Taylor (2) : sa "Vision"...

Publié le par Bernard Sady

Voici un deuxième article au sujet de Taylor. Après avoir vu le contexte dans lequel il a vécu, je présente sa "vision" : une nouvelle ère de prospérité qui va s'ouvrir grâce à son système. Mais le résultat n'a pas été à la hauteur des espérances...

 

 

L'objectif de salaires élevés et de faibles coûts du travail est au coeur de "Shop Management" paru en 1903. Mais quelques années plus tard en 1911, Taylor publiera

"The Principles of Scientific Management". Dans ce dernier ouvrage, Taylor développe pleinement sa "vision" d'un monde idyllique grâce à l'application de ses principes.

 

Dans "The Principles", Taylor explique qu'il n'a pas voulu définir un système pour rendre l'homme esclave de la machine. Mais il a voulu au contraire, définir un système de production dans lequel la collaboration étroite et l'entente entre la direction et les ouvriers de l'entreprise ouvrirait une ère de prospérité par le partage des gains liés à l'amélioration fantastique de la productivité qu'apporterait infailliblement son "Scientific Management".

Dès les premiers mots du chapitre 1 des "Principles", il explique : « L'objet principal du management est d'atteindre la prospérité maximale pour l'employeur, couplée avec la prospérité maximale pour chaque employé. [...] La majorité des hommes croient que les intérêts fondamentaux des employés et des employeurs sont nécessairement antagonistes. Le Management Scientifique, au contraire, a pour fondement la ferme conviction que les véritables intérêts des deux groupes sont uniques et identiques ; que la prospérité pour l'employeur ne peut exister pendant un certain nombre d'années sans être accompagnée par la prospérité des employés, et vice versa ; et qu'il est possible de donner au travailleur ce qu'il veut le plus - des salaires élevés - et ce que l'employeur souhaite - les plus bas coûts de main-d'oeuvre - pour son entreprise.» (The Principles - chap. 2, p. 1 et 2).

 

Et en conclusion des "Principles", il brosse l'image du « meilleur des mondes dans lequel tout le monde est gagnant » (Bruno Jarrosson - "100 ans de Management" - Dunod 2004 - p. 18) :

« La plus grande part du profit reviendra au monde entier.

« Les plus importants gains matériels dont dispose la génération actuelle, contrairement aux générations passées, viennent du fait que l'ouvrier moyen de cette génération, avec la même dépense d'effort, produit deux fois, trois fois ou quatre fois plus de ces choses qui sont utiles aux hommes, que ce n'était possible à l'ouvrier moyen dans le passé. Cette augmentation de la productivité de l'effort humain est due à de nombreuses causes. [...] Mais c'est de la très grande productivité individuelle que le pays tout entier doit sa très forte prospérité. [...]

« L'adoption généralisée du management scientifique devrait se traduire dans le futur par le doublement de la productivité de l'ouvrier moyen engagé dans un travail industriel. Pensez à ce que ce cela signifie pour le pays tout entier. Pensez à l'accroissement à la fois des produits de nécessité et des produits de luxe qui deviendraient disponibles pour le pays tout entier, à la possibilité de diminuer les heures de travail lorsque ce serait souhaitable, et au plus grand nombre d'opportunités pour l'éducation, la culture et les loisirs que cela implique.

« Mais, tandis que le monde entier profitera de l'accroissement de la production, les industriels et les ouvriers seront beaucoup plus intéressés par les gains immédiats qui s'offriront à eux. Le management scientifique signifiera, pour les employeurs et les employés qui l'adopteront - et particulièrement pour ceux qui l'adopteront en premier - l'élimination de presque toutes les causes de discussion et de désaccord entre eux. Ce qui constitue une tâche quotidienne d'un ouvrier sera traité par une étude scientifique, au lieu d'être le sujet de marchandages et de chicaneries. La flânerie cessera puisque l'objet de la flânerie n'existera plus. L'importante augmentation des salaires qui accompagne ce type de management éliminera largement la question des salaires comme une source de discussions. Mais, plus que toutes les autres causes, la proche et intime coopération, le contact personnel et constant entre les deux parties, tendront à diminuer les frictions et le mécontentement. Il est difficile pour deux personnes dont les intérêts sont les mêmes, et qui travaillent l'une à côté de l'autre, dans l'accomplissement d'une même tâche, de continuer à se quereller. [...]

« Cela signifie l'accroissement de la prospérité et la diminution de la pauvreté, non seulement pour les ouvriers, mais également pour la communauté immédiatement autour d'eux.» (The Principles - chap. 2, pp. 44 - 45).

 

Entre l'« utopie d'un ingénieur » (Pouget) et la réalité telle qu'elle a été vécue par des millions d'ouvriers soumis à l'Organisation Scientifique du Travail, il y a plus qu'un fossé...

 

« Qui veut faire l'ange fait la bête » Pascal ...

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Publié dans Taylor

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