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Stratégie

Mercredi 4 février 2009 3 04 /02 /2009 06:00

Un billet très bien vu de Gilles Martin sur "Envie d'entreprendre" ("Pas de pizza chez MacDo") nous imagine entrant dans un MacDo avec une envie irrésistible de pizza...

 

« Vous entrez dans un MacDo et vous vous adressez à l'employé au comptoir :

«  "Aujourd'hui j'ai très envie de manger une pizza".

« L'employé fait quoi ?

« Il est très peu probable qu'il réponde "Pas de problème, cela va augmenter notre chiffre d'affaires ; j'éteins le grill, et je vous fait une pizza tout de suite" ».

Et il explique que : « c'est parce que l'on ne fait pas de pizza chez MacDo que leur modèle marche aussi bien et est très difficile à battre. »


Mais, et il sait de quoi il parle, « cette hygiène stratégique de MacDo, il y a une profession où elle a beaucoup de mal à être appliquée, c'est le métier du conseil. »



Je vous conseille la lecture de cet article qui fait passer un message essentielle sous forme sympathique.


D'autant que comme le dit Gilles Martin, « ce conseil ne vaut d'ailleurs peut-être pas que pour les consultants qui veulent être d'excellents consultants.
C'est aussi pour tous ceux qui ont la prétention d'avoir et d'exécuter une stratégie différenciante. »


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Vendredi 12 septembre 2008 5 12 /09 /2008 19:00

Après avoir abandonné en partie la vente directe en recourant à la grande distribution, Dell est en passe de renoncer complètement au modèle qui a fait son succès, en voulant se séparer de ses usines.

C'est ce que nous explique un article des Echos du 8 septembre 2008 « La fin potentielle d'un modèle unique dans l'industrie informatique ».

L'auteur nous explique d'abord ce qui a fait la spécificité du constructeur de micro-ordinateurs pendant vingt-cinq ans : « Lorsqu'en 1994 Michael Dell créait la société qui porte son nom, son idée était de fabriquer des PC sur mesure pour les entreprises, et nettement moins chers que ceux des concurrents d'alors, IBM, Compaq ou Hewlett-Packard. Le pari réussira au-delà de toute espérance. »

Comment était organisé ce business ? « En adaptant à cette industrie le modèle de la vente directe, Dell s'est affranchi des intermédiaires jusque-là obligés, les grossistes et les revendeurs. Le client passait ses commandes par téléphone ou courrier, puis par Internet. Les machines étaient assemblées selon la configuration matérielle et logicielle choisie. Les économies résultant de la réduction des intermédiaires et de l'optimisation de la chaîne logistique permettant de répercuter les économies réalisées au niveau du client final, tout en assurant des délais de livraison courts. En complément, Dell proposait des services annexes tels que le financement ou le service client. »

Dell a ainsi réussi à devenir le premier fabricant de PC au monde... au moins jusqu'en 2005, en bénéficiant toutefois du désengagement d'IBM et des difficultés de HP lors de son rachat de Compaq.

Mais maintenant, Dell veut se séparer de ses usines.


Un deuxième article des Echos du même jour « Un modèle à nu »  complète l'information et va plus loin en suggérant que Dell pourrait se retrouver finalement sans usines mais aussi sans clients...

En effet, le modèle de « l'entreprise sans magasins » a très bien fonctionné pendant de nombreuses années. Mais le marché s'est transformé et comme « ce ne sont plus des entreprises qui commandent des PC de bureau par centaines mais des particuliers qui vont choisir leur portable chez un revendeur, Dell s'est lancé à l'assaut des rayons de la grande distribution » et y a perdu « son âme et sa spécificité » face à des concurrents « plus réactifs et mieux organisés que lui ».

Est-ce que cette nouvelle orientation stratégique va lui permettre de redresser ses résultats ? Rien n'est moins sûr, car « la stratégie consistant à se débarrasser de ses usines est la règle dans le secteur mais l'imitation ne suffit pas ».

La conclusion de l'article : « Il est urgent pour Dell de sortir un nouveau modèle. »

C'est la loi terrible de ce qui se passe dans la High-Tech. Vous avez une idée de génie qui va assurer votre succès pendant 5, 10 ou 25 ans, et puis, d'un seul coup, les conditions du marché changent et que vous l'ayez vu venir ou pas, c'est l'effondrement. Certaines entreprises parviennent à renaître, d'autres pas...

Les Dell, Microsoft et autre Google sont-ils condamnés à l'éphémère ? Il semble que la réponse soit OUI...

Est-ce un bien ou un mal ? Cela dépend pour qui...


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Mercredi 20 août 2008 3 20 /08 /2008 18:45

Dernière partie de l'extrait du livre « Un peu de désordre = beaucoup de profit(s) » d'Eric Abrahamson et David H. Frredman, concernant la planification stratégique.

Après avoir vu le peu de fiabilité des données généralement utilisées pour cette planification stratégique formelle, voici le coup de grâce final (pages 44 - 47).

 

 « Quand bien même les dirigeants disposeraient de la meilleure information possible sur leur entreprise, leurs métiers et leurs marchés, la planification formelle, affirme Starbuck, serait encore vouée à l'échec. Parce que prédire l'évolution du milieu des affaires au-delà de quelques mois est aussi hasardeux que de jouer à pile ou face. Clients et concurrents adoptent des comportements imprévisibles ; de nouvelles modes apparaissent ; la politique change, de façon parfois surprenante ; la nature se réveille et se déchaîne... du point de vue d'une équipe dirigeante, réunie pour essayer de lire l'avenir, le monde est pour l'essentiel aléatoire. Le président d'IBM, Thomas Watson, prédisait en 1943 que le marché mondial des ordinateurs serait saturé lorsqu'on aurait atteint les...cinq unités ! Aucun dirigeant d'entreprise, où que ce soit, n'a fait mieux... Les gens ont une tendance très nette à minimiser les probabilités de changement imminent et significatif dans leur univers. L'une des études assurait que les trois quarts des dirigeants finissaient par sous-estimer d'environ deux tiers le degré de changement qui, en dernière analyse, avait marqué leurs métiers - ce qui signifie que les choses ont changé trois fois plus vite qu'ils ne l'avaient supposé. Seuls quelques métiers stables et isolés - la fabrication de cercueils, par exemple - répondent assez correctement, avec quelque régularité, aux prévisions des prospectivistes.

« Que ces dirigeants n'aient pourtant pas honte de leur incapacité à lire l'avenir ! Les modèles informatiques ultrasophistiqués du gouvernement américain chargés de prédire l'économie ne fonctionnent guère mieux. Une étude montre qu'une technique qui consisterait simplement à parier que le produit national brut se maintiendra, quel que soit son niveau, dans les trois prochains mois ferait mieux, en moyenne, que trois des quatre principaux modèles utilisés par le gouvernement. Si l'on convient arbitrairement que le PNB variera au cours des trois prochains mois exactement comme il a varié au cours des trois derniers mois, le taux de réalisation de la prévision est meilleur que celui des quatre modèles réunis. Evidemment, le monde des affaires compte beaucoup sur les prédictions du gouvernement pour affiner son action stratégique...

« Il n'est guère surprenant que des plans à long terme fondés sur une compréhension floue du passé comme du présent et sur une tentative aussi vaste que vague de deviner le futur se révèlent d'une médiocre utilité. Pourtant, les entreprises auraient beau définir leur stratégie sur la base d'informations et même de prédictions justes, elles perdraient encore leur temps ! Tout simplement parce que, s'il faut des mois ou des années pour mettre en place une stratégie et la faire fonctionner, les concurrents, eux, peuvent suivre pour ainsi dire en temps réel les changements stratégiques d'une entreprise et, s'ils se révèlent prometteurs, les imiter tout aussi rapidement. Même le P.-D.-G. d'Apple, Steve Job - dont le goût du secret confine à la manie et qui n'a pas hésité à poursuivre des employés ou des blogueurs pourtant partisans de la firme à la pomme, mais coupables à ses yeux d'avoir divulgué des informations confidentielles sur ses nouveaux produits -, ne parvient pas à maintenir le voile sur ses mouvements stratégiques. Témoins les bruits qui ont filtré sur le téléphone portable iPod, alors à l'état embryonnaire, six mois avant sa présentation au public. Quant à la lenteur (ou à la rapidité) avec laquelle les concurrents réagissent, elle ne change pas grand-chose, affirme encore Starbuck. L'idée selon laquelle une entreprise bénéficiera de la mise en application de ses propres innovations stratégiques bien avant ses concurrents - le soi-disant avantage du premier mouvement - a depuis longtemps perdu son lustre. Historiquement, les entreprises qui sont les plus longues à s'installer dans les nouveaux types de produits et de services ont plus de chance de réussir que celles qui ouvrent les voies, du moins tant que les coûts des infrastructures ne se chiffrent pas en milliards (les stratégies de monopole sont l'exception qui confirme la règle, admet Starbuck, mais, malheureusement pour les planificateurs stratégiques, elles sont interdites). Google s'inspira de son aîné, le moteur de recherche Altavista, autrefois révolutionnaire, aujourd'hui tombé dans l'oubli, et le cookie Oreo n'est qu'une copie éhontée de l'Hydrox. "Au mieux, cela débouche sur la course d'Alice et de la reine rouge", conclut Starbuck, c'est-à-dire sur une course qui fait du sur-place. Les entreprises qui, au contraire, recourent à la planification informelle à court terme sont, selon lui, en bonne position pour réagir avec profit aux changements de leur environnement industriel et commercial, qu'elles veuillent ou non imiter un concurrent.

« En fait, pour Starbuck, la planification à long terme induit probablement un effet contraire, parce qu'elle peut finir par enfermer les entreprises dans des stratégies erronées concentrant l'énergie de tous sur des occasions qui ne se matérialiseront jamais, tandis que les opportunités véritables demeurent ignorées. Si vous êtes fabricant automobile et que votre plan de développement vous conduit à engager des efforts à long terme pour fournir au monde des 4 x 4 plus puissants et en plus grand nombre, vous serez plus lent à comprendre l'intérêt soudain manifesté pour les véhicules hybrides et il vous faudra plus de temps pour en tirer des conclusions pratiques. Pourtant, si l'on en croit les enquêtes, les entreprises fortement engagées dans la planification stratégique formelle ne font pas pis, en moyenne, que celles qui le sont moins. Pas mieux non plus. L'une des raisons probables est que de nombreuses entreprises s'avèrent promptes à ignorer leur propre programme - elles élaborent les plans, impriment d'imposants documents reliés sous jaquette de papier glacé, les entreposent sur des étagères et les y oublient, car même un dirigeant mal informé est capable de comprendre à quel moment un plan risque de ne pas fonctionner s'il est exécuté de façon trop strictement... planifiée. En outre, ce sont les plus grosses entreprises, celles qui réussissent le mieux, qui peuvent se permettre de dégager les ressources excédentaires qu'elles dépenseront dans le renforcement de leur planification formelle. Il est évidemment possible qu'elles souffrent par la suite d'une réduction de leur profit induite par la planification, mais étant donné qu'elles sont parties avec un avantage, les effets du processus ne seront pas évidents à saisir lors de  la comparaison avec leurs concurrentes. En d'autres termes, lorsqu'une entreprise a de bons résultats, elle a suffisamment confiance en elle-même et assez d'argent pour s'engager dans une planification plus formelle qui entraînera une diminution de ses résultats.

« En dépit de l'évidence - au mieux, elle ne sert à rien -, les entreprises continuent de se fier à la planification formelle. On aurait pu penser que la vérité éclaterait au grand jour. C'est compter sans les consultants, ceux-là même qui sont engagés, au sortir des écoles, pour contribuer à la planification stratégique et qui demeurent l'une des principales voies de propagation de la pensée du management et de ses évolutions. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Starbuck n'est plus guère sollicité pas les groupes de planification stratégique. Demandez à l'unité de planification de France Télécom ; il vous faudra faire un peu d'archéologie, car, peu après l'intervention de Starbuck, elle a été démantelée. »

 

Faites des économies en faisant une planification stratégique (il en faut quand même une !) informelle et souple qui vous permettra de profiter de la moindre évolution de votre environnement. Et abandonnez tout ce qui mène à la sclérose...

Dans le même ordre d'idée, la construction du budget qui mobilise les cadres pendant de nombreuses semaines peut être facilement allégée (si on savait réellement ce que coûte ce processus...). Certains auteurs parlent même de supprimer le budget... Idée iconoclaste, mais cependant intéressante sur laquelle je reviendrai...

 

 


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Mardi 19 août 2008 2 19 /08 /2008 18:45

Voici la deuxième partie de l'extrait du livre « Un peu de désordre = beaucoup de profit(s) » d'Eric Abrahamson et David H. Frredman, concernant la planification stratégique.

Après avoir introduit le sujet en prenant France Télécom comme exemple, voici le premier argument de nos auteurs. (pages 41 - 44).

 

« Jack Welch, ancien président de General Electric (GE), organisait des retraites annuelles avec chacun de ses chefs de service pour des séances de planification stratégiques. Le bon sens suffirait d'ailleurs à comprendre que la planification formelle, à long terme et au plus haut niveau, est essentielle pour la survie d'une organisation, a fortiori pour ses capacités de développement. La planification stratégique est l'outil qui permet aux entreprises d'envisager leur avenir à mesure qu'elles se développent, c'est-à-dire de savoir quels biens et quels services elles vont offrir dans les prochaines années, et comment elles vont s'organiser elles-mêmes afin d'être plus efficaces que leurs concurrentes. Une entreprise qui ne s'investirait pas dans la planification stratégique formelle à haut niveau en serait réduite à improviser, à réagir au coup par coup, à deviner, à zigzaguer, au lieu de poursuivre le chemin qu'elle s'est choisi. Elle finirait par se comporter de façon vraiment désordonnée.

« En outre, on connaît la valeur de la planification stratégique formelle. De nombreuses études ont démontré qu'elle fonctionnait. Mais il y a une ombre au tableau : lorsque Strarbuck a analysé ces études, il s'est aperçu qu'elles étaient essentiellement menées sur la base d'entretien avec des cadres supérieurs, afin de vérifier l'intérêt que portaient ces derniers à... la planification stratégique. Vous l'aurez deviné, les planificateurs ont tendance à penser que leur activité est de toute utilité. Pour dégager des conclusions plus objectives, Starbuck a donc comparé les profits réalisés et l'effort de planification. Il en résulte que les entreprises recourant systématiquement à la planification stratégique ne réussissent pas mieux en moyenne que celles qui y consacrent moins d'efforts.

« Non seulement cette découverte n'étonna pas Starbuck, mais, affirme-t-il, c'eût été un miracle qu'il en fût autrement. La raison principale en est, pour faire court, que les dirigeants incluent dans leurs modèles de planification des brassées d'hypothèses mal ou peu fondées. Pour commencer, ils ont tendance à percevoir de façon très distordue leurs marchés, leurs industries et même leurs organisations. Les études consultées viennent à l'appui de cette constatation. Même interrogés de la façon la plus simple sur leur domaine de responsabilité, les cadres supérieurs hésitent. Dans l'une de ces études, on a demandé à des patrons de la finance d'estimer le volume des ventes de leur société sur les cinq dernières années ; 60 % d'entre eux étaient incapables d'en fournir une approximation correcte. Les dirigeants ne font guère mieux lorsqu'ils s'agit d'évaluer, sous d'autres facettes (quelles qu'elles soient ou presque), les performances et les capacités de leur propre entreprise ou encore les caractéristiques les plus saillantes de leurs concurrents ou de leurs clients potentiels. La seule question à laquelle ils répondent sans erreur est celle de la taille de l'entreprise pour laquelle ils travaillent : petite ou grosse ? Toute question plus complexe obtient une réponse aléatoire. "La perception des cadres et des dirigeants est en général terriblement déformée, affirme Starbuck. C'en est parfois ridicule." Même les dirigeants politiques de premier plan, lorsqu'il s'agit de porter un jugement sur leur propre champ d'activité, note Starbuck, semblent éprouver les pires difficultés. Ainsi, rappelle-t-il, Staline cita une fois la "gaieté" comme un trait caractéristique de l'Union soviétique, et le gouvernement américain ne cessait de déclarer, au milieu des années 1960, que la guerre du Vietnam se déroulait "correctement". Plus récemment, l'expression "mission accomplie", lancée en guise de conclusion de la victoire militaire sur l'Irak, est revenue hanter la Maison-Blanche.

« Ces illusions d'optique découlent de la structure interne des organisations, avance Starbuck, parce que les jugements doivent circuler dans les deux sens, vers le bas et vers le haut, et parce que la situation des dirigeants peut profiter de jugements positifs ou se dégrader du fait de jugements négatifs. Le processus tend à reproduire des jugements simplifiés à l'excès, dans le but d'insister sur les aspects positifs. Les dirigeants tentés de s'élever contre ces distorsions craignent d'être considérés comme des pessimistes ou des trouble-fête. Pis : la plupart d'entre eux tendent à calquer leur attitude et leurs points de vue sur ceux de leur patron. Ainsi, lorsqu'ils demandent un retour à leurs subordonnés - ils sont trop loin de la ligne de front pour observer directement ce qui se passe dans leur entreprise, sans parler du monde extérieur -, n'entendent-ils que l'écho de leur propre voix. La distorsion s'amplifie encore en matière de planification stratégique, où, pour élaborer ses idées et les justifier, on a  tendance à lisser, pour ne pas dire manipuler, des données déjà peu sûres. Lorsque viendra le temps de l'analyse, les observations collectées subiront le même sort, afin de confirmer le "bien-fondé" et le succès de la stratégie adoptée. C'est un cercle vicieux. Les appréciations erronées engendrent des plans de développement inefficaces qui conduisent à des erreurs d'observation pires encore... »

 

Voilà déjà une sérieuse remise en cause des fondements de la planification stratégique...

Dans un prochain billet, nous verrons que même avec des données fiables, la planification formelle n'est pas plus fiable que de jouer à pile ou face...

 


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Jeudi 14 août 2008 4 14 /08 /2008 06:52

Dans le billet que j'ai écrit sur le livre « Un peu de désordre = beaucoup de profit(s) » d'Eric Abrahamson et de David H. Freedman, j'ai dit que si la thèse centrale était sans intérêt, il y avait, disséminées dans tout le livre, quelques vérités intéressantes.

En voici une première sur la planification stratégique. J'ai mis en gras les passages qui me semblent les plus importants.

Cette citation étant longue, je vais la répartir dans plusieurs billets. Ce premier billet introduit ce thème en décrivant l'intervention de William H. Starbuck chez France Télécom (pages 39 - 41) :

« Les grands cabinets de consultants d'entreprise, notamment ceux qui sont spécialisés dans les conseil stratégique - comme McKinley, Bain, The Boston Consulting Group, etc. -, s'arrachent chaque année les jeunes diplômés sortis premiers des meilleures écoles de commerce américaines. Il pourrait sembler surprenant que ces  brillants éléments ne se destinent pas, comme le veut la règle, à diriger des entreprises, mais ils ont manifestement d'autres ambitions. Ils préfèrent donner des conseils, plus particulièrement des conseils stratégiques. Ils ont été presque trois fois plus nombreux, ceux de la promotion 2004 de la Harvard Business School, à choisir le conseil plutôt que des postes de direction d'entreprise (ou susceptibles de le devenir). Les carrières du management ne viendraient qu'en troisième position des choix faits à la sortie des grandes écoles, loin derrière les banques d'affaires. Non seulement le salaire est communément meilleur dans les cabinets de conseil que dans l'industrie, mais, en théorie du moins, les chances d'y avoir une réelle influence sont beaucoup plus élevées. Car le consultant n'est pas cantonné à une seule entreprise. Il peut espérer fixer le cap de plusieurs sociétés sans nécessairement devoir payer de sa personne pour surveiller, dans ses détails les plus prosaïques, la mise en œuvre d'une stratégie. Sans non plus risquer d'y laisser sa peau en cas d'échec.

 « William H. Starbuck - sans lien de parenté avec les fondateurs de la chaîne internationale de coffee shops - fait indubitablement partie de ce petit monde, bien qu'il pratique une sorte de méta-conseil, s'occupant plus d'analyser les processus et les effets de la planification stratégique que de la mettre en œuvre stricto sensu. Comme nombre de ses confrères, il est entré dans le cercle fermé du conseil en stratégie par le biais de l'enseignement : il faisait partie de ces professeurs renommés que consultent les entreprises. Ainsi, l'unité de planification stratégique de France Télécom l'a engagé, pour qu'il vienne faire part de ses vues. Les cadres de cette unité avaient toutes les raisons de croire qu'ils s'adjoignaient les services d'un esprit supérieur, qui plus est très actif : Starbuck, professeur émérite de l'université de New-York, ancien président de l'Academy of Management, ayant appartenu, à un moment ou à un autre de sa carrière, au comité de rédaction de dix-sept publications professionnelles et enseigné un peu partout dans le monde, jouit d'une grande renommée. Quand bien même celle-ci ne serait pas parvenue aux oreilles des dirigeants de France Télécom, sa carrure de bûcheron, son crâne rasé et son regard d'acier les auraient assurés qu'il n'était pas le genre de personne à y aller par quatre chemins lorsqu'il avait quelque chose à dire.

« Ils ne s'attendaient pourtant pas à ce que Starbuck leur annonce qu'ils étaient un poids mort, eux et tous les cadres supérieurs de l'entreprise. De fait, l'assistance en resta bouche bée. L'attaque ne visait personne en particulier. Starbuck n'avait nulle intention d'insinuer que les stratèges de France Télécom ne servaient à rien. Cet expert respecté expliquait benoîtement que la planification stratégique, en général, ainsi que toutes les autres formes de prévision ou de planification à long terme, était une perte de temps. Ni plus ni moins.

« "Indiana" Starbuck, comme il se surnomme lui-même, voulait-il défendre sa réputation d'iconoclaste, par ailleurs chèrement gagnée ? Cet homme de plus de soixante-dix ans, qui fut éleveur de chats et développeur de logiciels, cet esprit libre, dont l'activité s'est étendue à des champs aussi divers que la sociologie, la psychologie ou les mathématiques, dont le titre officiel est "professeur de management de la création", se vante ouvertement de proclamer des contrevérités dans le seul but de "confondre" son entourage.

« Bien qu'il ne pût résister à lancer de temps à autre ce type de provocation, il devenait évident que sa sortie devant l'aréopage de France Télécom comptait parmi ses déclarations les plus suspectes... La planification stratégique formelle, qui était autrefois du domaine de l'armée, est devenue dans les années 1950 un enjeu important pour les sociétés commerciales. Elle l'est restée, sans solution de continuité, excepté dans les années 1980, où elle a connu une certaine défaveur, en réaction à l'obsession dont elle fut l'objet dans les années 1970. Aujourd'hui, les cadres dirigeants de la plupart des grandes organisations considèrent que la planification stratégique fait non seulement partie de la définition de leur poste, mais constitue l'une de leurs plus nobles missions. »

 

Après cette "introduction", nos auteurs entrent dans le cœur de l'argumentation.

La suite dans un prochain billet...

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