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Relations sociales

Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /2009 23:32

Les études et sondages sur la manière dont les français vivent leur relation avec leur entreprise se suivent et se ressemblent. Mais on peut aborder la question, soit comme le verre à moitié vide, soit comme le verre à moitié plein.

Car, à y regarder de près, il y a environ la moitié des salariés qui sont globalement satisfaits de leur entreprise et la moitié des salariés qui sont mécontents de la relation avec leur entreprise.



Prenons le dernier sondage TNS Sofres pour Altedia qui vient d’être publié.

Ce sondage comporte plusieurs parties. Voici les enseignements qui me semblent les plus importants.

 

D’abord, « la rupture du lien entreprise – salarié semble consommée » : 87% des sondés pensent que « dans les années qui viennent, de plus en plus d'entreprises vont avoir tendance à délocaliser » ou encore 81% des sondés ne pensent pas que « aujourd'hui en France, les intérêts des entreprises et des salariés vont dans le même sens. » Il y a manifestement une crise de confiance. Par contre, si on leur demande ce qu’il en est dans leur entreprise, ils sont moins sévères : ils ne sont plus que 61% à ne pas penser que dans leur « entreprise / administration, les intérêts des dirigeants et des salariés vont dans le même sens ».

Cette rupture ne date pas d’aujourd’hui. En août 2008, j’ai publié un billet « Cadres et entreprises : le divorce ». J’expliquais que « pour beaucoup de cadres, le divorce est déjà consommé. La relation de confiance qui existait il y a vingt ans a disparu. Les années 90 ont vues les entreprises licencier les cadres qui s'étaient dévoués corps et âme à elles. Première cause de divorce. Surtout pour les plus anciens. Mais cela a laissé des traces chez tous les cadres : l'intérêt de l'entreprise passe après l'intérêt individuel. D'où la révolte des cadres quand on veut leur retirer leurs RTT : ils préfèrent rester en famille plutôt que de passer 10 jours de plus dans l'entreprise.
« Mais il y a la conscience professionnelle qui fait que les cadres s'investissent malgré tout dès que le besoin se fait sentir. Et là, deuxième cause de divorce : l'entreprise en profite et demande toujours plus, jusqu'au "burn out"... » A l’époque, le marché du travail était très différent de ce qu’il est aujourd’hui et je concluais : « Mais actuellement le marché de l'emploi des cadres est favorable. Les entreprises devront en tenir compte et seules celles qui mettront en place un véritable management humain garderont les meilleurs. Les autres se contenteront de les voir passer... »

Si la rupture des cadres avec l’entreprise s’est faite dans les années 90, la rupture avec les ouvriers et les employés est plus ancienne. Elle remonte aux années 70 avec les vastes plans de licenciement sonnant la fin des “Trente glorieuses”.

 

Revenons à notre sondage.

Précision importante : « le malaise semble particulièrement aigu dans les grandes organisations : 61% des salariés de TPE (10 salariés ou moins) estiment que les intérêts des dirigeants et des salariés de leur entreprise / administration vont dans le même sens. La proportion décroît régulièrement pour ne plus atteindre que 27% dans les grandes (soit à peine plus d’un quart). »

Ensuite, les salariés sont défiants « vis-à-vis de la direction…mais aussi des syndicats » : ils sont 53% à ne pas avoir « confiance dans leurs syndicats » et 58% à ne pas avoir « confiance dans les dirigeants de leur administration / entreprise ».

Autre enseignement, mais qui n’a rien d’étonnant : le capitalisme et la mondialisation sont « des notions négatives pour près de 3 salariés sur 4 ».

Un point inquiétant : « un quart des sondés sont prêts à participer à des actions “dures” ». C’est ce que L’Usine Nouvelle du 19 novembre appelle à la suite du CCA les « révoltés du Bounty ». Ils seraient 40% (un peu plus que 25%...), ne supporteraient plus le système, rejetteraient les méthodes de management et seraient prêts à se révolter…

Les sentiments des sondés à l’égard de leur employeur « permet de bien mettre en lumière les fortes différences de climat entre les différentes populations » :

« Les quinquagénaires sont particulièrement touchés par la déception (44%) et la lassitude (39%), ce qui se traduit par un niveau particulièrement élevé de sentiments négatifs majoritaires (45%, 9 points de plus qu’en moyenne). »

« Les salariés des grandes organisations comparés à ceux des TPE  :
« 44% de déception contre 20% en TPE
« 27% d’attachement contre 41% en TPE
« 21% de confiance contre 36% en TPE ».

Par contre « les cadres sont en revanche nettement plus positifs :
« 26% d’enthousiasme contre 12% pour les ouvriers
« 43% d’attachement contre 21% pour les ouvriers
« et 33% de fierté contre 13% pour les ouvriers ».

« Deux secteurs semblent douter particulièrement :
L’industrie, particulièrement touchée par la déception (50%) et la méfiance (41%).
Et la Fonction Publique d’Etat, où la confiance est au plus bas (12%) ». Lorsqu’on voit nos gouvernants donner des leçons de management…

Point important qui confirme le développement de l’individualisme : 64% des sondés pensent qu’ « au sein de leur entreprise / administration », « développer les occasions d'échange informel entre les salariés et leur supérieur hiérarchique » semble « le plus efficace pour que les salariés soient mieux entendus (ou “pris en compte”) ».

Alors qu’ils ne sont que 27% à penser qu’ « au sein de leur entreprise / administration », « donner plus de pouvoir aux syndicats » semble « le plus efficace pour que les salariés soient mieux entendus (ou “pris en compte”) »

Concernant leurs relations avec leurs dirigeants, les salariés sont très partagés. Mais ils sont « bien plus positifs sur leur relations avec leur manager direct ».

Dans la partie consacrée au travail et à l’implication, les constats sont intéressants : « Un salarié sur 2 dit toujours s’épanouir dans son travail » et 61% pensent que leur « niveau de stress est acceptable ».

Précisions :
« Les cadres sont classiquement plus satisfaits : de leur niveau de stress (70%), de leur possibilité de s’épanouir (65% contre 39% pour les ouvriers), de la reconnaissance de leurs efforts (61%), de leur rémunération (45%).

« Le clivage générationnel apparaît ici aussi entre des jeunes nettement plus satisfaits et leurs aînés. En particulier, 63% des moins de 30 ans disent s’épanouir, contre 40% des quinquas et 46% sont satisfaits de leur perspective d’évolution (contre 17% des quinquas).

« La Fonction Publique d’Etat fait à nouveau preuve d’un niveau d’insatisfaction élevé, notamment sur la reconnaissance de ses efforts (34% de satisfaits contre 48% dans le privé et 60% en entreprises publiques) et même un niveau étonnamment faible sur… la sécurité de l’emploi (63% contre 74% pour l’ensemble des 3 Fonctions Publiques !).

« La reconnaissance des efforts fait à nouveau ressurgir l’ampleur du fossé entre TPE et grandes organisations : 2/3 des salariés de TPE sont satisfaits (63%) contre à peine plus d’un tiers de ceux des entreprises / administrations de plus de 500 salariés (37%). »

 

Conclusion de ce sondage : « globalement, les salariés ont plutôt le sentiment que leur situation au travail s’est dégradée ».

 

Et voici le résumé de cette étude tel qu’il est publié à la fin du rapport :

 

« L’étude révèle en tout premier lieu une remise en cause massive du système actuel par les salariés français :

« Les ¾ estiment que la crise a prouvé qu’il apportait plus de problème que de solution.

« La même proportion estime que les intérêts des entreprises (ou de leurs dirigeants) et des salariés ne vont pas dans le même sens.

« La quasi-totalité se dit choquée par au moins une des caractéristiques du système.

« Les termes de profit, de mondialisation, de capitalisme sont massivement associés à des évocations négatives.

« L’effet “le système va mal mais dans mon entreprise / administration ça se passe beaucoup mieux” semble moins fort que par le passé.

« Dans ce contexte de rupture du lien entre employeurs et salariés, il n’est pas surprenant d’observer :

« Une ouverture importante aux modes de revendication forts voire durs qui va jusqu’à la compréhension à l’égard de l’emploi de la force par les salariés, partagée par 2/3 des salariés (et même 43% des cadres !).

« Une crise de confiance à l’égard tant de son employeur que de ses dirigeants.

 

« Ces résultats sont nettement plus critiques que ce que nous avions pu mesurer cet été dans une grande enquête « avant / après » la crise (étude qui mettait néanmoins en évidence un mal-être diffus et une certaine perte de sens). La médiatisation actuelle de la souffrance au travail, suite aux suicides chez Orange, aurait-elle conduit à « cristalliser » ce mal-être, libérant ainsi la critique ?

« Au sein du monde du travail, ce mal-être se traduit surtout par des sentiments de :

« Manque de reconnaissance et de perspectives d’avenir.

« Faible responsabilité perçue de son employeur à l’égard de ses salariés.

« Dégradation de sa situation professionnelle.

« Optimisme très partagé sur son avenir.

« En revanche, il est à noter qu’un salarié sur 2 dit s’épanouir dans son travail et près des 2/3 que leur niveau de stress est acceptable.

« La focalisation sur le stress correspond-elle vraiment à une priorité pour les salariés ?

 

« Au-delà de ces enseignements d’ensemble, plusieurs constats ressortent sur les différentes composantes du corps social :

« Les salariés de petites et de grandes organisations (administrations ou entreprises) semblent vivre sur des planètes différentes. Simple effet de la proximité du dirigeant ou moindre exposition aux modes de fonctionnement de l’économie actuelle ?

« A l’inverse, la Fonction Publique d’Etat et l’Industrie, pour des raisons très différentes, cristallisent le mal-être.

« Les cadres, s’ils restent plus positifs sur leur situation et sur leur organisation, critiquent presque autant le système que les autres catégories et près de la moitié d’entre eux se déclare ouvert ou compréhensif à l’égard des modes de revendication les plus durs.

« Enfin, les jeunes paraissent beaucoup plus à l’aise dans le monde du travail que leur ainés, les quinquas apparaissant particulièrement fragilisés (mais ils cumulent les plus faibles perspectives d’avenir et de sentiment de reconnaissance). »

 

Leïla de Commarmond qui a fait un commentaire pertinent de ce sondage dans Les Echos du 30 novembre 2009 conclut : « Tout cela constitue autant d'ingrédients d'une crise managériale, dont il est sans doute un peu tôt pour savoir si elle est simplement conjoncturelle, mais qui semble en tout cas assez profonde. »


La crise managériale que traverserait
la France a fait l’objet de plusieurs articles ces dernières semaines. J’y reviendrai, car cette crise ne date pas de la crise…



Ma conclusion sur ce sondage :

Après les suicides chez Renault, Peugeot, France Télécom, on avait l’impression que c’était dans toutes les entreprises qu’il y avait un malaise. Tous les patrons appliqueraient les mêmes méthodes inhumaines… et tous les salariés seraient stressés… Mais au final, il semble que le mal être au travail ne concerne que la moitié des salariés. Ce qui est à la fois rassurant (il y a quand même des entreprises – et surtout des TPE – où il fait bon vivre), et décevant (même si il n’y aura jamais 100% de satisfaits, la proportion devrait être de 75 ou 80%, voire 90%).

Un autre point inquiétant, c’est la progression de l’individualisme. Surtout dans les grandes entreprises (dans les TPE, il est normal que les relations entre patron et employés soit directe). C’est au moment où on ne parle que de travail collaboratif que chacun se replie sur lui-même…


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Mercredi 14 janvier 2009 3 14 /01 /2009 22:11

J'ai raconté ma « petite galère » avec la "perte" de ma valise lors d'un voyage en Roumanie à cause de la neige du lundi 05 janvier.



Mais ce n'est rien en regard de ce qu'ont vécu les 450 000 franciliens qui passent par la gare Saint Lazare chaque jour. Et ce depuis un mois.


En effet, comme l'explique un premier article des Echos du 12 janvier dernier (« Le scandale Saint-Lazare ») : « la gare parisienne de Saint-Lazare va entrer ce lundi dans sa quatrième semaine de grève sans que personne, au sein des pouvoirs publics, ne semble s'en émouvoir. Il est vrai que nous ne parlons ici que de la deuxième plate-forme ferroviaire européenne, drainant chaque jour quelque 500.000 passagers. 500.000 personnes quotidiennement prises en otages par une poignée d'inconscients, conducteurs dans un premier temps, agents d'aiguillage désormais, dûment encartés au syndicat SUD-rail. Personne, jusqu'à leurs confrères qui affrontent chaque jour avec courage des usagers au bord de l'émeute sur les quais, ne se souvient exactement des motifs du mouvement. Nous résumerons en disant qu'il est question, comme toujours, d'efforts de productivité intolérables. »

 

En fait, c'est la perspective des élections professionnelles qui fait monter les enchères. Et tous les prétextes sont bons. C'est ce qu'explique un autre article des Echos du 14 janvier (« Le torchon brûle entre la direction et SUD-rail ») : « La nouvelle loi sur la représentativité syndicale, accordant celle-ci aux seules organisations dépassant la barre des 10 %, promet une recomposition importante du paysage. Les grandes manoeuvres ont déjà commencé, avec les alliances entre la FGAAC et la CFDT d'une part, FO et la CGC d'autre part. La naissance d'un pôle réformiste serait bien vue par la direction, notamment pour contrebalancer l'influence de SUD (15 % au dernier scrutin) jugée bien plus radicale que la CGT (40 %). » 

 

Notre premier article conclut que « reste posée la question essentielle : celle des relations sociales dans une entreprise dont les salariés, qui représentent moins de 1 % de la population active, capitalisent bon an mal an entre 15 et 25 % des jours de grève dans le pays. »

 

Mais c'est le 13 janvier que la prise d'otages est arrivée à son summum avec la fermeture pure et simple de la gare. Dans l'article « Le chaos à Saint-Lazare remet sous tension la SNCF » paru dans les Echos du 14 janvier, Renaud Honoré explique qu' « il était environ 10 heures hier, quand la SNCF a décidé d'évacuer la gare Saint-Lazare à Paris. Une mesure prise "par sécurité" par la direction, qui craignait une saturation sur les quais après un mouvement de grève spontané lancé par les syndicats en tout début de matinée, suite à l'agression d'un agent la veille. »

Cependant, « cette montée de fièvre aura néanmoins eu pour vertu de mettre fin au conflit social débuté mi-décembre. Après des réunions de crise tenues dans la journée, les syndicats ont obtenu 10 emplois de sécurité supplémentaires, et 12 embauches de conducteurs à Saint-Lazare. » Tout ça pour une vingtaine de postes...

 

Car Sud Rail n'a pas fait dans la dentelle... En profitant d'une faille dans la loi sur le service minimum, ce syndicat a organisé la grève en tournante : « le Conseil constitutionnel a autorisé une pratique jusque-là interdite : l'entrée et sortie dans la grève. Concrètement, les salariés peuvent faire grève le lundi, travailler le mardi, refaire grève le mercredi, etc., ce qui réduit l'impact financier du mouvement pour les salariés. » Et en ajoutant « à cette faille la mise au goût du jour pour les conducteurs d'une disposition peu connue du Code du travail, la grève de 59 minutes »... Et cette grève est au final « moins onéreuse pour le cheminot - d'un type nouveau, où se succèdent grève de 24 heures, grève de 59 minutes et travail. » C'est ce qu'explique un autre article des Echos du 14 janvier « Comment SUD fait durer les grèves ».


 

Mes conclusions : 
Nicolas Sarkozy avait promis un service minimum pour éviter la prise en otage scandaleuse des "usagers" des services dits "publics". Il a été élu pour cela par beaucoup de personnes qui en avaient plus qu'assez de ces journées de galère. Avec le score qu'il avait fait, il aurait pu imposer ce service minimum. Mais la politicaillerie a rapidement repris le dessus et c'est le minimum d'un service minimum qui a été obtenu... Que les syndicats se font un malin plaisir de contourner...

Imposer un tel service minimum n'est pas l'idéal. Il est préférable de négocier et surtout prendre les mesures préventives pour éviter conflits. Mais si on est face à des syndicats qui ne cherchent que l'affrontement, il n'y a pas d'autre moyen de faire respecter les droits des "usagers".

C'est donc d'abord un échec de Nicolas Sarkozy. Il a ensuite beau jeu de demander à la SNCF de s'excuser auprès des "usagers"...


Ensuite, il est vraiment désolant de constater que pour de basses manœuvres électorales, des syndicats prennent en otage des milliers de personnes alors que nous sommes en pleine crise économique. C'est au minimum de l'inconscience et ce pourrait être criminel. Il est vrai que les cheminots, eux ne risquent rien. Mais il pourrait y avoir un minimum de solidarité de classe avec tous les ouvriers et employés qui n'ont pas d'autre moyen pour se rendre à leur travail.


Le dernier point concerne la direction de la SNCF. Un dernier article des Echos (« Les dossiers chauds de la SNCF ») de ce même 14 janvier résume bien sa situation : « sous pression, Guillaume Pepy soufflera dans un mois et demi la bougie de sa première année à la tête de la SNCF. A l'approche de cet anniversaire, cet as de la communication voit s'accumuler les dossiers ternissant l'image de la compagnie ferroviaire. » Un constat d'échec donc. Parmi ces dossiers : la réforme sociale du fret enterrée, les ratés de voyages-sncf.com, la rengaine des caténaires, la polémique sur les prix. La gare Saint-Lazare n'étant que la cerise sur le gâteau d'anniversaire...

 

 

Il y a encore du travail pour que la France puisse traverser une crise telle que celle qui se présente, sans trop de casse... 


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Mardi 6 janvier 2009 2 06 /01 /2009 22:01

Un dossier très intéressant de Laurance N'kaoua, publié dans les Echos du 06/01/09, ayant pour titre « Les priorités des DRH en 2009 » fait le point sur l'attitude qu'auront nos DRH en 2009.
L'auteur explique dans le "chapô" que : « En 2009, le mot d'ordre des DRH est la prudence. Pour pallier le manque de visibilité, ils privilégient les mesures ponctuelles : gel des embauches, non renouvellement des contrats intérimaires, congés forcés... avant d'envisager un recours aux plans sociaux, qui risquent de les laisser démunis si l'activité repart. Ainsi, ils allouent les ressources sur des marchés porteurs, mettent l'accent sur la mobilité interne et renforcent leurs efforts de formation pour s'armer contre la crise. Tout en essayant de continuer à motiver leurs équipes. »

 


Le passage à l'année 2009 n'a pas fait se changer le pessimisme ambiant (voir mon billet sur « La trouille ») en un optimisme béat : « Les pronostics sont sombres. L'Insee prévoit la perte de 200.000 emplois sur le seul premier semestre 2009. »


Mais concernant les effectifs, les DRH sont prudents et cette prudence joue dans les deux sens : il n'embaucheront pas, mais Il n'y aura recours aux plans sociaux qu'en dernier recours. Avant, ce seront les non renouvellements des contrats d'intérim, le gel des embauches, les congés ou prises de RTT plus ou moins forcés, etc.

Surtout, ils ne veulent pas commettre les mêmes erreurs que lors des « crises de 1993 et de 2001, où l'économie est repartie sans crier gare, les contraignant à réembaucher après s'être démunis de talents clefs. "Cela a coûté tellement cher aux entreprises de recruter et de former de nouveaux profils à peine quelques mois plus tard, qu'aujourd'hui, elles réfléchissent à deux fois avant d'entamer une procédure", commente Jean-Luc Placet. »

C'est plutôt rassurant. Cependant, cela « n'empêchera pas 2009 d'avoir son lot de plans sociaux » ajoute Laurance N'kaoua. « Mais les DRH s'interrogent sur la manière de les mettre en place pour en éviter les écueils. "On ne peut plus, aujourd'hui, réduire ses effectifs de manière drastique sans anticiper un rebond au-delà des économies réalisées à court terme, assure Sylvain Niel, avocat en droit social au sein du cabinet Fidal. Désormais, les plans sociaux passent davantage par des négociations que par des décisions unilatérales. Et les départs volontaires se substituent aux critères traditionnels de licenciement, comme l'ancienneté ou la charge de famille, car cela permet aux DRH de faire en sorte de garder leurs talents." Ainsi, les préoccupations liées à la gestion des compétences restent de mise. »

Mais cela passera par l'augmentation de la flexibilité au moyen de la mobilité des salariés : « La mobilité, source de flexibilité, devient prioritaire. « Dans les banques, des administratifs seront sans doute amenés à devenir des commerciaux, et dans les usines, des ouvriers passeront de la production à la logistique, observe Jean-Luc Placet. Des postes devraient même se créer dans le management ou la qualité ou encore au niveau commercial, à l'international, voire dans certaines poches industrielles. »

Alexandre Adjiman est en pleine actualité avec son essai « Quand je serai grand(e), je ferai... »

 

Une autre préoccupation de nos DRH est la motivation des salariés. Un sous-titre de l'article est inquiétant : « Les cadres se démobilisent »...
Il n'y aura pas de baisse des budgets de formation, même si « la chasse aux coûts non stratégiques est ouverte ».
Les politiques de rémunérations devraient être maintenues « pour entretenir la motivation ». Ou au moins pour ne pas démotiver, car selon Herzberg, si la rémunération est un puissant levier de démotivation, elle est en général un faible levier de motivation. Il est bon de le rappeler dans ces temps de crise où la gestion des rémunérations va devenir difficile.


Quant au "malaise des cadres", l'info vient de « Marie-José Kotlicki, secrétaire générale de l'Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens cadres de la CGT » qui commente : « Les cadres intériorisent un mal-être et se démobilisent petit à petit. Avec la crise, on est sur le fil du rasoir. »


J'ose espérer qu'au contraire, les cadres se réconcilieront avec leurs entreprises et qu'ils feront corps avec elles pour passer ce cap difficile. Ils sauront le faire, même si les entreprises ne leur en seront d'aucune reconnaissance... Dans les périodes de crise grave, les états d'âme n'ont pas leur place : tout le monde doit être sur le pont.


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Vendredi 14 novembre 2008 5 14 /11 /2008 06:00

Dans L'Usine Nouvelle du 13 novembre 2008, Anne-Sophie Bellaiche présente une enquête sur l'absentéisme.

L'absentéisme « mobilise les DRH » et dans l'enquête faite par Alma Consulting auprès de 150 entreprises « 70% des DRH ont mis en place des projets pour réduire l'absentéisme ». Avec comme objectifs de lutter contre « la désorganisation des équipes, le travail accru pour les présents, la baisse de la qualité... ».

Mais l'absentéisme est avant tout un bon indicateur des conditions de travail dans l'entreprise.
Pour une moyenne nationale de 3,69%, les entreprises ayant de bonnes conditions de travail descendent à 3,2%, alors que celles dont les conditions de travail sont "moyennes" grimpent à 6,01%...

Quelles sont les solutions qu'envisagent les DRH interrogés ?
Une première remarque : « les DRH mettent en œuvre des dispositifs qu'ils estiment peu efficaces »... Anne-Sophie Bellaiche explique : « la contre-visite médicale est utilisée à 72% et jugée satisfaisante par seulement 23% des répondants. »
Cependant, la « mesure qui obtient le meilleur taux de satisfaction est « l'entretien de retour au travail ». Je confirme...

Effectivement, la parole est « plus importante que les sanctions pour favoriser l'implication ». Mais "l'entretien de retour au travail" est une mesure curative. Bien sûr, elle est nécessaire, mais il ne suffit pas de s'intéresser aux employés seulement après une absence...

S'intéresser sincèrement à ses employés en passant régulièrement dans les bureaux et les ateliers, en leur serrant la main et en étant à leur écoute est encore le meilleur remède contre l'absentéisme.


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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /2008 23:31

Dans le billet concernant les cadres et la crise, j'avais terminé en expliquant que je commenterai un nouveau dossier du Journal du Net : « Cadres : objectif remotivation ».

Avant d'entrer dans ce dossier, je vais faire un bond d'un an en arrière et reprendre un article des Echos du 09 septembre 2007 qui explique que le « désengagement des cadres est un faux procès ».

Dans cet article, l'auteur explique que les entreprises (et les hommes politiques) se plaignent du fait que « les salariés, notamment les cadres, auraient perdu le goût du travail. Comme si la « génération 35 heures » et la « société des loisirs » avaient balayé toute velléité d'engagement chez cette population pourtant censée porter les valeurs et les projets de l'entreprise. »

Mais cela s'explique : « Changements stratégiques incessants, voire contradictoires, manque de transparence sur les évolutions de carrière, perte de responsabilité effective, faible reconnaissance du travail accompli : ce sont ces éléments qui reviennent le plus souvent dans la bouche de cadres que l'on dit désengagés et qui sont en réalité désabusés. »  Car en fait, les cadres font maintenant une différence entre leur travail et leur entreprise. Notre auteur cite Olivier Cousin, sociologue chargé de recherche au CNRS selon lequel « il faut bien distinguer entre l'activité du cadre et son environnement de travail : « Le passage d'une loyauté vis-à-vis de l'entreprise à une loyauté vis-à-vis du travail est une forme de résistance intéressante. Ce que les salariés cherchent à sauver finalement, c'est leur travail, ils ont la volonté d'un travail bien fait, pas pour l'entreprise, mais pour eux-mêmes, pour préserver l'idée qu'ils se font d'eux-mêmes à travers leur travail. » »

Il continue : « Pour les entreprises qui réclament aujourd'hui un engagement à 100 % de leurs managers, le problème est de taille et revient d'ailleurs de façon récurrente parmi les sujets de préoccupation des DRH. »

Il y a d'ailleurs des signes inquiétants : « des refus de promotion de la part de certains cadres qui préfèrent rester à leur poste plutôt que de subir une pression trop forte sur une fonction plus élevée, parfois même des démissions de cadres prometteurs. Des comportements qui entraînent une vacance de postes stratégiques. »

Les entreprises essaient cependant de réagir : « Pour ne pas rester inactives face à la démobilisation d'une partie de leurs cadres, les entreprises ont généralement mis en place des baromètres sociaux. Un outil à double tranchant et dont l'efficacité est parfois limitée. »

La conclusion de l'article renvoie la balle dans le camp des entreprises : « Inconstance, démotivation, désengagement, quel que soient les mots utilisés, les attitudes observées montrent surtout que les exigences des cadres se sont très nettement accrues vis-à-vis de leur employeur et qu'ils attendent beaucoup de leur entreprise... avant de le lui rendre. »

 

Mais force est de constater qu'en un an, rien n'a vraiment changé...et la crise n'a certainement pas amélioré la situation, comme je le constatais dans le billet précédent.

 

Venons-en au dossier du Journal du Net « Cadres : objectif remotivation ».

Il est fait en huit parties. Balayons-les rapidement en nous attardant aux plus intéressantes.


Première partie : « Mais de quoi se plaignent-ils ? »

Aurélie Fardeau, auteur de ce dossier, fait appel à trois experts pour « faire le tri » dans certaines idées reçues sur le "malaise des cadres".

Pour Eric Albert, « les cadres ne sont pas les plus malheureux » : ils ne sont pas touchés par les TMS, ont en général un travail plus intéressant que de passer « 150 boîtes de petits pois devant un lecteur optique par jour». Oui, « mais ils ont de "lourdes" responsabilités ». Ce qui n'est pas forcément facteur de stress, « tant qu'on a la marge de manœuvre nécessaire ». Mais les cadres de proximité ont une "situation particulière" en étant  "pris entre l'enclume et le marteau et considérés comme de simples exécutants".

Pour David Courpasson, « professeur à l'EM Lyon et co-auteur de Quand les cadres se rebellent » « ça n'a rien de nouveau ».
Et notre auteur ajoute : « Cela fait par ailleurs 30 ans qu'on nous serine la même rengaine sur le malaise des cadres. Depuis le temps, s'ils étaient vraiment malheureux, ça ferait longtemps qu'on aurait trouvé une solution. » Cela daterait donc du début des années 80. Je n'ai pas souvenir d'un malaise particulier des cadres à cette époque. Au contraire, c'était le plein emploi (en sortant d'école, dès le mois de mars j'avais 3 propositions d'embauche, alors que je ne sortais que fin juin...) Pour moi, le malaise des cadres date réellement des années 90 et est lié aux vagues de licenciements massifs de cadres. Quant à affirmer que si les cadres étaient réellement malheureux, on aurait trouvé des solutions, je trouve notre auteur un peu naïve : cela fait 200 ans que les ouvriers sont malheureux et il y a eu peu de choses qui ont été faites pour améliorer réellement leur sort (il y a eu quelques améliorations dans nos sociétés occidentales, mais certainement pas dans les pays du tiers monde)...

Cependant, notre auteur cite une remarque en partie vraie de David Courpasson : "le phénomène s'est accentué, non pas à cause d'une détérioration objective des conditions de travail, mais parce que les cadres hésitent moins à parler de leur expérience et à agir." Cela n'explique pas tout.

La dernière experte consultée, Bénédicte Haubold, « fondactrice du cabinet de conseil en gestion de situations humaines difficiles Artelie Conseil, partage cette position. Elle explique que les ouvrages sur le harcèlement moral puis le rapport Nasse-Légeron sur le stress ont contribué à libérer la parole sur les problèmes vécus au travail. »

Mais c'est certainement "l'interdiction sociale" de se plaindre qui est certainement la plus difficile à vivre pour les cadres. « Parce qu'ils ont un salaire supérieur à la moyenne (bien que les écarts diminuent), un statut reconnu (ou qui l'a été), un bureau rien qu'à eux (enfin, avant l'arrivée de l'open-space) et un diplôme rassurant (pas tous bien sûr), les cadres se doivent d'afficher un sourire extatique. »


Deuxième partie : « Quelle réalité derrière les mots ? »

L'introduction de ce paragraphe résume bien la situation : « Qu'on l'approuve ou qu'on le déplore, des comportements nouveaux ont vu le jour. Ce n'est pas la relation au travail qui est remise en cause, le désir de faire carrière étant toujours aussi fort. C'est plutôt la relation à l'entreprise qui souffre. »

D'abord les cadres refusent de plus en plus « ce qui va à l'encontre de leurs valeurs ». Et « la sur-implication lasse les cadres qui ne s'y retrouvent plus et préfèrent mettre un frein aux horaires à rallonges et arrêter de sacrifier leur vie à leur entreprise. Bénédicte Haubold précise : "Ils ne veulent plus être dans un lien affectif, ce qui est plutôt sain car cela permet de se protéger en cas de coup dur. On assiste à un repositionnement de ce que doit être la place du travail, au grand dam des entreprises" ».


Troisième partie : « Les causes du problème »

Il y a d'abord le « trio infernal » : Mobilité, réactivité et polyvalence. Il y a même des entreprises qui, « pour éviter que les gens ne tombent dans des routines - ou prennent leurs repères »  réorganisent les services et planifient « des déménagements internes, au risque de rompre les équipes efficaces et de créer de la solitude ».  Ces décisions étant prises par des managers bien au chaud depuis de nombreuses années dans leurs bureaux capitonnés...

Non, les cadres, comme tous les êtres humains ont besoin d'une certaine stabilité et de repères. Vouloir changer en permanence pour le principe s'avère contre-productif à la longue.

Ensuite « la sécurité de l'emploi est  un mythe parti en fumée ». Cela date bien des années 90. « Le lien sacré entre le cadre et l'entreprise a disparu et a laissé place à une relation contractuelle donnant-donnant. Difficile cependant de faire une croix sur l'idée d'implication totale, de donner du sens à ce que l'on fait au quotidien lorsqu'on s'efforce de mettre des barrières... d'où un certain mal-être. » C'est vrai que le travail d'encadrement ne se limite pas à huit heures de travail par jour. Une fois parti, le cadre pense toujours à son travail, à ses problèmes et ses projets. Pas simple d'être complètement disponible pour sa famille...

« Enfin, difficile de ne pas se sentir frustré lorsqu'on a la sensation d'être un pion sur l'échiquier et de n'avoir aucune marge de manœuvre. Pour Eric Albert, les dirigeants sont à mettre en cause. "Les managers, sur le terrain, voient ce qui ne marche pas et savent comment les améliorer. Mais la lourdeur de l'organisation, le poids des processus et le manque d'écoute les résignent à ne rien faire. Les dirigeants ont peur, d'où un hyper besoin de contrôle de ce qui se passe dans l'entreprise. Il faut laisser de la marge de manœuvre à ceux qui comprennent le pourquoi du comment et ne pas les enfermer sans un simple rôle d'exécutant."

Et la conclusion de cette dernière partie dépeint très bien le dilemme des cadres : « A force d'essayer de se glisser dans le costume du parfait manager, le cadre s'écartèle entre réalités opérationnelles et comportements obéissants. » 


Quatrième partie : « Les risques pour l'entreprise »

Cette situation présente des risques pour les entreprises qui ont de nombreux cadres particulièrement "déboussolés".

D'abord le risque juridique. En effet les entreprises ont une obligation de résultat par rapport aux risques psycho-sociaux.

Ensuite le risque d'image. Pour « attirer les talents » et les retenir, les entreprises communiquent de plus en plus sur « les notions de bien-être, d'ambiance épanouissante et de réalisation personnelle. Mais attention aux fausses promesses. »

Cependant, c'est le risque de perte de productivité qui est le plus important. Les dysfonctionnements peuvent générer des « coûts cachés hallucinants ».


Cinquième partie : « La nouvelle génération est-elle contaminée ? »

La réponse à cette question est partagée : d'abord les jeunes cadres n'hésitent pas à s'engager, malgré ce qu'on pourrait penser ; par contre, ils sont "donnant-donnant" et ne s'investiront que s'ils sont certains du retour de l'entreprise en matière d'évolution.


Sixième partie : « Les solutions apportées par l'entreprise »

La première est d'assurer « le bien-être des salariés ». Mais attention de ne pas se tromper, car offrir un bon restaurant d'entreprise ou une conciergerie ne modifieront en rien l'attitude de cadres considérés comme de simples pions. S'attaquer aux problèmes de fond est plus efficace que de mettre des cataplasmes sur des jambes de bois.

La deuxième solution est de « réaliser des audits psychosociaux ». A condition qu'ils soient suivis d'effet...

D'autres prennent des mesures accrues pour les situations à risques :  « Rédaction de guides d'actions spécifiques à l'usage des managers, formation de responsables internes, création de postes de médiateurs, formations internes ouvertes à tous sur la gestion du stress »

Enfin, « pour remotiver ses cadres, il est nécessaire de leur redonner leur juste place. "Il faut croire en l'intelligence de situation des cadres et leur donner de l'espace", estime Eric Albert. Ils ont la capacité de comprendre le contexte global de l'entreprise et de l'adapter à leur structure." La confiance est la clé principale : il faut résister aux sirènes du modèle taylorisé où tout est contrôlé pour laisser les individus proposer des voies alternatives et prendre des décisions. »

« Favoriser l'esprit critique » pourrait même être une excellente solution : « David Courpasson va même plus loin et conseille d'encourager la contestation interne, lorsqu'elle est positive et porteuse de propositions. "La résistance est quelque chose de productif, assure-t-il. Tout dépend de la façon dont l'entreprise réagit." Autrement dit, sortir de l'idée que la désobéissance est déviance et trahison et la voir comme une possible source de création de valeur. »


Septième partie : « Apprendre à se préserver ».

Il est important que les cadres apprennent à se préserver par des exercices pour contrer le stress et en apprenant à dire "Non". Pas toujours facile, mais essentiel pour préserver sa santé mentale.


Huitième partie : « Le livre qui dénonce : "L'Open space m'a tuer" »

Notre auteur nous donne quelques extraits de ce livre écrit par Alexandre Des Isnards et Thomas Zuber, publié récemment par Hachette Littératures, et qui dénonce « avec cynisme et un pointe de caricature, les travers de l'entreprise moderne. Open-space, réseaux sociaux, séminaires de team building, autoévaluation... tout y passe. »

Ces extraits donnent envie de lire tout l'ouvrage... Mais au bout du compte, si cet ouvrage peut servir de  "défouloir", je ne suis pas sûr qu'il fasse avancer le problème. Si j'ai le temps de le lire, je vous dirai ce que j'en pense.


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Lundi 3 novembre 2008 1 03 /11 /2008 06:00

Un article des Echos du 28 octobre 2008 explique que « La crise tourmente les cadres ».

Cela fait de nombreuses années que les articles se multiplient sur le malaise des cadres. Ce malaise date des années 90, période pendant laquelle les entreprises se sont mises à licencier les cadres en masse. Depuis, le malaise ne s'est pas dissipé.
Cette situation est particulièrement grave en cette période de crise où les entreprises vont avoir le plus besoin de toutes leurs ressources et en particulier de leurs cadres.

Le chapeau de l'article est un bon résumé de la situation : « Inquiets pour leur rémunération et leur patrimoine, dubitatifs sur la pérennité de leur emploi, les cadres subissent, eux aussi, la crise actuelle. Dans l'expectative, beaucoup renoncent à changer d'entreprise malgré les perspectives d'évolution. La démotivation et la grogne menacent. Les ténors de la finance et les directions des entreprises sont souvent accusés de s'être coupés de leurs troupes et d'en demander toujours plus sans retour, ni reconnaissance. »

Pour confirmer ses propos, notre auteur cite dans un paragraphe intitulé « Ambiance délétère », la note de l'association Entreprise et Personnel « La déchirure », parue le 07 octobre 2008.   

Je n'ai pu me procurer cette note de 50 pages. Par contre, la présentation qu'en fait le site d'Entreprise et Personnel est suffisamment claire :

« Quelles perspectives pour les mois à venir ?
Nicolas Sarkozy va-t-il choisir d'approfondir les réformes structurelles, envers et contre tout ? Va-t-il au contraire être contraint à attendre la sortie de crise envisagée au mieux pour le second semestre 2009 ?  La stratégie la plus probable est celle du "fine tuning" : communication, "déminage", et avancée dès que le contexte le permettra. Ce pragmatisme politique sera-t-il suffisant pour éviter une détérioration profonde du climat social ? La Note envisage deux scénarios, l'un et l'autre pessimistes, anticipant dans les tous les cas une remontée de la conflictualité. Une crise de cette ampleur provoquera un effet d'appauvrissement important, qui accentuera les frustrations. Ces mécontentements pourront concerner aussi bien les réformes à venir, toutes sensibles (retraites, hôpitaux, politiques publiques, lycées...), que des initiatives maladroites sur les sujets de société (banlieues, Edvige).  Les entreprises ne seront pas préservées par ce regain probable de conflictualité ; l'inconnu réside dans l'efficacité des possibles canaux de propagation des conflits.
S'agissant des syndicats, s'ils conservent des capacités réelles de mobilisation, ils apparaissent de nouveau désunis à la veille d'un scrutin et d'une recomposition décisifs pour leur avenir. Toutefois, ces organisations devraient se montrer plus radicales, après ce qu'elles considèrent comme un passage en force sur les 35 heures de la part du ministre Xavier Bertrand. Quant à l'extrême gauche et à la mouvance radicale, elles pourront contribuer à envenimer de nombreux conflits, sans être en mesure toutefois, à elles seules, d'organiser et d'amplifier de vastes mouvements sociaux. Dans l'entreprise, au-delà de cette conflictualité ouverte, il faudra être très attentif à toutes les formes de "grève froide", qui, pour être discrètes, n'en sont pas moins dangereuses. En résumé, le contexte à venir risque fort d'accentuer toutes les formes de conflictualité, par exemple lors de l'annonce de plans sociaux ou du fait d'une remontée confirmée de l'inflation.
Les mois à venir s'annoncent donc particulièrement éprouvants pour le gouvernement comme pour les entreprises, au plan économique et social. Pour tous ces acteurs, c'est leur capacité à soigner la régulation sociale, à mener une communication pédagogique, et à garantir l'équité entre tous qui devrait leur permettre de traverser au mieux cette période très troublée. »

Notre auteur cite une partie de cette note concernant les cadres : « « Il y a au sein des entreprises un climat de tension. Les cadres ont l'impression qu'on leur demande toujours plus, tout en voyant leur situation professionnelle se dégrader », lance Jean-Marc Le Gall, directeur d'études de l'association. »

Il continue : « Souvent, l'insatisfaction se cristallise sur les directions en place. « Le top management est fortement remis en cause. Non seulement il donne le sentiment d'être autant dans l'expectative que les salariés, mais, en plus, certains dirigeants révèlent qu'ils n'ont pas pris la mesure de la crise », analyse Bénédicte Haubold. Pointées du doigt, les luxueuses réceptions données par les groupes Dexia et Fortis, alors même que le premier venait d'être renfloué par l'argent public, tandis que le second était racheté par BNP Paribas. Pour Jean-Marc Legall, ces pratiques sont révélatrices du divorce entre les directions et leurs managers : « Les dirigeants se sont coupés progressivement de leurs troupes, leur laissant un sentiment d'abandon. »

Il est temps que les dirigeants de nos entreprises se rendent compte de cette « déchirure » et qu'ils prennent les mesures adéquates pour la réparer. Sinon, en pleine tourmente, ils se retrouveront seuls...

Un dossier du Journal du Net paru le 16 octobre 2008 : « Cadres : objectif remotivation », fait la même analyse et propose des solutions. Tout un programme... J'y reviendrai dans un prochain billet. 


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Mercredi 1 octobre 2008 3 01 /10 /2008 23:52

Cela fait plusieurs années que les médias professionnels se font l'écho du malaise des cadres ou de leur (future) révolte... J'en ai parlé plusieurs fois, par exemple dans les billets « Cadres et entreprises : le divorce »,  ou « La fin du malaise des cadres ? » ou encore « Vers une pénurie des cadres »

En voici un nouveau signe : David Courpasson, professeur à l'EM Lyon et Jean-Claude Thoenig directeur de recherche (émérite) au CNRS et ancien professeur à l'Insead, viennent de publier aux éditions Vuibert « Quand les cadres se rebellent ».


Les Echos du 24 septembre 2008 ont fait une recension de l'ouvrage
. En voici le résumé.

Les auteurs présentent des portraits de cadres rebelles. Pourtant, au départ, ils étaient des cadres "normaux" : « ces cadres qui un jour craquent, s'opposent à leur hiérarchie ou refusent une promotion sont généralement des hauts potentiels, bien vus par leur hiérarchie, appréciés par leur entourage professionnel, issus des meilleures écoles françaises et internationales. » Mais, « un jour, ils se sentent manipulés, usés par un surinvestissement au travail devenu normal aux yeux de leur hiérarchie. "La barrière qui isolait jusque-là leur sphère publique professionnelle de leur sphère privée, morale et émotionnelle, s'est effondrée", notent les auteurs. La zone d'acceptabilité a été dépassée. »

La balle est donc dans le camp des entreprises. En effet, « ces "rebelles créatifs" envoient un message positif à leur employeur, si tant est qu'il soit entendu : "Etre loyal, c'est prendre l'entreprise à sa propre logique de cohérence. Pour le management, ne pas se saisir de ce glissement et en condamner les manifestations seraient autant d'erreurs." »

Et la conclusion de l'article pose bien la problématique qui se pose aux entreprises : « Pareils comportements devraient pousser les dirigeants à se demander comment produire de la performance sans asphyxier les salariés. »

Presser les cadres comme des citrons et les virer quand il n'y a plus de jus deviendra de plus en plus difficile avec la pénurie de cadres qui approche. Il y a d'autres solutions à mettre en œuvre pour obtenir des résultats satisfaisant les deux parties.


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Lundi 4 août 2008 1 04 /08 /2008 22:29

Dans un commentaire sur un billet que j'ai publié il y a quelques jours, David Commarmond m'a demandé ce que je pensais d'une citation de Patrick Légeron, donnée par Florence Delattre dans un article de Newzy du 09 juillet 2008 : « Nous avons une vision très stigmatisante du travail. Le bien-être y est presque suspect. Chez nous, il vaut mieux avoir l'air préoccupé. Si on est bien dans son travail, ça fait "glandeur", contrairement aux États-Unis par exemple. On a tous entendu les mêmes réflexions : "On n'est pas là pour s'amuser" ou "Il a travaillé à la sueur de son front". Culturellement, on est encore bien loin du "well-being" de Nokia ! »...

Avant de commenter la citation de Patrick Légeron, je reviens sur l'article très intéressant de Florence Delattre. Merci à David de me l'avoir fait découvrir.

 

Florence Delattre reprend le thème du divorce entre les cadres et les entreprises. Le titre de  son article fait choc : « Cadres et entreprises : un mariage au bord de l'implosion ». Le chapeau est également bien senti : « Les entreprises françaises ont mal à leur organisation. Plus personne ne sait qui fait quoi, comment et pourquoi. Or, si le chaos est source de renouveau, il faut tout de même reconnaître qu'il est aussi particulièrement stressant, non ? »

Dans cet article, Florence Delattre explique que le passage du système taylorien à l'autonomie s'est accompagné d'un stress accru.

En effet, dans le système taylorien, les opérateurs doivent suivre des instructions détaillées préparées par des services extérieurs. Si le travail n'est pas passionnant, il n'est pas stressant. Maintenant, on demande aux opérateurs d'être autonomes, de prendre des initiatives et des responsabilités. Avec le stress qui accompagne.

Il a fallu s'adapter à toutes les évolutions exigées par la recherche de la performance : « Flux tendus, juste-à-temps, production au plus juste, flexibilité, réduction des coûts, des délais, innovation, client roi, démarche qualité, TQM (Total Quality Management), certification, logistique, marketing, management par projet, travail en équipes, autonomie, reporting omniprésent, gestion des compétences, parcours professionnel, santé au travail... »

 

Les 35 heures en France ont accentué le phénomène. Florence Delattre cite Patrick Légeron : « La France a la meilleure productivité horaire, mais cela veut dire aussi que la densité du travail a augmenté. Il a fallu faire autant, et souvent plus, en moins de temps. »

 

La logique financière a remplacé la logique industrielle. Accompagné par une concurrence externe et interne exacerbées et l'exclusion des « maillons faibles ».

Florence Delattre ajoute : « Si l'on ajoute les fusions, les acquisitions, les regroupements, le passage du public ou du parapublic au privé et les mutations, le manque de reconnaissance financière et sociale, les conflits, c'est beaucoup pour de simples hommes ! »

 

Et ce sont les cadres qui sont les plus exposés.

Ils doivent subir tous les changements décidés par des directions à l'abri de la moindre évolution organisationnelle dans leurs bureaux capitonnés...

Nos cadres ont plusieurs prescripteurs aux exigences contradictoires avec une obligation d'aller toujours plus vite et de naviguer à vue. « Stress à Mach 3 » commente Florence Delattre.

Mais les cadres tentent d'assurer. Philippe Douillet, chargé de mission au département Santé et travail de l'Anact, précise : « On constate qu'il y a très peu d'absentéisme chez les cadres. Au contraire, ils sont trop présents. Mais avec un mal-être très très fort. Certains sont en dépression ; d'autres refusent des promotions. »

Et ils sont des fusibles parfaits : si quelque chose ne va pas, il y aura toujours un cadre pour porter le chapeau...

Elle conclut en proposant une solution : « Combiner approches individuelles et collectives semble être la seule solution pour parvenir à enrayer la spirale infernale. » Mais il faudra changer les mentalités en France, car notre pays se démarque d'autres pays en mettant en avant la pénibilité du travail et non pas le bien-être comme l'explique le passage de Patrick Légeron cité en début de billet. Elle termine par un vœu : « Commençons par se serrer les coudes et par se reparler... ».

 

Pour beaucoup de cadres, le divorce est déjà consommé. La relation de confiance qui existait il y a vingt ans a disparu. Les années 90 ont vues les entreprises licencier les cadres qui s'étaient dévoués corps et âme à elles. Première cause de divorce. Surtout pour les plus anciens. Mais cela a laissé des traces chez tous les cadres : l'intérêt de l'entreprise passe après l'intérêt individuel. D'où la révolte des cadres quand on veut leur retirer leurs RTT : ils préfèrent rester en famille plutôt que de passer 10 jours de plus dans l'entreprise.

Mais il y a la conscience professionnelle qui fait que les cadres s'investissent malgré tout dès que le besoin se fait sentir. Et là, deuxième cause de divorce : l'entreprise en profite et demande toujours plus, jusqu'au "burn out"...

Mais actuellement le marché de l'emploi des cadres est favorable. Les entreprises devront en tenir compte et seules celles qui mettront en place un véritable management humain garderont les meilleurs. Les autres se contenteront de les voir passer...

 

Je commenterai la citation de Patrick Légeron dans un prochain billet.


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Lundi 21 juillet 2008 1 21 /07 /2008 22:43

Dans un communiqué du 17 juin, l'IFOP donne les résultats d'un sondage fait à l'occasion de la nouvelle version du site CADREMPLOI.fr.

Les cadres sont pessimistes concernant le contexte économique et social de la France.

Par contre, ils sont optimistes sur leur emploi.

A tel point que 54 % d'entre eux ont songé à changer d'emploi depuis le début de l'année, et 27 % sont en recherche active.

La raison principale de ce désir de changement est d'abord la rémunération.

Viennent ensuite la découverte de nouvelles expériences et le besoin de reconnaissance et de perspectives. Puis, c'est l'équilibre vie privée / vie professionnelle et enfin l'envie d'adhérer à un projet d'entreprise ou l'ambiance.

Depuis les années 90, les entreprises se sont séparées de leurs cadres sans aucune reconnaissance de leur attachement et de leur engagement. Le marché de l'emploi leur était alors défavorable.

Le retournement actuel va donner la possibilité aux cadres de sélectionner leurs employeurs. Seules les entreprises soucieuses du bien être de leurs cadres (y compris l'équilibre vie privée vie professionnelle) les garderont, comme GE Energy.

Les autres se contenteront de les voir passer et s'épuiseront en efforts de recrutement...

Bientôt la fin du malaise de cadres ?  


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Jeudi 19 juin 2008 4 19 /06 /2008 22:39

Le texte de loi sur la modernisation du marché du travail vient d'être définitivement adopté par le parlement. Il donne plus de souplesse au contrat de travail.

 

D'abord, la période d'essai est rallongée : elle pourra aller de 2 mois (pour les ouvriers) à 3 mois (pour les techniciens et agents de maîtrise) et 4 mois (pour les cadres) avec une possibilité de renouvellement une seule fois si accord de branche étendu.

La durée du stage de fin d'études pourra être déduite de cette période en cas d'embauche par l'entreprise.

 

Ensuite, l'entreprise et un employé pourront se séparer « à l'amiable » par « la convention de rupture ». La procédure est un peu compliquée (après entretien préalable, quinze jours de réflexion et enfin, approbation de la Direction Départementale du Travail...). Mais cette nouvelle convention de rupture remplacera avantageusement la transaction.

 

Enfin, un contrat de mission est créé. Il peut aller de 12 à 36 mois pour une mission particulière. Avant de pouvoir être utilisé, il faut un accord de branche ou d'entreprise.

 

Ces trois avancées permettent plus de souplesse et donnent en contrepartie plus de garanties. Elles devraient satisfaire à la fois les salariés et les entreprises.


Pour en savoir plus, voir les articles de "LEntreprise.com" et de "La Tribune".


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