzième :
11. « Tout est dans le réseau social »

Cette suprématie venant de la confusion entre le social et le communautaire a été dénoncée par Fred Cavazza il y a quelques semaines dans un billet éclairant : « Ne confondez plus communautaire et social ».


J'en ai rendu compte à ce moment-là :

« Pour Fred Cavazza, alors qu'il y a quelques années on parlait de communautaire, depuis l'apparition des Facebook ou Myspace, « on ne parle plus que de "social" : réseaux sociaux, plateformes sociales, social software... il y a du social à tous les étages. » C'est vrai aussi bien dans le web public qu'au sein des entreprises.


« Une foutaise que Fred Cavazza se fait un plaisir de dénoncer... Car le communautaire n'a pas disparu. Il subsiste au travers des forums qui selon lui sont toujours aussi actifs.


« Il fait donc une « grosse différence entre les plateformes communautaires et les plateformes sociales ».


« Il explique : d'un côté, il y a « des plateformes sociales comme 
Facebook, FlickR et  Twitter où les membres publient du contenu dans une dynamique passive : ils s'expriment mais n'attendent pas nécessairement de réaction. La dynamique sociale sur ces plateformes repose avant tout sur le besoin d'appartenance ("moi aussi j'ai un profil Facebook") et l'ego ("ma vie intéresse forcément les autres") des membres qui sont motivés par la visibilité et les rencontres (personnelles ou professionnelles). Il n'y a pas réellement de dialogue au sein de ces plateformes, juste des micros discussions entre visiteurs de passage. »


« De l'autre, « des plateformes communautaires comme les forums où les membres engagent des conversations
: ils posent des questions, débattent, se chamaillent et témoignent. La dynamique communautaire repose avant tout sur l'empathie ("je cherche des personnes ayant eu la même expérience que moi") des membres qui cherchent à partager une passion ou un vécu (cf. les gigantesques forums pour passionnés d'automobile, de produits high tech ou pour les femmes enceintes). Le dialogue est donc l'ingrédient essentiel des communautés. » »


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Mercredi 14 janvier 2009
C'est le titre d'un billet publié par Florent Fouque sur son blog que je viens de découvrir(pas le blog, le billet).

Sa dénonciation du marketing 2.0 est très pertinente. En particulier la notion de "masse critique d'utilisateurs" pour arriver à une "interactivité de fait".

Article à lire et à diffuser sans modération...

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Vendredi 5 décembre 2008

Ces derniers jours, grand émoi dans le monde de l'Entreprise 2.0...

Vincent Berthelot jette un pavé dans la mare en reconnaissant sur le "blog des managers 2.0" que « nous avons créé une bulle du 2.0, terme que je n'utilise plus depuis plusieurs mois qu'avec réticence et pincettes, et que celle-ci n'a pas séduit ou convaincu nombre d'entreprises malgré tout le battage médiatique fait autour. »

Plus loin, il ajoute : « A force de parler de révolution, de conception philosophique du 2.0, de ces discours truffés de néo anglicisme nous sommes devenus des gourous et nous-nous sommes coupés de la réalité. Nous vivons-nous même dans notre propre caverne du 2.0, Nous condamnons l'ancienne école des ressources humaines mais nous proposons notre propre One Best Way sans peur du paradoxe. »

J'ai ajouté mon grain de sel à ce débat qui avait commencé sur le blog d'Anthony Poncier en expliquant ce que je pensais de ce concept.

Je ne reviens pas sur ces réflexions, mais j'apporte une nouvelle pierre au débat en proposant une longue citation du livre de Georges Archier et Hervé Sérieyx « L'entreprise du 3ème type ».

Ce livre, apporte avec 25 ans d'avance des réponses au problème soulevé par Vincent.

Dans un chapitre intitulé « Mieux que la motivation : la mobilisation », les deux auteurs commencent par livrer une histoire pleine d'enseignement :

« Qui ne connaît l'histoire de cet architecte qui participait à l'élaboration d'une de ces monstruosités en béton difforme que sont la plupart des villes nouvelles et qui souhaitait humaniser ces déserts anonymes. Alors, il cherchait et souhaitait parsemer ces grands espaces désolés de structures aux formes douces, si possibles mouvantes, mettant dans ce paysage sans âme des taches d'ombre et, pourquoi pas, de couleur. Après enquête, il constata que pour de telles structures la couleur verte serait la mieux reçue, et c'est ainsi que, par approximations successives, il découvrit un beau matin qu'il avait inventé l'arbre. »


Et nos auteurs en tiraient les leçons appliquées aux cercles de qualité, grande "Révolution" de l'époque, mais dont plus personne ne parle actuellement... Leçons que commencent seulement à apercevoir quelques-uns des partisans de l'Entreprise 2.0.


Je cite (il vous suffit de remplacer "cercle de qualité" par "Entreprise 2.0"...) : « Le cercle de qualité, c'est la redécouverte de l'arbre, cela permet de vivre sa vie de travail naturellement comme si c'était vécu avant que le taylorisme ne rende tout cela si artificiel.

« Il ne s'agit pas de faire dans le rousseauisme bêlant, d'appeler au spontanéisme tous les membres de l'entreprise qui deviendraient autant de bons sauvages ni rejeter toutes formes de structures industrielles ou d'organisations du travail ; en ce domaine, d'ailleurs rien à craindre ; nous sommes tous très marqués, entraînés, convaincus, déterminés par la civilisation technique pour être guettés de tels excès.

« Il s'agit seulement de remobiliser, de la façon la plus naturelle qui soit, tout ce gisement d'ardeur et d'intelligence, toute cette force de contribution inemployée qu'une vision appauvrie du monde, trop procédurière ou trop mécaniste, nous conduit peu à peu à ignorer, voire à mépriser et en tous cas, à stériliser.

« Aussi, en mettant en œuvre les cercles de qualité, sachons éviter un quadruple péril qui pourrait bien, si nous n'y prenions garde, rendre leur utilité bien éphémère ». C'est ce qui s'est effectivement passé ! Et c'est ce qui va vraisemblablement arriver à l'Entreprise 2 .0...

 

Je continue la citation :

« Premier péril.

« L'illusion de la pierre philosophale : croire que le cercle de qualité, cela sert à tout, cela sert tout, cela permet tout et qu'en particulier cela permet de transmuter de mauvais produits en produits de qualité, de mauvaises organisations en organisations efficaces et des gens mal formés en personnels compétents.

« Le cercle de qualité ne peut servir qu'à rendre meilleurs encore de bons produits, plus performantes encore de bonnes organisations, plus capables encore des personnels déjà bien formés.

 

« Deuxième péril.

« L'inversion du sens qui consiste à prendre le moyen pour la fin et à "faire" du cercle de qualité pour le plaisir d'en faire. Le cercle de qualité n'a d'intérêt qu'en fonction de ce à quoi il sert : remobiliser les intelligences pour que vive l'entreprise. Si l'on n'est pas décidé à cette révolution, il faut surtout éviter de recourir à ce type d'approche.

 

« Troisième péril.

« Le zèle intempestif qui peut conduire à vouloir en faire trop et trop vite. Tous les praticiens et les bons ouvrages nous le rappellent sans cesse : pour mettre en place des cercles de qualité qui fonctionnent, il ne faut pas se précipiter [...]

 

« Quatrième péril.

« Le réductionnisme abusif. C'est-à-dire, croire que l'on peut se contenter de mettre en place des cercles de qualité, et oublier de mobiliser également toute l'intelligence de l'encadrement. [...] ».

 

Voilà cette pierre ajoutée à ce débat important et intéressant qui pose une véritable question, mais dont la réponse n'est pas si simple qu'il n'y parait : comment sortir de Taylor ?


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Mardi 2 décembre 2008

Je continue le commentaire du document publié par blueKiwi « L'Entreprise 2.0 - Comment tirer profit des Réseaux Sociaux Professionnels ? ».

 

Les auteurs de ce document expliquent que « l'entreprise se retrouve au centre d'une "tempête parfaite", point de rencontre de trois grandes perturbations qui se nourrissent mutuellement ».  Après avoir vu la première perturbation "économique" (en fait beaucoup plus managériale et organisationnelle qu'économique), puis la seconde "technologique", venons-en à la troisième qui est "sociologique".


Comme vous l'avez certainement deviné, il s'agit de la fameuse "génération Y".

 


Le titre de cette troisième perturbation nous prévient : « Ils sont jeunes, multitâches, connectés, voient l'entreprise autrement.... vos collègues dès demain ».

BlueKiwi nous dit que nous en avons certainement rencontré, soit « dans les murs de votre entreprise », ou même « il se peut fortement que vous en côtoyiez certains au quotidien : vos enfants! ». Effectivement, j'en ai quelques spécimens à la maison...

 

D'abord, leur identité : « Ils sont nés après 1978, succèdent à la génération X qui a, elle même, prit la suite des Baby Boomers ».

 

Mais pourquoi est-ce qu'on en parle tant ? « S'ils monopolisent l'attention des médias et des entreprises c'est en raison de traits de personnalité nouveaux qui bouleversent leur rapport à la société, à l'entreprise, au travail. » Rien que ça...

 

Voyons quels sont ces traits de personnalité. Ils « sont individualistes et débrouillards et n'ont pas l'intention de perdre leur vie à la gagner. Pragmatiques, seuls l'action et le résultat comptent et ils rejettent tout ce qu'ils jugent déconnecté de la réalité. » Ils ont « une prédilection pour le fonctionnement en réseaux, les échanges permanents, l'immédiateté du résultat. » Cette génération « fait peu confiance à la "parole officielle", à la pensée "structurée" qu'elle soit celle de l'entreprise, du monde politique, religieux ou syndical ». Mais « le Y est un "surfeur" dans tous les sens du terme. Il surfe sur internet, sur les réseaux sociaux, passe d'information en information et de contact en contact. Il surfe aussi sur les projets, les idées. »

Et « habitué à un monde qui change vite et à baigner dans des flux d'information, il trouve logique d'avoir accès à toute l'information sans aucun cloisonnement. Il accorde d'ailleurs une grande importance au  fait de pouvoir s'instruire en permanence de ses expériences et se désengage rapidement lorsqu'il n'apprend plus rien. Il n'y a, pour lui, de travail sans développement personnel et si possible de façon ludique. »

Enfin « l'équilibre entre travail et vie privée n'est pas négociable. Le Y est demandeur d'horaires flexibles, se sent plus engagé par un objectif à atteindre que par la nécessité d'être physiquement présent dans l'entreprise, imagine mal oublier sa vie personnelle en arrivant au bureau dès lors que son travail peut rogner sur son temps libre. [...] Il ne croit ni aux promesses ni à l'emploi à vie. Le Y n'hésitera pas à quitter son emploi s'il trouve mieux ailleurs, n'apprend rien, ressent un déficit de confiance, n'a pas l'impression de "vivre" au travail. »

 

Est-ce si différent de ce qu'on disait de la génération X il y a vingt ans ? Bien sûr, il y a le zapping et Internet, mais beaucoup de traits des Y étaient déjà décrits dans ce qui semblait être la nouvelle génération pour les auteurs de « L'entreprise du troisième type »...

Je cite : « Il y a deux ou trois générations, la scolarisation était moins développée qu'aujourd'hui et la France était surtout agricole, beaucoup de salariés attendaient en priorité de la vie en entreprise le salaire et le couvert ; notre génération actuelle de salariés est bourrée de connaissances scolaires et techniques ; elle reçoit une formation permanente par les médias qui disent tout sur tout en temps réel et elle est sans cesse sollicitée par la pression des produits de masse dont la diversité le dispute à l'attirance. Pour toutes ces raisons, notre génération n'a ni les mêmes besoins ni les mêmes attentes qu'autrefois, qu'il s'agisse du mode de vie en général ou de la vie au travail en particulier. Toutes les analyses sociologiques le confirment ; les salariés d'aujourd'hui, de plus en plus nombreux, veulent évoluer dans une organisation vivante, ils veulent faire un travail utile dans une entreprise transparente, ils recherchent un environnement convivial et par-dessus tout ils ressentent le besoin d'utiliser leurs connaissances et leur imagination pour pouvoir améliorer en même temps leur cadre de vie et les résultats de leur activité, grâce notamment, à une marge importante d'initiatives. Ils refusent enfin de plus en plus les idéologies, les systèmes tout faits, et plus généralement, même si c'est « bon », tout ce qui est plaqué : ils veulent participer à la construction de leur environnement et à l'arrangement de leur vie ! » (L'entreprise du 3ème type - pages 15 et 16).

 

C'est finalement le lot de chaque nouvelle génération d'être perçue comme étant différente de la génération précédente. Mais au bout de quelques années, on s'aperçoit que ces différences s'estompent... L'exemple le plus flagrant est celui de nos "soixante huitards", se retrouvant 20 ou 30 ans plus tard à la tête des entreprises et aux principaux postes clés dans la société civile reproduisant ce qu'ils reprochaient eux-mêmes en mai 68... Ceux-ci étant contestés par une nouvelle génération qui elle-même...

On a ce même sentiment lorsqu'on lit le dossier du Journal du Net préparé par Aurélie Fardeau sur « les caractéristiques et les valeurs des quatre générations qui se côtoient en milieu professionnel pour définir l'espace de travail idéal de chacune d'entre elles. » Dans ce dossier, elle fait une brève présentation de chacune de ces quatre générations : les vétérans, les papy boomer, la génération X et la génération Y.

 

Bien sûr, on trouvera des différences entre les générations, ne serait-ce que celles qui sont liées aux évolutions technologiques. Mais au fond, un homme reste un homme, un type sympa reste un type sympa et un sale con reste un sale con, Internet ou pas...

Voyons d'abord les points communs : le besoin de relations (convivialité ou réseau), l'apprentissage permanent, le besoin de transparence de la part de l'entreprise, le besoin d'autonomie et d'initiative, le développement personnel, le refus des "idéologies", de la "parole officielle", de "tout ce qui est plaqué", de la "pensée structurée", le besoin d'avoir un travail utile, le besoin d'améliorer son cadre de travail...

Venons-en aux différences : le zapping du Y, la séparation très nette entre l'entreprise et la vie privée pour le Y, l'impatience du Y, l'immersion dans Internet...

 

Je ne nie pas ces différences, mais je ne les exagère pas non plus, car si il y a des différences, il y a aussi de nombreuses ressemblances.

Et il faut quand même se rendre compte que ce portrait de la génération Y n'est qu'un portrait moyen et ne recouvre pas l'ensemble des individus nés entre 1978 et 2000. Entre l'enfant qui est né dans une famille française aisée et celui né dans une famille immigrée et ayant vécu dans le 9-3, il y a beaucoup plus de différences qu'entre deux individus X et Y appartenant au même milieu social. Il en est de même entre l'enfant né dans un quartier chic de New-York et celui né dans un bidonville d'une capitale africaine... La plus grosse différence étant qu'ils n'ont pas tous le même accès au web...

 

Au risque de me répéter, pour moi ce qui est le plus important, c'est le système de management qui est mis en place dans l'entreprise.  Plus que quelques outils web 2.0 mis en avant pour attirer les candidats. Dans une entreprise ayant un management humain et factuel, c'est tout naturellement que les outils dits 2.0 (blogs, wikis, mashups, etc...) viendront supporter la collaboration existant entre les membres des différentes communautés constituant l'entreprise.

 


J'ai terminé le commentaire des trois "perturbations" qui ressemblent sur plusieurs points (sauf technologique, bien sûr) à ce qui était décrit vingt ans plus tôt... Au départ de cette étude, je voulais ne commenter que cette première partie « Météorologie d'un changement ». Mais comme ce document me semble vraiment caractéristique de la pensée des partisans de l'Entreprise 2.0, je continuerai. Il y a beaucoup de choses à dire. Toujours en faisant le parallèle avec "L'Entreprise du 3ème type"...


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Lundi 1 décembre 2008

Fred Cavazza, observateur pertinent du web, vient de livrer ses dernières réflexions concernant le "communautaire" et le "social".

Pour lui, alors qu'il y a quelques années on parlait de communautaire, depuis l'apparition des Facebook ou Myspace, « on ne parle plus que de "social" : réseaux sociaux, plateformes sociales, social software... il y a du social à tous les étages. » C'est vrai aussi bien dans le web public qu'au sein des entreprises.

Une foutaise que Fred Cavazza se fait un plaisir de dénoncer... Car le communautaire n'a pas disparu. Il subsiste au travers des forums qui selon lui sont toujours aussi actifs.

Il fait donc une « grosse différence entre les plateformes communautaires et les plateformes sociales ».

Il explique : d'un côté, il y a « des plateformes sociales comme  Facebook, FlickR et  Twitter où les membres publient du contenu dans une dynamique passive : ils s'expriment mais n'attendent pas nécessairement de réaction. La dynamique sociale sur ces plateformes repose avant tout sur le besoin d'appartenance ("moi aussi j'ai un profil Facebook") et l'ego ("ma vie intéresse forcément les autres") des membres qui sont motivés par la visibilité et les rencontres (personnelles ou professionnelles). Il n'y a pas réellement de dialogue au sein de ces plateformes, juste des micros discussions entre visiteurs de passage. »

De l'autre, « des plateformes communautaires comme les forums où les membres engagent des conversations : ils posent des questions, débattent, se chamaillent et témoignent. La dynamique communautaire repose avant tout sur l'empathie ("je cherche des personnes ayant eu la même expérience que moi") des membres qui cherchent à partager une passion ou un vécu (cf. les gigantesques forums pour passionnés d'automobile, de produits high tech ou pour les femmes enceintes). Le dialogue est donc l'ingrédient essentiel des communautés. »

Ces remarques s'appliquent parfaitement à nos entreprises.

Avec le concept d'Entreprise 2.0, on ne parle plus que de "réseaux sociaux" et pratiquement pas de communautés. Or, ce qui est le plus important, c'est bien la notion de communauté : l'entreprise est elle-même une communauté, c'est-à-dire un « groupe de personnes vivant ensemble et/ou ayant des intérêts communs. » (Linternaute). Et au sein de cette plus vaste communauté, on trouve de nombreuses plus petites communautés qui s'échelonnent du département à la communauté de base : l'Equipe Naturelle de Terrain formée d'individus. Les échanges, les résolutions de problème, les innovations quotidiennes (Kaizen) se font principalement au sein de ces petites communautés, soit par dialogue informel entre les membres de l'équipe, soit au sein de groupes de résolution de problèmes ou de Cercles de Qualité. C'est comme cela que fonctionne Toyota. Bien sûr, il y a des innovations de rupture comme la Prius ou la Lexus, pour lesquelles ce sont des équipes dédiées multi disciplinaires qui mènent à bien ces projets.

Mettre à disposition de ces communautés des blogs, des wikis ou des forums pour suivre leurs projets d'amélioration peut être intéressant. Cependant, ce ne sont que des outils et ne perdons pas de vue que les Cercles de Qualité ont existé et ont prouvé leur efficacité bien avant l'arrivée du web 2.0...

Les réseaux existent également dans les entreprises. Mais un réseau n'est qu'un « ensemble de personnes qui sont en contact les unes avec les autres. » (Linternaute). Ils sont complètement indépendants de la structure hiérarchique et n'ont pas de but commun. Ils peuvent avoir un rôle bénéfique comme par exemple "mettre de l'huile dans les rouages" de l'entreprise : ils permettent de régler les problèmes de manière ponctuelle grâce aux bonnes relations entre des personnes de services différents. Mais ils peuvent avoir un rôle négatif, en propageant un mauvais esprit destructeur par exemple. Ils sont bien caractérisés par des micros discussions (comme le dit Fred Cavazza), avec comme plate-forme sociale principale... la machine à café...

Le fait de mettre à disposition des employés une "plate-forme sociale" à partir d'un outil informatique ne regroupera certainement pas tous les employés d'un même réseau (les réseaux informels évoluent au fil du temps, certaines mailles ou nœuds se brisent, d'autres se créent). Cela reviendrait à vouloir mettre la "machine à café" dans un ordinateur... Les réseaux continueront d'exister indépendamment d'un outil informatique.

Par ailleurs, on donne souvent comme avantage du "réseau social" la possibilité de trouver rapidement l'expert dont on a besoin. Mais dans une entreprise moyenne (entre 10 et 500 salariés, ce qui représente 99 % des entreprises françaises de plus de 10 salariés), les personnes se connaissent et trouver la compétence dont on a besoin n'est pas ce qu'il y a de plus difficile. Nul besoin d'une fiche reprenant les compétences de chacun. Un outil de réseau social pourrait être intéressant pour les entreprises qui ont un effectif très important (moins de 2000 entreprises de plus de 500 salariés en France sur un total de près de 3 millions d'entreprises ...) avec de nombreux sites et dans laquelle les personnes ne se connaissent pas. Et cela à condition que les personnes indiquent réellement leur domaine d'expertise... Ce qui n'est pas gagné... Après l'étalage de leur vie privée de manière indélébile sur les plates-formes sociales type Facebook et les retours de bâton qu'ils en ont eu (ou auront) au début de leur carrière professionnelle, les jeunes diplômés seront sans aucun doute très prudents avec les informations personnelles qu'ils livreront publiquement au sein de l'entreprise...

Plutôt que de réseaux sociaux, nos entreprises ont besoin de favoriser les échanges au sein des différentes communautés qui la composent. Cela passera d'abord par un management qui facilite ce dialogue "présentiel" et ensuite, si le besoin s'en fait sentir, par la mise en place d'outils : forums, blogs, wikis, etc.

Pour éviter la confusion avec ce qui se passe sur le "web public", il serait préférable de parler de plateforme communautaire que de réseaux sociaux dans nos entreprises...

Je reprendrai et prolongerai ces réflexions dans la suite de mon étude du document de blueKiwi : « L'Entreprise 2.0 - Comment tirer profit des Réseaux Sociaux Professionnels ? ».

 


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Lundi 24 novembre 2008

Après avoir commenté la première "perturbation" (« Economie : un cycle vieux de trente ans s'achève. Et après ? ») du document publié par blueKiwi en septembre dernier « L'Entreprise 2.0 - Comment tirer profit des Réseaux Sociaux Professionnels ? », je m'attaque à la deuxième "perturbation" « L'Internet tient sa promesse initiale. Et l'entreprise reste au bord de la route... »

 

La première partie explique l'histoire du Web et le passage « du Web 1.0 au Web 2.0 » :

« Sous des acronymes divers, il a effectué ses premiers pas dans les années 60. Mais il faudra attendre l'avènement du World Wide Web au milieu des années 90 pour qu'il devienne une réalité et s'érige en un véritable phénomène de masse au début des années 2000. » Le web était inconnu de "L'Entreprise du troisième type". Je ne ferai donc pas de comparaison avec ce livre, même si les technologies de l'information « nouvelle ressource majeure de l'entreprise » ne sont pas ignorées. Ce constat confirme mon opinion sur le fait que l'Entreprise 2.0 n'est qu'une resucée de "L'Entreprise du 3ème type" à la sauce Internet.

Cependant, cette seconde "perturbation" nécessite quelques commentaires.

 

Revenons donc au texte de blueKiwi qui ajoute : « Pourtant sans jamais vraiment tenir sa promesse d'origine, celle de fournir un espace d'échange entre ses utilisateurs. Le web, à cette époque, est essentiellement un outil de distribution de contenus, le plus souvent générés par des professionnels (entreprises, médias), peu fréquemment renouvelés, à destination d'un public passif. Passif puisque se comportant essentiellement comme des récepteurs sans aucune  possibilité d'interagir ni avec l'émetteur ni au sein du public d'un même média. Finalement simple  transposition en ligne des médias traditionnels il ne drainera ni l'activité ni le public attendu, loin des attentes qu'il avait fait naître. »

Ici, blueKiwi fait un anachronisme. En effet, un article sur le site du CERN (Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire) explique que « Tim Berners-Lee, un informaticien du CERN inventa le World Wide Web en 1990. A l'origine, la Toile (ou le Web, comme on le surnomme) fut conçue et développée pour répondre au besoin de partage d'informations entre scientifiques travaillant dans différentes universités et instituts aux quatre coins du monde. » Et plus loin : « L'idée de base du WWW était de combiner les technologies des ordinateurs personnels, des réseaux informatiques et de l'hypertexte en un système d'information mondial, puissant et facile à utiliser. » Si on lit l'ensemble du dossier « Le berceau du web » sur le site du web, on comprend que l'objectif du CERN était la diffusion d'informations à l'attention de tous les scientifiques de l'organisme. Il n'est nullement question d'espace d'échange type Facebook, ni de créer une encyclopédie collaborative type Wikiédia, ni de créer un vaste blog avec possibilité d'interagir avec les rédacteurs des articles. Ces éléments favorisant l'interaction sont arrivés ensuite, comme l'explique un autre article du dossier du CERN : «  Fin 1994, le Web comptait 10 000 serveurs, dont 2000 à usage commercial, et 10 millions d'utilisateurs. Le trafic était alors équivalent au transfert de la collection complète des oeuvres de Shakespeare à chaque seconde. La technologie continua de progresser pour satisfaire de nouveaux besoins, dont la sécurité et le commerce en ligne. »

En fait, les besoins ont poussé à de nouvelles évolutions technologiques qui ont fait se créer de nouveaux besoins, qui à leur tour ont poussé à de nouvelles évolutions technologiques, etc. Et nous en sommes arrivés aux technologies actuelles dites du Web 2.0. Cette notion de « promesse d'origine » est une invention de blueKiwi...

 

Continuons notre lecture : « Arrive ensuite une période charnière : l'utilisation en 2004 par O'Reilly Media du terme web 2.0 pour désigner ce qui semblait être plus qu'une simple évolution, mais ni plus ni moins tenir sa promesse originelle : être un espace d'échange entre ses utilisateurs, leur permettre d'interagir, de (co)construire des contenus, de désintermédier leur relation. En une phrase : l'utilisateur consommateur passif cède la place à l'acteur. »

BlueKiwi affirme que le web 2.0 est une rupture, pas uniquement une « simple évolution » qui aurait tenu la promesse initiale du web... De la même manière qu'il n'y a jamais eu de promesse initiale du web, il n'y a pas eu non plus de révolution... mais une « simple évolution » dans la manière d'interagir avec ses collègues. Avant, l'interaction se faisait par contact direct, ce qui n'était pas toujours le plus facile, je l'accorde. Avec les outils du "Web 2.0", cette interaction a été rendue plus aisée.

 

Revenons au document de blueKiwi.

Une deuxième partie de cette "perturbation" décrit « les piliers du Web 2.0 » : technologies permettant le partage, interfaces légères et simples d'accès, usages nouveaux, généralisation des liaisons à haut débit.

 

La troisième partie explique qu'« au-delà d'un réseau, le web est devenu une plateforme » qui « permet de publier de l'information sous n'importe quelle forme : texte, image, son, vidéo... et même de la concevoir et la faire évoluer à plusieurs. Cette information n'est pas prisonnière de son lieu de publication d'origine : elle peut être reprise ailleurs, agrégée avec une autre, redirigée puis republiée. Le tout avec des outils simples permettant à chacun de construire sa propre "supply chain d'information" pour que l'information souhaitée vienne à lui automatiquement sans avoir besoin de passer des heures à la chercher. »

C'est une bonne description de ce que permettent les derniers outils développés pour le web. Il y en aura d'autres qui répondront à de nouveaux besoins... On commence d'ailleurs à entendre parler d'un Web 3.0... pour l'Internet mobile...

La suite de cette partie développe cette notion de plateforme d'échange, jusqu'à la conclusion : « L'outil est devenu un prolongement naturel de l'activité humaine ce qui n'est pas sans incidence majeure quant à son adoption par l'utilisateur. La maîtrise de la technologie n'est plus un frein au développement des usages, raison pour laquelle le web 2.0 a si fortement impacté les habitudes et a fait venir à lui toute une catégorie de personnes qui n'avaient pas accroché à l'Internet des débuts. »

Oui, mais ceci s'est fait au fur et à mesure...

 

La quatrième et dernière partie de cette "perturbation" concerne les « nombreuses implications sur l'entreprise ».

La première remarque de blueKiwi est que « pour la première fois, les individus disposent à titre personnel d'outils de travail et de collaboration beaucoup plus performants et efficaces que dans leur cadre professionnel. » Ce qui est vrai. Bluekiwi en conclut que « les conséquences pour l'entreprise sont importantes. » Peut être...

BlueKiwi continue : « Le collaborateur est naturellement dans l'attente de pouvoir développer en entreprise les mêmes usages dont la simplicité et l'efficacité en matière d'interactions ont fait leur preuve dans sa sphère privée. » Sauf que ces interactions de la sphère privée sont essentiellement tournées vers les loisirs...

Et encore : « Sa performance individuelle repose notamment sur sa capacité à optimiser le traitement de l'information et à utiliser son réseau. S'il n'a pas accès aux technologies qui permettent d'y parvenir, il s'interroge et la frustration qui en découle est proportionnelle au manque à gagner en matière de productivité. » Mais la performance individuelle ne dépend pas uniquement de l'interaction de chaque collaborateur avec ses collègues. Et cette interaction ne se fait pas obligatoirement par les outils Web 2.0.

BlueKiwi note cependant un risque à ce manque : « Le collaborateur essaie donc de palier l'insuffisance des solutions mises à sa disposition en utilisant  des outils grand public disponibles sur Internet à des fins professionnelles. » Ce n'est pas une bonne solution et « le danger est ici réel pour l'entreprise. Elle n'a en effet aucun contrôle sur l'infrastructure ni sur le degré de sécurisation. Les droits d'accès sont gérés par les collaborateurs eux-mêmes, ce qui pose un triple problème : ils invitent qui ils veulent, ils peuvent oublier de fermer le compte d'une personne quittant l'entreprise, ils  excluent ceux qu'ils ne désirent pas voir se joindre à eux ou ceux qu'ils n'ont pas identifiés. » Et blueKiwi explique que cette utilisation d'outils grand public à des fins professionnelles n'est pas si rare : « un phénomène constaté à maintes reprises dans de nombreuses entreprises s'apercevant tout à coup que des outils grands publics ou des groupes Facebook avaient été utilisés comme plateforme  d'échanges à leur insu. »

Mais la bonne solution de la part des entreprises n'est certainement pas de bloquer « l'accès à de tels outils depuis le lieu de travail ». Car « l'effet peut être fortement négatif notamment à l'égard des jeunes populations (selon une étude réalisée par TELINDUS 39% des 18-24 ans envisageraient de quitter l'entreprise si l'accès à des sites comme Facebook leur était interdit et 21 autres % en tireraient une mauvaise image de l'employeur) ». Mais par-dessus tout, pour blueKiwi « cela ne règle en rien le besoin premier qui est celui de collaborer et d'échanger plus efficacement. »

 

La conclusion de cette partie est rédigée sous forme de conseil donné aux entreprises : « L'entreprise ne peut dès lors pas rester au bord de la route car elle se prive des outils permettant de faire face aux enjeux stratégiques que sont le partage d'information et le travail en réseau ; elle crée un sentiment déceptif auprès de ses collaborateurs (voire, nous le verrons, un frein au recrutement de  la nouvelle génération de jeunes diplômés) ; enfin elle prend le risque de voir se développer des initiatives pirates hors de son contrôle. »

Il faut cependant relativiser. Bien sûr que le partage d'information et le travail en collaboration sont importants, mais ce ne sont pas les outils en eux-mêmes qui vont régler tous les problèmes. Dans certaines entreprises, il y a une forte collaboration et un partage d'informations sans la mise en place d'outils Web 2.0. Par exemple, les entreprises "lean". Le "lean" est très largement antérieur à la mode "2.0". Le "TPS" (Toyota Production System), origine du "lean" s'est construit à partir des années 1950... Par exemple, voici ce qui est écrit dans "Objectif Lean" : « les opérateurs doivent discuter des problèmes dès leur apparition avec les chefs d'équipe, afin de les résoudre rapidement et d'éviter qu'ils ne mettent en péril la stabilité du système. Coopérer est tout aussi important. L'esprit de coopération concerne à la fois les relations internes au sein des équipes et des services et la façon dont les différentes fonctions travaillent ensemble. » (Objectif Lean - Editions d'Organisation - page 113).

Et inversement, la mise en place de tels outils ne veut pas dire que toutes les "baronnies" disparaissent et que la collaboration et l'échange deviennent automatiquement fluides.

BlueKiwi donne autant d'importance à l'"impatience" des internautes, à la nouveauté des outils, et à ce qu'ils apportent, pour continuer à développer son business qui consiste à proposer aux entreprises des solutions 2.0...

C'est de bonne guerre, mais c'est aussi mon humble contribution au management factuel de remettre les choses dans l'ordre.

Attention, je ne veux surtout pas dire qu'il ne faille pas utiliser d'outils 2.0. J'y crois, mais en tant qu'outils intégrés dans des entreprises où il y a déjà une bonne collaboration afin d'améliorer encore plus la performance. Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs.

 

Dans un prochain billet, j'aborderai la question de la fameuse génération "Y", objet de la troisième "perturbation".


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Mercredi 19 novembre 2008

Après avoir commenté l'article de Lionel Lévy dans "Stratégies" « Web : 2 - Entreprises : 0 », je commence l'étude de la publication de blueKiwi de septembre dernier « L'Entreprise 2.0 - Comment tirer profit des Réseaux Sociaux Professionnels ? ». C'est effectivement un des documents les plus intéressants sur le sujet.

En fait, je ferai un parallèle entre la première partie du document de blueKiwi (« Météorologie d'un changement ») et "L'entreprise du troisième type", best seller des années 80 (Seuil 1984) écrit par Georges Archier et Hervé Sérieyx. Car sous une apparence moderne, c'est toujours la même analyse qui est faite de nos entreprises. La recherche de la performance passe toujours par les mêmes solutions... à vingt ans d'intervalle...

Le management ne change pas si vite que cela.

 

Commençons.

Dans un bref préambule, blueKiwi pose le problème de la performance des entreprises : « Dans une économie mondialisée et fortement dématérialisée, la performance d'une entreprise tient avant tout à sa capacité à mobiliser rapidement et efficacement ses talents que ce soit pour vendre ou innover. »

Même préoccupation dans "L'entreprise du troisième type" : « les entreprises du troisième type sont à la fois ouvertes, flexibles et mobilisatrices de tous leurs talents internes. » (page 31).

 

Immédiatement après, c'est la première partie du document : « Météorologie d'un changement ».

Les premières lignes expliquent que « l'économie et, de manière plus générale la société, connaissent depuis les vingt dernières années des bouleversements de fond. » Vingt ans ? Cela correspond à la date de publication de "L'entreprise du troisième type"...

BlueKiwi continue en essayant de mettre un peu de lyrisme : « S'ils ont pu être ignorés pendant longtemps, ces courants ont maintenant gagné une ampleur telle qu'ils se sont mués en véritables lames de fond dont les retombées nous heurtent de plein fouet. L'entreprise se retrouve ainsi au centre d'une "tempête parfaite", point de rencontre de trois grandes perturbations qui se nourrissent mutuellement : l'une est économique, la seconde technologique et la troisième sociologique. »

[Pour ceux qui ne le savent pas, l'expression « tempête parfaite » fait référence à un ouragan de 1991 qui fut le résultat combiné de plusieurs phénomènes météorologiques, qui pris individuellement auraient eu des effets moins considérables.]

 

Mais que disait-on il y a vingt ans ? « Nous participons en réalité à une mutation profonde de la société et de l'activité industrielle, à l'échelle mondiale, sous-tendue par des transformations qualitatives aussi bien technologiques (l'information, nouvelle ressource majeure de l'entreprise), que sociologiques (l'arrivée des générations instruites), que commerciales (les nouvelles performances industrielles de l'Orient), que politiques (les expériences du socialisme), pour ne citer que les principales. » (Page 10). A vingt ans d'écart, l'analyse est pratiquement la même...

 

Revenons au texte de blueKiwi..

Examinons ce qui est dit de la première perturbation : « Economie : un cycle vieux de trente ans s'achève. Et après ? »

Trente ans ? Cela correspond à la deuxième moitié des années 70. Avant il y avait eu les « Trente glorieuses » (1945 - 1975). Nous étions alors entrés dans les « Trente piteuses » (1975 - 2007 ( ?)...) selon l'expression célèbre de Nicolas Baverez. Ce cycle serait terminé ? Tant mieux. Mais pour entrer dans quel cycle ? « Les trente désastreuses » ou « Les trente catastropheuses » dont l'inauguration en fanfare par la crise financière n'augure rien de bon ... ?

En fait, blueKiwi n'aborde pas du tout ce problème des cycles économiques et cette première perturbation serait plutôt managériale qu'économique...

Dans "L'entreprise du troisième type", on parle aussi de fin de cycle : « 1940-1945-1975, cinq années de guerre et trente années de reconstruction et de croissance industrielle pendant lesquelles l'industrie, répondant en priorité à d'immenses besoins matériels, ne voyait pas ou laissait s'installer insidieusement des contradictions de plus en plus profondes dans ses structures et ses activités, et ne pouvait, par conséquent, relever les défis correspondants. »

Même constat sur les contradictions au sein des entreprises vingt ans plus tard : le premier sous-titre de "L'Entreprise 2.0" le montre : « Des organisations écartelées entre globalisation et structure pyramidale ». L'auteur continue : « Pour répondre à ses impératifs de développement économique, l'entreprise s'est étendue, divisée, segmentée. [...] Son organisation se caractérise à la fois par une forte dispersion de ses agents et une structure hiérarchique et pyramidale qui n'est pas sans inconvénient en matière d'agilité et de temps de réponse. Dans le même temps l'entreprise a du s'adapter à un autre phénomène : la globalisation, non seulement des marchés et des produits, mais aussi des ressources. »

Mais la réponse n'a pas toujours été adaptée : «  l'entreprise a souvent développé un système matriciel, à double rattachement, local et global dont la cohabitation avec la logique pyramidale ne se fait pas sans heurts lorsqu'elle n'est pas contre productive ».

Plus loin, blueKiwi aborde "l'économie de la connaissance" : « La globalisation des ressources, conséquence de la globalisation des savoirs, participe elle d'un mouvement plus général qui est celui d'une économie à caractère industrielle à une économie dite de la connaissance. »

Il faut dénoncer cette utopie qui explique que dans nos sociétés occidentales, il faut abandonner la production (économie industrielle) pour l'immatériel (économie de la connaissance), car ce serait inéluctable. Il est désolant de voir de jeunes ingénieurs se transformer en consultants parce que « la production n'a pas d'avenir en France »... La crise financière a provoqué d'importants retournements sur ce point. Une économie coupée des réalités physiques ne tient pas et part à la dérive. Je reviendrai sur cette opposition entre économie de la connaissance et économie industrielle, car c'est vraisemblablement une ces foutaises que j'ai décidé de dénoncer...

Dans « L'entreprise du troisième type », cette erreur n'existe pas. Au contraire : « L'enseignement et l'entreprise sont chez nous deux mondes qui vivent côte à côte, sans s'apprécier beaucoup et qui pourtant devraient être faits l'un pour l'autre » (page 22). Complètement d'accord !

 

Le second sous-titre « Les savoirs et expertises sont dispersés et diffus » constate une réalité qui n'est pas relevée dans "L'entreprise du troisième type".  Par contre la mise en relation et la collaboration étaient déjà défendues dans le best seller.

Voici ce qu'écrit blueKiwi : « Qu'elle soit pyramidale ou matricielle,  l'entreprise se trouve confrontée à la même difficulté : conçue pour distribuer une information selon des circuits prédéfinis, elle ne sait satisfaire ce besoin nouveau qui est désormais non plus de la diffuser de manière descendante, mais de favoriser la mise en relation des collaborateurs et leurs interactions indépendamment de toute logique géographique, fonctionnelle ou hiérarchique. »

Et voici ce qui est écrit dans "L'entreprise du troisième type" : « l'entreprise ne gagne que si elle fait en sorte que les relations entre les individus et entre groupes, en son sein, permettent à chacun d'être aussi contributif que son potentiel et ses capacités le lui autorisent » (pages 30 - 31).

 

Le dernier sous-titre explique qu' « accélération et discontinuité viennent compléter le casse-tête. »

En effet « vient s'ajouter à cela un facteur aggravant : le temps. La complexité des organisations est telle que les circuits traditionnels ne parviennent plus à faire transiter l'information suffisamment vite pour répondre aux attentes des clients internes ou externes dans un délai acceptable et maintenir la productivité à un niveau raisonnable ». Et en conclusion : « La globalisation exige la transversalité, l'utilisation optimale du capital-savoir, un fonctionnement en réseau. La discontinuité requière une organisation plus à même de satisfaire rapidement les demandes du terrain. Autant d'impératifs qui obligent l'entreprise à réfléchir à de nouveaux modes de travail et d'échanges plus flexibles sous peine de voir la pyramide s'écrouler sous la pression de ces forces nouvelles. »

"L'entreprise du troisième type" ne dit pas autre chose : « Pour répondre à un environnement changeant, aux besoins renouvelés des clients, aux concurrents performants et agressifs, tout le monde s'accorde à dire que nos entreprises doivent être souples, agiles et réactives. Cette flexibilité concerne aussi bien leurs structures qui doivent être évolutives, que les hommes qui doivent être mobiles au plan professionnel et géographique » (page 19).

 

Après l'étude de cette première perturbation plus managériale et organisationnelle qu'économique, j'ai montré un parallèle saisissant dans les analyses de la situation faites à 20 ans de distance. Lorsqu'on dit que les changements dans le monde s'accélèrent, il semble qu'en ce qui concerne le management de nos entreprises, l'accélération soit très très lente...

Nous verrons que le parallèle sera aussi frappant concernant les deux autres perturbations...

Alors, le concept d' "Entreprise 2.0", sera-t-il La Solution ? Pas sûr...


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