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Cerveau droit / Cerveau gauche

Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /2009 22:24

A la fin d’une série de billets dans lesquels je posais la question « Internet nous rend-il stupides ? », j’avais fait allusion à un article des Echos annonçant que « Facebook rendrait “plus intelligent” »…

 

 

L’auteur de l’article, Julien Pompey, expliquait que « les réseaux sociaux auraient un effet plus ou moins bénéfique sur nos facultés intellectuelles, selon le Dr Tracy Alloway, psychologue et directrice du département langage et de la mémoire de l'université de Stirling, en Ecosse. Ainsi, selon cette spécialiste, qui vient de publier une étude sur le développement de la mémoire et son importance dans la prévention de la démence, Facebook et Twitter auraient un effet opposé sur le cerveau. Le numéro un des réseaux améliorerait les capacités intellectuelles de ses membres, à l'inverse du site de micro-blog. »

J’avais fait part de mon étonnement et promettais d’étudier la question de près. Il est donc temps de régler son compte à cette foutaise.


En fait, après avoir lu plusieurs articles sur ce sujet et surtout consulté le blog de Tracy Alloway, il s’avère que c’est uniquement un coup marketing de la part de cette dernière. C’est tellement inintéressant qu’en temps normal ce serait passé inaperçu, mais avec le succès de Facebook et Twitter, c’était une occasion rêvée.  


D’abord, dans cet article et dans d’autres qui se sont informés aux mêmes sources, il y a un mélange entre plusieurs études du Docteur Alloway et ses déclarations lors du British Science Festival début septembre. La première étude dont parle Les Echos concerne « le développement de la mémoire et son importance dans la prévention de la démence ». La seconde étude dont l’auteur parle en fin d’article est intitulée « The efficacy of working memory training in improving crystallized intelligence ». Cette étude publiée début septembre 2009 est disponible sur le site “precedings.nature.com”.


Le mélange n’est pas facile à détecter, surtout dans cet article des Echos. Continuons à l’étudier.

Après l’introduction, Julien Pompey écrit : « Facebook stimulerait les fonctions cognitives de la mémoire, car le site exige de ses membres une certaine activité et intéractivité avec les autres. "Les réseaux sociaux ou les jeux vidéo sont bons pour la capacité de socialisation des enfants, et ils permettent d'utiliser sa mémoire active, comme le Sudoku ou le fait de rester en contact avec des amis sur Facebook", explique le Dr Tracy Alloway. Les jeux vidéo seraient ainsi bénéfiques au développement intellectuel, contrairement aux idées reçues.


« A l'opposé, Twitter ne serait qu'un flux d'informations reçu de manière passive par l'internaute. Son caractère instantané ne ferait appel à aucune fonction cognitive et, par extension, ne développerait pas les facultés intellectuelles de ses membres. "Sur Twitter, vous recevez un flux interrompu d'informations, qui est en plus très succinct. Vous n'avez pas besoin d'analyser cette information. Votre niveau d'attention est réduit, et vous ne demandez pas d'effort à votre cerveau, et vous n'améliorez pas vos terminaisons nerveuses", poursuit la psychologue écossaise. »


Ces deux paragraphes correspondent aux déclarations du docteur Alloway lors du British Science Festival.


En fait, elle ne nous apprend pas grand-chose et ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes. Car tout le monde sait que le fait d’être actif plutôt que d’être passif est bon pour le développement du cerveau et de la mémoire. Ce ne sont que des lieux communs…


Mais c’est quand on arrive à la conclusion, qu’on comprend le mic mac : « Le Dr Tracy Alloway a mené cette étude avec son équipe chez des enfants de 11 à 14 ans. » On a donc bien l’impression que cette étude concerne Facebook et Twitter… Alors qu’il n’en est rien. Lisez l’étude et vous verrez que les mots “Facebook” et “Twitter” ne sont pas dans ce texte.


Continuons : « Que vos enfants utilisent Facebook ou Twitter, elle conclut toutefois qu'après huit semaines d'exercices de mémoires, les écoliers ont vu leur quotient intellectuel augmenter de 10 points... » C’est bien la conclusion de l’étude, mais sans Facebook, ni Twitter… 



Un autre article publié sur le site l'Atelier.fr est encore plus direct dans la confusion : « Les réseaux sociaux ont une influence sur la mémoire et certains aspects de l’intelligence, quelques-uns positivement, d’autres négativement. C’est ce qu’explique dans une étude le docteur Tracy Alloway, de l’université de Stirling en Ecosse. Cette étude, réalisée auprès de 11-14 ans, montre les bénéfices de l’utilisation de Facebook pour la mémoire opérationnelle, au même titre que certains jeux vidéos. Elle pointe en revanche du doigt l’effet négatif du site de microblogging Twitter.».


Non ! Encore une fois, cette étude « réalisée auprès de 11-14 ans » ne concerne ni Facebook, ni les jeux vidéo, ni Twitter !


Tracy Alloway a fait des études intéressantes sur la mémoire de travail. Mais elle n’en a fait aucune sur Facebook et Twitter, ni non plus sur les Sudoku (ou du moins, aucune étude de sa part sur ces thèmes n’ont fait l’objet d’une publication - voir l’exhaustivité de ses publications sur le site de l’Université de Stirling.)


C’est seulement lors du British Science Festival qu’elle a fait des déclarations d’un simple bon sens. Cela lui a fait une bonne publicité, mais l’intérêt scientifique est très limité.



Alors, en conclusion, est-ce que Facebook rendrait plus intelligent ? Pas plus que de faire un Sudoku… Et Twitter rendrait moins intelligent ? Pas moins que de regarder la télévision…


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Jeudi 10 septembre 2009 4 10 /09 /2009 22:08

Après un premier billet commentant l’article de Nicolas Carr « Is Google making us stupid ? » traduit par Framablog, je commente le très intéressant dossier publié sur ce même sujet par Valeurs Actuelles cet été.


 

Fabrice Madouas, auteur de l’article, précise que Nicolas Carr n’est pas le seul à porter des critiques virulentes sur Internet et « le vide sidéral des “réseaux sociaux” comme Facebook ou MySpace ». Ou bien sur cette « machine à abrutir, le vide des informations complétant la stupidité des divertissements ». De nombreuses autres personnalités ont porté des jugements sévères sur cet outil. En particulier le philosophe Alain Finkielkraut, Philippe Muray, l’écrivain Pierre Jourde, le journaliste Andrew Keen…


Venons-en au contenu de cet article.


Un point qui me semble important et sur lequel je n’avais pas encore percuté, c’est que « les internautes eux-mêmes n’utilisent pas ce réseau comme l’avaient prévu les “experts”.

« Internaute. Le mot, construit avec le suffixe “naute” (“marin”, en grec), dit bien ce qu’il veut dire ; l’internaute est celui qui navigue sur le réseau. “Les inventeurs d’Internet l’avaient conçu comme un outil, les gens l’occupent comme un espace”, résume le sociologue Stéphane Hugon. Un exemple ? Les chats, c’est-à-dire les conversations en ligne ont connu un succès phénoménal. Or, la banalité des échanges et la pauvreté du vocabulaire sont telles qu’il faut se rendre à l’évidence : ce n’est pas ce que l’on dit qui compte, c’est le fait de pouvoir le dire. »

Et il précise : « Les Québécois le soulignent avec malice : ils ne disent pas “chatter” mais “babiller”. Or, babiller, c’est “parler beaucoup et à propos de rien”, rappelle le Larousse, et le babil, mot créé par onomatopée, est un « bavardage continu, enfantin ou futile” […] L’important n’est pas d’être “tous ensemble”, comme le clamaient par exemple les manifestants de 1995, unis contre les projets du gouvernement Juppé, mais d’être “ensemble, c’est tout”, comme l’écrit Anna Gavalda dans un best-seller qui connut aussi un beau succès au cinéma. Quitte à brasser du vide. “L’ultraconnectivité est un symbole de pauvreté”, a même osé dire un autre oracle du Web, le journaliste Bruce Sterling.»

 


Voici une pierre jetée dans le jardin des partisans du web 2.0 : « Selon le britannique Andrew Keen, qui a commencé sa carrière dans la Silicon valley en laçant l’un des premiers sites musicaux d’Internet, “la révolution du Web 2.0 [le web participatif] favorise les observations superficielles au détriment de l’analyse en profondeur, les opinions à l’emporte-pièce au détriment du jugement réfléchi.” C’est ce qu’il écrit dans un livre qui a fait grand bruit aux Etats-Unis parce qu’il dénonce “l’ignorance et la tyrannie des foules”. »



Et voici qui nous rapprochera de ce que dit Elisabeth Nuyts :

« C’est qu’Internet ressemble moins à la bibliothèque universelle que les universitaires rêvaient d’édifier qu’à une banque de données informe et gigantesque, où l’on vient picorer des bribes d’information – le paradoxe étant qu’il suffit d’un peu de méthode pour avoir l’illusion de maîtriser tout le savoir du monde. Mais inventorier n’est pas inventer ni connaître et l’internaute ressemble parfois à ce personnage que Jules Verne met en scène dans Vingt mille lieues sous les mers : Conseil, un domestique devenu spécialiste de la classification des poissons en fréquentant les savants du Muséum d’histoire naturelle, mais qui ne sait pas en reconnaître un seul dans la nature. »



Et en fin d’article, notre auteur aborde la question de la modification de notre cerveau due à Internet. « La question a été posée à Yves Caseau, normalien et vice-président de Bouygues Telecom-Innovation & services, lors de l’université d’été du MIP. Selon lui, Google favorise la consommation d’informations fractionnées qui jouent le rôle de “stimuli permanents”, au détriment d’une recherche en profondeur, ordonnée et finalisée. Ce qui pousse à la superficialité. Le second point concerne la façon dont on apprend à lire. “L’acquisition de la lecture est un processus fascinant et complexe, qui modifie littéralement le cerveau, dit Yves Caseau. Nous construisons un outil adapté au mode de lecture que nous pratiquons et il détermine notre façon de penser.” Or, Nicholas Carr remarque justement qu’il lui devient difficile de se concentrer sur la lecture d’un roman ou d’un essai, c’est-à-dire d’un texte dépassant quelques pages.


« “La connaissance n’est pas l’information, ajoute Yves Caseau. Elle est irrémédiablement liée au temps, elle requiert de l’expérience”, qu’une pratique assidue d’Internet et des mondes virtuels ne permettra jamais d’acquérir. Professeur au MIP, Aubry Pierens l’a aussi rappelé pendant ce débat : l’expertise ne peut remplacer l’expérience, et l’on perdrait en humanité si la méthode se substituait tout à fait à l’intuition. “L’accès au monde se fait par les cinq sens” plus qu’à travers l’écran et l’on gagnerait beaucoup à n’être pas connecté sans arrêt. »



Ayant pratiquement terminé ce deuxième billet, je découvre un article des Echos du 7 septembre dernier, expliquant que « Facebook rendrait plus intelligent »…


Julien Pompey, auteur de l’article, explique : « Les réseaux sociaux auraient un effet plus ou moins bénéfique sur nos facultés intellectuelles, selon le Dr Tracy Alloway, psychologue et directrice du département langage et de la mémoire de l'université de Stirling, en Ecosse. Ainsi, selon cette spécialiste, qui vient de publier une étude sur le développement de la mémoire et son importance dans la prévention de la démence, Facebook et Twitter auraient un effet opposé sur le cerveau. Le numéro un des réseaux améliorerait les capacités intellectuelles de ses membres, à l'inverse du site de micro-blog. »

J’aime bien le conditionnel et le “plus ou moins”… J’ai essayé d’en savoir plus sur cette étude et sur son auteur. Et au final, il s'avère qu'il y a une différence importante entre la réalité et ce qui est écrit dans cet article et dans les innombrables billets publiés sur le Web reprenant cette (fausse) information… J’en parlerai dans un prochain billet.


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Mardi 8 septembre 2009 2 08 /09 /2009 21:46

Ces derniers mois, la blogosphère a été quelque peu perturbée par un article de Nicolas Carr « Is Google making us stupid ? », publié dans The Atlantic en juin 2008.


Framablog en a fait une bonne traduction sous le titre « Internet et Google vont-ils finir par nous abrutir ? »

Ce titre n’est pas très bon, car pour Nicolas Carr il s’agit beaucoup plus d’une modification de notre manière de penser que d’un simple abrutissement, comme lorsque nous avons regardé la télé toute une après-midi.


 

Plusieurs blogs ont fait référence à cet article. En particulier, Alithia, la pourfendeuse de Wikipédia, dans un très bon article intitulé « Les effets d'Internet, Google - conjugués à Wikipédia - nous rendent-ils idiots ? » 


Cet été, Valeurs Actuelles en a fait également une recension dans son numéro du 23 juillet, parmi plusieurs prises de position intéressantes de personnalités sur les dangers liés à Internet. La couverture de ce numéro avait d’ailleurs comme titre « Internet rend-il idiot ? »

 

Mais il faut remarquer également que cet article de Nicolas Carr a été ignoré de la plupart des « encenseurs » de la génération Y et du Web 2.0. Il est vrai que cet article va à l’encontre de toutes leurs théories…

 


Entrons dans le vif du sujet en l’éclairant de ce que nous avons déjà dit au sujet du “cerveau droit – cerveau gauche”.

 

Pour Nicolas Carr, le constat est inquiétant : « Ces dernières années, j’ai eu la désagréable impression que quelqu’un, ou quelque chose, bricolait mon cerveau, en reconnectait les circuits neuronaux, reprogrammait ma mémoire. Mon esprit ne disparaît pas, je n’irai pas jusque là, mais il est en train de changer. Je ne pense plus de la même façon qu’avant. C’est quand je lis que ça devient le plus flagrant. Auparavant, me plonger dans un livre ou dans un long article ne me posait aucun problème. Mon esprit était happé par la narration ou par la construction de l’argumentation, et je passais des heures à me laisser porter par de longs morceaux de prose. Ce n’est plus que rarement le cas. Désormais, ma concentration commence à s’effilocher au bout de deux ou trois pages. Je m’agite, je perds le fil, je cherche autre chose à faire. J’ai l’impression d’être toujours en train de forcer mon cerveau rétif à revenir au texte. La lecture profonde, qui était auparavant naturelle, est devenue une lutte. »


Il donne une explication : « Je crois savoir ce qui se passe. Cela fait maintenant plus de dix ans que je passe énormément de temps sur la toile, à faire des recherches, à surfer et même parfois à apporter ma pierre aux immenses bases de données d’Internet. En tant qu’écrivain, j’ai reçu le Web comme une bénédiction. Les recherches, autrefois synonymes de journées entières au milieu des livres et magazines des bibliothèques, s’effectuent désormais en un instant. Quelques recherches sur Google, quelques clics de lien en lien et j’obtiens le fait révélateur ou la citation piquante que j’espérais. Même lorsque je ne travaille pas, il y a de grandes chances que je sois en pleine exploration du dédale rempli d’informations qu’est le Web ou en train de lire ou d’écrire des e-mails, de parcourir les titres de l’actualité et les derniers billets de mes blogs favoris, de regarder des vidéos et d’écouter des podcasts ou simplement de vagabonder d’un lien à un autre, puis à un autre encore. (À la différence des notes de bas de page, auxquelles on les apparente parfois, les liens hypertextes ne se contentent pas de faire référence à d’autres ouvrages ; ils vous attirent inexorablement vers ces nouveaux contenus.)


« Pour moi, comme pour d’autres, le Net est devenu un media universel, le tuyau d’où provient la plupart des informations qui passent par mes yeux et mes oreilles. Les avantages sont nombreux d’avoir un accès immédiat à un magasin d’information d’une telle richesse, et ces avantages ont été largement décrits et applaudis comme il se doit. “Le souvenir parfait de la mémoire du silicium”, a écrit Clive Thompson de Wired, “peut être une fantastique aubaine pour la réflexion.”

Mais cette aubaine a un prix. Comme le théoricien des média Marshall McLuhan le faisait remarquer dans les années 60, les média ne sont pas uniquement un canal passif d’information. Ils fournissent les bases de la réflexion, mais ils modèlent également le processus de la pensée. Et il semble que le Net érode ma capacité de concentration et de réflexion. Mon esprit attend désormais les informations de la façon dont le Net les distribue : comme un flux de particules s’écoulant rapidement. Auparavant, j’étais un plongeur dans une mer de mots. Désormais, je fends la surface comme un pilote de jet-ski. »


Ce qui est impressionnant, c’est qu’il n’est pas le seul à ressentir ces effets : « Lorsque j’évoque mes problèmes de lecture avec des amis et des connaissances, amateurs de littérature pour la plupart, ils me disent vivre la même expérience. Plus ils utilisent le Web, plus ils doivent se battre pour rester concentrés sur de longues pages d’écriture. Certains des bloggeurs que je lis ont également commencé à mentionner ce phénomène. Scott Karp, qui tient un blog sur les média en ligne, a récemment confessé qu’il avait complètement arrêté de lire des livres. “J’étais spécialisé en littérature à l’université et je passais mon temps à lire des livres”, écrit-il. “Que s’est-il passé ?” Il essaie de deviner la réponse : “Peut-être que je ne lis plus que sur Internet, non pas parce que ma façon de lire a changé (c’est à dire parce que je rechercherais la facilité), mais plutôt parce que ma façon de PENSER a changé ?” »


Un autre cas : « Bruce Friedman, qui blogue régulièrement sur l’utilisation des ordinateurs en médecine, décrit également la façon dont Internet a transformé ses habitudes intellectuelles. “J’ai désormais perdu presque totalement la capacité de lire et d’absorber un long article, qu’il soit sur le Web ou imprimé”, écrivait-il plus tôt cette année. Friedman, un pathologiste qui a longtemps été professeur l’école à de médecine du Michigan, a développé son commentaire lors d’une conversation téléphonique avec moi. Ses pensées, dit-il, ont acquis un style “staccato”, à l’image de la façon dont il scanne rapidement de petits passages de texte provenant de multiples sources en ligne. “Je ne peux plus lire Guerre et Paix”, admet-il. “J’ai perdu la capacité de le faire. Même un billet de blog de plus de trois ou quatre paragraphes est trop long pour que je l’absorbe. Je l’effleure à peine.” »


Ce ne pourraient être que des anecdotes, mais des études commencent à cerner le phénomène : « une étude publiée récemment sur les habitudes de recherches en ligne, conduite par des spécialistes de l’université de Londres, suggère que nous assistons peut-être à de profonds changements de notre façon de lire et de penser. Dans le cadre de ce programme de recherche de cinq ans, ils ont examiné des traces informatiques renseignant sur le comportement des visiteurs de deux sites populaires de recherche, l’un exploité par la bibliothèque britannique et l’autre par un consortium éducatif anglais, qui fournissent un accès à des articles de journaux, des livres électroniques et d’autres sources d’informations écrites. Ils ont découvert que les personnes utilisant ces sites présentaient « une forme d’activité d’écrémage », sautant d’une source à une autre et revenant rarement à une source qu’ils avaient déjà visitée. En règle générale, ils ne lisent pas plus d’une ou deux pages d’un article ou d’un livre avant de “bondir” vers un autre site. Parfois, ils sauvegardent un article long, mais il n’y a aucune preuve qu’ils y reviendront jamais et le liront réellement. Les auteurs de l’étude rapportent ceci : “Il est évident que les utilisateurs ne lisent pas en ligne dans le sens traditionnel. En effet, des signes montrent que de nouvelles formes de “lecture” apparaissent lorsque les utilisateurs “super-naviguent” horizontalement de par les titres, les contenus des pages et les résumés pour parvenir à des résultats rapides. Il semblerait presque qu’ils vont en ligne pour éviter de lire de manière traditionnelle.” »


Quel est ce nouveau mode de lecture ? : « Grâce à l’omniprésence du texte sur Internet, sans même parler de la popularité des textos sur les téléphones portables, nous lisons peut-être davantage aujourd’hui que dans les années 70 ou 80, lorsque la télévision était le média de choix. Mais il s’agit d’une façon différente de lire, qui cache une façon différente de penser, peut-être même un nouveau sens de l’identité. “Nous ne sommes pas seulement ce que nous lisons”, dit Maryanne Wolf, psychologue du développement à l’université Tufts et l’auteur de “Proust et le Calamar : l’histoire et la science du cerveau qui lit.”. “Nous sommes définis par notre façon de lire.” Wolf s’inquiète que le style de lecture promu par le Net, un style qui place “l’efficacité” et “l’immédiateté” au-dessus de tout, puisse fragiliser notre capacité pour le style de lecture profonde qui a émergé avec une technologie plus ancienne, l’imprimerie, qui a permis de rendre banals les ouvrages longs et complexes. Lorsque nous lisons en ligne, dit-elle, nous avons tendance à devenir de “simples décodeurs de l’information”. Notre capacité à interpréter le texte, à réaliser les riches connexions mentales qui se produisent lorsque nous lisons profondément et sans distraction, reste largement inutilisée. »


Les explications rejoignent celles d’Elisabeth Nuyts ou celles du Docteur Wetstein Badour : « La lecture, explique Wolf, n’est pas une capacité instinctive de l’être humain. Elle n’est pas inscrite dans nos gènes de la même façon que le langage. Nous devons apprendre à nos esprits comment traduire les caractères symboliques que nous voyons dans un langage que nous comprenons. Et le médium ou toute autre technologie que nous utilisons pour apprendre et exercer la lecture joue un rôle important dans la façon dont les circuits neuronaux sont modelés dans nos cerveaux. Les expériences montrent que les lecteurs d’idéogrammes, comme les chinois, développent un circuit mental pour lire très différent des circuits trouvés parmi ceux qui utilisent un langage écrit employant un alphabet. Les variations s’étendent à travers de nombreuses régions du cerveau, incluant celles qui gouvernent des fonctions cognitives essentielles comme la mémoire et l’interprétation des stimuli visuels et auditifs. De la même façon, nous pouvons nous attendre à ce que les circuits tissés par notre utilisation du Net seront différents de ceux tissés par notre lecture des livres et d’autres ouvrages imprimés. »


Oui, de la même manière qu’il est possible de rééduquer un enfant (c’est-à-dire créer des circuits cohérents) à la lecture, lorsque celui-ci a mal appris, il est vraisemblable que le cerveau peut créer de nouveaux circuits préférentiels suite à de mauvaises habitudes de lecture. Et donc de pensée.



Il se pose alors deux questions. Ce phénomène vient-il d’Internet en tant que tel comme le souligne Alithia : « L'outil n'est pas neutre, en effet. Il influe sur les comportements et les habitudes, il force à la rapidité, il entraîne au survol, il détourne des textes longs et des livres. La plupart des internautes le reconnaissent, ils ne lisent pas les textes en entier, non plus que les textes longs. Ils voient trop de textes et reçoivent trop d'informations, circulent entre trop de sites, ils ne savent plus lire. Des études ont montré que les temps de passage sur les sites sont extrêmement courts. » Ou bien un outil est-il neutre et c’est l’usage qu’en font les personnes qui peut le rendre néfaste ?


La deuxième question concerne les générations futures, car comme le dit également Alithia : « Ainsi en va-t-il de gens qui ont suivi une formation universitaire approfondie. Alors, qu'en est-il et qu'en sera-t-il des générations qui sont nées avec le Net et n'ont connu que cette pratique de zapping et d'inattention généralisée qui formatent leur cerveau autrement que celui formé par le temps de l'étude long et nécessairement lent ? »

La réponse à la première question me semble assez simple : un outil en tant que tel est neutre. C’est l’utilisation qui en est faite qui le rend utile ou néfaste. Un marteau est un outil formidable pour planter des clous, mais le maladroit risque fort de se taper sur les doigts et de se faire très mal... Ce n’est pas pour cela qu’on rejettera le marteau. Il en est de même d’Internet. L’abus de la navigation peut provoquer des modifications (heureusement non irréversibles…) dans les circuits neuronaux. Par contre, c’est un formidable outil de recherche pour qui sait l’utiliser.


La réponse à la deuxième question est un peu plus complexe. En fait, ce qui fait la gravité du phénomène pour les nouvelles générations, c’est l’accumulation de l’hypertrophie du cerveau droit créée lors de l’apprentissage de la lecture, de la grammaire et des mathématiques dans les premières années de l’école primaire, et d’Internet qui, de la manière dont il est utilisé par la plupart des internautes n’utilise pratiquement que la partie droite du cerveau. On risque d’obtenir une génération, qui loin d’avoir les (merveilleux) attributs de la génération Y, n’aura qu’une faible capacité d’analyse, de réflexion et donc d’innovation.


Pour préciser mon propos, je vous cite Elisabeth Nuyts à la page 122 de son livre “L’école des illusionnistes”. Il s’agit de la conclusion de son étude des méthodes d’apprentissage de la lecture :

« Voilà des fiches de lecture sensées enseigner la lecture à l’enfant. Or que lui ont-elles appris ?

  • à poser le regard trois fois par ligne
  • à balayer le texte du regard à la recherche de mots identifiés par leur forme
  • à travailler uniquement  en reconnaissance, donc sans pouvoir découvrir des idées qu’on ne lui aurait pas désignées par avance, et sans la moindre autonomie de lecture
  • à lire sans jamais analyser, alors que la compréhension fine du texte et sa mémorisation sont liés à l’analyse
  • à effacer tout repère de temps et de logique
  • à travailler à un rythme qui ne permet pas de réfléchir
  • à dissocier parole, analyse, réflexion, lecture et écriture
  • à prendre la lecture robotique pour de la lecture
  • à s’habituer à des excitations visuelles. Or, tout se passe comme si, lors de ce type d’excitations, l’information ne pouvait plus être traitée par l’hémisphère raisonnable, le cerveau gauche. Au fil des exercices, l’apprenti lecteur va donc s’habituer à lire et à penser intuitivement, hors réflexion : cela bloquera sa faculté de compréhension rationnelle. 

« Voilà réunies toutes les conditions pour que l’enfant ne puisse pas lire intelligemment son texte. Il prendra l’habitude de lire très vite, en diagonale, en descendant, en quadrillant son texte, en anticipant la réponse à la question posée. En ne respectant jamais la chronologie des idées.»


La navigation destructurée sur Internet ne fera qu’amplifier et aggraver le phénomène.



Dans un prochain billet, je commenterai l’article de Valeurs Actuelles.


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Vendredi 3 juillet 2009 5 03 /07 /2009 18:01

Après avoir présenté les profils d'apprentissage, je vais faire un focus sur la manière dont notre cerveau accède à la lecture. C'est un point important dans notre étude sur le cerveau droit et le cerveau gauche.


Pour ce point, je prendrai une étude publiée par le Docteur Wettstein-Badour. Cette dernière a publié des études très complètes et très intéressantes sur la lecture et les a mis en ligne sur ses blogs. La plupart sont assez complexes, mais présentent l'intérêt d'être complètes et très bien documentées.. Je m'étais déjà inspiré d'une de ses études pour dénoncer « Nue nevoulle fauitose ed puls... »


Il s'agit d'une étude publiée en mars 2000 intitulée : « Apprentissage de la lecture
Le non-sens des pédagogies actuelles.
 »


En voici un résumé et les principaux extraits.


Elle dresse d'abord un constat terrible : « À la rentrée 1997, les évaluations du Ministère de l'Éducation Nationale portant sur les compétences en lecture des élèves de 6e ont montré que 62 % d'entre eux ne maîtrisaient pas la lecture : 12 % des collégiens ne savaient pas lire, 50 % ne comprenaient pas et ne pouvaient pas utiliser le texte lu. »

Ces chiffres ont plus de 10 ans, mais la situation ne s'est hélas pas améliorée...


Et elle s'interroge : « Devant de tels chiffres on est en droit de se demander comment un professeur peut parvenir à transmettre un savoir à une classe dont plus de la moitié des participants n'a pas accès à l'écrit. »

C'est cette fameuse génération Y qui arrive maintenant dans nos entreprises...


Mais les explications données détournent de leur véritable cause : « Depuis des années, de multiples publications traitent de l'illettrisme. Elles conduisent pratiquement toujours au même constat : l'échec en lecture est la conséquence des perturbations psychosociales dont l'enfant est victime dans son environnement. Le très récent rapport RINGARD reprend ce discours. Cette affirmation a l'avantage d'exclure toute responsabilité de l'École dans cette situation peu flatteuse. Il est frappant de constater qu'aucune voix ne s'élève dans le monde scolaire pour s'interroger sur l'influence des pédagogies sur la qualité des apprentissages. Cette question ne se pose pas dans une communauté qui vit sur ses certitudes et considère que toutes les méthodes se valent. Seule compte, à ses yeux, la manière dont elles sont appliquées. Si cette affirmation est exacte, elle signifierait que plus de la moitié des élèves sont victimes de maîtres incompétents!


« En réalité, le problème se situe à un tout autre niveau : l'École, murée dans son isolement, campe sur ses certitudes et reste fermée aux avancées de la recherche scientifique qui lui permettraient pourtant, si elle le voulait, de résoudre un grand nombre de ses difficultés. »


Pour expliquer cette catastrophe, elle décrit  « l'approche pédagogique actuelle » qui  « considère la lecture comme un "comportement" au sens psychologique du terme et refuse de prendre en compte le rôle des phénomènes organiques dans les processus d'apprentissage. Ceci revient à considérer le cerveau comme une "boîte noire" et cantonne la réflexion au stade des hypothèses. Comme le disait très justement il y a plus de 20 ans F. CRICK, prix Nobel de médecine en 1962 : "Avec une approche de type boîte noire on atteint très vite un stade où plusieurs théories rivales donnent des explications tout aussi satisfaisantes des résultats observés. Le choix entre ces théories est alors impossible car, plus les expériences se multiplient, plus elles nous révèlent de nouvelles complexités. À ce point, il n'y a plus d'autre choix que d'entrer dans la boîte noire elle-même afin de trancher entre les diverses explications possibles." »


Mais aujourd'hui, grâce aux progrès de la neurologie, nous pouvons entrer dans cette "boite noire" :
« Les modes d'exploration dont nous disposons aujourd'hui en neurologie, en particulier l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, permettent de comprendre comment le cerveau humain procède pour lire et apprendre à lire. Même s'il reste encore bien des obscurités - que nous n'éclaircirons sans doute jamais en totalité - dans ce fantastique organe capable de produire de la pensée avec de la matière, nos connaissances sont largement suffisantes pour en tirer des conclusions pédagogiques fructueuses. Il est bien évident que plus les méthodes d'apprentissage respecteront les exigences du fonctionnement du cerveau, plus elles simplifieront son travail, plus elles auront de chances d'être efficaces. Force est de constater que les pédagogies actuellement utilisées pour apprendre à lire sont aux antipodes des attentes du cerveau en ce domaine. »


Et voici l'explication du processus de la lecture :

« L'acte lexique se révèle d'une très grande complexité mais on peut cependant, grâce aux conclusions des très nombreux chercheurs qui ont travaillé - et travaillent actuellement sur ce sujet - présenter un schéma clair de cette activité cérébrale très élaborée.
« Nous savons depuis plus de 20 ans que le cerveau de l'Homme différencie les images (dessins, photographies, etc.) des graphismes porteurs d'une signification sonore (expression écrite du langage oral, lecture musicale).


« Cette distinction conduit à un traitement différent de l'information perçue : les images sont prioritairement prises en charge par l'hémisphère droit qui travaille de manière analogique mais les graphismes porteurs de signification sonore sont traités par l'hémisphère gauche qui opère par une succession de mécanismes d'analyse et de synthèse. Il n'est pas possible d'entrer ici plus avant dans cette question complexe mais il faut savoir que même les signes graphiques des langues idéogrammiques sont traités comme les mots de manière analytique dans l'hémisphère gauche. Il est fondamental de comprendre que l'écrit, qu'il s'agisse de mots ou d'idéogrammes, ne peut, en aucun cas, être assimilé à une image et n'est jamais perçu comme un ensemble, qu'il s'agisse d'un débutant ou d'un lecteur averti. Cette réalité neurologique est, bien évidemment, d'une importance capitale sur le plan pédagogique.


« Le cerveau isole dans le langage parlé les unités sonores élémentaires qui le constituent. Il cherche ensuite à faire coïncider ces unités sonores de base avec les graphismes qui les représentent. Dans les langues phonogrammiques de type alphabétique dont le français fait partie, la plus petite unité sonore est la lettre ou un petit groupe de lettres, le phonème. Il est représenté par une unité graphique, le graphème. Les unités assemblées sont comparées par essais successifs aux éléments déjà mis en mémoire et sont intégrées dans des ensembles sémantiques de plus en plus grands. En même temps s'opère l'identification de leur forme grammaticale. La signification de l'écrit se construit ainsi grâce à de multiples opérations qui vont toujours du plus simple au plus compliqué. Le lecteur entraîné n'a pas conscience d'exécuter ce découpage et cet assemblage de sons et de graphismes. Cependant, il les réalise comme le lecteur débutant mais l'automatisation des mécanismes ne les rend plus perceptibles. La lecture fluide et rapide n'en reste pas moins exclusivement analytique. Cette précision mérite d'être soulignée car beaucoup de pédagogues, persuadés que la lecture de l'adulte est globale, justifient par cet argument l'abandon des méthodes alphabétiques pour l'apprentissage chez l'enfant.


« Il faut aussi comprendre que le traitement du langage oral et écrit nécessite la mise en action dans le cerveau d'une multitude de circuits bouclés interactifs qui font participer une infinité de neurones à l'acte effectué. L'hémisphère gauche joue, certes, un rôle très dominant en matière de langage mais l'hémisphère droit lui apporte un concours dont il ne peut pas se passer dans les conditions normales du fonctionnement cérébral. Si l'assemblage des unités sonores et graphiques est pris en charge prioritairement par l'hémisphère gauche, la participation active de certaines formations de l'hémisphère droit est indispensable pour aboutir à la compréhension du texte lu. Qu'il s'agisse de l'orientation des formes graphiques dans l'espace ou de l'intégration des données analysées dans des ensembles sémantiques de plus en plus grands, de repérage de leur forme grammaticale ou de recherche de leur signification, les deux hémisphères participent à cette découverte, chacun avec ses spécificités d'action et son mode de travail. De plus, il faut insister sur le fait que l'interactivité de ces circuits permet aux opérations de décryptage et de compréhension de se réaliser de manière strictement synchrone. L'association du lien son/graphisme s'effectue en même temps que l'intégration des données décryptées dans les ensembles sémantiques avec recherche du sens. Il est donc neurologiquement absurde de prétendre que décryptage et compréhension sont deux temps différents de la lecture. Par contre, lorsqu'il existe des perturbations dans la découverte des correspondances entre sons et graphismes, quand des informations erronées parviennent aux neurones dont le rôle est d'opérer des comparaisons avec les éléments mis en mémoire, ceux-ci ne peuvent pas remplir correctement leur rôle. Des dysfonctionnements s'installent et apparaissent alors des discordances entre décryptage et compréhension.
»


Puis le docteur Wettstein-Badour en arrive aux méthodes d'apprentissage de la lecture :

« Tous ces éléments - et bien d'autres qu'il est impossible de résumer ici - montrent que l'époque des hypothèses en matière d'apprentissage de l'écrit est révolue. Nous sommes désormais confrontés à des réalités neurologiques incontournables dont nous devons tenir compte pour juger des avantages et inconvénients des différentes pédagogies de la lecture. »


Elle décrit ce que sont les méthodes globales et semi-globales « proposées aux enfants depuis presque 50 ans :

« L'élève doit "lire" d'emblée des phrases entières ou des mots. Suivant les cas, on revient ou non, ultérieurement, à la notion de reconnaissance des graphèmes. Les adeptes de ces pédagogies croient que l'enfant retient le mot dans son ensemble, le "photographie" et le met en mémoire pour le reconnaître ensuite quand il le rencontrera. Or, il n'en est rien. Incapable de traiter le mot comme une image, le cerveau abordera la lecture avec les moyens dont la nature l'a doté. Il devra découvrir seul, dans les phrases et mots qui lui sont présentés, les correspondances que sa langue établit entre les graphismes et les sons qu'ils représentent. »


Et voici ce dont devrait être capable tout enfant pour réussir à lire : « de bien discriminer les sons les uns des autres, de bien identifier les formes, de bien les orienter dans l'espace, de bien fixer son attention. Il doit aussi pouvoir mémoriser ce qu'il apprend, être apte à l'abstraction et disposer d'un vocabulaire riche. Si toutes ces conditions sont réunies, il apprendra correctement à lire malgré la méthode proposée. Mais s'il présente une anomalie d'une ou plusieurs des fonctions précitées, il commettra alors des erreurs d'identification qui pourront conduire de la simple confusion de sons à l'impossibilité totale de lire ou à une lecture qui associe des mots correctement lus avec des termes devinés ou même inventés. Or, il faut savoir que la moitié environ des enfants de grande section de maternelle et de CP, tout en étant parfaitement normaux, sont porteurs d'au moins un facteur de risque face à l'apprentissage de la lecture. On comprend mieux ainsi l'importance du pourcentage d'échecs mesuré dans les classes et les raisons des dysorthographies massives qui accompagnent ou prennent le relais des difficultés de lecture. »


Les profils d'apprentissage sont différents et seuls les visuels et une partie des kinesthésiques arriveront à s'en sortir.


Maintenant, le docteur Wettstein-Badour propose la solution : « Si, au contraire, on propose à l'enfant un apprentissage de type alphabétique qui lui fournit le code de correspondance entre les sons et les graphismes de sa langue, on conçoit facilement que les risques d'erreurs dans l'assimilation du code de base diminuent considérablement. Le cerveau dispose en effet de tous les éléments dont il a besoin pour découvrir le sens du texte lu. Il assimilera en même temps les données de base indispensables pour apprendre à orthographier sa langue.


« Certes, même avec une méthode alphabétique, tous les enfants n'apprendront pas à lire avec la même facilité mais l'expérience prouve que les élèves victimes d'échecs avec les méthodes globales ou semi-globales réussissent à lire avec une méthode alphabétique bien conçue. Avec une pédagogie adaptée aux exigences du fonctionnement cérébral on peut dire, sans crainte d'erreurs, que les deux tiers des élèves aujourd'hui en échec pourraient renouer avec le succès.


« En matière d'apprentissage de l'écrit, l'objectif à atteindre est de donner à un maximum d'élèves un maximum de chances de réussite et de leur fournir les clés qui leur ouvrent l'accès à une lecture autonome. Cet épanouissement conduit tout naturellement au goût de lire. Quel contraste avec les multiples perturbations qui naissent de l'impossibilité d'apprendre à lire correctement chez ceux qui, dès le CP, se trouvent dans le lot des exclus et qui, quelles que soient leur intelligence et leur bonne volonté, peineront désespérément sur tout travail nécessitant le recours à l'écrit. »


Et point très important : « De plus, l'entraînement précoce à l'utilisation optimisée des facultés d'analyse et de synthèse et l'acquisition de capacités d'expression constituent des atouts essentiels pour stimuler le développement de la pensée conceptuelle. »


Elle en vient au cas des méthodes "post-globales" : « On veut actuellement faire croire que les pédagogies globales et semi-globales ne sont plus utilisées ou qu'elles sont modifiées pour revenir peu à peu à l'apprentissage des lettres et des phonèmes. Il s'agit là d'une désinformation qui touche à la fois parents et enseignants. La quasi-totalité des livres utilisés dans les établissements publics et privés sous contrat sont d'inspiration globale. Or, il faut savoir qu'un contact court, de quelques semaines de lecture globale (qui précède toujours le passage ultérieur à la semi-globale) est suffisant pour créer des confusions chez les enfants. Nombreux sont les enseignants qui ignorent cette réalité et croient sincèrement réunir par cette pratique les avantages de chaque type de méthode en en évitant les inconvénients. Beaucoup de maîtres croient également aux vertus des méthodes dites "naturelles" dont la dernière en date est la méthode de "lecture par hypothèses". Mis en contact dès le début de l'apprentissage avec un texte qu'il ne connaît pas, l'enfant doit faire sur celui-ci "des hypothèses de sens" à partir des indices qu'il remarque ou qu'on lui fournit. Le but n'est pas de parvenir à lire ce qui est écrit mais de "deviner" ce que l'auteur a voulu exprimer. Il n'est pas nécessaire que l'hypothèse soit exacte pour être retenue. Il suffit qu'elle éveille une signification chez l'enfant qui "s'approprie ainsi le texte". Cette pédagogie, dont on percevra sans peine le caractère dévastateur, commence à être mise en place dans les classes maternelles. Cette initiative désastreuse va encore augmenter dans les années à venir le pourcentage d'enfants en échec. »


Et elle conclut : « Non-sens neurologique, les pédagogies actuelles d'apprentissage de la lecture constituent un drame aux conséquences multiples sur le plan individuel et collectif. Il suffirait pourtant de peu de chose pour corriger cette aberration. Mais rien n'est plus difficile que de combattre des tabous. Depuis presque un demi-siècle des hypothèses que les neurosciences condamnent désormais sans appel interdisent à la moitié des élèves d'accéder correctement à l'écrit et leur ferment ainsi le chemin de la réussite. Combien d'années faudra-t-il encore pour que cesse ce scandale ? »

Pour approfondir, vous pourrez consulter l'étude de 2005 intitulée : « Apport des neurosciences et pédagogie du langage écrit », dans laquelle le docteur Wettstein-Badour décrit en détail les différentes opérations qui se déroulent dans le cerveau lors du processus de la lecture.

Il me restera à montrer, parmi les caractéristiques de la génération Y, celles qui sont influencées par les "nouvelles" pédagogies. Ensuite, il faudra voir l'influence de l'ordinateur et d'Internet sur ces caractéristiques.


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Jeudi 25 juin 2009 4 25 /06 /2009 21:52

Le 18 juin dernier, le jour de l'épreuve de philo du bac, Favilla publiait une chronique dans Les Echos intitulée "la leçon de philo en Europe".


Cette chronique, inspirée d'un article du numéro de juin de "Philosophie Magazine" (hélas, pas en ligne...) est intéressante à plus d'un titre.



D'abord, Favilla nous apprend que la philo est enseignée de manière très différente sur notre continent.


Celui-ci est « coupé en deux : d'un côté, les nations de culture gréco-latine, où l'enseignement de la philosophie est obligatoire pendant au moins un an (France, Grèce, Roumanie), voire deux (Espagne, Portugal) ou trois (Italie, Bulgarie). De l'autre côté, les nations de culture anglo-saxonne, où cet enseignement est soit optionnel (Allemagne, Pays-Bas, Suède, Hongrie, pays Baltes), soit inexistant (Grande-Bretagne, Irlande, Pologne, Belgique).


« L'Europe connaît ainsi deux extrêmes : l'Italie, où cet enseignement est obligatoire pendant trois ans, et la Grande-Bretagne, où il est absent. De même constate-t-on que les deux berceaux principaux de la philosophie occidentale n'ont pas la même pratique : discipline obligatoire en Grèce, optionnelle en Allemagne. »


D'où vient cette différence ? « Cette diversité est le fruit d'histoires variées ». Mais il ne nous en dit pas plus.


Il continue : « et l'on n'imagine pas qu'un pouvoir bruxellois quelconque vienne imposer des directives en la matière. » En France, on a déjà l'Education Nationale pour fixer les programmes, il ne manquerait plus que Bruxelles s'en mêle...



La fin de l'article aborde un point beaucoup plus fondamental : les valeurs de l'Europe. « Il reste que cette diversité interroge notre patrimoine culturel commun. Contre ceux qui ne voient dans l'Europe qu'un marché commun économique, les partisans d'une identité européenne vantent son héritage philosophique, c'est-à-dire un ensemble de valeurs définies par Socrate puis développées par vingt-cinq siècles de réflexion. 


« Si l'on renonce à rendre ces valeurs accessibles à tous en les réservant à une élite universitaire, elles s'affaiblissent face à leurs deux concurrents : le puissant océan des intérêts économiques d'une part, la culture scientifique d'autre part. »


Mais « certains soutiennent qu'aujourd'hui toute une partie de la jeunesse n'est plus capable de suivre un enseignement de philosophie au lycée et concluent à son abandon. » La génération Y serait-elle incapable d'un minimum de réflexion ?


Notre auteur se lève contre cette tendance : « un tel renoncement serait baisser pavillon face à l'air du temps. Ce serait surtout un mauvais service à rendre à ces jeunes, notamment ceux issus de milieux modestes, en les privant des outils intellectuels de compréhension de leur monde. La philosophie n'est ni conservatrice ni progressiste. Elle est un outil de maîtrise de soi et de sa relation à l'autre, donc un outil de liberté. »


Il conclut : « C'est pourquoi sa place dans le cycle des études secondaires est un bon indicateur de développement d'une société. »


Ce qui voudrait dire que la Grande-Bretagne serait moins développée que l'Italie... Par certains côtés, l'Italie est certainement moins "barbare" sur le plan social et économique que ne l'est la Grande-Bretagne.


Cette affirmation de Favilla va complètement à l'encontre de la thèse de Peyrefitte dans "Le Mal Français", selon lequel ce sont les sociétés anglo-saxonnes qui sont en avance sur les sociétés latines... Mais il est vrai que cette thèse n'était vue que sur le plan de l'efficacité économique. Comme si c'était l'argent-roi qui faisait le bonheur des peuples... Il est quand même mieux de vivre au soleil de nos nations du sud que dans le "fog" londonien... Et il n'y a pas que le climat !


La crise économique actuelle venant des nations anglo-saxonnes en est une bonne démonstration. Ce qui est regrettable, c'est que les pays latins se soient mis à la remorque des anglo-saxons et subissent, "grâce à" la mondialisation, les contrecoups de cette crise de manière très sévère.


Et finalement, Favilla préconise : « A intégrer dans le nouveau PIB conçu par Amartya Sen ! »


Pourquoi pas ?


Mais le plus important me semble être que la philosophie permette d'acquérir ou de développer un esprit critique sur notre monde et sur toutes les informations qui y circulent, à défaut d'arriver à la « compréhension de ce monde ». Car 3 heures de philo (pour les "S") par semaine pendant une année scolaire en se contentant de survoler quelques thèmes philosophiques (liberté, vérité, conscience, langage, etc.), ne permettent pas d'aller beaucoup plus loin... Ce qui est déjà pas mal dans notre monde "google-isé", "wikipédié" et maintenant "twitterisé".


Et n'oublions pas que la philosophie utilise au moins autant le cerveau gauche (analyse) que le droit (synthèse) et est donc un bon moyen de rectifier l'hypertrophie du cerveau droit développé par les nouvelles méthodes pédagogiques en vigueur actuellement, ainsi que par la toute puissance des mathématiques (car contrairement à ce qu'on pourrait croire, les maths sont très "cerveau droit"...).





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Mercredi 3 juin 2009 3 03 /06 /2009 20:53
Après avoir abordé les caractéristiques de chacune des hémisphères de notre cerveau et leur complémentarité, voici un des points les plus importants dans notre étude : les profils d'apprentissage.


Nous n'apprenons pas tous de la même manière. Et ces différences sont directement liées à la manière dont notre cerveau fonctionne : nous avons soit une préférence "cerveau droit", soit "cerveau gauche".



Lors de l'apprentissage, nous passons par trois étapes principales : la perception, l'évocation et la restitution.


Sur son site, Dominique Erbelin, en suivant Antoine de la Garanderie, décrit ces différentes étapes dans "Le coin de la gestion mentale" : « Pour chacune de ces étapes, notre cerveau effectue une démarche différente. La perception nous permet d'entrer en contact avec un contenu nouveau, l'évocation est la façon dont nous pensons ce contenu, la restitution est l'application pratique que nous faisons de ce contenu. »


De manière plus précise, concernant la première étape, « pour intégrer un contenu il faut d'abord le percevoir clairement. A ce stade, nous avons recours à nos cinq sens. Ceux qui ont une préférence pour la perception visuelle trouveront plus facile de retenir une notion si elle leur est montrée, dessinée ou s'ils peuvent poser leurs yeux sur un support visuel qui serve de déclencheur au contenu. Bien sûr, ce sont des "visuels". Les "auditifs""kinesthésiques", enfin sont ceux qui font appel au ressenti pour capter le contenu. Soit ils y associent une odeur, une ambiance générale, une sensation, soit ils l'associent à un geste, un mouvement. » C'est ce qu'on appelle les profils de compréhension (Jean-François-Michel) ou les modes cognitifs (Elisabeth Nuyts) que nous verrons en détail plus loin. préfèrent écouter une explication, entendre un exposé, recevoir des sons qui font sens autour du contenu. Les

D. Erbelin continue : « Ces trois systèmes de perception ne sont pas incompatibles ni exclusifs: la plupart d'entre nous en conjugue deux, ou les trois. Ce qui fait de nous des visuels, des auditifs ou des kinesthésiques est l'importance et la priorité que notre cerveau accorde à chaque système. »


Puis, elle en vient à l'évocation : « Quand nous avons pu percevoir confortablement le contenu à acquérir et que nous lui avons donné du sens, nous pouvons le garder en tête. Prenez un instant pour vous remémorer un souvenir de vacances agréable...
Si vous fermez les yeux, vous prenez bien conscience de l'image mentale que vous avez dans la tête : vos vacances ne sont plus là, mais "quelque chose" est bien présent à votre esprit. Observez si c'est plutôt "quelque chose" à regarder, à écouter, à ressentir ou un mélange de tout cela. » Car une image mentale n'est pas seulement visuelle. 

« Si votre souvenir est plutôt à regarder, qu'il soit en couleurs, en noir et blanc, mobile ou immobile, quels qu'en soient les paramètres, vous êtes "visuel". Si c'est plutôt quelque chose à écouter, que ce soit une voix qui raconte, des dialogues, des commentaires ou quelques mots qui passent, vous êtes un "auditif". Si vous associez fortement un ressenti à votre souvenir, que ce soit une sensation de bien-être, une odeur, un mouvement ou tout autre sensation, vous êtes un "kinesthésique". Et vous conjuguez probablement ces paramètres, à votre manière.

« Notons que l'image mentale est une création unique, un peu comme le sont nos empreintes digitales. »


Enfin, elle en vient à la restitution : « C'est l'étape au cours de laquelle nous donnons en retour ce que nous avons appris.
Et il y a différents modes de restitution : « Certaines restitutions doivent redonner fidèlement le contenu initial présenté : tout élève doit savoir ses tables de multiplication ou sa poésie "par cœur" et sans erreurs, et l'orthographe n'admet pas de fautes; la construction d'une voiture ne laisse pas de place à des fantaisies personnelles.
« D'autres restitutions autorisent un peu plus de liberté: on attend d'une dissertation qu'elle soit à la fois fidèle à une structure et riche de l'individualité de son auteur; d'un médecin qu'il sache accorder la science aux besoins uniques de son patient.
« D'autres restitutions enfin, dans les matières artistiques par exemple doivent mêler les contenus récemment acquis et les précédents, les techniques partagées par tous et les émotions propres à chacun. C'est la création unique qui en résulte qui fait la valeur de ce type de restitution. On attend d'un dessin qu'il exprime une émotion personnelle, on écoute un pianiste autant pour l'œuvre qu'il joue que pour l'interprétation qu'il en donne. »



Après cette présentation rapide du processus d'apprentissage, venons-en aux profils d'apprentissage, tels que développés par Jean-François Michel sur son site "Apprendre à apprendre.com" et dans son livre "Les 7 profils d'apprentissage".



Il explique : « Les 7 profils d'apprentissage sont composés de trois niveaux :


« Au premier niveau (appelé profil d'identité) est pris en compte le comportement de la personne en situation d'apprendre. On peut définir 7 profils d'identités différents : le perfectionniste, l'intellectuel, le rebelle, le dynamique, l'aimable, l'émotionnel, l'enthousiaste.


« Au deuxième niveau (appelé profil de motivation) on s'intéresse à la motivation de la personne. En d'autres termes quel est l'élément dans le fait d'apprendre qui motive, quels sont les éléments extérieurs qui conditionnent l'intérêt de l'élève ? Il y a 4 profils de motivations : « vais-je apprendre ? », « avec qui », « quelle utilité ? », « où ça se situe »


« Le troisième et dernier niveau (profil de compréhension) concerne le mode d'intégration, de mémorisation de l'information. Ils sont au nombre de 3 : les profils visuels, auditif, kinesthésique. »


Si vous le voulez, vous pouvez faire un test en ligne sur son site qui vous donnera votre profil d'apprentissage. C'est très bien fait et peut se révéler très utile. Il faudra seulement vous inscrire sur le site.


Ce qui nous intéresse pour le moment, ce sont les profils de perception : auditif, visuel, kinesthésique. Car la manière dont nous percevons et interprétons le monde extérieur est en relation directe avec le fonctionnement de nos deux hémisphères.



Voici la manière dont Elisabeth Nuyts décrit ces profils dans son livre "L'école des illusionnistes" :


« L'auditif, analytique, accède à la connaissance par la parole et l'ouïe. C'est par l'ouïe qu'il accède directement à la compréhension d'informations verbales, même relativement complexes. Mais c'est par l'analyse qu'il comprend et mémorise les finesses d'un texte écrit. Sa mémoire est auditive : intelligente, elle passe par l'analyse, mécanique, c'est la mémoire du son, la mémoire perroquet. C'est par l'écriture qu'il fixe les données à long terme. Chez lui, la mémoire visuelle est très évanescente si la parole ne vient pas la relayer. Son domaine de prédilection est le verbe. Sa logique, inductive, part de la réalité et y revient sans cesse pour vérification. Il procède par liens logiques. Son repère naturel est le temps. Essentiellement analytique, il est d'un tempérament doux mais très attaché à son indépendance.


« Le visuel, synthétique et analogique, accède à la connaissance par la vue. C'est par elle qu'il accède directement à la compréhension d'informations visuelles telles que schémas et plans, ainsi qu'à celle d'écrits explicites. Il a besoin de transcrire les informations verbales reçues pour les intégrer. Pour percevoir le sens d'un texte complexe, et le mémoriser à long terme de façon autonome, il lui faut analyser la forme pour accéder au fond. Sa mémoire mécanique visuelle (par visualisation) peut emmagasiner une foule de données hétéroclites, mais il ne peut y accéder de façon autonome que très peu de temps. Passé ce délai, il ne peut y accéder qu'en reconnaissance, en réponse à un stimulus extérieur. Sa logique, déductive, part de la règle ou de données extérieures dont il perçoit très rapidement les diverses implications. Il procède par analogie et flashs intuitifs. Son repère naturel est l'espace. Il est par nature très respectueux de l'ordre.


« Le kinesthésique réunit les facultés des deux autres modes. Cependant, il est beaucoup plus proche de l'auditif que du visuel car, comme le premier, il est très analytique et son mode de raisonnement est essentiellement inductif. Son accès à la connaissance se fait par le geste (la main), la parole et la vue. La vue sans la parole ne lui donne que l'intuition de la chose. Pour passer à la perception consciente, il lui faut impérativement ajouter la parole et l'analyse, souvent le geste. Contrairement à l'auditif, il a la mémoire du geste. Il entre les données par l'écriture, les comprend par la parole, et les fixe par le raisonnement verbal et l'élaboration de tableaux et schémas de toutes sortes. Sa mémoire mécanique passe par la vue (visualisation) et/ou par la parole (mémoire perroquet). Mais sa mémoire intelligente et autonome nécessite, en plus du geste, donc l'écriture, l'analyse, donc la parole. Très intuitif, il procède à la fois par flashs intuitifs et par analyse. Il a besoin d'être situé à la fois dans l'espace et le temps. L'ordre non expliqué l'indispose : très indépendant, il supporte difficilement les contraintes arbitraires, ou jugées telles. »


Elisabeth Nuyts précise que « les particularités présentées ici ne sont généralement perceptibles qu'en début d'apprentissage : l'individu qui a mis en place son raisonnement en respectant les impératifs de sa nature, pourra par la suite s'adapter peu à peu aux autres modes de pensée ».

Ce qui veut dire, qu'au départ, lorsque nous sommes enfant, nous avons des préférences cognitives, liées au fonctionnement de notre cerveau. Mais ensuite, avec l'éducation et en particulier l'apprentissage scolaire, s'il est bien fait (ce qui est un énorme problème actuel), nous développons les autres modes cognitifs, et donc l'équilibre entre les deux hémisphères de notre cerveau.



Il nous restera à voir comment les méthodes modernes d'apprentissage associées au numérique (l'ordinateur et le web) structurent le cerveau de la "génération Y".

Pour un résultat qui a de quoi inquiéter...


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Mardi 12 mai 2009 2 12 /05 /2009 21:39

Après les deux premiers billets sur les deux hémisphères de notre cerveau, voici une digression sur l'influence de nos deux hémisphères sur les civilisations orientales et occidentales.

Les orientaux seraient plutôt à dominance cerveau droit, alors que les occidentaux seraient à dominance cerveau gauche. Ce qui pourrait expliquer les modes de pensée différents.



Dans son livre "L'école des illusionnistes", Elisabeth Nuyts aborde cette question et donne un éclairage intéressant sur ces différences.


« Depuis des siècles, la pensée occidentale, ayant développé l'analyse avait facilité le va-et-vient [entre cerveau droit intuitif et cerveau gauche analytique].


Par contre, « les cultures orientales, percevant le monde extérieur par la simple intuition, n'accèdent pas de la même façon que nous à la connaissance du monde et de soi. Elles perçoivent les informations sensorielles intuitivement et les regroupent en catégories. Pour traiter les informations données, elles partent de déductionsrègles et de catégories. Dans ce cheminement, l'analyse, porte ouverte à l'autonomie de pensée, n'a pas sa place. » à partir de


Conclusion : « Intuition et analyse, voilà deux modes de pensée radicalement différents que chacune de ces civilisations va développer tout au long de l'éducation du jeune. »


Elle explique l'importance de l'écriture dans ces modes de pensée : « Le mode d'écriture, premier échelon de ces différents modes de pensée, va conditionner l'ouverture ou non à l'analyse : il sera idéogrammique et donc global dans les civilisations orientales, alphabétique et donc analytique en Occident. Ensuite, tout l'enseignement suivra le même axe, analogique chez les uns, analytique chez les autres. Un choix de société en découlera. »


Et voici les prédominances hémisphériques du cerveau : « L'écriture idéogrammique, comme l'image, est traitée par l'hémisphère droit parce qu'elle ne nécessite pas de décodage : elle peut être perçue globalement. Il s'avère d'ailleurs que les civilisations utilisant exclusivement une écriture idéogrammique ont une dominance hémisphérique droite (Pr. ISRAEL). Par contre, l'écriture alphabétique des pays occidentaux étant un code phonétique, a besoin pour être décodée d'être traitée par le cerveau analytique. Les civilisations occidentales ont donc, dans la mesure où elles gardent un accès analytique à la lecture et à l'écriture, une prédominance hémisphérique gauche. La spécificité du traitement de l'écriture par un hémisphère ou l'autre en fonction du type d'écriture a notamment été mise en évidence par le Pr. Sperry. Il a observé les effets des lésions de l'un ou l'autre hémisphère chez les Japonais qui utilisent parallèlement deux écritures, l'une idéogrammique, comme l'écriture chinoise, l'autre phonétique, comme la nôtre. Des lésions du cerveau droit troublent la compréhension et l'écriture de l'écriture idéogrammique, alors que des lésions du cerveau gauche perturbent celle de l'écriture alphabétique. »



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Mercredi 6 mai 2009 3 06 /05 /2009 23:14

Dans un billet précédent, j'ai présenté les caractéristiques de nos deux cerveaux : droit et gauche.

Mais ce qui est le plus important, c'est que chacun des hémisphères complète l'autre et travaille (normalement) avec l'autre dans des allers-retours permanents de l'un à l'autre. Les relations entre ces deux parties passent par une zone centrale appelée "corps calleux", composée d'un énorme faisceau de fibres nerveuses.

C'est ce que nous allons voir aujourd'hui.



Je reprends le livre d'Elisabeth Nuyts "L'école des illusionnistes".


D'abord, un résumé de ce que nous avions vu la dernière fois sur chacun des hémisphères.

« Le cerveau droit, spécialisé dans le traitement de l'espace, est outillé pour traiter rapidement certaines opérations intellectuelles globales et intuitives, liées à l'application de règles. Il est très efficace en mathématiques. » Hé oui, contrairement à ce qu'on pourrait penser, les "forts en math" sont plutôt des cerveaux droits... En effet, le monde des maths se situe en grande partie dans l'espace (géométrie, trigonométrie, vecteurs, etc...) et demande un raisonnement déductif : on part des théorèmes ou postulats pour aboutir au résultat.


« Le cerveau gauche, lié à la parole complexe, est outillé, lui, pour traiter des données complexes, et leur donner sens. C'est le cerveau dominant des gens du verbe, des littéraires. » Des "forts en thème"...



Point important à noter dès maintenant, c'est qu'en cas de déficience d'un des deux hémisphères, l'autre peut compenser et « assurer la relève ». Mais de manière beaucoup moins développée : par exemple, « en cas de problème, l'hémisphère droit peut assurer la relève [dans le domaine du langage], mais le niveau de complexité du langage qu'il produit est cependant bien inférieur à celui qui est généré par l'hémisphère gauche » (Changeux).


Il est donc préférable de bien utiliser ses deux hémisphères. Par contre, si nous avons besoin de notre cerveau droit et de notre cerveau gauche, « nous avons chacun une dominance hémisphérique plus ou moins marquée ». Et « qui dit différence de dominance hémisphérique dit différence de raisonnement. Le type de raisonnement des êtres à dominance non-verbale [cerveau droit] diffère de celui des êtres à dominance verbale [cerveau gauche], du fait qu'ils n'utilisent pas les mêmes repères : les êtres à dominance droite aiment s'appuyer sur des raisonnements formels et analogiques en prenant pour repère l'espace, et les autres sur des raisonnements verbaux et analytiques, en prenant pour repère le temps. A l'époque où les règles, perçues par le cerveau droit, étaient toujours suivies d'un exemple, perçu par le cerveau gauche, chacun, passant de l'un à l'autre comme bon lui semblait, y trouvait à peu près son compte : l'illettrisme n'existait pour ainsi dire pas. »

Elisabeth Nuytz ajoute que lors des apprentissages, surtout chez les enfants, il est nécessaire de respecter cette dominance au risque de « gêner la construction de sa latéralisation cérébrale, d'une part, et d'entraver son insertion à l'école et dans la société d'autre part. »



Venons-en à la collaboration entre les deux parties du cerveau : « Parce qu'elle est globale, l'intuition est première, l'intégration consciente ne vient qu'après analyse. Il est donc naturel d'établir un va-et-vient entre cerveau droit intuitif et cerveau gauche analytique. [...] C'est en assurant un va-et-vient permanent entre nos deux cerveaux, que nous développerons au mieux l'ensemble de nos deux hémisphères. »


Elisabethe Nuyts explique : « Regardons comment ce va-et-vient équilibrant et créatif doit s'opérer pour rester ouvert à la majorité des individus. Nous savons par expérience que nous comprenons mieux une information complexe si l'on nous l'explique, ou si nous l'analysons. Nous venons maintenant de voir que :

  - l'analyse, la parole complexe, la perception fine du sens précis, ainsi que la maîtrise du temps, relèvent toutes du cerveau gauche.

  - la maîtrise de l'espace, l'intuition globale du sens, les règles apprises (de mathématiques ou de grammaire), les activités de reconnaissance et de synthèse relèvent du cerveau droit.


« Il serait donc logique de former l'apprenti-lecteur dans un premier temps à la lecture à haute voix analytique et ensuite seulement, à la reconnaissance et à la synthèse, ce que nous faisions autrefois. Sauter l'étape de l'analyse consciente et linéaire en période d'apprentissage transforme la lecture en simple visualisation.

« La visualisation silencieuse sollicite le cerveau droit, l'hémisphère littéral. »


Et c'est ainsi que nous comprenons le monde qui nous entoure, en passant « de l'observation des faits (cerveau droit) à leur analyse (cerveau gauche) et de celle-ci à la synthèse (cerveau droit) ».


(A suivre)


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Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /2009 23:30

Comme annoncé précédemment, je commence une série de billets sur les méthodes d'apprentissage et leurs impacts sur la génération Y.


Depuis plus de 15 ans, je m'intéresse à la pédagogie et en particulier aux travaux d'Antoine de la Garanderie. Puis j'ai suivi les travaux du Docteur Wetstein-Badour sur les méthodes d'apprentissage de la lecture. Enfin, j'ai découvert récemment le livre d'Elisabeth Nuyts "L'école des illusionnistes" qui me semble le plus complet sur cette problématique. Je m'inspirerai principalement de ce dernier livre.


Par ailleurs, ayant étudié depuis quelques mois la "fameuse génération Y", force est de constater que ce que dénonce Elisabeth Nuyts s'applique parfaitement aux qualités et défauts de cette génération.



Commençons donc par la notion de cerveau droit et de cerveau gauche.


Depuis longtemps, on s'est aperçu que chacun des lobes du cerveau avait des fonctions particulières. Mais c'est surtout depuis les travaux de Gazzianiga, Changeux et Sperry à partir des années 1970, que l'on connaît beaucoup plus précisément le rôle de chacun de ces hémisphères.


Je citerai longuement le chapitre III du livre d'Elisabeth Nuyts "Spécialisation hémisphérique et pédagogie".



D'abord, le premier constat est que « nous avons besoin de nos deux hémisphères parce qu'ils sont complémentaires. »



Voyons d'abord le cerveau droit :

« L'hémisphère droit est analogique et intuitif :


-         Son approche est globale.


-         Son domaine est l'espace, il est spécialisé dans le traitement de la forme et de l'information graphique non-lexique, images, dessins, idéogrammes qu'il perçoit globalement. C'est donc lui qui est sollicité lors de la lecture globale.


-         Il ne perçoit pas la chronologie, les phrases complexes.


-         Analogique, il suit une logique binaire : conforme / non conforme (à la théorie présentée, ou tout simplement, aux données engrangées, etc.). C'est à partir de cette logique, extrêmement rapide, qu'il est capable de reconnaître ce qu'il connaît déjà. Dans un choix de propositions, il est capable de retrouver la bonne solution. Il fonctionne par associations d'idées, concrètes ou abstraites. C'est donc lui qui travaille dans les réponses aux QCM et la recherche de champs lexicaux. Analogique, il est incapable d'expression véritablement personnelle.


-         Travaillant par reconnaissance, c'est lui qui est responsable du rappel des informations déjà engrangées.


-         Il procède par tris et catégories.


-         Il peut établir des constats, et faire des observations brutes, mais ne peut les interpréter.


-         Intuitif, il est capable de faire des approximations.


-         Il a accès au sens des informations simples, mais pas à l'interprétation fine de données complexes : il est littéral.


-         Sa mémoire est donc littérale, qu'elle soit auditive (mémoire perroquet), ou visuelle (visualisation).


-         J. ECCLES, dont les travaux sur le cerveau ont été couronnés, comme ceux de W. SPERRY, par un prix Nobel, compare l'hémisphère droit à un "automate préconscient".


-         Cet hémisphère accède au sens cependant, mais de façon intuitive et globale, dans une zone qui est symétrique de l'aire de Wernicke.


-         Procédant par bonds intuitifs, il émet des hypothèses, qu'il ne peut vérifier, si la vérification demande une anyse ou une iterprétation.


-         Il procède ensuite par déduction, à partir de ces hypothèses, de théories ou de règles données.



« Dans le domaine de la lecture et de l'écriture :


-         Le cerveau droit lit directement, sans avoir besoin d'oraliser sa lecture.


-         Bien que ce ne soit pas un hémisphère verbal, il comprend et exécute des instructions orales ou écrites simples. Il a du mal à traiter les informations verbales complexes. Il s'attache aux intonations, aux inflexions, aux modalités affectives de la voix.


-         Ses capacités langagières, longtemps mises en doute, sont maintenant reconnues mais jugées bien inférieures, tant dans le vocabulaire que dans la syntaxe, à celles d'un adulte qui a librement accès à ses eux hémisphères. C'est lui qui produit clichés, expressions conventionnelles, automatismes, proverbes, rimes, listes de mots et citations. Toutes expressions non personnelles.



« Dans le domaine du comportement la plupart des chercheurs relient émotivité et cerveau droit : celui-ci est très impulsif, et réagit à des stimuli affectifs. »




Passons maintenant au cerveau gauche.


« L'hémisphère gauche, analytique et verbal est plus vulnérable que le cerveau droit, car il mûrit plus lentement.


-         Il est incontestablement dominant en matière de langage : "Nous naissons avec deux aires du langage, mais l'hémisphère gauche prend rapidement le dessus dès la première année." (J. Changeux).


-         L'hémisphère gauche est, chez 90 à 95% des droitiers, le siège du traitement de la parole. Il l'est également chez 65 à 70% des gauchers. C'est l'hémisphère responsable du langage complexe autonome qui est traité et produit dans les aires du langage situées de part et d'autre de la scissure de Sylvius.
D'où la nécessité de solliciter l'hémisphère verbal dans les activités d'écriture et de lecture, si l'on veut que celles-ci restent conscientes et autonomes : volonté de dire ou d'écrire, contrôle et compréhension.
Ainsi donc, pour la très grande majorité des occidentaux, l'hémisphère verbal est situé à gauche. [...] Puisque, dans la très grande majorité des cas, les fonctions verbales sont à gauche, et les fonctions spatiales à droite, pour respecter les écrits des spécialistes, nous allons donc continuer à appeler cerveau gauche le cerveau analytique, temporel et verbal, et cerveau droit le cerveau analogique, spatial et intuitif, quelle que soit la place que ces ensembles occuperont effectivement dans la boîte crânienne de nos enfants. Voyons donc maintenant comment sont regroupées les fonctions de l'hémisphère verbal, que l'on appelle souvent le cerveau gauche.


-         Il traite analytiquement les données complexes recueillies par l'un ou l'autre hémisphère, et leur donne sens. Il peut donc s'adapter à une réalité changeante. Il procède par induction à partir de ce que l'individu observe, et non à partir de règles.
Puisqu'il part d'observations faites par le sujet lui-même, il est autonome.


-         Il procède à l'encodage des informations et à leur stockage. Ensuite ces informations seront accessibles par le cerveau droit.


-         Il interprète et donne un sens logique aux données perçues par les deux hémisphères : "Seul le demi-cerveau gauche est capables de faire des déductions logiques. [Chez un commissurotomisé], on présente à chaque demi-cerveau une série de diapositives représentant des gestes successifs de la vie quotidienne - se lever, se raser, conduire sa voiture... Deux heures plus tard, on projette au malade une nouvelle diapositive qui pourrait très bien s'intégrer parmi les précédentes (par exemple, prendre son petit déjeuner). Le demi-cerveau gauche réussit alors parfaitement à la relier aux diapositives présentées auparavant, le demi-cerveau droit en est lui, parfaitement incapable ! D'où son nom d'hémisphère littéral." (Gazzanica)


-         Capable d'établir des liens de chronologie, le cerveau gauche perçoit les relations temporelles.


-         Sa logique est verbale et propositionnelle : il exprime en phrases complexes les relations d'appartenance, de but, moyen, cause, conséquence, opposition, condition...



« Dans le domaine de la lecture et de l'écriture, cet hémisphère est notamment responsable, nous dit J.L. Bradshaw :

  • des tâches perceptives
  • de l'analyse visuelle fine
  • de la traduction de graphèmes (signes) en phonèmes (sons) : c'est le rapport son/signe qui donne la clé du décodage de notre langue phonétique
  • du séquençage auditif et graphique (syllabation)
  • de la mémoire verbale à court terme (ex : le n° de téléphone que l'on se répète avant de le composer)
  • de l'expression personnelle du discours
  • de l'encodage des informations
  • et de la compréhension d'informations complexes.



« Dans le domaine du comportement, l'hémisphère gauche serait un "inhibiteur des conduites négatives" (Bradshaw), il filtrerait pulsions et émotions brutes. L'individu qui ne peut accéder à son hémisphère gauche serait donc primaire, parfois violent. Ce constat établi par un spécialiste de renommée mondiale corrobore mon expérience d'enfants du type de kinou (chap. II). L'homme au cerveau droit surdéveloppé au détriment du gauche ne pourrait pas gérer ses pulsions de façon autonome : il exigerait un encadrement extrêmement autoritaire. C'est une caractéristique qu'il ne faut pas oublier à l'époque où, par idéologie égalitaire, on a décidé de mettre au point la pédagogie du cerveau droit. »


Voici donc cette première étude qui permet de bien comprendre les fonctions complémentaires de chacune des hémisphères de notre cerveau.


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