Les français et l'économie : pas brillant...

Publié le par Bernard Sady

Jean-Claude Lewandowski, dans un article des "Echos" du 20 novembre 2008, «Les Français et l'économie, des progrès à faire », rapporte les résultats d'un sondage réalisé par la Fnege (Fondation nationale pour l'enseignement de la gestion des entreprises) auprès d'un échantillon de français sur « l'entreprise et son fonctionnement ».

 

Vous pouvez télécharger cette étude sur le site de la Fnege.

Et vous pourrez faire le test et avoir votre note comparée à à la moyenne des sondés sur ce même site...

J'ai eu 15,77 sur 20... Et vous ? Mais j'ai répondu au hasard sur certaines questions difficiles...

 

Venons-en à l'article des "Echos".

Le chapeau de l'article est un bon résumé : « Leurs réponses montrent de surprenantes lacunes »...

La moyenne est de 5,9 sur 20 et « seulement 7 % des personnes interrogées atteignent la moyenne. Pas brillant... » Effectivement.

 

Voyons en détail ces lacunes : « De fait, les réponses témoignent d'une ignorance surprenante. Ainsi, 32 % des membres de l'échantillon confondent allègrement le chiffre d'affaires avec les bénéfices ; 52 % ne savent pas qu'Areva opère dans le nucléaire ; 11 % pensent que la TVA est partagée entre l'Etat et les entreprises ; 26 % croient que le dividende est la plus-value de cession d'une action, et 7 % la valeur de l'action... Quant à l'Europe, elle reste méconnue : les personnes interrogées ignorent les avantages de l'euro pour les entreprises et sous-estiment la place de l'Europe dans les exportations françaises. »

Mais tout n'est pas mauvais : « Mais si le verre est plus qu'à moitié vide, on peut aussi le voir en partie rempli. Sur certains points, en effet, les Français possèdent des notions assez fiables. C'est notamment le cas lorsqu'un sujet les touche réellement, dans leur vie courante ou dans leur métier. Ainsi, ils connaissent le taux de TVA (84 % de bonnes réponses) ou encore le secteur des biens et services courants ; ils ne se méprennent pas sur l'activité d'Alcatel-Lucent ou d'AXA, dont ils sont les clients directs ; le comité d'entreprise est plutôt bien cerné, de même que les modalités de fusion de deux grandes entreprises. "Indiscutablement, il existe une base de connaissances, même si les incertitudes et les approximations abondent", relève Pierre-Louis Dubois délégué général de la Fnege. Les réponses sont également assez correctes lorsqu'une information a été largement traitée par la presse, la radio et la télévision. Ainsi, dans l'ensemble, on sait ce qu'est le CAC 40. Les médias jouent donc un rôle pédagogique non négligeable. »

Et Jean-Claude Lewandowski conclut l'analyse par : « Bref, il faut nuancer le constat. D'autant que nombre de questions posées, simples en apparence, peuvent conduire à des réponses qui le sont moins. Exemple : lorsqu'on leur demande comment les entreprises forment leurs prix, 10 % des personnes indiquent que c'est "en se concertant avec leurs concurrentes". Faux, évidemment... Sauf que, dans la pratique, les ententes illicites et les cartels ont la vie dure, comme l'ont montré, encore récemment, les amendes infligées par les autorités européennes de la concurrence. Ajoutons que, dans certains cas, la bonne réponse n'est pas si évidente, même pour des personnes supposées bien informées. »

 

Les explications ? « Selon les auteurs de l'enquête, plusieurs facteurs influent sur le niveau général de connaissances. Le diplôme, bien sûr, mais aussi le niveau de revenus ou la catégorie socioprofessionnelle. Plus surprenant : les hommes apparaissent mieux informés que les femmes. [...] En revanche, l'étude ne fait pas apparaître de différence marquante entre les générations - même si les 35-49 ans affichent des résultats un peu meilleurs que les autres tranches d'âge - ni entre les régions. Même chose pour les différents types de baccalauréat obtenu : ainsi, les bacheliers en économie se montrent à peine meilleurs que les autres. »

Mais ce sondage révèle un problème beaucoup plus grave : « le principal problème que fait apparaître l'étude est ailleurs. "En réalité, on assiste à une dérive flagrante, souligne Jean-Pierre Boisivon. La plupart des réponses erronées convergent dans un même sens : celui d'une vision dévalorisée ou négative de l'entreprise." C'est ainsi que les personnes interrogées ont tendance à minorer les coûts salariaux pour les entreprises, tout comme leurs charges sociales. Et au contraire à « gonfler » la part des emplois précaires : un Français sur trois estime entre 20 % et 30 % la proportion de CDD dans les contrats de travail (moins de 10 %, en réalité). De même, si l'on connaît assez bien le taux de TVA, celui de l'impôt sur les sociétés est à peu près ignoré. Quant au montant des dividendes perçus par les actionnaires, il est nettement surestimé. "En caricaturant, on aboutit à une vision selon laquelle les salariés sont réduits à la portion congrue, tandis que les actionnaires se gobergent. Certes, les gens sont, le plus souvent, honnêtes intellectuellement. Mais ils sont mal informés. Et c'est là-dessus que, bien souvent, ils construisent leur système de représentation de la vie économique", estime Jean-Pierre Boisivon. »

Que faire ? « Ce déficit d'information, la Fnege souhaite le corriger en misant d'abord sur la formation : "C'est à l'école que beaucoup se joue, souligne Pierre-Louis Dubois. A chaque niveau scolaire, il est possible de proposer une formation à l'entreprise adaptée, sous une forme attrayante et ludique". Jean-Pierre Boisivon, de son côté, identifie deux niveaux d'intervention principaux : "En classe de 4e et de 3e, il faudrait privilégier le contact direct et régulier avec l'entreprise. Ensuite, à partir de la seconde, il faudrait accorder plus de place aux notions de base sur l'entreprise, dans le cadre d'un enseignement économique obligatoire."

Mais les relations entre l'école et l'entreprise ne sont pas simples. Le livre "L'entreprise du troisième type" datant de 1984 dénonçait déjà le déficit de relations : « l'enseignement et l'entreprise sont chez nous deux mondes qui vivent côte à côte, sans s'apprécier beaucoup et qui pourtant devraient être faits l'un pour l'autre » (page 22). Depuis vingt ans, les relations ne se sont pas améliorées... Si la Fnege veut s'attaquer au problème, c'est très bien, mais bon courage !

« La Fnege s'apprête d'ailleurs à réaliser un test « grandeur nature » à l'IUFM de Créteil, auprès d'une vingtaine de professeurs de toutes disciplines, avec un module de dix-huit heures consacré à l'entreprise. Au programme, des cours, mais aussi des visites sur le terrain, des rencontres avec des patrons... La Fnege envisage également d'agir en direction du grand public. Une sorte de lexique de base, accessible à tous et largement diffusé, pourrait ainsi voir le jour. Et le questionnaire de l'étude sera mis en ligne sur son site Web, sous forme de test. »

Les entreprises pourraient aussi faire des formations à l'économie pour leurs salariés. J'ai été animateur d'une formation à l'économie pour les salariés de la grande entreprise sidérurgique dans laquelle je travaillais en 1982... Cette formation durait 2 jours pour chaque salarié.

Jean-Claude Lewandowski conclut son article en citant Jean-Pierre Boisivon : "Il est urgent de corriger cette vision erronée qu'ont trop de Français. Il faut réconcilier nos concitoyens avec l'entreprise. Leur en faire voir les aspects positifs comme les faiblesses. C'est un vaste chantier. Mais c'est un enjeu majeur pour notre société, car l'économie et l'entreprise sont aujourd'hui au coeur du débat politique."

« Réconcilier nos concitoyens avec l'entreprise » est effectivement important. Mais s'il est important que les français aient une bonne formation économique de base, il faut également que l'entreprise balaie devant sa porte et fasse des progrès de son côté pour ne pas rebuter ses employés par un management complètement inadapté.

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Publié dans Economie

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