OBJECTIF LEAN

Publié le par Bernard Sady

J'ai découvert ce qu'était le "lean manufacturing" il y a quelques mois à l'occasion de la lecture du livre de Jeffrey Liker « Le modèle Toyota ». Je connaissais les méthodes de travail "à la japonaise" depuis longtemps, car dans les entreprises dans lesquelles je suis passé, j'ai eu l'occasion d'en appliquer plusieurs : cercles de qualité, SMED, 5S, qualité totale, juste-à-temps, etc. Mais je n'avais pas compris que tout cela venait de Toyota (et pourtant, je roule depuis pas mal de temps en Toyota et j'ai pu tester la qualité et de la fiabilité des voitures...) et que cela formait un système harmonieux et d'une redoutable efficacité. J'ai donc étudié ce livre qui développe le TPS selon « 14 principes qui feront la réussite de votre entreprise ».

Mais aujourd'hui, ma réflexion s'approfondit, en particulier au contact de Florent Fouque à partir des discussions que nous avons soit sur son blog, soit sur le mien. Il est très attaché au "lean six sigma", alors que je suis plus "lean manufacturing". La différence est de taille, car le "lean six sigma" est une méthode combinant les outils du "lean" et de "six sigma", alors que le "lean manufacturing" est avant tout une "philosophie" de l'entreprise.

 

Je veux donc vous présenter aujourd'hui le livre que je viens de lire et qui s'appelle « Objectif lean ». Je le conseille vivement à tous ceux qui veulent comprendre ce qu'est vraiment le "lean manufacturing". Il donne également de bons conseils sur la manière de mettre en place un tel projet. Il est différent du "Modèle Toyota" et le complète en donnant un point de vue différent sur le "lean".

 

Venons-en au détail de « Objectif lean ».

D'abord, le titre est un « clin d'œil aux "tintinophiles" », mais « abonde dans le sens d'un idéal que l'on se fixe, pour des ambitions toujours renouvelées vers un but jamais totalement atteint. »

Il a été écrit par John Drew, Blair McCallum et Stefan Roggenhoffer et publié en 2004 au Royaume Uni avant d'être traduit et publié en France la même année.

 

Il est constitué d'une introduction et de deux parties.

 

 

L'introduction pose le cadre :

  • - «le "lean" transforme les opérations de l'intérieur et crée de nouvelles opportunités stratégiques dans tous les secteurs économiques»;
  • - «bien plus qu'une collection d'outils, le "lean" constitue une façon radicalement différente de travailler»;
  • - «pour devenir "lean", il n'existe pas de processus préétabli; chaque entreprise doit définir son propre itinéraire».

 

 

La première partie explique le "lean" à partir de trois systèmes se combinant pour une efficacité maximum dans l'entreprise.

 

Le système opérationnel. Dans ce chapitre, les auteurs présentent les outils utilisés dans toute démarche lean :

  • - le juste-à-temps,
  • - la production lissée,
  • - les flux continus,
  • - le "takt",
  • - le flux tiré,
  • - l'"autonomation",
  • - les systèmes d'affectation dynamique des ressources humaines.

Puis, ils donnent « les sept grands principes d'un système opérationnel "lean" » :

  • - «créer des chaînes de valeur en regroupant des produits, ou des services, similaires»;
  • - «assurer un flux ininterrompu d'un bout à l'autre de la chaîne de valeur»;
  • - «"tirer" le flux lorsque la chaîne de valeur doit être interrompue»;
  • - «flexibiliser les opérations pour mieux répondre aux demandes des clients»;
  • - «introduire les informations sur les besoins client en un point unique et le plus tard possible dans le processus»;
  • - «standardiser les activités pour créer les bases de la flexibilité»;
  • - «détecter et résoudre les dysfonctionnements dès leur apparition.

 

Le système de management. Ce chapitre m'a particulièrement intéressé, car on retrouve cette expression « système de management » dans les normes ISO 9000, 14000 et OHSAS 18000. Lorsque j'ai étudié ces normes (je suis auditeur interne qualité / sécurité / environnement), il me semblait que plutôt que de créer un système de management, il était préférable de manager correctement le système entreprise... Mais ici, j'ai mieux compris l'importance de ce concept.

La première chose est de comprendre que l'entreprise doit « adapter son système de management à son système opérationnel ». Vu comme cela, je suis parfaitement d'accord : le système de management est fait pour soutenir le système opérationnel.

Pour nos auteurs, dans ce système de management, il y a cinq éléments fondamentaux :

  • - «la structure organisationnelle»: dimensionnement des équipes, rôle du chef d'équipe, périmètre de responsabilités et niveaux hiérarchiques;
  • - «le système de gestion de la performance»: conception du système, fixation des objectifs, suivi des activités au quotidien, système de gestion du personnel, définition des objectifs individuels et gestion des performances individuelles;
  • - «l'infrastructure d'amélioration continue»;
  • - «les processus de développement des compétences»: définition des grilles de compétences et structuration des programmes de développement des compétences;
  • - «la gestion des processus de support aux opérations».

 

La culture, ou l'état d'esprit et les comportements du personnel. Dans ce dernier chapitre, les auteurs expliquent que « même le meilleur système opérationnel, complété par le système de management le mieux adapté, ne produira pas les résultats escomptés si les salariés n'adoptent pas les comportements requis pour le soutenir complètement. »

Voici une brève présentation de ce qu'est « l'état d'esprit "lean" » :

  • - «arrêtons de penser "grand", pensons "petit et flexible"»;
  • - «c'est sur le terrain que se crée la valeur»;
  • - «chacun dans l'entreprise doit comprendre comment ses actions contribuent aux objectifs économiques»;
  • - «il faut traiter les causes profondes des problèmes et pas simplement les symptômes»;
  • - «un problème représente une opportunité d'amélioration plutôt qu'une raison de faire des reproches».

Et voici ce que sont « les comportements "lean" » :

  • - «les décisions d'investissement découlent d'une perspective d'ensemble à long terme»;
  • - «l'équipe de direction maintient le contact avec la réalité quotidienne du terrain»;
  • - «les équipes de terrain participent concrètement à des activités d'amélioration»;
  • - «les managers s'efforcent de résoudre les problèmes d'ensemble»;
  • - «un vrai dialogue existe entre les différents niveaux hiérarchiques».

Enfin, il conviendra d'« adapter la culture au nouveau système opérationnel ».

 

 

La deuxième partie du livre présente un voyage fictif vers le "lean". Ce voyage est le fruit de l'expérience de nos trois auteurs et est écrit à la manière du célèbre ouvrage de Goldratt "Le But". Autant vous dire que c'est passionnant. En voici les principales étapes :

  • - décision d'entreprendre le voyage après avoir "vu" une entreprise "lean" fonctionner;
  • - diagnostic et préparation du voyage;
  • - mobilisation de l'équipe dirigeante;
  • - démonstration du changement en «construisant des fondations claires»;
  • - enracinement de la transformation.

 

Cela m'a rappelé beaucoup de points vécus lorsque j'ai décidé de mettre en place les "5S" dans deux usines que je dirigeais à la fin des années 90. L'aventure passe toujours par les mêmes méandres...

 

En cette période de crise économique, c'est le moment de revoir nos manières de fonctionner. Le "lean" est un bon moyen de réduire les coûts, tout en améliorant la qualité aussi bien des produits que des services. Le "lean" permet aussi de mobiliser l'ensemble des salariés, ce qui n'est pas un luxe par les temps qui courent...

 

 

 

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Publié dans Lean manufacturing

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X
<br /> <br /> Pour faire suite au commentaire que je viens de poster, et donc "bon sens garder", je ne peuix qu'inciter à lire le livre d'E. Kobayashi "The Truth about Toyota", que je viens juste de terminer.<br /> Voir le lien vers l'ouvrage plus haut dans le commentaire de l'auteur...<br /> <br /> <br /> <br />
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B
<br /> <br /> Xavier,<br /> <br /> <br /> Je n'ai pas lu ce livre. Mais votre commentaire va m'inciter à le faire...<br /> <br /> <br /> Cordialement<br /> <br /> <br /> <br />
X
<br /> <br /> Bonjour Bernard,<br /> Je ne puis qu'adhérer aux propos que vous rapportez, dont la distinction entre sens commun (qu'on peut sans doute rapprocher de la notion de paradigme) et bon sens tel que le décrit Serge<br /> Carfantan. Mais comme il le dit lui-même, notre bon sens, notre sens de l'observation, est constamment assailli par les distributeurs de "prêt-à-penser". Le bons sens est certainement la chose la<br /> mieux partagée, comme le dit Descartes. Disons que nous avons sans doute tous le même potentiel de "bon sens" au départ, mais que la terrible force du "sens commun" lamine cette qualité pour la<br /> plupart des individus. Comme le montre cette discussion, il faut prendre le temps de réfléchir, de raisonner, pour prendre conscience de l'influence du "sens commun" et observer avec l'esprit<br /> critique du "bon sens". Qui prend ce temps aujourd'hui ? Qui est "capable" de cet exercice compte tenu du monde "prêt-à-penser" que les médias, café de commerce inclus, nous assènent<br /> quotidiennement ? Laisser le bon sens s'exprimer est notre mission (du moins la mienne en tant que consultant) mais admettons qu'elle est très difficile. Et surtout, prenons garde à ne pas faire<br /> de l'approche lean un nouveau "sens commun" qui une fois de plus laminerait le bon sens de ceux qu'on y implique.<br /> A suivre !<br /> <br /> <br /> <br />
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B
<br /> <br /> Bonsoir Xavier,<br /> <br /> <br /> Vous posez une très bonne question sur le temps à prendre pour exercer son "bon sens". Votre volonté de "laisser le bon sens s'exprimer" en tant que consultant est tout à votre honneur, car ce<br /> n'est pas, de loin, le soucis de tous les consultants...<br /> <br /> <br /> Et votre remarque concernant le lean est également bien vue... Oui, le lean risque de devenir un nouveau "sens commun". Pourquoi? Question intéressante, mais qui demanderait de longs<br /> développements... Donc, de nouveaux billets en perspective.<br /> <br /> <br /> Au plaisir de vous lire.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
X
<br /> <br /> D'abord une petite annonce à Florent Fouque qui m'avait alerté sur mon blog il y a quelques jours de la publication de son livre : je viens de le recevoir et vais me plonger dans sa lecture !<br /> <br /> <br /> Quelques clics sur le blog de Florent m'ont permis d'arriver jusqu'à celui de Bernard et d'y découvrir de passionnants débats. Je ne résiste pas à l'envie d'y participer, surtout à propos de la<br /> discussion "philosophie vs. bon sens". En effet, j'aime à évoquer cette question au cours des formations / séminaires / conférences que j'ai l'occasion d'animer.<br /> Le point de départ est pour moi une expression de Taiichi Ohno (pour mémoire, l'artisan du TPS), relayée par James Womack et Daniel Jones dans leur livre Lean Thinking (page 233) : "common sense<br /> is always wrong." Les auteurs prétendent même qu'il s'agissait d'une de ses formules préférées ! Moi-même promoteur du bon sens (le GBS, Gros Bon Sens !) auprès de mes clients, je fus<br /> particulièrement troublé par cette formule ! En allant plus loin dans la lecture, en méditant sur cette pensée et en m'appuyant sur mon expérience, j'en suis arrivé à l'analyse que je vous<br /> propose ici.<br /> Le bon sens (common sense en anglais) révèle les pensées communes, partagées par un groupe humain, une forme d'inconscient collectif qui favorise l'expression d'idées a priori<br /> évidentes. Ainsi, il fut un temps où il était évident pour tout le monde que la Terre était le centre de l'Univers. Les penseurs à l'origine d'autres idées durent lutter contre ce sens commun. Ce<br /> fut le cas de Copernic, défenseur du système héliocentrique au XVIe siècle, qui s'attira les foudres du clergé. Un siècle plus tard, Galilée, qui défendit le système de Copernic, fut lui-même<br /> condamné par l'Eglise pour avoir soutenu une vision autre que celle du sens commun. Combien d'années, de décennies, aura-t-il fallu ensuite pour que le commun des mortels accepte cette nouvelle<br /> vision du monde, que cette vision devienne le "bon sens" ? Un ami sociologue m'a expliqué  un jour que pour qu'un changement de vision du monde, tels que ceux proposés par les scientifiques<br /> de toutes disciplines, soit communément admis par la société, il faut environ un siècle…<br /> De cette réflexion je défends ardemment l'idée que l'approche lean est une philosophie dans le sens où elle nécessite que les personnes changent leur façon de penser, c'est-à-dire qu'elles<br /> oublient parfois ce que leur bon sens les amène à penser. C'est le sens de la "lutte" de Ohno. Les outils du lean et de la TOC, quand ils sont utilisés sans avoir remis en cause de façon<br /> profonde la façon de penser, ne permettent généralement que des améliorations mineures, voir pas d'amélioration du tout, ce qui aboutit à la conclusion rapide qu'ils sont inutiles ou<br /> inefficace.<br /> Dans ma pratique du conseil en entreprise, je suis tous les jours confronté à cette situation. Je propose l'exemple suivant pour illustrer mon propos.<br /> A l'occasion d'un travail d'amélioration d'un flux de valeur dans le but de réduire le temps de traversée, la cartographie du flux de valeur (VSM) met en évidence un encours important (une<br /> semaine) devant un four tunnel. Cet encours est alors justifié par le fait que des regroupements sont nécessaires pour optimiser le coût des traitements thermiques réalisés avec ce four. Les<br /> regroupements sont construits sur la base de la vitesse de passage dans le four. Il y a à ce moment là environ 25 plages de vitesse définies par le service méthodes. Je propose alors  de<br /> réduire le nombre de plages, ce qui permettrait de réduire l'encours. Cette idée se heurte alors au bon sens des techniciens méthodes, qui ne comprennent pas comment une solution aboutissant à<br /> une sous-optimisation des coûts peut être envisageable. La réduction du nombre de plages de vitesse a en effet pour conséquence d'allonger inutilement la durée de certains traitements thermiques<br /> et donc leur coût (sans altérer les qualités métallurgiques, ce qui a bien évidemment été vérifié). Dans cet exemple, common sense was wrong, pour citer Ohno, et il a fallu lutter<br /> d'arrache pied pour convaincre le service méthodes. C'est le directeur du site lui-même, qui en déclarant qu'il assumait les conséquences de cette décision, a permis que cette solution soit<br /> adoptée, et de passer de 25 à 5 plages de vitesse, ce qui a permis de ramener l'encours à une journée. Deux ans plus tard, cet exemple sert de support aux formations internes de l'entreprise et<br /> permet de faire évoluer la façon de penser, de remettre en cause le Bon Sens…<br /> <br /> <br /> <br />
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B
<br /> <br /> Bonsoir Xavier,<br /> <br /> <br /> Question intéressante que celle du "bon sens". J'ai commencé à approfondir cette question à la suite de l'étude du livre de Goldratt "The Choice".<br /> <br /> <br /> A la suite de Serge Carfantan, (http://sergecar.perso.neuf.fr/cours/raison3.htm), il me semble qu'il faille faire une différence entre "bon sens" et "sens commun". L'anglais n'a qu'une seule<br /> expression pour ces deux notions, mais comme en français nous avons les deux expressions, pourquoi ne pas les utiliser?<br /> <br /> <br /> Je suis en très grande partie d'accord avec la description du "sens commun" et des erreurs de ce dernier.<br /> <br /> <br /> Mais le "bon sens" est autre. Je cite Serge Carfantan : "A une<br /> époque où un prêt à penser est distribuer quotidiennement par la télévision, comme le coca au distributeur ; à une époque où le fanatisme prend une ampleur inégalée, il est urgent de revenir<br /> au sens de l’observation pour s’orienter dans le labyrinthe des idées reçues. Le bon sens est très modeste. Pas glorieux. Simple. Il n’a pas l’altitude de la science, ni l’envergure de la<br /> spéculation pure. Il n’est pas une connaissance, il demande seulement de regarder les faits, droit dans les yeux"<br /> <br /> <br /> Et surtout sa conclusion : "Admettons avec Descartes que le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. Mais la stupidité aussi. Il faut s’avoir s’éveiller de la stupeur<br /> de la stupidité, ce qui nécessite un solide sens critique contre le sens commun et son bagage de préjugés. Contre l’esprit raisonneur et son aveuglement. Contre l’illusion et ses chimères. Contre<br /> l’inertie de l’esprit et son conformisme paresseux. La restauration du bon sens passe par le développement de l’observation."<br /> <br /> <br /> Je reviendrai certainement sur cette notion de "bon sens" dans un prochain billet.<br /> <br /> <br /> Au plaisir de vous lire.<br /> <br /> <br /> <br />
X
<br /> <br /> D'abord une petite annonce à Florent Fouque qui m'avait alerté sur mon blog il y a<br /> quelques jours de la publication de son livre : je viens de le recevoir et vais me plonger dans sa lecture !<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
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B
<br /> <br /> Bonsoir Xavier,<br /> <br /> <br /> Vous pourrez ajouter à votre liste d'articles sur le lean "Objectif Lean" que pour ma part, je trouve remarquable.<br /> <br /> <br /> <br />
E
<br /> Bonjour, je viens de publier un livre sur le sujet, dont le titre est : The truth about Toyota and TPS.<br /> <br /> il se trouve sur le lien suivant:<br /> <br /> http://www.amazon.com/truth-about-Toyota-TPS/dp/2917260025/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1269777559&sr=8-1<br /> <br /> Cordialement<br /> E. Kobayashia<br /> <br /> <br />
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B
<br /> <br /> Merci du renseignement<br /> <br /> <br /> <br />