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Economie

Mercredi 30 septembre 2009 3 30 /09 /2009 22:28

Une des réussites exemplaires des deux “G vains” serait la fin des paradis fiscaux.

Par exemple (mais il n’est pas le seul), c’est ce qu’a affirmé François d’Aubert en répondant aux questions des internautes sur lesechos.fr : « Le désarmement des paradis fiscaux est en cours. Il y a eu des tentatives par le passé, qui ont échoué, faute de volonté politique inscrite dans la durée. Avec des décisions et orientations prises lors des G20 de Londres et Pittsburgh, la pression politique est maintenue à un haut niveau d'intensité. C'est le meilleur pour parvenir à réduire à néant l'unité des paradis fiscaux à moyen terme, pour les opérateurs financiers. »

 

François Vidal, toujours dans Les Echos, modère cet optimisme dans un petit article du 29 septembre « Paradis perdus ».

Il explique : « BNP Paribas devance l'appel. D'autres pourraient suivre. La banque a annoncé hier qu'elle s'apprêtait à fermer courant 2010 ses implantations dans les paradis fiscaux figurant sur la désormais fameuse liste grise de l'OCDE. Elle se met ainsi par avance en conformité avec une loi votée en juin et dont les décrets d'application sont en cours de rédaction. Au lendemain du G20 de Pittsburgh, cette annonce est du meilleur effet. »

On pourrait donc penser que tout va pour le mieux…

Mais « la portée de l'exercice a toutefois ses limites. Non pas tant du fait des banques, d'ailleurs. »

Alors d’où viennent ces limites ? « Dès l'origine, la liste des 44 pays non coopératifs dressée par l'OCDE au lendemain du G20 de Londres n'a donné qu'une vision parcellaire de la question. Fruit d'une négociation serrée et donc d'un compromis, elle ne comptait pas des territoires comme les îles Anglo-Normandes ou les îles Vierges, par exemple. » On pourrait ajouter le Delaware, le Nevada ou le Wyoming pour les USA ainsi que Macao et Hong-Kong pour la Chine.

Mais ce n’est pas tout : « Ensuite, les conditions requises pour en être rayé paraissent pour le moins insuffisantes. Pour ce faire, il suffit d'ici au 31 décembre de signer au moins 12 accords bilatéraux de coopération fiscale. Sans qu'aucune condition particulière n'ait été prévue sur la taille ou la qualité des Etats signataires. En clair, selon le bon vieux principe de réciprocité, les membres de la liste grise peuvent s'échanger des conventions fiscales. Et ils ne s'en privent pas. Hormis la France, les traités signés par Andorre par exemple l'ont été avec des pays considérés à tort ou à raison comme des paradis fiscaux. Monaco ou Saint-Marin n'ont pas procédé différemment. »

La conclusion de François Vidal : « Les paradis fiscaux ont perdu quelques batailles ces derniers mois, il faudra sans doute encore plusieurs initiatives d'ampleur avant qu'ils ne perdent définitivement la guerre. »

Les intérêts financiers sont tellement énormes que les paradis fiscaux ne sont pas prêts de fermer leurs portes. L’imagination de nos financiers et blanchisseurs d’argent sale est telle que la “guerre” risque effectivement d’être très longue… Pour la gagner, il faudrait d’abord établir une liste exhaustive sans compromis...


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Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /2009 22:14

Comme je vous le disais la semaine dernière à la suite de Jean-Marc Vittori, le G20 ne ferait rien.

Et effectivement, il fut… vain selon le jeu de mot d’Attali.

 

Jacques Attali est certainement un de ceux qui a le mieux analysé ces résultats.

François Leclerc m’a déçu avec un article assez léger et survolant le compte-rendu de ce G20.

 

 

Venons-en à ce qu’a écrit Attali sur son blog.

 

Il avait commencé par prévenir que « Le G20 de Pittsburgh ressemblera à s’y méprendre à celui de Londres » dans un billet du 21 septembre intitulé « Le G vain ».

 

Il affirmait en continuant la comparaison entre les deux sommets : « A la veille de Pittsburgh, comme pour Londres, on dira que la situation s’améliore ».

Mais « Comme avant Londres, la situation est en réalité extrêmement  difficile . La production demeure très inférieure à ce qu’elle était avant la crise. Le chômage augmente et augmentera, en particulier en Allemagne, en France et en Italie, pays où, selon l’OCDE, le redressement de l’emploi sera «beaucoup plus long que celui de la production » et aboutira à « une crise sociale à part entière ». Les fonds propres des banques restent plus que jamais insuffisants. Les produits dérivés sont toujours là, sans aucun contrôle, constituant l’essentiel des activités rentables de bien des banques. La dette publique continue d’augmenter partout, à tel point qu’il est maintenant, et pour très longtemps, impossible aux Banques Centrales d’augmenter leurs taux d’intérêt, ce qui les prive du pouvoir de lutter contre l’inflation, si elle se déclenche un jour, comme c’est vraisemblable. »

 

Et il faudra détourner l’attention sur les vrais problèmes : « Comme à Londres, 27 chefs d’état (et non 20) […]débattront longuement d’un sujet présenté comme essentiel, qui fait aisément scandale et sur lequel ils peuvent faire croire qu’ils ont quelques moyens, mais qui n’a, en fait, qu’un rapport très lointain avec la récession : à Londres, ce fut les paradis fiscaux, facilement dénoncés ; à Pittsburgh, ce sera les bonus des traders, mis au pilori. Comme à Londres, on prendra quelques décisions bien visibles à leur propos. Et comme à Londres, ces mesures n’auront aucun impact sur la crise et seront contournées : les traders, comme les fraudeurs du fisc, débordent d’imagination... »

 

Il y aura cependant des décisions qui seront prises : « Comme à Londres, on prendra des décisions, qu’on n’appliquera pas, sur les fonds propres des banques et sur la régulation systémique. Et comme à Londres, on n'en prendra pas sur les menaces de demain : la fragilité des banques, le retour des activités spéculatives, l’absence de contrôle des acteurs financiers non bancaires, tels les fonds d’investissement et les compagnies d’assurance. »

 

Enfin la communication ne sera pas oubliée : « Comme à Londres, on prendra mille et une photos, on se congratulera, on se quittera. »

 

Mais les problèmes resteront : « Puis les dettes publiques continueront d’augmenter, les institutions financières seront de plus en plus instables, le chômage augmentera. Et un jour, sans doute, devant  un nouveau  désastre, il faudra agir. On se retournera alors vers les gouvernements : exsangues, ils ne répondront plus. Il n’y aura plus, alors, de G 20. »

 

 


Et le lendemain de ce G vain, il se contentait de constater que les résultats étaient conformes à ce qu’il avait prévu : « Oui, le G 20 fut vain »

 

Il constate tout d’abord que tous les gens sérieux arrivent tous à la même conclusion : « Malgré le matraquage médiatique, et mis à part les commentaires laudatifs de quelques hommes politiques, pas un spécialiste compétent ne peut prendre au sérieux ce qui s'est joué à Pittsburgh. »

 

« Certes, et très largement grâce à Nicolas Sarkozy, le G 20 a eu lieu, et c'est mieux que rien. Mais ce n'est pas nouveau : Depuis exactement 20 ans, avec le sommet de l'Arche, qui s’est tenu  le 14 juillet 1989, a Paris, des chefs d'état du sud participent au G7 devenu G8. Et les pays du Sud, à Pittsburgh n’ont fait que réaffirmer, comme depuis des années, la nécessité de renforcer la place de l’Inde et de la Chine, dans le FMI, au détriment de l’Europe, sans que les Etats-Unis y perdent leur droit de veto et sans que l’Afrique subsaharienne, absente du G20,  ne soit correctement représentée. »

 

« Certes, grâce aussi très largement au Président français et à Christine Lagarde, le diagnostic de la crise fut pour la première fois correctement posé : l'insuffisance des fonds propres et du contrôle des banques.  

 

« Mais, comme on pouvait le prévoir, rien de concret n'a été décidé pour pallier à ces causes. Et encore moins pour remédier a ses conséquences. Et bien moins encore pour éviter son retour. »  

 

Voyons le détail de ces non décisions : « D’abord, rien n’est prévu pour mettre en œuvre des déclarations d’intention promettant, pour palier aux causes de la crise, d’harmoniser les fonds propres des banques européennes et américaines des banques… en 2012 : Comme si , face à un incendie, on  assurait que tout est réglé parce que on promet que les pompiers passeront demain. « De plus, le G 20 souhaite que les fonds propres nécessaires pour couvrir les risques de la spéculation pour compte propre soient plus élevés. Mais, là encore, des mots : aucune décision ne précise   quelle instance   mettra cela en place.  Et même si cela était le cas, ce communiqué enterre définitivement la nécessaire séparation entre les métiers de banquier commercial et de banquier d’investissement, dont la confusion est pourtant à la racine de la crise.  Rien non plus sur la régulation des métiers financiers non bancaires. Aucun progrès, au total, vers la mise en place d’une Organisation Mondiale de Finance, qui seule pourrait transformer ces judicieuses promesses en réalité. » Je ne suis pas tout à fait d’accord avec ce dernier point qui ressemble à une fuite en avant : toujours plus de mondialisation pour régler les problèmes. Le contrôle est beaucoup plus efficace s’il est fait au niveau national. Vouloir refaire une nouvelle ONU ne règlera rien…

 

Attali continue sur les déficits publics et le retour de la crise, et là, il a parfaitement raison : « Ensuite, rien sur les conséquences de la crise : rien sur les déficits publics (8% au moins cette année en France, et plus de 13% aux Etats-Unis !) ni sur le chômage, ni sur l’équilibre des monnaies, ni sur l’aide aux pays d’Afrique subsaharienne.

« Enfin, rien pour éviter le retour de la crise, qui exigerait de pousser l’Occident à épargner d’avantage, à améliorer sa productivité, à former des talents, à remplacer des matières premières rares et polluantes par des progrès techniques.

 

Sa conclusion : « En fait, ce G20 fut une manifestation d’un monde qui évolue vers un dialogue entre la Chine et les Etats-Unis, vers un G2, qui reconnaît son impuissance à régler la crise, qui avoue que, faute de crédits des banques aux entreprises, la relance publique devrait continuer à faire vivre le monde à crédit, laissant aux contribuables de demain le soin payer les pertes des banquiers d’hier et les bonus des banquiers d’aujourd’hui. »

 


Si la récession est techniquement terminée dans la plupart des pays, la crise n’est pas terminée. Et même si une reprise vigoureuse arrivait en 2010 ou 2011, les problèmes n’étant pas réglés, une nouvelle crise ne manquerait pas de survenir et cette fois-ci, les états, asphyxiés par leurs dettes, ne pourraient que constater, impuissants, l’économie s’effondrer…

 


Un article de Pierre-Antoine Delhommais dans Le Monde du 26 septembre « Les G20 passent, l’horloge tourne » va dans le même sens et apporte des précisions complémentaires sur la dette des états. N’hésitez pas à le consulter.

 


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Mardi 22 septembre 2009 2 22 /09 /2009 21:39

Après avoir fait le point de la situation économique début septembre, il se confirme en cette veille du G20 de Pittsburg que la reprise n’est qu’une “reprisette”…

 


Un premier article de Jean-Marc Vittori dans Les Echos du 21 septembre affirme même que « Ceci n’est pas une reprise ».

 

Il explique : « Aujourd'hui, c'est Magritte qui nous donne la clef de l'économie mondiale. Non par son oeuvre surréaliste, mais par l'un de ses tableaux les plus célèbres. Il représente une pipe, commentée d'une phrase au-dessous : “Ceci n'est pas une pipe”. A un mot près, la citation pourrait légender n'importe quel graphique récent montrant les cours de Bourse, le moral des industriels ou les ventes d'automobiles : “Ceci n'est pas une reprise”. Et pas seulement parce que la courbe n'est qu'une image de la réalité. »


Cependant, il reconnaît que « bien sûr, les affaires vont mieux, sans la moindre contestation possible. Financièrement, la crise qui était devenue aiguë à l'automne dernier s'éloigne. L'indice CAC approche la barre devenue mythique des 4.000, le risque n'est plus banni et les traders londoniens recommencent à bavasser bonus. Techniquement, la récession est finie depuis le printemps en France, en Allemagne, au Japon - dans ces pays, le PIB a augmenté au cours du deuxième trimestre. Elle est aussi sans doute terminée aux Etats-Unis. La production continue à reculer seulement dans les pays les plus meurtris, comme l'Espagne, la Russie, la Lituanie et l'Islande. Economiquement, la chute brutale de l'activité est derrière nous. Socialement, ce n'est évidemment pas joyeux. Mais la montée du chômage devrait ralentir. A en croire les chiffres de l'OCDE, les destructions d'emplois dans les pays développés devraient passer de 800.000 par mois, le rythme observé depuis la mi-2007, à 500.000 par mois d'ici à fin 2010. »


Et même « pour les prochains mois, les perspectives sont plutôt encourageantes. En Asie, en Amérique latine, les affaires tournent déjà mieux. Hélas pour nous, la croissance y est “autocentrée” et ne se traduit donc pas par des achats massifs au reste du monde. Dans les pays industrialisés depuis longtemps, deux moteurs vont toutefois tirer l'activité dans les prochains mois. D'abord, les entreprises vont reconstituer leurs stocks après avoir vidé leurs entrepôts comme jamais en début d'année. Le mouvement est à peine amorcé. Ensuite les plans de relance mettent du temps à faire sentir leurs effets - surtout quand on veut agir sur l'investissement public, qui exige toute une kyrielle d'autorisations et de paperasseries pour avancer. »


Mais il n’en démort pas : « Et pourtant, ceci n'est pas une reprise. Car la reprise est un retour de la croissance autoentretenue, qui ramène vite vers les niveaux d'avant-crise. Or actuellement, le retour de la croissance dans les pays occidentaux est surtout… entretenue par l'auto. » En effet, « la prime à la casse, lancée par la France et copiée par une vingtaine de pays, y compris les Etats-Unis et l'Allemagne, est d'une formidable efficacité. L'effet est loin d'être marginal. Selon les calculs du “docteur” (il travaille en Allemagne) Sylvain Broyer et de Costa Brunner, économistes chez Natixis, l'automobile explique la moitié du rebond de l'activité industrielle observé en France et la totalité en Allemagne ! Mais si la prime à la casse incite les consommateurs à acheter leurs voitures plus tôt que prévu (ce qui est bienvenu quand l'industrie connaît un effondrement brutal), elle ne les incite pas à en acheter davantage. Comme on l'avait déjà vu avec la balladurette et la juppette, les achats d'automobiles vont donc fatalement faiblir ensuite. »


Se pose alors la question : « Qui prendra alors le relais ? Certainement pas le consommateur avec d'autres dépenses. Il s'inquiète trop de la montée du chômage, qui va amputer le pouvoir d'achat. Et il a plein d'argent à rembourser. Dans les pays occidentaux, à l'exception du Japon et de l'Allemagne, l'endettement des particuliers a augmenté de moitié en moins de dix ans. Cette ascension sans précédent n'était pas tenable. L'arrêt de la montée des emprunts va fatalement peser durablement sur la consommation.

« Dans ces conditions, les entreprises ne vont pas se mettre à s'équiper massivement. Le “multiplicateur de l'investissement”, qui signe toute reprise, ne joue pas. D'abord parce que les débouchés n'ont rien d'enthousiasmants. Ensuite parce que les machines ne tournent pas beaucoup. Aux Etats-Unis, les industriels pourraient produire moitié plus avec leurs équipements actuels, alors que la moyenne de long terme est d'un quart ! Enfin, il y a, là aussi, beaucoup de dettes dans les bilans. Et les banquiers ne se précipitent pas pour prêter de l'argent, malgré leurs bonnes paroles.

« Après une chute de l'activité d'une brutalité inédite, il n'y aura donc pas de rebond symétrique. La courbe de l'activité ne tracera pas le “V” espéré, pas plus que le “U” souhaité ou le “L” redouté. Si elle parvient à éviter le “W” dans les pays développés, elle pourrait bien prendre, au-delà des inévitables oscillations, la forme de… la pipe de Magritte. Le plateau du fourneau en 2006-2008, une chute brutale suivie d'une remontée très lente avant de revenir au niveau antérieur. Mais rien n'est sûr. Le tableau à la pipe de Magritte est titré… “La trahison des images” ».

 


J’ai longuement cité cet éditorial de Jean-Marc Vittori, car tout le monde parle de reprise, alors qu’il ne s’agit que d’un arrêt de la récession, du aux sommes colossales mise dans le circuit économique par les gouvernements. Que va-t-il se passer lorsque ces aides n’existeront plus ou que les Etats ne pourront plus financer ? Car la crise de la dette des Etats pourrait prendre la place de la crise financière, comme l’explique Kenneth Rogoff dans un article des Echos du 21 septembre (“De la crise financière à la crise de la dette”)

 

Il explique : « Lorsqu'un peu partout dans le monde la dette publique atteint de tels niveaux, c'est-à-dire des niveaux qui en principe ne se constatent qu'en périodes d'après-guerre, il devient évident que la stratégie actuelle n'est pas viable à long terme. […]Pour l'instant, la bonne nouvelle, c'est que la crise sera contenue tant que les lignes des crédits publics seront maintenues. La mauvaise nouvelle, c'est que la vitesse à laquelle enfle la dette pourrait bien entraîner une seconde vague de crises financières d'ici à quelques années. Mais l'énorme dépendance des Etats-Unis pour le financement de sa dette à l'égard de l'étranger, surtout de la Chine, est encore plus inquiétante. […]La question aujourd'hui n'est pas tant de savoir qui tire la sonnette d'alarme pour éviter la prochaine crise, mais plutôt de savoir si les responsables politiques l'ont entendue. L'explosion insupportable du niveau des déficits publics est une question clef sur laquelle les responsables du G20 devront plancher lorsqu'ils se réuniront à Pittsburgh. »

 


Mais il ne faut rien attendre du sommet de Pittsburgh. Il aura le même résultat que celui de Londres.

La raison en est différente.


Et c’est Jean-Marc Vittori qui l’explique dans un éditorial des Echos du 22 septembre (« L’ère des lobbys ») : « Le sommet de Pittsburgh n'a pas encore eu lieu, mais Wall Street a déjà gagné. Rien ne va vraiment changer. Il n'y aura pas de plafond aux bonus. Il n'y aura pas de nouvelles instances de régulation financière. Et, surtout, les banquiers ne paieront pas le prix d'un formidable privilège accordé depuis la chute de la maison Lehman : quoi qu'il arrive, les pouvoirs publics seront là pour empêcher leur faillite. »

 

Et il en donne la raison : « Ces non-avancées ne doivent rien au hasard. Elles sont le fruit d'un intense travail de lobbying, mené d'abord par la communauté financière américaine à Washington. “Il semble que les grandes banques n'ont fait qu'accroître leur poids politique depuis que la crise a commencé”, constatait avant l'été Simon Johnson, un ancien économiste en chef du FMI, dans un article fracassant. Avec un argument simple : si vous ne nous sauvez pas ou même si vous nous mettez des bâtons dans les roues, ça va être la catastrophe. »

 

Mais pour Jean-Marc Vittori, c’est tout à fait normal que les lobbys existent : « Dans une démocratie, des intérêts particuliers ont toute légitimité à s'exprimer et à exercer des pressions. »

Et c’est en face de ces lobbys qu’est le vrai problème : « Du côté des politiques qui donnent parfois l'impression de lâcher prise. »


Et c’est ce qui est en train de se passer pour les réformes pourtant nécessaires du système financier international…


Examinons les raisons qu’il donne de ce lâchage :

« Parce qu'ils sont liés au monde des entreprises, directement ou via leurs conseillers. » Oui et pas seulement au monde de l’entreprise, mais aussi au monde de la finance. En particulier dans l’équipe d’Obama… Tim Geithner le premier… Pour mener une campagne électorale, il faut de l’argent, beaucoup d’argent. Difficile ensuite de ne pas céder aux demandes des “amis”…

« Parce qu'ils ont d'autres chats à fouetter. » Il est vrai que lorsqu’on est en campagne électorale la moitié du temps, il est difficile de s’occuper des vrais problèmes…

« Parce que l'action politique est de plus en plus compliquée tandis que la pression économique est de plus en plus forte. » Certes, mais ils ont voulu le poste…


Et Jean-Marc Vittori conclue : « C'est pourtant l'intérêt général qui est en jeu face aux intérêts particuliers. Donc le fondement de la démocratie. » Hé oui, mais les digues ont lâché et elle est bien mal en point, la démocratie …

 


Ma conclusion :

La situation économique a cessé de se dégrader et c’est tant mieux. Mais la crise est loin d’être terminée. Si certaines bombes semblent neutralisées au moins pour le moment (actifs “pourris” des banques), d’autres ont vu le jour qui sont beaucoup plus dangereuses : déficit des états, chômage de masse. Pour diminuer sérieusement les risques d’une nouvelle crise, il faudrait des réformes importantes du système financier international. Hélas, on ne peut qu’être pessimiste sur les chances d’une telle réforme et donc sur la situation économique future. Dans ces conditions, il n’est pas difficile de prédire une nouvelle déflagration mondiale pire que celle qui est en passe de se stabiliser.

 

Rappelons qu’un pessimiste, c’est un optimiste qui s’est informé


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Vendredi 4 septembre 2009 5 04 /09 /2009 21:31

C’est l’optimisme qui règne en matière économique en cette rentrée de septembre. Qu’en est il exactement ? Et que va-t-il se passer ?


François Leclerc a fait une bonne analyse de la situation dans l’article publié sur le blog de Paul Jorion le 31 août dernier, intitulé : « Les financements introuvables de la relance ».

 

 

C’est le début de son article qui résume la situation : « S’il fallait énoncer le consensus – cette notion si chère aux financiers – qui semble de dessiner à propos de la situation économique prévisible dans les pays occidentaux, on serait tenté de le faire ainsi :


1/ Dans le meilleur des cas, mais ce n’est pas garanti, la croissance sera très timide et ce sont les services financiers d’une part et la dépense publique de l’autre qui y contribueront pour l’essentiel.


2/ Les risques simultanés de l’inflation et de la déflation subsisteront, paralysant les banques centrales et leurs armes monétaires.


3/ Le chômage va continuer de croître.


4/ Le secteur bancaire va rester profondément atteint et continuera d’être globalement incapable de jouer son rôle d’intermédiation.


5/ La dette publique va continuer d’augmenter, mais les financements de nouveaux plans de relance ou de la couverture sociale, sous tous ses aspects, vont devenir plus problématiques.


6/ La chute libre a été enrayée, mais de nouveaux importants dérapages au sein du système financier ne peuvent pas être exclus.


7/ Il est illusoire d’attendre des Etats-Unis, comme de la Chine, la relance de l’économie mondiale et nous ne retrouverons pas de sitôt la croissance d’avant la crise. »



Mais si tous les économistes semblent d’accord sur cette analyse, ils n’en est pas de même pour savoir ce qu’il faut faire : « A partir de ce constat, largement partagé bien qu’avec des nuances, si l’on ne s’en tient pas aux termes, la discussion est engagée sur ce qu’il faut en conclure et faire. Et là, les avis divergent, quand ils existent même ! »



Je passe rapidement sur les considérations sur ces différents avis (si cela vous intéresse, vous irez consulter l’article), et j’en viens à sa conclusion :

« Les gouvernements occidentaux ont cru pouvoir sortir de la crise en pensant qu’il suffisait de soutenir le système financier et que, un désendettement progressif aidant, tout rentrerait finalement dans l’ordre et repartirait comme avant. L’adoption de mesures de régulation « anti-systémiques » permettant d’éviter le renouvellement de la chute libre que nous avons connu. Mais ils se sont doublement trompés. 1/ Le système financier n’est absolument pas assaini et souffre en plus, désormais, des effets de la crise économique. 2/ Cette dernière est profonde, oscille entre déflation et récession, ne présente des signes de sortie de cette dernière que grâce à l’effet de financements publics difficiles à renouveler, et qui ne sont en tout cas pas permanents.


« C’est à nouveau l’impasse. C’est bien pour cela, d’ailleurs, que la tentation de l’inflation resurgit actuellement, comme un remède miracle qui n’en serait pas un, et que les débats vont se polariser autour de lui.


« Et si l’on voulait, pour parachever cet édifice branlant, rajouter encore une pierre, il suffirait de constater comment la concentration bancaire déjà acquise rend parfaitement illusoire toutes les mesures de régulation anti-systémiques annoncées, avant même qu’elles ne soient décidées et mises en pratique : un nombre plus petit de plus grosses banques constitue désormais le club très fermé des « too big to fail ». C’est un fait accompli devant lequel les gouvernements n’ont plus qu’à s’incliner. Aujourd’hui, et demain quand il faudra à nouveau les sauver. »



Il est effectivement très étonnant qu’une crise d’une telle ampleur se résolve en quelques mois comme si de rien n’était, et que tout recommence comme avant. En fait, les problèmes de fond ne sont pas résolus et le seul résultat est l’explosion des déficits des Etats. Au début de la crise, on la comparait à celle de 1929. Maintenant, on se réjouit d’avoir échappé à une crise type 1929. Et ceci grâce à l’intervention des pouvoirs publics. Mais au prix de déficits énormes de tous les Etats. Et c’est un phénomène nouveau, inconnu jusque maintenant. Une rechute et les Etats seront incapables d’alimenter une nouvelle relance. Ce qui nous propulserait dans une crise pire que celle de 1929.


D’où la modestie de nos gouvernants qui savent très bien la fragilité de la situation.


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Jeudi 16 juillet 2009 4 16 /07 /2009 23:11

Un article très intéressant de François Leclerc me servira de "Petite chronique hebdomadaire de la crise" pour ces deux semaines.


Cet article, publié le 13 juillet, est intitulé "L'actualité de la crise : « Too Big To Save ? »".



Dans son introduction, François Leclerc explique la difficulté à s'y retrouver dans la somme des informations économiques diffusées par les différents médias. De plus, en cette période troublée, elles sont souvent contradictoires... La semaine dernière, c'était le pessimisme qui régnait et les bourses plongeaient (le CAC 40 passait vendredi dernier sous les 3000 points...). Cette semaine, c'est au contraire l'optimisme...


Il conclut cette introduction : « C'est pourquoi, n'ayant pas le bénéfice d'être bardé de trop de certitudes, se méfiant de celles des autres, on se met à la recherche non plus de faits, car on est déjà noyé dedans, mais de raisonnements. On piste de bons raisonneurs, afin de souffler un peu et de comprendre où l'on va. »



Et il nous propose neuf personnalités du monde économique qu'il est intéressant de suivre selon lui.


Le premier est Joseph E. Stiglitz dont il nous dit qu'il est « hélas un peu empêtré dans son statut de consultant international ». Mais François Leclerc a « dernièrement retenu que, selon lui "Les Nations Unies prennent la situation en main". C'est en effet le titre de l'un de ses derniers articles en syndication, aux lendemains de la Conférence du 23 juin dernier de l'ONU sur la crise, prenant hélas un peu ses désirs, et les nôtres, pour des réalités. Mais il a eu le mérite d'être sans doute le premier à voir dans la concentration bancaire en cours un grand danger pour l'avenir. » Cet article est consultable sur le site des Echos : « Crise économique : les Nations unies prennent la situation en main ».


Ensuite, c'est Paul Krugman. François Leclerc écrit qu'il « tient salon avec mordant dans les colonnes du New York Times », et qu'il a « été un instant suspecté par certains de complaisance politique avec la nouvelle administration, après avoir été un critique au vitriol de la précédente, mais il s'est ressaisi. » Et il donne sa dernière chronique dans le New York Times qui « s'intitule "Ebouillanter la grenouille" et fait référence à cette histoire bien connue, selon laquelle quand on chauffe progressivement l'eau de la marmite dans laquelle on y a plongé une grenouille, celle-ci ne s'aperçoit pas de l'élévation progressive de la température de l'eau, pour finir ébouillantée. Devinez qui est la grenouille et ce qui nous attend, selon Paul Krugman, tant du point de vue économique qu'environnemental ? »


Puis c'est le tour de Wolfgang Münchau qui commente « de manière très critique » la « finance et l'économie allemandes » dans le Financial Times. François Leclerc donne la conclusion de sa dernière chronique "Berlin a porté un coup à l'unité de l'Europe", « évoquant le jugement de la Cour constitutionnelle allemande, qui a décidé anticonstitutionnelle toute future politique fiscale européenne commune, comme tout commandement militaire : "Le jugement de la Cour reflète le climat politique nationaliste et post-Bismarckien en cours à Berlin. Pour le moins, tous ceux qui sont liés par une union monétaire avec l'Allemagne devraient beaucoup s'inquiéter."  Il n'est pas le seul à prédire de fortes tensions au sein de la zone euro et à s'interroger sur les conséquences du chacun pour soi qui prévaut de plus en plus en Europe. »

Le quatrième est Martin Wolf, toujours dans le Financial Times. François Leclerc cite une chronique du 30 juin : « Pour son titre sans aucune équivoque, malgré l'article plus emberlificoté qui suit: "L'approche d'une réparation prudente des banques ne marchera pas". Sa conclusion ? "C'est le gradualisme, pas le radicalisme, qui est aujourd'hui une option risquée." »


Ensuite, c'est Robert Reich, « professeur à Berkeley et ancien secrétaire d'Etat au travail dans l'administration Clinton ». Ce dernier « vient de produire un bref et définitif article sur son blog (http://www.robertreich.org), qui pourra être plus tard reconnu comme prémonitoire. "Quand la reprise va-t-elle intervenir ? Jamais", annonce-t-il d'entrée de jeu. Il explique ensuite que la reprise ne peut pas intervenir, car cela signifierait que les choses peuvent redevenir comme avant le crash. "Aussi, au lieu de se demander quand la reprise va commencer, nous devrions nous demander quand la nouvelle économie débutera." » Et François Leclerc de conclure « On attend la suite. ». Je viens d'ajouter le blog de Robert Reich à mes flux RSS. C'est effectivement très intéressant. Le dernier billet du 16 juillet titre « Goldman and JPMorgan -- The Two Winners When The Rest of America is Losing »...


Le suivant est Simon Johnson, « professeur au MIT et ancien chef économiste du FMI ». François Leclerc écrit qu'il « développe souvent sur son blog (http://baselinescenario.com) les points de vue les plus acérés et globaux, ne se contenant pas de parcourir la situation financière et économique. » Et il commente son dernier billet qui est « consacré au projet d'Agence de protection des consommateurs de l'administration Obama. Il compare le timide soutien dont ce projet bénéficie avec celui, massif, dont a été entouré le plan PPIP de rachat des actifs toxiques des banques, en très petite forme aujourd'hui. Mettant en cause les intentions gouvernementales, au vu de ce que cette attitude augure à l'arrivée, une fois que ce projet sera passé par le Congrès, il rappelle comment l'administration américaine avait finalement pris le taureau par les cornes, à la suite de la crise de 1929, en faisant adopter en 1934 le Security Exchange Act, qui réglementait le marché secondaire des valeurs. Tout cela a depuis été détricoté. » J'ai également ajouté ce blog à mes flux RSS.


L'avant dernier est Willem Buiter, « professeur à la London School of Economics and Political Science ». François Leclerc écrit qu'il est « très introduit dans les arcanes des banques centrales européennes ». Il a publié « sur son blog hébergé par le Financial Times un long billet très fouillé intitulé : "La création monétaire et l'encouragement du crédit ne fonctionnent pas, voilà pourquoi". »


Enfin, le dernier est Ambrose Evans-Pritchard, « du Daily Telegraph ». François Leclerc commente son dernier article : « "L'Europe creuse sa propre tombe économique, alors que la BCE ne répond pas". Le sous-titre est encore plus explicite, s'il en était besoin : "Dans un monde de pécheurs, la banque centrale européenne joue les gardiens de la vertu, mais ses actions dévastent les finances publiques de pratiquement tous les pays qui sont l'objet de ses attentions". Reconnaissant sans difficulté que la Grande-Bretagne doit faire face à ses propres désordres (le français châtié ne rend pas bien compte du « mess » anglais), il conclut ainsi : "D'un point de vue stratégique, le mélange européen de déflation monétaire et de déficit budgétaire effréné n'est rien de moins qu'une folie". Nous voilà prévenus. »



Et la conclusion de ce billet de François Leclerc est directe et sans détours : « Le puits que cherchent à combler les gouvernements des pays occidentaux, ainsi que les banques centrales, n'est-il pas tout simplement trop profond pour être comblé ? La politique qui est suivie a-t-elle, dans ces conditions, une chance d'aboutir ? Le système financier, dans son ensemble, n'est-il pas en réalité "too big to save", trop gros pour être sauvé ? » C'est une jolie formule en forme de parodie de la célèbre "too big to fail" chère à nos "amis banquiers"...


C'est en tous cas très inquiétant même si cela confirme ce que nous savons déjà.


D'autant que nos gouvernants font comme si ils maîtrisaient la situation.



Je vais arrêter ici les chroniques économiques jusque mi-août. Sauf s'il se passe des évènements importants durant cette période de vacances.

En attendant, n'hésitez pas à aller sur le blog de Paul Jorion lire les billets de François Leclerc.


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Dimanche 5 juillet 2009 7 05 /07 /2009 23:10

Voici la deuxième "petite chronique hebdomadaire" et les faits marquants de cette semaine allant du 29 juin au 04 juillet 2009.


Cette semaine a surtout été marquée par les mauvais chiffres du chômage en Europe et aux Etats-Unis.

N'oublions pas que le chômage est une des "vagues scélérates" décrites par le LEAP.


Le deuxième sujet est "la dette". Pas seulement en France, mais aussi aux USA où certains états sont au bord de la faillite. C'est également une autre des trois "vagues scélérates" ...



France


Les "bons" chiffres du chômage à fin mai dont j'ai parlé dans ma dernière "petite chronique", ne signifient pas une inflexion de la courbe du chômage selon Jean-Francis Pécresse. Ce dernier explique sa position dans les Echos du 02 juillet :


« Même si les chiffres de l'emploi de mai ont été, dans l'ensemble, accueillis avec prudence, ils ont, au gouvernement notamment, entretenu l'espoir d'un redressement un peu plus rapide et plus fort que prévu. Cet espoir n'est pas dénué de fondements. Il s'appuie sur l'analyse selon laquelle les entreprises du secteur marchand, au lieu d'avoir sous-réagi au violent décrochage de l'activité au quatrième trimestre 2008, comme on l'a longtemps cru, ont, en fait, sur-réagi. Et les tendances de mai sur les emplois les plus flexibles, comme l'intérim et les CDD, seraient le signe de meilleures anticipations des chefs d'entreprise. Par ailleurs, les mesures prises en faveur du chômage partiel, depuis avril mieux indemnisé et plus longtemps, ont pu freiner la hausse des licenciements, toutes proportions gardées à l'image de ce qui se produit en Allemagne. Enfin, à compter de ce début juillet, la montée en charge des quelque 320.000 contrats d'apprentissage pour les jeunes permettrait d'amortir le choc de l'arrivée sur le marché du travail de ceux qui sortent cet été du système scolaire. »


Mais « malheureusement, il est à craindre que cette vision soit trop optimiste, que les entreprises n'aient pas sur-réagi et que, en matière de chômage, les mois à venir soient au moins aussi douloureux que ceux que nous venons de vivre. Trois raisons poussent à le penser.

« D'abord, les évolutions récentes de l'emploi et de la valeur ajoutée suggèrent que l'ajustement des effectifs à la situation de l'économie réelle n'est pas terminé. Au premier trimestre, sur un an, l'emploi des entreprises non financières a reculé de 2 %, la valeur ajoutée de 3 %, la productivité ayant fait la différence. Chef du département de la conjoncture à l'Insee, Eric Dubois est convaincu qu'il va encore y avoir un ajustement de l'emploi, même si les perspectives économiques sont moins mauvaises au deuxième qu'au premier trimestre. [ ...]


« Ensuite, les nombreux plans de sauvegarde de l'emploi engagés depuis le début 2009 ne devraient produire leurs effets qu'au second semestre, une fois passé les délais légaux et réglementaires de mise en oeuvre.


« Enfin, la décélération de la hausse du chômage de mai est probablement le signe que les licenciements touchent maintenant le noyau dur de la main-d'oeuvre, des emplois stables et en contrat à durée indéterminée, qu'il est difficile de supprimer en aussi grand nombre et aussi vite que des emplois plus précaires. Chef économiste chez HSBC, Mathilde Lemoine calcule que l'intérim ne représente déjà plus que 40 % des destructions de postes au premier trimestre 2009, contre 80 % sur les trois derniers trimestres de 2008. [...]


En conclusion : « Non seulement la courbe du chômage ne devrait pas continuer de s'infléchir mais elle ne devrait pas modifier la pente, toujours raide, de celle des emplois détruits. L'Insee s'attend toujours à 127.000 suppressions nettes de postes au dernier trimestre, pas tellement moins qu'au premier (174.000). La seule nouveauté est que l'augmentation mensuelle du nombre de demandeurs d'emploi ne reflète plus qu'imparfaitement, en atténué, la dégradation du marché de l'emploi. C'est la traduction de ce que les économistes appellent l'"effet de flexion", un phénomène qui incite des actifs potentiels, en l'absence de tout espoir de travail, à ne pas se déclarer en recherche d'emploi. Dans les mois à venir, c'est la courbe de l'emploi qu'il faudra suivre, elle en dira plus que celle du chômage. »



Après le chômage, c'est la dette.


La France est un pays « trop endetté », a déclaré mardi François Fillon devant l'Assemblée Nationale.


En effet, « la dette publique de la France a augmenté de 86,5 milliards d'euros au premier trimestre 2009 pour atteindre 1.413,6 milliards, soit environ 72,9% du PIB, selon les données publiées mardi par l'Insee. Ce pourcentage représente une hausse de 4,8 points par rapport à la fin 2008 quand elle s'élevait à 1.327,1 milliards. » (Les Echos du 30 juin).


Le FMI a même demandé « à la France de mener une "stratégie crédible" de consolidation de ses comptes dans le budget 2010 et par une maîtrise des dépenses. »


Et Roger Pol-Droit commente dans une rubrique des Echos du 1er juillet : « Michael Jackson : 500 millions de dollars. La France : 1.327 milliards d'euros, soit 47.400 euros par citoyen actif. Les dettes saturent l'actualité : le surendettement des ménages explose, celui de l'Etat aussi, au point d'approcher cette « zone très dangereuse » où tout pourrait s'emballer, comme le soulignait il y a quelques jours Philippe Séguin. Certes, toutes les dettes ne sont pas identiques. Chacun sait qu'il convient de distinguer le court et le long terme, le privé et le public, le passé et l'avenir. Pourtant, la notion exige une autre approche, qui déborde le domaine de l'économie et entrecroise plusieurs registres. »


Il n'empêche que « sans avoir rien décidé, et sans pouvoir refuser, tout nouveau-né est déjà lourdement endetté [20 000 €] envers des institutions dont, bien évidemment, il ignore tout. Voilà la responsabilité que nous sommes en train de prendre : contraindre à un endettement de plus en plus vertigineux des êtres humains qui ne sont pas encore nés. »


Favilla en remettait en couche dans sa chronique du 1er juillet des Echos. Après avoir constaté que « le déficit des comptes publics voisinera 7 % du PIB à la fin de 2009 », il explique que « la glissade comptable n'a pas consisté à passer de 0 à 3,5 % de déficit mais de 3,5 % à 7 %, ce qui change considérablement l'éclairage du problème. »


En effet, « les 3,5 points supplémentaires de déficit accumulés depuis un an peuvent, en effet, être regardés avec des lunettes keynésiennes comme une compensation pertinente du recul de la demande provoqué par la crise. [...] Le problème, c'est que ce scénario keynésien s'appuie sur un socle de départ structurellement déficitaire et que le risque d'étouffer l'économie sous la charge de la dette devient considérable.


« Autrement dit, le problème français, ce ne sont pas d'abord les 3,5 % d'aujourd'hui mais les 3,5 % d'hier. Car ceux d'hier, la France les traîne depuis près de dix ans et, même par beau temps, les gouvernements successifs ne sont pas parvenus à les résorber. »




Grande-Bretagne


Malgré quelques bourgeons vite fanés, la situation continue de se dégrader...

Les Echos du 1er juillet annoncent : « Une douche froide en pleine vague de chaleur. La Grande-Bretagne a vécu, hier, comme un véritable choc l'annonce de la révision massive de son PIB pour le premier trimestre. Au lieu d'une contraction de 1,9 %, le Bureau national de la statistique britannique estime finalement que l'économie outre-Manches'est réduite de 2,4 % entre janvier et mars. Soit la plus mauvaise performance depuis cinquante ans ! D'une année à l'autre, le PIB britannique s'est même replié de 4,9 %. »


Bien sûr, « personne n'avait anticipé une telle aggravation » et c'était même l'inverse la semaine dernière, la Grande Bretagne devait être le premier pays à renouer avec la croissance...


Et en début de semaine, on était même entré en "simili" campagne électorale... comme le signalait Les Echos du 30 juin : « Officiellement, la Grande-Bretagne n'est pas en campagne. Mais, à moins d'un an des élections, le débat est lancé outre-Manche, avec en point de mire la question cruciale : comment éponger la dette considérable du pays ? Selon les projections du Trésor, elle représentera 59 % du PIB en 2009-2010, pour culminer à 79 % en 2013-2014. Standard & Poor's anticipe 100 % du PIB en 2013. Du coup, l'agence a tiré la sonnette d'alarme, en révisant la perspective de la notation AAA du Royaume-Uni.


« Ce n'est pas l'avis de Gordon Brown, qui présentait hier son programme de rentrée, vu comme une future plate-forme électorale : "Building Britain's Future" (construire l'avenir du Royaume-Uni). A coups de réformes et d'arbitrages, le Labour affirme pouvoir maintenir les investissements dans les principaux services publics, à savoir la santé et l'éducation, si l'économie confirme son redressement. »


Mais c'est le flou le plus total sur la manière d'assainir les finances publiques, aussi bien du côté des travaillistes que des conservateurs... Surtout que deux jours plus tard, c'était la "douche froide"...


La conséquence ? Avec la pression fiscale inévitable pour pallier au déficit, la reprise, si reprise il y a, risque d'être très fragile...


A suivre.



Europe


Les Echos du 03 juillet expliquent que « le taux de chômage de la zone euro continue de grimper. Il est passé de 9,3 % en avril à 9,5 % en mai pour atteindre son niveau le plus élevé depuis mai 1999, selon les statistiques mensuelles publiées par Eurostat hier. La tendance est la même dans les vingt-sept pays de l'Union européenne, avec un taux qui est passé de 8,7 % à 8,9 % en mai. Selon les estimations d'Eurostat, l'Union européenne comptait 21,462 millions de chômeurs en mai, dont 15,013 dans la zone euro. Au même mois de l'année dernière, le taux de chômage pour de la zone euro était de 7,4 % et celui des Vingt-Sept de 6,8 %. »


« Le taux de chômage devrait continuer sa progression pour s'élever à 11 % fin 2009, avant d'atteindre un pic de 12 % en 2010, en raison notamment du décalage entre la baisse d'activité économique et ses effets sur l'emploi. Pour l'heure, les politiques d'emploi mises en place par les gouvernements restent d'une efficacité limitée.


« Et si certain pays semblent esquiver la crise, les experts considèrent que, pour eux, le pire est à venir. Les plus faibles hausses du taux de chômage sont observées en Allemagne, avec un taux qui a crû de 0,3 point pour arriver à 7,7 % et aux Pays-Bas, où il a augmenté 0,4 point, à 3,2 %, entre avril et mai. « Les structures des économies en Allemagne et au Pays-Bas ont permis à ces pays de subir de faibles baisses de l'emploi jusque-là. Cependant, le taux de chômage en Allemagne devrait bondir aux environs de 11 % fin 2010, et celui des Pays-Bas autour de 9 %, selon nos estimations », constate Clemente de Lucia.


Les pays les plus touchés sont « l'Espagne, avec un taux de 18,6 %, la Lettonie et l'Estonie. Les pays Baltes, dont la croissance s'est effondrée depuis le début de la crise, payent en effet un lourd tribut social. Sur un an, l'Estonie a vu son taux de chômage grimper de 3,9 % à 15,6 %, la Lettonie de 6,1 % à 16,3 % et la Lituanie de 4,7 % à 14,3 %. »



L'Europe commence également à être touchée par la baisse des prix. C'est moins important qu'au japon, mais allons-nous connaître une déflation ?


Les Echos du 1er juillet expliquent : « Pour la première fois depuis la création de la zone euro en 1999, les prix ont légèrement reculé au mois de juin, selon Eurostat. Ils devraient remonter, très progressivement, après l'été. Les risques de déflation semblent cependant écartés. »


Ce recul des prix n'en est pas moins impressionnant : « En moins d'un an, l'inflation dans la zone euro aura atteint un sommet - 4,1 % en juillet 2008 - et son plus bas historique, en ce mois de juin : les prix ont reculé de 0,1 % au cours du mois écoulé. »


Mais Les Echos se veulent rassurants : « Combien de temps les prix vont-ils continuer à reculer en zone euro ? Quelques mois, pas davantage, affirment les économistes. « L'inflation devrait rester en territoire négatif cet été », estime Clemente de Lucia, aussi longtemps que les fameux effets de base liés aux prix du pétrole continueront à exercer des pressions à la baisse sur l'inflation. « Les prix devraient rebondir au dernier trimestre 2009 », les effets de base agissant en sens inverse. Pas de crainte d'un phénomène déflationniste, donc, la remontée des prix de l'énergie et le lent redémarrage de l'activité devant en prémunir l'économie européenne. »



Un autre sujet d'inquiétude en Europe, c'est la baisse du crédit.


« Compte tenu du taux d'inflation désormais négatif dans la zone euro, « la politique monétaire deviendra clairement restrictive », souligne-t-on chez Natixis. Une perspective préoccupante dans la mesure où les conditions du crédit sont déjà très dégradées dans la zone euro. Selon les chiffres diffusés hier par la BCE, la distribution des crédits au secteur privé a nettement ralenti en mai, affichant une hausse de 1,8 % sur un an contre 2,3 % au mois d'avril. Même si ce repli s'explique aussi par une moindre demande de la part des entreprises engluées dans la récession, l'économie est loin d'avoir retrouvé des conditions normales de financement. »

Et du côté des banques, il y a également des inquiétudes : « Il faut d'urgence tester la vulnérabilité des banques européennes » déclare le chef économiste de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), Erik Berglof.


L'article des Echos du 29 juin qui reprend ses propos précise :

« Alors que le Conseil de stabilité financière (CSF), réuni ce week-end à Bâle, a estimé que le système financier mondial montrait des signes de convalescence sans être encore sorti d'affaire, le chef économiste de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), Erik Berglof, insiste également, dans un entretien aux « Echos », sur la nécessité de ne pas crier victoire trop tôt. "Nous allons avoir d'autres surprises", estime même Erik Berglof, qui tient manifestement à mettre les choses au clair après avoir vu ses propos déformés dans la presse : non, le pire n'est pas forcément à venir. Mais il faut s'attendre à continuer à naviguer en eaux troubles et ne pas exclure des mauvaises surprises en provenance des banques implantées dans les pays d'Europe centrale et orientale. Lesquelles se trouvent être des banques occidentales, ce qui représente donc un risque important pour toute l'économie européenne. »



Etats-Unis


L'emploi est l'une des inquiétudes majeures aux Etats-Unis (comme partout ailleurs dans le monde...). Les statistiques publiées jeudi 02 juillet concernant « l'emploi américain, soufflent le froid sur les marchés financiers », comme le titrent les Echos du 03 juillet.


Isabelle Couet, qui écrit l'article, explique : « La destruction d'emplois aux Etats-Unis s'est accélérée au mois de juin. Au total, 467.000 postes ont été supprimés sur cette période, au lieu de 365.000 anticipés par le consensus des économistes. En outre, le taux de chômage a encore grimpé, pour atteindre 9,5 %, légèrement en deçà des attentes.

« "Ce rapport est décevant et nous continuons de penser que le taux de chômage va monter jusqu'à la mi-2010, avec un sommet à 11-11,5 %", déclare James Knightley, chez ING. »


Et les "jeunes pousses" qui avaient pu être détectées en mai se sont vite fanées : « Les données du mois de juin contrastent nettement avec celles de mai, qui avaient suscité beaucoup d'espoir pour la reprise. Cette publication rappelle aussi que l'envolée des marchés boursiers depuis mars repose sur l'amélioration des indicateurs de confiance plutôt que sur celle des données "dures" de la conjoncture. Cet excès d'enthousiasme - qui s'est traduit par un gain de plus de 30 % du S&P 500 en seulement quatre mois - incite nombre de stratèges et gérants à prédire une stabilisation, voire une baisse de 10 à 15 % des marchés boursiers cet été. »


C'est le dur retour à la réalité...


Anne Denis, qui analyse ces chiffres, toujours dans les Echos du 03 juillet, explique de son côté : « Le nombre des chômeurs aux Etats-Unis atteint désormais 14,7 millions, soit plus du double depuis dix-huit mois, et près de 6,4 millions de personnes disent vouloir trouver un emploi sans être comptabilisées dans la population active, reconnaît le ministère, qui souligne aussi la hausse du nombre de chômeurs de longue durée (vingt-sept semaines ou plus) à 4,4 millions. Neuf millions de personnes sont en outre contraintes de travailler à temps partiel. Malgré certains signes de stabilisation, notamment en ce qui concerne la consommation, l'Amérique semble bien vivre le plus fort de la crise de l'économie réelle. La Fed elle-même a rappelé que le pays était loin d'être sorti de l'ornière.


« "Il est très probable que le taux de chômage américain excède les 10 % avant la fin de l'année", estime l'économiste Jean-François Jamet, consultant auprès de la Banque mondiale, qui juge logique l'effet retard de la dégradation du chômage par rapport au début de la crise financière, expliquant que les entreprises ont d'abord limité la casse avant d'être rattrapées par les difficultés de trésorerie et le risque de faillite. "On est actuellement dans l'entre-deux où les entreprises sont sous pression et où les effets du plan de relance Obama ne se font pas encore pleinement sentir." »


Elle conclut : « l'amélioration attendue au second semestre risque de n'être que temporaire, du moins sur le front social. Jacques Mistral souligne les fortes pressions qu'exercent les entreprises sur la masse salariale (baisse des emplois mais aussi des salaires) et la rapide remontée du taux d'épargne des Américains, qui traduit leur manque de confiance en l'avenir.


« En outre, Jean-François Jamet souligne le recul inquiétant, de 20 % à 50 % selon les secteurs, de l'investissement dans les entreprises. De quoi maintenir durablement, au-delà peut-être de début 2011, le chômage à un niveau élevé, et atteindre gravement la consommation, moteur essentiel de la croissance américaine. »  



Autre point important, c'est la quasi faillite de certains Etats.


Les Echos du 02 juillet expliquent que « la Californie est au bord du gouffre financier ».


Laetitia Mailhes, correspondante à San Francisco explique : « Arnold Schwarzenegger a échoué à dénouer le noeud gordien des finances californiennes, en dépit de ses promesses de campagne en 2003. Confronté à un déficit budgétaire de 24,3 milliards de dollars et à l'incapacité d'effectuer des emprunts, le Parlement a été incapable de trouver un accord sur le budget pour l'année fiscale qui a débuté hier. La majorité démocrate refuse les coupes claires dans les programmes sociaux prônées par les républicains et ces derniers refusent l'augmentation des taxes sur les cigarettes et l'essence proposée par les démocrates. Or l'adoption du budget requiert la majorité des deux tiers. Le gouverneur de l'Etat le plus peuplé des Etats-Unis a déclaré hier dans l'après-midi l'urgence budgétaire pour contraindre les parlementaires à se réunir en session extraordinaire pour s'attaquer au problème. « L'heure est sombre. Nous assistons à un naufrage au ralenti. Je n'ai jamais rien vu de tel », a déclaré Mark DiCamillo, le directeur de l'institut de sondage politique et économique Field Poll. »


Les conséquences sont terribles : « Le gouverneur a annoncé son intention d'imposer à 220.000 fonctionnaires un troisième jour mensuel de congé sans solde. Le cabinet d'études économiques de l'université de Californie, Anderson Forecast, pronostique le licenciement de 60.000 fonctionnaires.


« Parallèlement, les pouvoirs locaux vont être obligés de réduire leurs prestations en matière de soins de santé et d'éducation, faute de contribution suffisante de l'Etat. Les 33community colleges", qui assurent notamment la formation continue des adultes et ont vu récemment une croissance sensible de leurs effectifs en raison de l'augmentation du chômage, vont réduire leur offre de cours pour la rentrée et augmenter leurs tarifs. »



Mais la Californie n'est pas le seul Etat en difficultés.


Pierre de Gasquet, dans les Echos du 03 juillet précise : « Outre la Californie, plusieurs Etats fédérés se retrouvent confrontés à de sérieuses difficultés budgétaires avec une prévision de déficit cumulé de 166 milliards de dollars en 2010. »


Il s'agit de « la Pennsylvanie, l'Arizona, l'Indiana, l'Ohio, le Connecticut et le Mississippi [qui] ont dû adopter des mesures d'urgence pour pallier l'évaporation de leurs recettes fiscales. »


D'abord, notre auteur donne des précisions sur la situation de la Californie : « A lui seul, l'Etat le plus peuplé des Etats-Unis, qui représente 13 % du PIB américain et la huitième économie mondiale, affiche désormais un déficit de 26,3 milliards de dollars (18,7 milliards d'euros). »


Mais il précise aussitôt que « selon un récent rapport du Center on Budget and Policy Priorities (CBPP), la quasi-totalité des Etats fédérés (48 sur 50) se retrouvent aujourd'hui confrontés à des difficultés pour boucler leur budget, le montant total des déficits cumulés attendus en 2010 atteignant le chiffre vertigineux de 166 milliards de dollars [...] A plus long terme, 29 Etats prévoient encore un déficit total de 38 milliards de dollars pour l'année fiscale 2011 (soit 8 % de leurs budgets cumulés). Toujours selon l'étude du « think tank », quelque 25 Etats ont déjà relevé le niveau de leurs impôts cette année et une douzaine d'autres l'envisagent pour faire face à la dérive de leurs déficits. »


Il conclut : « Malgré 140 milliards de dollars d'aides fédérales prévues dans le plan de relance, la détérioration de la situation budgétaire des Etats fédérés est en grande partie liée à la chute des revenus fonciers. C'est pourquoi la question d'un deuxième plan de relance commence à émerger. »


Mais les Etats-Unis auront-ils les moyens de lancer un deuxième plan ?




Japon


« Le taux de chômage au Japon a atteint en mai son plus haut niveau depuis cinq ans et demi » selon les Echos de lundi dernier. Mais ce "plus haut niveau" n'est que de 5,2% et ferait rêver le moindre gouvernement français...


Et ce taux pourrait monter à plus de 5,5%, « le plus niveau enregistré depuis la Seconde Guerre mondiale ».


Mais ce chômage est accompagné d'une baisse des revenus, « ce qui pourrait peser sur la consommation et handicaper la reprise en dépit des mesures de relance gouvernementales ».



Dans la même édition des Echos, Michel de Grandi annonce que la déflation est de retour : « la déflation qui a miné l'économie japonaise de 1997 à 2006, pour ensuite s'estomper graduellement, s'est confirmée en mai, avec une chute record (- 1,1 % sur un an) des prix hors denrées périssables. Cette baisse pour le troisième mois d'affilée et surtout son accélération par rapport à avril (- 0,1 %) est la plus forte depuis l'origine de l'indice en 1971. »


Les économistes sont partagés sur « l'ampleur de cette spirale. » : « Nous nous dirigeons vers un territoire de profonde déflation. Le pire reste à venir avec une accélération spectaculaire de la déflation au second semestre » pour l'un, mais un autre « ne croit pas à la mise en place d'une spirale déflationniste », quant à un troisième, il indique que "le mouvement a pris racine dans les zones urbaines et devrait s'étendre à présent à l'ensemble du pays ».


La conclusion de Michel de Grandi : « Pour le Japon, cette mauvaise nouvelle du retour de la déflation tombe bien mal, à un moment où l'économie commence à sortir la tête de l'eau. »




Chine


La Chine continue sa stratégie d'émancipation du dollar. C'est ainsi que les Echos du 03 juillet nous montrent que « Pékin pousse le yuan à l'assaut du monde ».


Gabriel Grésillon, auteur de l'article explique : « Pékin a manifestement décidé d'internationaliser sa propre monnaie. C'est ce qui ressort de la décision de la Banque centrale chinoise, hier, d'ouvrir la voie au règlement de transactions commerciales internationales en yuans, et même d'offrir des réductions d'impôt aux entreprises ayant recours à ce nouveau type d'échange. Une véritable révolution pour une devise jusqu'alors non convertible. »


Et plus loin : « Cette annonce s'inscrit dans une stratégie de plus en plus explicite de la Chine, visant à remettre en cause l'hégémonie du roi dollar. Au-delà de sa dimension symbolique et politique, la démarche s'explique par des raisons économiques. »


Mais il s'agit d'abord de « sécuriser, pour les entreprises chinoises, le montant des échanges internationaux, jusqu'à présent libellés presque exclusivement en dollars. »


Ensuite, un autre objectif est de diversifier l'origine des réserves : « L'autre explication économique de cette stratégie d'émancipation par rapport à la première devise mondiale tient à l'importance de celle-ci dans les avoirs détenus par la Banque centrale chinoise. Avec notamment 750 milliards de dollars de bons du Trésor américain, Pékin sait que toute chute de la monnaie américaine déprécie ses propres actifs. Diversifier les devises utilisées pour commercer, c'est, au final, diversifier l'origine des réserves de change de la banque centrale. Et éviter que leur valeur soit tributaire des caprices du seul billet vert. »


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Dimanche 28 juin 2009 7 28 /06 /2009 23:50

Plutôt que de faire des articles épisodiques traitant de la situation économique, je vais essayer de faire en fin de chaque semaine une "Petite chronique hebdomadaire de la crise". L'objectif est de donner à mes lecteurs une vue synthétique des principaux évènements économiques de la semaine passée, ainsi qu'une vue prospective sur ce qui pourrait se passer.


Voici donc cette première "chronique".



En introduction, je dirais que cette semaine, le monde de l'économie hésite entre optimisme et pessimisme. C'est que, selon l'adage populaire "un pessimiste est un optimiste qui s'est renseigné"..., il commence à s'informer... Les hauts et les bas de la bourse le montrent. Pourquoi ? Tout simplement parce que tout ce petit monde se rend compte que les quelques signes de "reprise" ne sont dus qu'aux vastes plans de relance mondiaux. C'est comme si le malade, après une grave crise d'anémie était sous perfusion de vitamines pour lui redonner de la vigueur. Et effectivement, le malade montre des signes de regain d'énergie. Le problème, c'est que si on débranche la perfusion, le malade risque de retomber, car il est incapable de se tenir debout tout seul. Autre problème plus grave : le stock de vitamines est limité à un ou deux ans et le soutien ne pourra pas durer autant que les impôts...




Examinons maintenant les points marquants de cette semaine.



France

 

Le discours de Nicolas Sarkozy devant le Congrès.


C'était lundi dernier à Versailles.


Les différents thèmes abordés font penser plus à une liste à la Prévert (burka, réforme territoriale, outre-mer, jeunesse, Internet, discrimination, licenciements, retraite, environnement, taxe carbone, investissement, réforme de l'état, prisons...) qu'à une orientation de politique générale, alors que cela se voulait être la vision de la France de "l'après-crise".


Ce qui en a été retenu sur le plan économique est surtout l'annonce d'un grand emprunt, lancé « soit auprès des français, soit auprès des marchés financiers » pour financer des investissements à venir... dont on ne connaît encore rien. Ils vont être décidés dans les semaines à venir par le nouveau gouvernement...


Mais « le débat fait déjà rage sur la définition des "investissements d'avenir" » comme le titrent Les Echos de vendredi...


Les critiques envers ce discours et surtout envers ce nouvel emprunt sont venues de la gauche, mais également de tous les bords. Toutes mettant le doigt sur l'augmentation de la dette...


Par exemple, Dominique Seux, dans Les Echos du 23 juin, constate avec bon sens que « la "bonne" dette est encore de la dette ».


Il explique : « Pas question d'un plan de rigueur sur les impôts ou les dépenses pour redresser des comptes publics catastrophiques, une rigueur qui, je cite, "a toujours échoué". Au contraire, il faut investir, dans l'éducation, la jeunesse, les technologies vertes. A moyen terme, c'est gagnant, cela tire la croissance et fait rentrer des recettes dans les caisses.

« Il y a plusieurs types de dépenses : les temporaires, qui disparaîtront la crise passée, par exemple les aides aux chômeurs ; celles qu'il faut limiter, les gaspillages, la bureaucratie, la dérive des dépenses de retraites - et ça c'est courageux de s'y attaquer. Et puis, surtout, il y a les bonnes dépenses qui préparent l'avenir, financées par l'emprunt annoncé. Au total, la thèse, est : oui à la relance par l'investissement pour éviter la récession et la rigueur.


« Une thèse séduisante, sur le papier, mais il faut passer du concept au concret. Car derrière, il y a une question : que deviennent les déficits et la dette publics ? Si les économies sur les « mauvaises » dépenses, les dépenses de fonctionnement, sont supérieures aux nouveaux investissements, bravo, bien joué, les déficits baisseront. C'est pourtant peu vraisemblable parce qu'aucune nouvelle piste sérieuse d'économies n'a été évoquée hier. Le plus probable est donc que les dépenses nouvelles seront supérieures. Les déficits resteront très élevés d'ici 2012.

« Le problème est que derrière ce nouveau concept, les "bons" déficits, c'est toujours la même hausse de la dette que l'on vend. Sauf à faire le pari du retour de l'inflation pour effacer les dettes, le pari est extrêmement risqué. »


Effectivement, d'autant que le lendemain de ce discours, mardi, la Cour des Comptes faisait paraître son rapport sur les finances publiques.



Le rapport de la cours des comptes et la dette


Ce rapport, publié mardi, a fait l'effet d'une véritable bombe, prenant à contre-pied le discours de Nicolas Sarkozy devant le congrès.


Si vous souhaitez consulter l'intégralité de ce rapport, il est ici.


Laurent Banguet reprenait dans les Echos l'essentiel de ce rapport dès mardi soir :


« La crise n'explique que la moitié du déficit public colossal prévu cette année et une hausse des impôts est inévitable si la France ne réduit pas considérablement ses dépenses, avertit la Cour des Comptes dans un rapport sur les finances publiques publié mardi.


« Une décision difficile à faire accepter à l'électorat et que Nicolas Sarkozy a d'ores et déjà balayée lundi, lors de son discours devant le Congrès.


« Le déficit public de la France (Etat, sécurité sociale et collectivités locales) est passé de 2,7% du PIB en 2007 à 3,4% l'an dernier et il devrait atteindre 7% en 2009.


A noter que dimanche, lors du Grand jury RTL-LCI-Le Figaro, Eric Woerth avait déclaré que le déficit serait de 7 à 7.5% en 2009 et en 2010...


Laurent Banguet continue : « La crise économique "explique une part seulement" de cette dégradation, a insisté le premier président de la Cour, Philippe Séguin, en présentant à la presse le "rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques", traditionnellement remis au Parlement avant le débat d'orientation budgétaire.


« "Une autre part résulte de tendances de fond comme la baisse des impôts" ainsi que d'une maîtrise des dépenses très insuffisante, a-t-il souligné.


« Au total, la Cour des Comptes estime le déficit chronique ou "structurel" de la France à environ 3,5% du PIB (contre 1,4% en moyenne dans la zone euro), ce qui "montre bien que l'essentiel du problème était fin 2008 d'origine non pas conjoncturelle mais structurelle", selon M. Séguin.


« "Des réformes beaucoup plus ambitieuses sont donc absolument nécessaires. Si la maîtrise des dépenses s'avérait insuffisante, une hausse des prélèvements obligatoires serait inévitable", a-t-il prévenu.


« Privé de toute marge de manoeuvre budgétaire par le déficit record et la récession qui frappe la France (-3% prévu cette année), le président Nicolas Sarkozy a pourtant martelé lundi devant le Congrès son opposition à toute "politique de rigueur".


« Une politique qui retarderait la "sortie de crise" et aboutirait paradoxalement à une hausse du déficit, a assuré le chef de l'Etat.


« Pour financer les "priorités" du gouvernement, M. Sarkozy a ainsi préféré annoncer un "emprunt national" dont le montant et les modalités restent à préciser.


« Rédigé bien avant son discours, le rapport de la Cour des comptes n'évoque pas la question, mais vient tout de même rappeler que la France emprunte déjà tous les jours sur les marchés financiers, notamment pour financer son déficit.


« En 2008, la dette a ainsi augmenté de 118 milliards d'euros et la France a payé plus de 54 milliards d'euros pour en payer les intérêts, c'est-à-dire plus que le produit de l'impôt sur le revenu. Cela représente environ 2.000 euros par an et par Français ayant un emploi, a souligné M. Séguin, craignant un "emballement de la dette".


« "C'est ce qu'on appelle l'effet boule de neige : les charges d'intérêt deviennent si importantes qu'il faut emprunter de plus en plus pour les payer et rembourser le capital", a-t-il expliqué.


« Fin 2008, la dette publique atteignait 1.327 milliards d'euros (68,1% du PIB), soit 47.400 euros par Français actif.


« Si rien n'est fait, "les Français devront donc payer plus pour rembourser plus", a résumé Philippe Séguin.


« Selon des estimations de la Cour, à l'horizon 2012, le déficit serait encore supérieur à 6% et la dette approcherait 90% du PIB. Elle pourrait même atteindre 100% en 2018 et 200% avant 2040, d'après les projections faites par la Cour. »


Comme bien souvent, ce rapport sera vraisemblablement classé sans suite. Mais nous voilà prévenus.



Le remaniement ministériel


Le remaniement ministériel a été annoncé en catastrophe mardi soir après le vaudeville "Frédéric Mitterand", ce dernier ayant annoncé lui-même dans la journée qu'il serait à la culture... Cela commence par une belle cacophonie...


Mais sur le plan économique, rien n'est changé. Christine Lagarde reste ministre de l'économie et Eric Woerth reste au budget... On ne change pas une équipe... qui perd... 



Les chiffres du PIB


La baisse du PIB est confirmée à -1,2% pour le premier trimestre. Pour la suite, Les Echos de vendredi donnent les chiffres de l'INSE : « Le PIB français devrait encore refluer de 0,6% au deuxième trimestre et de 0,2% au troisième, avant de se stabiliser au dernier trimestre. Au total, l'année 2009 se solderait par une chute de 3,0% du PIB, le repli de l'activité le plus marqué depuis 1949. Un chiffre conforme à celui du gouvernement et à la prévision de l'OCDE pour 2009. »



Les chiffres du chômage


Diffusé jeudi, ils annoncent une "décrue de l'augmentation"... Seulement 36 400 chômeurs de plus à fin mai ( à comparer avec 100 400 en janvier, 79 900 en février, 63 400 en mars et 58 500 en avril)...


Les Echos de vendredi expliquent : « Il y a un an, l'annonce aurait été perçue comme une mauvaise nouvelle. Mais après les hausses record du chômage qui se sont accumulées depuis le début de l'année, la progression enregistrée en mai apparaît comme une embellie. Selon les statistiques rendues publiques hier par Pôle emploi, le nombre de demandeurs d'emploi de catégorie A, tenus de faire des actes positifs de recherche d'emploi et n'ayant pas travaillé dans le mois, a augmenté de 36.400 - contre 58.000 en avril et plus de 300.000 sur les quatre premiers mois de 2009. Il a atteint un total de 2.543.100 en France métropolitaine (+ 1,5 % sur un mois). Si l'on y ajoute les chômeurs ayant travaillé occasionnellement (catégories B et C), ce nombre monte à 3.625.3600, en hausse de 54.100 (+ 1,5 % aussi). »


Ce qui n'a pas empêché un communiqué de (presque) victoire de notre ministre : « Christine Lagarde, s'est félicitée hier d'une "décélération pour le quatrième mois consécutif" du chômage qui est un "signe encourageant", mais elle a averti qu'"on n'est pas sorti du tunnel pour autant et qu'on continuera à avoir des chiffres difficiles". »


On n'est jamais trop prudent. Il risque de ne pas se passer grand-chose pendant les deux prochains mois de "trêve estivale", à moins que certains "patrons-voyous" n'en profite pour fermer des usines en catimini. Par contre, la rentrée risque d'être difficile.

Les Echos confirment cette inquiétude : « la prudence reste d'autant plus de mise que les statistiques de mai montrent une stagnation des reprises d'emploi déclarées, qui avaient bondi de 12,3 % en avril, ce qui pourrait être un signe que le marché aurait tendance à se figer, avant une rentrée de septembre qui pourrait être difficile. »


C'est également ce que redoute la Caisse des Dépôts selon ce que rapportent Les Echos de jeudi : « les entreprises françaises devraient connaître une "situation difficile" en septembre du fait de l'épuisement de leurs réserves de trésorerie, a estimé jeudi le directeur général de la Caisse des dépôts (CDC), Augustin de Romanet.


« "Je pense que la situation difficile pour les entreprises, ça va être à la rentrée de septembre", a déclaré M. de Romanet lors de son audition devant la commission des Finances du Sénat.


« "Pour beaucoup d'entreprises saines, les difficultés de trésorerie ne sont pas encore arrivées", a-t-il expliqué, ajoutant que "le matelas de réserve qu'elles avaient n'est pas en mesure de durer plus de douze mois", la crise financière s'étant aggravée en septembre 2008. »



Les chiffres de la consommation


Les Echos du 24 juin expliquent qu' « en mai, les dépenses des ménages en produits manufacturés ont cédé 0,2 % par rapport à avril, indiquent les chiffres publiés hier par l'Insee. »


Mais, cela n'empêche pas Christine Lagarde de se transformer en Pythie de la crise... : « Je pense qu'on va avoir un mois de juin qui va relancer la machine consommation, je pense qu'on va avoir des chiffres qui vous surprendront » a dit notre ministre à Reuters lors d'une visite mercredi au grand magasin Printemps du Boulevard Haussmann à Paris à l'occasion de l'ouverture des soldes d'été.




Etats-Unis


Le Produit intérieur brut n'a reculé que de 5,5% en rythme annuel au premier trimestre, selon les chiffres officiels définitifs publiés jeudi à Washington par le département du Commerce. Cette baisse de l'activité a finalement été inférieure de 0,2 point à l'estimation précédente du ministère. Elle est également moins forte que ne le redoutaient les analystes, qui l'estimaient à 5,7%. Cette baisse vient après le plongeon du PIB de 6,3% au dernier trimestre 2008. Les autorités américaines et la plupart des économistes "optimistes" escomptent une sortie de crise des USA d'ici la fin de l'année...


Un nouveau scandale de rémunération des traders : « Après Morgan Stanley et UBS, c'est au tour de Citigroup, pratiquement ressuscité par les « stress tests » de la Réserve fédérale, de justifier ainsi son projet de relèvement significatif des salaires de certains de ses cadres en pleine période de repentance. Discrètement annoncé il y a quelques jours en interne, le projet d'augmenter de 50 % le salaire fixe de ses banquiers d'affaires et de ses traders, en vue de compenser la baisse des bonus, suscite des remous. Quelques semaines après la décision de Barack Obama de confier la supervision des rémunérations des bénéficiaires d'aides fédérales au « contrôleur d'Etat » Kenneth Feinberg, l'initiative soulève aussi des interrogations au Congrès. » (Les Echos du 26 juin)

Comme le dit le sénateur démocrate Christopher Dodd, en première ligne sur la réforme de la régulation financière : « Ils n'ont vraiment pas compris ».



La réunion de la FED en milieu de semaine n'a rien décidé ou a plutôt décidé de ne rien changer... C'est ce que prévoyait François Leclerc lundi dernier sur le blog de Paul Jorion dans un billet intitulé : « Même les meilleurs expédients ont une fin »


Il explique : « Hier, nous étions environnés des "jeunes pousses" annonciatrices d'une proche relance, sortant du cauchemar et de la panique des mois précédents. La bourse remontait, les banques annonçaient d'importants profits, puis s'engageaient aux Etats-Unis dans le remboursement des aides publiques. Les actifs toxiques étaient partout repoussés sous les tapis, la gigantesque pyramide chancelante des produits financiers "structurés" ignorée, bien que loin d'être totalement démantibulée.


« Aujourd'hui, nous replongeons insensiblement dans le marasme. Les doutes réapparaissent, autour d'un consensus désormais largement établi : la reprise sera très limitée, quand elle voudra bien intervenir, et ses conséquences douloureuses. Car l'accent est mis sur deux nouveaux dangers nous menaçant, l'accroissement des déficits publics d'un côté, l'inflation qui pourrait repartir de l'autre, alors que nous sommes toujours en récession mondiale. Avec, comme seul constat possible, en guise de faible soulagement, que la situation empire moins vite. Phénomène vite traduit comme signe annonciateur de la reprise, en le sollicitant un peu.


« Le moral des financiers et des économistes, et de ceux qui les observent, est une chose. La réalité des faits en est une autre. Tout tient de ce point de vue en une seule constatation, dont la portée n'est pas mince : la Fed est désormais à court de munitions. En d'autres termes, les solutions monétaires qui sont sa raison d'être, ainsi que les instruments dont elle dispose, ont atteint leurs limites. Elle ne peut plus baisser ses taux, déjà au plancher, et hésite beaucoup à poursuivre sa politique de création monétaire, devant ses conséquences et les craintes que celle-ci suscite par anticipation.


« Que se passe-t-il donc ? Les taux des bons du Trésor sont les fautifs. Ils montent, et la Fed n'y peut plus rien, après avoir essayé d'enrayer leur hausse. Semaine après semaine le Trésor engage sous les regards un peu inquiets des observateurs de nouvelles adjudications, afin de financer le gigantesque déficit du budget américain, faisant accéder la dette publique à des sommets jamais atteints. Ne pouvant qu'amplifier un phénomène déjà alimenté par la crainte de l'inflation (et de la dévalorisation du dollar qui pénaliserait les détenteurs des bons). »

Et en fin de semaine, la bourse chutait, car les statistiques diffusées vendredi venaient de montrer que les américains se mettent à épargner...



Grande-Bretagne


La sortie de crise ? Selon Les Echos de jeudi, « Le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mervyn King, a reconnu tout bonnement, hier, qu'il était "moins sûr que jamais, parce que ce n'est pas le modèle d'une récession se transformant en reprise que nous avons vu depuis 1930". Et d'avouer une "vraie préoccupation" concernant la vitesse à laquelle l'économie britannique peut se redresser, compte tenu de la difficulté d'obtenir du crédit bancaire. »



Japon


Le Japon risque de perdre son rang de deuxième économie mondiale au profit de la Chine.



C'est aussi la déflation qui menace.


Le Journal du Net commente le 26 juin : « Les prix à la consommation au Japon ont connu une chute record en mai (-1,1% sur un an), illustrant la gravité de la déflation dans la deuxième économie mondiale confrontée à la déprime de la consommation et à une dégradation du marché de l'emploi.


« Cette baisse des prix hors denrées perissables pour le troisième mois d'affilée est la plus forte depuis que l'indice a commencé à être calculé en 1971. Elle a surpassé toutes celles enregistrées entre 1997 et 2006, quand le Japon avait déjà connu une très longue période de déflation après l'éclatement de la bulle spéculative immobilière et boursière du début des années 1990.


« Selon les chiffres publiés vendredi par le ministère des Affaires intérieures, le recul sans précédent de mai s'explique essentiellement par la chute des prix des carburants, des loisirs ainsi que des produits électroniques.


« En moyenne, un ordinateur portable était par exemple 48,6% moins cher en mai qu'un an plus tôt, un voyage organisé à l'étranger 14,8% et un plein d'essence 26,4%.


« "Nous nous dirigeons vers un territoire de profonde déflation. Le pire reste à venir", a commenté David Yen, économiste à la Société générale, qui prévoit une "accélération spectaculaire de la déflation au deuxième semestre". »



Chine


Face à la dérive protectionniste de la Chine, Bruxelles et Washington ont lancé une procédure devant l'OMS.


Comme le disent Les Echos du 24 juin : « Entre quotas, taxes à l'exportation ou prix minimum à l'exportation, la Chine utilise une batterie d'outils visant à limiter la sortie du territoire national d'une vingtaine de matières premières qu'elle considère comme stratégiques. Bauxite, indium, phosphore, carbonate de magnésium, molybdénite, les minéraux en cause dans cette affaire n'évoquent rien à l'oreille des non-initiés mais ils jouent un rôle dans certaines industries, notamment dans les semi-conducteurs et l'aéronautique. Derrière cette procédure à l'OMC, c'est donc la question de la compétitivité de l'industrie chinoise qui est posée : en gardant pour elle une partie de ses matières premières, la Chine faciliterait artificiellement - par rapport aux principes du libre-échange - la vie de ses industries. »



Monde


Angel Gurria, secrétaire général de l'OCDE donne son point de vue sur la crise dans Les Echos de mercredi dernier : « La crise n'est pas finie ».


Il explique : « Les "Perspectives économiques de l'OCDE", qui sont publiées aujourd'hui, tablent sur une récession prolongée. Nos économies ne semblent toutefois plus en chute libre ce qui, après une année de prévisions on ne peut plus sombres, est une bonne nouvelle.


« Les gouvernements doivent néanmoins garder le cap, et ne pas se laisser abuser par des "frémissements" de reprise, qu'ils prennent la forme d'enquêtes de confiance ou d'un raffermissement des prix de l'énergie ou des actions. Pour encourageants qu'ils soient, de tels signes ne sont peut-être que le résultat des vastes plans de relance budgétaire mis en place ces derniers mois et, dans le cas des prix du pétrole, sans doute aussi d'une part de spéculation. Il en faut plus pour convaincre de la réalité de la reprise.


« Soyons clairs, la crise a porté un rude coup à nos systèmes économiques, laminant la confiance, la richesse et le potentiel productif de pays entiers. Nous devons nous attendre à un gonflement du chômage et à un recul probable des investissements, ce qui se répercutera partout sur la performance économique, y compris sur les marchés émergents.


« La crise sociale aura des conséquences coûteuses et se traduira par un alourdissement de la pression fiscale. Plus de 11 millions de personnes ont perdu leur emploi dans la zone OCDE dans les douze mois qui ont précédé avril 2009, chiffre qui pourrait dépasser les 25 millions d'ici la fin 2010. Les ressources publiques seront sollicitées à l'extrême en vue d'atténuer l'impact de la crise, de venir en aide aux chômeurs, de préserver les emplois existants et d'en créer de nouveaux.


« Il n'est guère surprenant que les pouvoirs publics souhaitent voir ces frémissements se confirmer rapidement, pour pouvoir envisager un désengagement de ces interventions d'urgence et alléger le poids de la dette. Mais il est impératif que ces "stratégies de retrait" soient correctement mises en oeuvre. Comme le rappelle la Réponse stratégique de l'OCDE, un désengagement hâtif pourrait être contre-productif pour les marchés et pour la confiance. »



François Leclerc explique de son côté que « l'été sera chaud et orageux » sur le blog de Paul Jorion.

« "Inquiétudes à propos de risques systémiques dans le secteur des CMBS", c'est sous ce titre un peu elliptique que le Financial Times vient de publier, le 22 juin, un important article d'Aline van Duyn. Car elle vient de rompre le silence qui régnait jusqu'alors sur la forte épineuse question de la poursuite de la crise du marché de la dette hypothécaire, abordée confidentiellement par certains blogs pointus (dont celui-ci). Cette question est désormais évoquée dans des colonnes qui font autorité, devant le danger de la rechute en grand de la crise financière qui pourrait en résulter. »



Tout cela rejoint ce qu'avançait le LEAP mi-juin avec ses prévisions des « trois vagues scélérates » : le chômage massif, les faillites en série, la crise des bons de trésor, du dollar et de la livre.



Et comme si rien ne s'était passé, « le vent de la dérégulation souffle à nouveau », comme le dit François Leclerc toujours sur le blog de Paul Jorion.

http://www.pauljorion.com/blog/?p=3480



Ils n'ont vraiment rien compris...


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Vendredi 26 juin 2009 5 26 /06 /2009 22:32
C'est inhabituel, mais je publie l'article complet d'un auteur autre que l'auteur de ce blog.

En fait, il s'agit d'un article publié par le LEAP et que le LEAP propose de copier et de publier sur Internet ou dans des journaux. J'en profite donc. D'autant que cet article explique de manière simple le système des banques, du crédit et l'origine de la crise actuelle.

Je ferais seulement une réserve sur la conclusion et la proposition de l'auteur...

A noter également que l'auteur étant hollandais, le style du texte français n'est pas toujours excellent...

Voici cet article.


Vers une économie saine


Par Rudo de Ruijter*

06/06/2009


L'argent est parfois comparé au sang de l'économie. La crise du crédit a douloureusement démontré, que l'économie est dépendante d'une infusion permanente de crédits. Dès que les banques fournissent un peu moins de crédit, des entreprises font faillite et les congédiements massifs se succèdent.

On veut nous faire croire, que les problèmes avec les hypothèques subprimes étaient un incident. Avec une giga-injection de capitaux, un peu plus de règlementation et un meilleur contrôle le système bancaire fonctionnerait bien de nouveau. Et ah oui, nous devons faire confiance aux banques à nouveau.


Cause principale de la crise du crédit

La cause principale de la crise du crédit se trouve dans le système bancaire/d'argent lui-même. Le principe du système est que l'argent est mis en circulation par la fourniture de prêts et dissout au moment où ces prêts sont remboursés. Les banques occidentales se servent de deux règles de jeu :

1. par rapport aux sommes prêtées elles n'ont besoin de disposer que de 8% de capital [1] ;

2. elles doivent garder un petit pourcentage en caisse pour effectuer des paiements pour leurs clients et pour leur fournir de l'argent liquide à la demande.

Avec ces deux règles de jeu la plus grande partie de l'argent, que les clients ont sur leurs comptes de paiement et d'épargne, est prêtée. (Chez la Banque Triodos, 65% est prêté [2], chez la plupart des autres banques beaucoup plus.) L'argent prêté est dépensé par l'emprunteur et arrive ensuite sur des comptes chez d'autres banques. Les clients de la première banque disposent toujours de leurs avoirs, tandis que chez les banques recevantes de nouveaux avoirs voient le jour. Grâce à l'argent reçu, ces banques-ci peuvent fournir de nouveaux prêts. Cela continue. Et à chaque fois les avoirs bancaires sont multipliés.

Ce système s'appelle "fractional reserve banking". [3] Les banques ne peuvent satisfaire qu'à une fraction de leurs obligations. Elles ont prêté l'argent, bien qu'il puisse être réclamé immédiatement. Elles font le pari, que les clients ne demanderont jamais plus qu'elles n'ont de réserve en caisse et qu'au besoin la banque centrale viendra à leur secours. Le pourcentage que les banques n'ont pas le droit de prêter (la réserve de caisse) peut être établi par la loi (aux États-Unis c'était 1 : 9). Dans beaucoup d'autres pays la banque centrale fixe ce pourcentage minimum. Avant la crise, pour les Pays-Bas, j'ai lu un pourcentage de réserve de caisse de seulement 3%.

Chaque fois qu'un emprunteur dépense l'argent de son emprunt, l'argent déménage à une banque suivante, qui en profite pour fournir de nouveaux prêts. Le même argent est donc prêté plusieurs fois. Dans un système de 1:9 le même argent peut être prêté 9 fois. Avec une réserve de caisse de 3% il peut être prêté 32 fois. Et à chaque fois qu'il est prêté une banque collecte des intérêts.

Le risque classique pour les banques est que les prêts ne soient pas remboursés. Ce risque augmente, quand moins de nouveaux prêts sont mis en circulation que ceux qui sont remboursés. En effet, à ce moment-là, la quantité d'argent en circulation diminue. Pour le monde bancaire un environnement dans lequel la masse d'argent augmente en permanence offre moins de risques. La banque centrale veille à ce que cette masse d'argent continue de croître (l'inflation de soi-disant 2%). Au besoin, les banques peuvent emprunter de l'argent à la banque centrale contre des garanties consistant en actions ou obligations. Quand le gouvernement emprunte de l'argent la masse d'argent dans le pays augmente également. Mais la plus grande croissance est causée, bien entendu, par le facteur de multiplication, qui est réalisé par les banques elles-mêmes. Quand le facteur de multiplication augmente, les crédits peuvent être remboursés plus facilement. Les revenus des banques sont multipliés aussi. Il y a donc une tendance naturelle pour prêter des pourcentages de plus en plus élevés. En outre, les banques peuvent imposer des exigences de plus en plus élevées'aux emprunteurs pour diminuer les risques. Cependant, la conséquence de cette dynamique est que les réserves de caisse diminuent.

Les réserves de caisse servent à fournir de l'argent liquide aux clients et, surtout, aux paiements mutuels entre les comptes chez les différentes banques. Quand un client de la banque A fait un paiement à un titulaire de compte de la banque B, un peu de réserve de caisse va de la banque A à la banque B. Et dès qu'un client d'une autre banque fait un paiement à un client de la banque A, la réserve de caisse augmente de nouveau. Donc, cet argent fait des va-et-vient entre les banques. Autrefois cela prenait trois jours pour faire un paiement à un client d'une autre banque. Les banques avaient besoin de pas mal de réserve de caisse. Depuis, le système de paiements a été modernisé. Les paiements font des va-et-vient entre les banques le jour même. Chaque jour le même argent peut faire des milliers de va-et-vient entre les banques. Pour effectuer les paiements interbancaires il n'y a besoin que de très peu de réserves. Les banques ont également fait en sorte, que leurs clients n'aient plus guère besoin d'argent liquide. D'abord les employeurs ont été obligés de payer les salaires par virement sur des comptes bancaires. Tout le monde a été pourvu de chèques, de formulaires de virement, suivis de cartes bancaires et du service bancaire par l'Internet. Depuis quelques années, aux Pays-bas tout au moins, les banques cherchent à nous imposer des cartes de débit (le "pin-pas") pour toutes les dépenses modestes. (Note de MFC : En France, le même système a été commercialisé sous le nom Monéo.) Pour chaque euro que nous ne gardons pas dans notre poche, la banque peut fournir un multiple en prêts...

Bien que la croissance de la masse d'argent soit nécessaire pour diminuer le risque d'un crash du système par des prêts non remboursés, le facteur de multiplication mène finalement à toujours plus d'instabilité et à des réserves de caisse de plus en plus petites. Dès qu'une banque essuie des pertes, cela ne diminue pas seulement son capital, mais souvent également sa réserve de caisse. Selon les règles du jeu, lorsqu'une banque arrive en dessous des 8% de capital ou lorsqu'elle n'a plus assez de réserves de caisse, elle a perdu. En 2007 ce furent les prêts hypothécaires aux conditions "privilégiées" qui causèrent l'arrêt du système, mais cela aurait aussi bien pu arriver avec des pertes sur d'autres types de prêts, comme des prêts au Tiers Monde. Les banques n'avaient tout simplement plus assez de réserves pour faire face à des pertes. Que des difficultés dans une banque se propagent vers d'autres banques, vient du fait que les banques empruntent de l'argent les unes des autres et se vendent des papiers de valeur pour optimiser la composition de leur balance. Le fait que les prêts subprimes étaient emballés comme un produit financier composé, n'a fait qu'augmenter les dégâts. Cependant, la cause principale de la crise n'était pas les pertes sur les subprimes, mais la capacité structurellement diminuée des banques pour faire face à des pertes. Et cela est la conséquence logique de la dynamique naturelle dans le "fractional reserve banking".



Pris en otage

Dans beaucoup de pays, le gouvernement a été appelé à l'aide pour sauver les banques. Cela est remarquable, car les banques fonctionnent en dehors de tout contrôle démocratique. Ce furent les directeurs des banques centrales qui ont amené (ou dupé) les ministres des finances dans des réunions internationales et obtinrent des crédits pour les banques de montants inimaginables. Nous nous portons garants avec nos impôts futurs. Mais les banques paieraient des intérêts conformes au marché. Autrement dit, elles feront payer leurs clients : vous et moi. En fait, les ministres de finances avaient le dos au le mur. Les banques ne devaient pas tomber, car elles étaient trop importantes.

Autrefois, des parlementaires se sont dessaisis du pouvoir sur l'argent. Ils n'avaient pas la moindre notion de ce que c'était l'argent, ni la moindre idée sur comment le système d'argent fonctionnait. Aujourd'hui, ce sont les banques qui déterminent combien d'argent il y a en circulation et combien la population doit payer pour ce service. Le facteur de multiplication mène également à un déplacement du pouvoir : relativement, les banquiers prennent de plus en plus de décisions d'investissement dans le pays et le gouvernement de moins en moins. Puisqu'il y a de plus en plus d'argent en circulation, de plus en plus de choses sont achetables. Cela a mené, entre autres, au démantèlement des tâches de l'état. Beaucoup de services, qui sont importants pour le bon fonctionnement de la société, comme le transport public, les postes, le téléphone, les services des eaux et de l'énergie, ont été vendus par le gouvernement à des entreprises privées, basées sur la recherche de profits. Les entreprises privées produiraient mieux. Mais, en fait, ces privatisations cachent un déplacement du pouvoir, dû au "fractional reserve banking".

Nous prétendons toujours, que nous vivons dans une démocratie, mais le parlement n'a plus rien à dire sur un des facteurs des plus importants dans notre société : l'argent. Pour ramener le pouvoir sur l'argent à l'intérieur de la démocratie, il n'y a besoin que de quelques petits changements de loi. Hélas ! Les parlementaires de notre temps, excepté quelques-uns, ne comprennent toujours rien au système d'argent. C'est dommage, car en reprenant le pouvoir sur l'argent et avec une réforme bancaire appropriée, ils pourraient terminer la crise de crédit quasiment immédiatement. [4]



Réforme bancaire

Décrite en bref, cette réforme bancaire pourrait avoir la forme suivante : la banque centrale deviendrait une banque d'état et ferait partie du ministère des finances. Cette banque serait la seule autorisée à créer de l'argent pour des prêts. Ce serait au parlement de décider quelle sorte de crédits doivent avoir la priorité dans l'intérêt de la société. Ces prêts pourront être accordés à des conditions favorables. De cette façon le parlement aura beaucoup plus d'influence sur la forme que prend la société.

Les banques commerciales actuelles deviendraient des guichets de service pour les prêts de la banque d'état au public. Elles gèreront les comptes de paiement et d'épargne de leurs clients pour le compte de la banque d'état. Elles ne pourront plus disposer librement de l'argent de leurs clients et ne pourront plus multiplier les avoirs. Cependant, elles pourront réunir des fonds pour les prêter.



Ethique

Si le trésorier d'un club de sport local utilise l'argent à la dérobée pour l'investir et ainsi pour s'enrichir, il risque d'être condamné. Mais lorsque des banquiers gèrent les comptes de paiement de leurs clients de cette sorte, ils restent libres.

Les règles corrompues pour les banques ont leur origine dans un passé lointain, lorsque les orfèvres, et plus tard les banquiers cherchaient délibérément à tromper leurs clients. [5] La seule différence avec autrefois, c'est que le système est devenu officiel et admis par la loi. Bien entendu, cette façon de procéder est gardée cachée le mieux possible. Vous ne trouverez pas un site web d'une banque ou d'une banque centrale, qui explique clairement comment fonctionne une banque et comment est conçu le système. Dans les écoles - hormis quelques très rares exceptions - le sujet n'est pas traité et même dans la plupart des formations économiques le sujet manque dans le programme.

Surtout à partir de 1913, après l'établissement de la Federal Reserve Bank aux États-Unis, les banquiers ont réussi à obtenir un cadre légal à eux dans beaucoup de dizaines de pays et à s'approprier le pouvoir sur l'argent local. Dans chacun de ces pays une banque obtenait le rôle de banque centrale. Les noms de ces banques centrales donnent l'impression qu'il s'agit d'établissements d'état, tandis que, tout au contraire, elles devenaient indépendantes du gouvernement et du parlement locaux, bien que parfois pas à pas : De Nederlandse Bank N.V. (1914), Bank of Canada (1935), National Bank of Danmark (1936), Deutsche Bundesbank (1957), Banque de France (1993), Bank of Japan (1997), etc. Sur leurs billets de banque il y avait souvent des portraits de rois ou d'hommes d'état. Souvent aussi l'état gardait la responsabilité de battre les pièces de monnaie, ce qui contribuait à donner l'impression que l'argent du pays était issu par l'état. Sur ces pièces également il y avait souvent un portrait inspirant confiance. Au besoin, la religion était utilisée aussi. C'est ainsi que le florin Néerlandais reçût l'inscription "Que Dieu soit avec vous" sur la tranche.



Croissance économique éternelle

Au siècle dernier, c'est grâce au potentiel de croissance économique et à la disponibilité croissante de matières premières et d'énergie, que la multiplication de l'argent ne posait pas de problème, mais, au contraire, attisait cette croissance.

Ma thèse est que le système bancaire actuel constitue un danger pour l'avenir de l'humanité. L'inflation permanente, inhérente à ce système, donne l'impulsion à toujours plus d'activité économique, pour compenser la perte de la valeur de l'unité de l'argent et pour obtenir un peu de l'argent supplémentaire mis en circulation. Et à mon avis, la croyance entêtée, qu'une économie doit croître pour être saine, vient de là. (Et non pas, par exemple, d'un penchant spontané des travailleurs pour travailler toujours plus dur.)

Une société durable, au contraire, suppose un équilibre avec notre environnement. Notre environnement ne croît pas de pair avec l'augmentation de notre activité économique et de notre population. Il s'en trouve détruit. [6] Nous devons nous débarrasser le plus rapidement possible de notre système bancaire inflationniste et ramener le pouvoir sur l'argent là où il doit se trouver dans une démocratie : au parlement.


* Rudo De Ruijter est chercheur indépendant basé aux Pays-Bas. Il peut être contacté via www.courtfool.info/fr_contact.htm

Si vous voulez, vous pouvez copier cet article, l'envoyer à des intéressés ou le publier dans des journaux ou sur l'internet.


[1] L'exigence de 8% de capital est la norme des Accords de Bâle de 1988, sur laquelle plein d'exceptions s'appliquent. Ainsi, pour les prêts hypothécaires sur les logements une banque n'a besoin de réserver que de 4% de la somme équivalente en capital. (Pour chaque 4 euros de capital, elle peut fournir 100 euros de prêts.) Pour des prêts à d'autres banques c'est, en général, encore moins. Et pour des prêts avec une garantie de l'état c'est 0% (http://www.bis.org/publ/bcbs04a.htm & http://www.bis.org/publ/bcbs04a.pdf ?noframes=1). En 2004 la Commission Européenne proposait de diminuer les 8% à 6% et les 4% pour les prêts hypothécaires à 2,8% (http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do ?reference=MEMO/04/178&format=HTML&aged=1&language=EN&guiLanguage=en). Les Accords de Bâle de 2006 offrent aux (grandes) banques plus de possibilités pour choisir elles-mêmes la méthode la plus favorable pour calculer leurs risques (http://www.bis.org/list/bcbs/tid_22/index.htm)


[2] Chez Triodos Bank 65% est prêté (http://www.triodos.com/com/whats_new/latest_news/general/response_fin_crisis)


[3] http://www.mises.org/story/2882#3 : Voyez les chapitres Fractional Reserve Banking, Central Banking, Deposit Insurance. Notez, que Murray N. Rothbard (1926-1995) était favorable au retour du "gold standard", de l'argent basé sur un poids défini en or. Ron Paul plaide aussi pour ce système. Bien que compréhensible, du point de vue de l'histoire des États-Unis, un système de monnaie basé sur l'or a beaucoup de désavantages. Les pays sans mines d'or devront acheter l'or (donc livrer des marchandises et des services aux pays fournisseurs de cet or), juste pour pouvoir disposer d'un moyen de paiement national. Chaque fois que plus d'or arrive sur le marché mondial, ils seront obligés d'en acheter plus pour éviter que leur monnaie dévalue par rapport à celles de pays dont le stock d'or augmente. Les producteurs d'or auraient, dans beaucoup d'aspects, un pouvoir supra-national, encore plus que la Fed aujourd'hui. L'or n'a pas de valeur stable. Son prix peut être influencé par des détenteurs de stocks importants, comme l'industrie minière de l'or et les banques centrales. Même de grands nombres de petits acheteurs et de vendeurs, lorsqu'ils sont motivés par la peur ou l'avarice, peuvent influencer le prix. Toutes ces fluctuations de prix peuvent constituer un danger pour toute économie qui a sa monnaie couplée à l'or. Et, encore plus qu'aujourd'hui, l'or causerait des conflits, de l'oppression et des guerres.


[4] Crise bancaire ? Réforme ! (http://www.courtfool.info/fr_Crise_bancaire_Reforme.htm)


[5] Secrets d'argent, intérêt et inflation (http://www.courtfool.info/fr_Secrets_d_argent_interets_et_inflation.htm)


[6] Crise de l'énergie : point tournant de l'humanité (http://www.courtfool.info/fr_Tournant_de_l_humanite.htm)


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Vendredi 19 juin 2009 5 19 /06 /2009 23:42

Les statistiques concernant l'économie réelle ne cessent de révéler la profondeur de la crise : explosion du chômage dans tous les pays, baisse du PIB, faillite de banques et d'entreprises, explosion des dettes publiques, quasi faillite de certains états (Lituanie), plans d'austérité (Espagne, Lettonie, Estonie).


Mais certains et de plus en plus, depuis début mars croient voir des lueurs d'espoir ou des signes de sortie de crise.


C'est surtout aux USA que ces signes semblent les plus nets : après le résultat des Stress tests qui ont révélé une faible sensibilité des grandes banques américaines, c'est le plan de reprise des "actifs pourris" de ces mêmes banques qui vient d'être mis en sommeil : les banques refusent de "vendre" leurs actifs qui ne seraient pas si pourris que ça. D'autant que la plupart de ces entreprises ont remboursé les prêts faits par l'état US. Tout semblerait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes finciers. La consommation des ménages semble repartir. Ah si le chômage n'explosait pas...


Il y a également la Grande-Bretagne, qui après avoir frôlé la faillite et le renflouement par le FMI, annonce un PIB positif pour les mois d'avril et mai. Les Echos du 10 juin rapportent : « Le Royaume-Uni a connu une petite croissance en avril, la première depuis un peu moins d'un an, et cette tendance s'est confirmée en mai, a annoncé mercredi le National Institute of Economic and Social Research (NIESR). »... Ce serait le premier pays à sortir de la récession !



L'argumentation essentielle des "optimistes" est de mettre en avant le moindre "indicateur positif" pour le transformer en hirondelle qui annonce le printemps. Cela se passait en mars, puis en avril, et en mai... Mais dans quelques jours, c'est l'été et le printemps n'est toujours pas là...

Et ils sont sûrs qu'une fois atteint le fond de la crise, on ne peut que remonter... Il y a quelques semaines, nos optimistes annonçaient même la reprise pour septembre. Maintenant, plus prudents, ils l'annoncent pour la fin de l'année ou début 2010 et la plupart reconnaissent que la reprise sera faible pendant quelques années.



Du côté des pessimistes (mais suivant la sagesse populaire "un pessimiste est un optimiste qui s'est renseigné"...), les arguments ne manquent pas pour dire que comme les problèmes de fond qui ont provoqué la crise n'ont pas été réglés, au mieux, nous sommes sur la barre horizontale du L, ce qui veut dire que nous avons atteint le fond, mais que nous allons y rester et qu'il n'y aura pas de remontée avant plusieurs années. Et donc, ce sera une crise sociale qui suivra, car le chômage va continuer sa progression inexorable. En parallèle, ce seront des plans d'austérité et une augmentation des impôts qui seront mis en place pour renflouer les finances des états... De quoi lester l'économie pour de nombreuses années...



Voyons maintenant quelques "pessimistes" et le développement de leurs arguments.

Un de ceux les plus en vue en France est Jacques Attali. Il a publié un article sur son blog le 03 juin dernier intitulé « Passer aux choses sérieuses ».


Il explique : « Contrairement à ce qu'on voudrait faire croire, la crise s'approfondit : aux  Etats-Unis, tous les déficits  augmentent ; les défauts des banques s'aggravent ; et même si Wall Street est en hausse, sa valeur est  encore 40% inférieure à celle d'octobre 2007. De plus, chacun murmure, dans les cercles informés, qu'il faut s'attendre à bien d'autres tsunamis : sur les crédits immobiliers privés, sur les cartes de crédit, et sur l'immobilier commercial. »  

Comment régissent les principaux états concernés ? « Pour y répondre, les Etats-Unis, dans un pari fou, investissent l'argent qu'ils n'ont pas dans les secteurs de pointe. Et la Chine, dans un pari tout aussi audacieux, abandonne tout espoir d'une reprise de ses exportations vers l'Amérique et investit, dans une relance gigantesque, 20% de son PIB en infrastructures internes.


« L'Europe, face à cela, ne fait rien. Paralysée par son histoire et par ses prudences, elle préfère croire que la crise va se régler d'elle-même. Ayant tout misé sur une réforme de la gouvernance mondiale, dont la comédie de Londres n'a naturellement pas accouché, elle semble désormais attendre que le marché sorte de sa poche un remède miracle. Privée de dirigeants audacieux à Bruxelles, l'Union ne se donne aucun moyen nouveau ni pour protéger ses banques, ni pour relancer ses secteurs de pointe. 2008 et 2009 resteront comme les années du néant européen. L'euro lui-même ne résistera pas à un tel choc. »


Il n'est pas le seul à dire que l'euro risque de ne pas résister à cette crise. Eric le Boucher expliquait dans les Echos du 05 juin dernier que « le dernier acteur européen s'est arrêté de jouer : l'Allemagne ne croit plus à l'Europe. Elle la juge contraire à ses intérêts, en l'occurrence trop anglo-saxonne et pas assez industrielle. Déçue, non sans raisons, elle n'a plus confiance dans ce qui se décide à Bruxelles. La France, qui a déjà voté « non », n'a pas de leçon à donner. Mais cette fois-ci le film semble bien terminé : Germania, si toi aussi tu m'abandonnes... »


Et la France, que fait-elle ? Attali explique : « Il est temps pour la France de comprendre que, à ce rythme là, le pire est  presque certain : un marché immobilier en baisse ; une surcapacité de production dans les grands secteurs ;  une récession en  2009,  2010, et même de 2011 ; le chômage dépassera les 3,5 millions de personnes ; le déficit budgétaire atteindra, malgré tous les maquillages, les 8 ou même les 10 % du PIB, à moins d'augmenter massivement les impôts, ce qui sera de plus en plus  difficile, avec l'approche des élections présidentielles ; les  élites scientifiques et  techniques se révolteront ou partiront, écœurées par la révélation des fortunes faites dans la finance. »


Pour lui, les solutions sont dans la ligne de ses fameuses propositions : « Agir, c'est donc relancer massivement l'industrie par des dépenses clairement ciblées sur les secteurs d'avenir : la santé, l'énergie, l'agriculture, les infrastructures, l'environnement, les nouveaux matériaux, les logiciels, les nanotechnologies, les neurosciences, les services de pointe et les industries culturelles. Et pour cela augmenter significativement les salaires des chercheurs, des professeurs, des médecins, des ingénieurs, c'est-à-dire de   tous ceux, qui par leur créativité apportent aux pays. Au détriment, si nécessaire, des revenus et des privilèges de ceux qui les dirigent, les financent ou les distraient. C'est accepter provisoirement des déficits ciblés pour financer ces dépenses d'avenir. C'est promouvoir de nouveaux modèles d'entreprises, plus soucieux du long terme, et proches de ceux des ONG et des services publics ; c'est orienter la finance vers la prise de risque dans les secteurs de long terme, et non vers le profit pour compte propre. » Je ne suis pas sûr que ça règlera tous les problèmes...



Un autre pessimiste est Loïc Abadie, le rédacteur du blog Tropical Bear.


Dans ses 3 articles écrits en juin, voici les points importants :


Dans le premier article, après des considérations très techniques sur la bourse, il explique : « Il n'y a pourtant pas la moindre raison fondamentale qui permette de croire que les plans de relance actuels puissent avoir un quelconque autre effet que d'aggraver encore la situation.


« Je suis d'accord avec les analystes qui anticipent une récession en W, mais certainement pas sur l'endroit où nous nous trouvons dans ce W (dans le premier quart de la branche descendante...qui peut quand même avoir quelques zigzags ponctuels de quelques mois vers le haut !).


« Dans le contexte d'une crise provoquée par la plus grande bulle de crédit de l'histoire, certains estimeront peut-être que le fait que la dette totale des USA soit passée de 350% au début de la crise à 373% au 1er trimestre 2009 (et certainement plus au T2 2009, les chiffres seront disponibles le 11 juin), est un signe d'amélioration.


« Ils restent persuadés que la dette du système peut augmenter infiniment, que les pays émergents seront toujours enthousiastes à l'idée de travailler pour livrer gratuitement aux cigales que nous sommes tous les produits dont nous avons besoin, et que nous pourrons continuer éternellement à les payer à l'aide de reconnaissances de dettes pour consommer toujours plus sans produire... »


Ce n'est pas autre chose que ce qu'a dit Lula la semaine dernière lors du mini-sommet sur l'emploi de Genève organisé par l'OIT : « On ne peut pas se permettre de vivre avec des paradis fiscaux, on ne peut pas continuer à vivre avec un système financier qui spécule, qui vend du papier sans produire, sans produire le moindre poste de travail, la moindre chaussure, la moindre cravate", a lancé M. Lula devant les 183 membres de l'OIT, sous un tonnerre d'applaudissements ».


Loïc Abadie continue : « Laissons ces experts croire à leurs rêves de reprise durable, laissons les imaginer que l'impression de quelques milliards de morceaux de papier va constituer pour nous une création de richesse et une croissance grâce à la relance du "Saint-Graal du boomer de base", la "consommation"...et regardons les faire de loin !


Venons-en à François Leclerc dont je vous ai parlé dans des récents billets.


Un de ses meilleurs articles sur le blog de Paul Jorion est celui d'aujourd'hui "Un avenir pas trop radieux", dans lequel il explique que « petit à petit, les contours de ce qui nous attend se dessinent, à condition qu'une rechute de la crise financière n'intervienne pas. En mettant à profit pour la décrire, non pas telle ou telle prospective financière ou économique, mais les prévisions de deux organisations internationales qui font autorité dans leurs domaines respectifs : l'Organisation Internationale du Travail (OIT) et la Food and Agriculture Organisation (FAO). Selon la première, le nombre de chômeurs dans le monde devrait mondialement effectuer un bond en 2009, augmentant dans une fourchette allant de 39 à 59 millions, par rapport à 2007. Selon la seconde, le cap d'un milliard de personnes en état de sous-alimentation sera franchi cette même année. »


Plus loin, il ajoute « que la reprise économique, quand elle interviendra, sera faible et le rétablissement long et socialement douloureux. Et que, selon une sorte de système de vases communiquant, la dette publique continuera d'enfler dans de gigantesques proportions, au fur et à mesure que la non moins énorme bulle de la dette privée se dégonflera. Le tout au nom de la protection des capitaux privés.


« Ce véritable champ de dévastation ne serait toutefois qu'incomplètement parcouru, s'il n'était pas fait mention de deux incertitudes majeures qui demeurent. Celle concernant la maîtrise impossible des déficits publics et les difficultés de leur financement (par l'impôt ? par l'emprunt ?) ; ainsi que celle d'une inflation résultant d'une création monétaire trop abondante, qui pourrait aider à régler le problème précédant mais risquerait en contrepartie de plonger le monde dans d'autres affres. Avec, à la clé et dans les deux cas, l'ouverture d'un nouveau front de crise, cette fois-ci dans le domaine monétaire. En raison de tensions extrêmes au sein de la zone euro, et d'une inévitable dévalorisation accentuée du dollar. Sans parler de la situation des autres devises et des méfaits du « carry trade » que ces situations favoriseront. Ni, sur un autre mais proche terrain, de la reprise de la spéculation à la hausse sur les matières premières. »



Quelques jours avant, il avait publié un article "Les glaneurs" dans lequel il constatait « le fossé qui va se creusant entre les commentaires lénifiants de la presse selon qui, si tout ne va pas bien, tout va en tout cas beaucoup mieux, et les commentaires de plus en plus apocalyptiques des blogueurs - dont » il fait partie. Je me mets également dans ce clan...


Il continue : « C'est que pour nous, blogueurs, notre crédibilité est en jeu. La pièce du "tout va bien" est essentiellement écrite en ce moment aux États-Unis mais il n'y a pas critique plus sévère pour un auteur que des spectateurs riant à contretemps. » Et il cite la mésaventure de Geithner la semaine dernière en Chine : « Mr. Geithner, Secrétaire au Trésor américain, l'a appris à ses dépens quand les étudiants de l'université de Pékin se sont esclaffés à sa remarque que l'achat par la Chine de Bons du Trésor américains avaient été un excellent placement. »



Dans un article du 16juin "En avant comme avant", il dénonce « la sorte de candeur avec laquelle il est expliqué [dans le Washington Post] que tout va redevenir comme avant pour les Américains, et qu'ils vont à nouveau pouvoir s'endetter pour vivre. [...] D'abord parce que rien n'est moins certain, tout du moins avec la même ampleur qu'avant, ensuite parce que cela semble aller de soi, comme si aucune autre issue n'était envisageable. J'ai à de nombreuses reprises, parlé d'une machine à fabriquer de la dette (et à en vivre), je n'espérais pas le rencontrer un jour revendiqué de manière aussi directe par ceux-là même qui sont aux commandes. »


Une amie qui vit aux USA m'expliquait que les américains sont "programmés" pour vivre à crédit. A peine nés, ils sont couverts de dettes... Ils ne savent pas vivre autrement. Il n'est donc pas étonnant qu'ils se remettent à emprunter. Cette amie me disait même que courant mai, il y avait des propositions commerciales pour acheter une voiture et commencer à la rembourser dans seulement 2 ans... La crise des subprimes ne leur a rien appris. Ils continueront comme cela jusqu'à la catastrophe absolue.



Un autre "pessimiste", Olivier Pastré, écrivait un article retentissant dans les Echos le 18 juin dernier : "Fin de la crise ? On croit rêver !".


Il faudrait citer tout son article, car il résume parfaitement les arguments des pessimistes : « Depuis quelques semaines, malgré la météo morose, de nombreux médias nous donnent à croire que l'économie mondiale connaît une embellie inespérée. La crise serait-elle finie ? C'est ce que l'on essaie de nous faire croire. »


Et il reprend les arguments des optimistes pour lesquels il y a « un certain nombre d'"hirondelles" [qui] semblent faire le "printemps" économique. Certains indicateurs américains avancés, dont la capacité prédictive est unanimement reconnue (comme les indicateurs ISM et PMI), témoignent d'une amélioration du moral des entreprises de ce pays. De même, les indicateurs concernant les pays émergents semblent virer progressivement au vert. Serait-ce la preuve que le marché intérieur de ces pays pourrait être susceptible de constituer un relais de croissance aux exportations ? Par ailleurs, les dépréciations d'actifs bancaires semblent marquer le pas, permettant même à un certain nombre de banques américaines de rembourser les fonds avancés par l'Etat, et donc de retrouver leur liberté en matière de rémunération de leurs dirigeants... Enfin, on peut espérer que les mesures de relance budgétaire prises, en contravention parfaite avec les dogmes prévalant depuis vingt ans (et, en premier lieu, le Pacte de stabilité européen), vont commencer à porter leurs fruits. »


Mais il pose la question : « Ces quatre "hirondelles" font-elles, pour autant, le "printemps" de la fin de la crise ? »

Pour lui, « la réponse est clairement "non". Car, si un coin de ciel bleu existe bel et bien, la couverture nuageuse n'en reste pas moins dominante. Et ce, sur tous les fronts. »


Et il en vient à la partie la plus importante : pourquoi cette crise n'est pas prêt de finir : « Au plan microéconomique, si les grandes entreprises, intelligemment mondialisées, arrivent momentanément à "tirer leur épingle du jeu", l'immense cohorte de PME subit de plein fouet le contrecoup d'un "credit crunch" que les banquiers nient mais que les statistiques les plus sérieuses commencent à révéler. Au niveau mésoéconomique, aucune réforme sérieuse n'a été mise en oeuvre à ce jour, alors que la crise a éclaté depuis près de deux ans. Malgré les pistes tracées par le G20 de Londres, rien ou presque n'a été fait. Qu'il s'agisse des agences de notation, des paradis fiscaux ou encore des moyens dont disposent les régulateurs bancaires. La réforme américaine reste insuffisante. Et ce, au moment même où se révèlent de nouveaux "champs de mines" qu'il paraît extrêmement périlleux de franchir. Ainsi en est-il, par exemple, des fonds de pension qui, aux Etats Unis, sont passés au- dessous du "seuil de flottaison" (à savoir, leur capacité de faire face à leurs engagements) ou encore des "hedge funds", dont les meilleurs connaisseurs prédisent la disparition pure et simple d'un tiers des effectifs. Ou encore des cartes de crédit aux Etats-Unis. Ou encore des LBO en Europe. Ou encore des CDS (« credit default swaps », produits de titrisation dont le marché dépasse le PNB mondial...) partout dans le monde.


« Quant au niveau macroéconomique, ce n'est guère mieux. Même si le dollar résiste, grâce aux Chinois, l'absence complète de coopération budgétaire à l'échelle de la planète donne toujours une prime aux "passagers clandestins" (comme l'Allemagne), qui profitent des efforts des autres sans, pour cela, payer leur écot aux efforts collectifs. »

Pour lui, finalement, il y a deux attitudes face à la crise : « Compte tenu de ces multiples "épées de Damoclès" la question posée est la suivante : faut-il prêcher le faux (la fin de la crise) pour connaître le vrai (le retour de la confiance) ? »


Sa « conviction est la suivante. La confiance ne se recrée pas de manière artificielle. La méthode Coué n'a jamais durablement fonctionné en économie. Mieux vaut ne pas se voiler la face et accepter la dure réalité. La crise n'est pas finie et les réformes pour sortir de celle-ci sont, plus que jamais, nécessaires. »


Mais sa solution se contente de reprendre les conclusions du G20 : « la mise en oeuvre effective des réformes sur lesquelles la plupart des experts se sont, aujourd'hui, mis d'accord. » Sinon ? « Les rares "hirondelles" économiques de ce printemps connaîtront un automne particulièrement cruel... »


Si tous les pessimistes sont d'accord sur l'analyse de la situation dans la crise, ils ne sont pas tous d'accord sur ce qu'il faut faire pour en sortir...



Enfin venons-en au LEAP qui, dans son communiqué du 16 juin arrive à la même conclusion que celle d'Olivier Pastré : le LEAP persiste et signe dans ses prévisions apocalyptiques pour cet été ("Le choc cumulé des trois "vagues scélérates" de l'été 2009").

Les auteurs expliquent : « Comme anticipé par LEAP/E2020 dès Octobre 2008, à la veille de l'été 2009, la question de la capacité des Etats-Unis et du Royaume-Uni à financer leurs déficits publics désormais incontrôlés s'est imposée comme la question centrale dans le débat international, ouvrant de ce fait la voie au double phénomène d'une cessation de paiement des Etats-Unis et du Royaume-Uni d'ici la fin de l'été 2009.


« Ainsi, à ce stade de développement de la crise systémique globale, contrairement au discours médiatique et politique dominant actuellement, l'équipe de LEAP/E2020 n'envisage pas du tout de reprise après l'été 2009 (ni d'ailleurs dans les douze mois à venir). Bien au contraire, du fait de l'absence de traitement de fond des problèmes à l'origine de la crise, nous considérons que l'été 2009 va voir la convergence de trois "vagues scélérates" particulièrement destructrices qui traduisent la poursuite de l'aggravation de la crise et vont provoquer des bouleversements historiques d'ici les mois de Septembre/Octobre 2009. Comme c'est le cas depuis le début de cette crise, chaque région du monde ne sera bien entendu pas affectée de la même manière ; mais, pour nos chercheurs, toutes sans exception connaîtront une forte dégradation de leur situation d'ici la fin de l'été 2009.


« Cette évolution risque ainsi de prendre à contre-pied nombre d'opérateurs économiques et financiers tentés par l'euphorisation médiatique actuelle. » Si c'est effectivement ce qui se passe, cela va faire effectivement un choc...


Voici ces trois "vagues scélérates" :


« 1. La vague du chômage massif : trois dates d'impact qui varient selon les pays d'Amérique, d'Europe, d'Asie, du Moyen-Orient et d'Afrique


« 2. La vague déferlante des faillites en série : Entreprises, banques, immobilier, états, régions, villes


« 3. La vague de la crise terminale des Bons du Trésor US, du Dollar et de la Livre et du retour de l'inflation ».


Et nos auteurs expliquent ce qui pourrait se passer : « Ces trois vagues ne sont en fait pas successives comme ces vagues scélérates appelées « trois soeurs » pourtant si destructrices ; elles sont bien plus dangereuses car elles sont simultanées, asynchrones et non parallèles. De ce fait, leur impact sur le système mondial est générateur de dislocation puisqu'elles l'atteignent sous divers angles, à différentes vitesses, avec des forces variables. »


Et face à ces trois vagues, « la seule certitude à ce stade, c'est que le système international n'a jamais été aussi faible et démuni face à une telle situation : la réforme du FMI et des institutions de gouvernance mondiale annoncée au G20 de Londres reste lettre morte, le G8 ressemble de plus en plus à un club moribond dont tout le monde se demande désormais à quoi il peut bien servir, le leadership américain n'est déjà plus que l'ombre de lui-même qui tente désespérément de conserver des acheteurs pour ses bons du trésor, le système monétaire mondial est en pleine désintégration avec les Russes et les Chinois notamment qui accélèrent leur jeu pour se positionner dans l'après-Dollar, les entreprises ne voient aucune amélioration à l'horizon et accroissent leurs licenciements, des états de plus en plus nombreux vacillent sous le poids de leur dette accumulée pour « sauver les banques » et devront assumer une déferlante de faillites dès la fin de l'été. A l'image des banques, d'ailleurs, qui, après avoir soutiré encore une fois l'argent des épargnants crédules grâce à l'embellie des marchés financiers orchestrée ces dernières semaines, vont devoir reconnaître qu'elles sont toujours insolvables dès la fin de l'été 2009. »


Mais rien ne fait reculer nos financiers : « Aux Etats-Unis comme au Royaume-Uni en particulier, l'effort financier public colossal réalisé en 2008 et début 2009 au seul profit des grandes banques a atteint un tel degré d'impopularité qu'il était devenu impossible au Printemps 2009 d'envisager de nouvelles infusions de fonds publics au profit des banques pourtant toujours insolvables. Il est alors devenu impératif d'orchestrer un "beau conte de fée" pour pousser l'épargnant moyen à injecter ses propres fonds dans le système financier. »


Et « les dirigeants politiques de la planète », complices objectifs des financiers ou gogos « intoxiqués par les financiers, vont à nouveau avoir la surprise après l'été de découvrir que tous les problèmes de l'année passée vont resurgir, démultipliés, car ils n'ont pas été traités, mais juste "enfouis" sous des masses immenses d'argent public. Une fois cet argent dilapidé par des banques insolvables, forcées à "sauver" des concurrents en pire état qu'elles-mêmes, ou dans des plans de stimulation économique mal conçus, les problèmes ressortent aggravés. Pour des centaines de millions d'habitants d'Amérique, d'Europe, d'Asie et d'Afrique, l'été 2009 va être une terrible transition vers un appauvrissement durable du fait de la perte de leur emploi sans perspective d'en retrouver un avant deux, trois ou quatre années ; ou du fait de l'évaporation de leurs économies placées directement en bourse, dans des fonds de retraite par capitalisation ou des placements bancaires liés à la bourse ou libellés en Dollar US ou en Livre britannique ; ou bien du fait de leur investissement dans des entreprises poussées à attendre désespérément une embellie qui ne viendra pas avant longtemps. »


Avenir sombre, mais il vaut mieux être prévenu...


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Jeudi 4 juin 2009 4 04 /06 /2009 23:23

Je vous avais signalé il y a quelques temps le blog de Loïc Abadie "Tropical Bear", qui fait une analyse très pertinente de la situation économique. Un seul regret, c'est qu'il ne publie que deux ou trois articles par mois...



Un autre blog, beaucoup plus fourni, qui me paraît tout aussi intéressant est celui de Paul Jorion. En particulier, les articles de François Leclerc (deux ou trois fois par semaine) préintitulés "L'actualité de la crise" donnent une vue très intéressante du développement de la crise.


Vous lirez avec intérêt ses derniers billets :



"L'impasse de l'hypothétique relance" du 24 mai dernier, dans lequel François Leclerc se pose la question au sujet de la reprise : « qu'est-ce qui va pouvoir la déclencher ? »


Après avoir cité Jean-Claude Trichet, Donald Kohn (vice-président de la FED), Alan Greenspan (ancien président de la FED) et Robert Zoellick (président de la Banque Mondiale), il montre que la reprise ne viendra pas des banques centrales et de leurs immenses déficits.

Ensuite, il évoque la Chine pour aussitôt montrer qu'il ne faudra rien attendre de ce côté-là non plus.


Sa conclusion : « Mais, avec tout cela, nous n'avons toujours pas trouvé d'où proviendra la relance, quand elle interviendra. »



"Le pire est-il encore évitable ?" du 25 mai. Dans ce billet, François Leclerc fait un tour de l'ensemble de la crise.


Entre la dette croissante des états qui va provoquer une forte pression fiscale, le chômage qui explose, une croissance éventuelle qui sera de toutes manières molle, et un basculement de l'axe mondial, il prévoit que « c'est au plan social que la situation sera la plus lourde. »


Il précise : « Dans les pays "développés", les couches moyennes de la société payeront un important tribut à la récession économique prolongée. Les pauvres resteront pauvres - ils savent y faire. Les inégalités sociales s'accentueront encore, suivant des modalités qui rappelleront dans les pays "développés" celles que connaissent les pays qui ne le sont pas. Le monde s'homogénéisera, mais par le bas, pas par le haut. La précarité s'accroîtra en Occident, tandis que la pauvreté s'y installera et se cristallisera dans des zones entières, induisant une urbanisation jusque-là réservée au Tiers-monde. »


Sans oublier les inévitables catastrophes écologiques : « Et quid du chapitre des ressources mondiales et des dérèglements de toutes natures, négligé dans ces ténèbres ? »



"Il n'y a pas de sauveur suprême" du 02 juin. Dans ce billet, François Leclerc explique que les banques centrales qui devraient être les sauveurs en dernier recours ne savent plus où elles en sont...



Je continuerai à vous signaler ses articles.


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