L'art d'être chef...

Publié le par Bernard Sady

J'ai relu ces derniers jours « Le zéro mépris » d'Hervé Sérieyx, un des "best sellers" du management des années 90... C'est intéressant de revenir à ces ouvrages parus il y a quinze, vingt ou trente ans, car on se rend compte que depuis plus de trente ans ce sont toujours les mêmes recettes qui sont servies, mais que l'exercice du management n'a pas beaucoup progressé, malgré l'armée de consultants qui en vivent grassement : 20 ans après « Le zéro mépris », c'est « Objectif Zéro-sale-con » qui fait un tabac...

 

Dans une partie du chapitre consacré au « zéro mépris et l'entreprise », il aborde le problème du « chef » (pages 118-127) :

« C'est dire que nous ne sommes pas au bout de nos peines et que, pour les dix ans qui viennent, l'essentiel n'est pas de fournir au management des hommes, des idées nouvelles, mais de faire passer dans les actes un discours sur lequel tout le monde est apparemment d'accord alors que qu'il est, encore si souvent, aux antipodes de nos pratiques.

« On lui demande des efforts au chef !
« C'est désormais toujours lui qui a tort. On pensait qu'il savait, et l'on découvre qu'il est comme les autres, qu'il ne sait pas, qu'il fait de son mieux, mais que loin d'être un surhomme, il n'est que la pièce du sommet de l'organisation, un élément nécessaire mais en rien suffisant pour que la machine tourne. »

Hervé Sérieyx donne ensuite « trois portraits du chef, dus à des pinceaux différents ».
En ce temps de vacances et pour vous détendre, je vous donne le premier portrait, celui de la revue militaire américaine Army sur la manière dont l'armée américaine illustre « l'art d'être un chef » :

  • « S'il vient d'être nommé à son poste : il lui faudra quelque temps avant qu'il ne connaisse son unité...
  • « S'il commande l'unité depuis quelques temps, il est temps qu'il s'en aille.
  • « S'il vient d'un état-major, il est resté trop longtemps éloigné du terrain.
  • « S'il possède une certaine expérience du terrain, il s'est encroûté et ferait bien de prendre du recul dans les fonctions centrales.
  • « Si son avancement a été rapide, il est un peu jeune pour son niveau de responsabilité.
  • « S'il a été promu à son tour normal, ce n'est pas un génie.
  • « S'il prend les choses en main, il devrait déléguer plus d'autorité.
  • « S'il délègue son autorité, il en prend à son aise.
  • « S'il critique les décisions de l'autorité supérieure, c'est un rouspéteur.
  • « S'il les approuve, c'est un « lécheur de botes » manquant de caractère.
  • « S'il s'en tient aux règlements, il manque d'esprit pratique et complique les choses.
  • « S'il arrondit les angles, il finira par s'attirer des ennuis, si même cela n'est déjà fait.
  • « S'il attache de l'importance à la production, c'est certainement au détriment de la gestion.
  • « S'il en attache à la gestion, il doit négliger la production.
  • « S'il sait prendre rapidement une décision, c'est un impulsif n'en pesant pas les conséquences.
  • « S'il en étudie les conséquences, c'est un indécis.
  • « S'il contrôle de près le travail de ses subordonnés, il s'en méfie et les terrorise.
  • « S'il les laisse agir, il ne s'intéresse pas à leur travail et encourage leur négligence.
  • « S'il tient compte du jugement de ses cadres et agents de maîtrise, il se laisse dominer par ses subordonnés.
  • « S'il conteste leur jugement, il les décourage en leur donnant un complexe d'infériorité.
  • « S'il exige que ses subordonnés passent par la voie hiérarchique, il se rend inaccessible.
  • « Si la porte leur est ouverte, il verse dans la familiarité.
  • « Si ses réunions sont brèves, les questions qu'on y traite sont d'un ordre trop général.
  • « Si elles durent plus de temps, il sous-estime l'intelligence de ses subordonnés en entrant dans le détail et leur fait perdre leur temps.
  • « S'il ménage son personnel, il le gâte.
  • « S'il le mène à la spartiate, c'est un sadique.
  • « S'il y a peu de sanctions dans son unité, c'est un reflet de son inaptitude à commander.
  • « Si... »

Hervé Sérieyx conclut : « Mais quoi qu'il fasse, il aura tort. C'est un miracle qu'il soit encore dans l'entreprise. Il devrait se retirer quand il est encore temps...
« C'est dire que les candidats ne peuvent être que masochistes ! »

Les deux autres portraits sont plus encourageants. J'en ferai un prochain billet.

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Publié dans Relations humaines

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D
Florence Delattre, de la rédaction de Newzy ( le 09-07-2008) rapporte les propos de Patrick Légeron, la France se démarque d’autres pays : « Nous avons, dit-il, une vision très stigmatisante du travail. Le bien-être y est presque suspect. Chez nous, il vaut mieux avoir l’air préoccupé. Si on est bien dans son travail, ça fait “glandeur”, contrairement aux États-Unis par exemple". Que pensez vous de cette affirmation.<br /> <br /> Ps : J'ai lu objectif Zero sale con et son succès n'est pas volé. Devrait être lu au moins pour éviter de se comporter comme tel.
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B
<br /> Je viens de lire l'article de Florence Delattre. C'est intéressant. Je vais en faire un prochain billet. Sur la phrase de Patrick Légeron, il est nécessaire de la remettre dans son contexte. Je la<br /> commenterai également dans un prochain billet. Quant au livre de Sutton "Objectif Zéro sale con", je suis bien d'accord avec vous, son succès n'est pas volé. Avez-vous lu le commentaire que j'en ai<br /> fait sur le site Man@g'R ? (http://manag.r.free.fr/management_des_hommes_maladies_du_management_objectif_zero_sale_con.html)<br /> <br /> <br />