L'éolien en pleine tempête...
La crise n'épargne pas les nouvelles technologies.
C'est le cas de l'éolien. Tout le monde s'était précipité sur cette activité verte. Mais les résultats ne sont pas au rendez-vous...
Un dossier du Journal du Net ("Vent contraire sur l'éolien : la bulle éclate") fait le point.
Céline Deluzarche, auteur du dossier, explique :
« Le vent de folie semble bel et bien retombé pour les éoliennes. La crise financière a eu raison de la bulle spéculative qui s'était développée depuis 2006. Entre juillet et décembre 2008, l'indice PowerShares Global Wind Energy, indexé sur les performances boursières des principaux fabricants et exploitants d'éoliennes, a été quasiment divisé par deux, passant de 23,21 dollars à 11,70 dollars. Sur la même période, l'action Theolia, un des leaders du secteur, est passée de 16,80 euros à 3 euros à peine.
« Encore encensées par les investisseurs il y a quelques mois, les valeurs éoliennes ont pris la crise financière de plein fouet. "Ces sociétés fonctionnent à 80% par l'endettement pour leurs projets", explique Nicolas Rochon, gérant du fonds environnement à la Financière de Champlain. Plus de crédits et c'est leur modèle économique qui s'effondre. »
Tous les investisseurs cherchent à se dégager : « Un sauve-qui-peut accentué par la chute du baril de pétrole, passé de 150 dollars en juillet 2008 à moins de 40 dollars en janvier 2009, qui rend moins intéressant l'investissement dans l'éolien et ses promesses d'énergie à bas prix. »
Toujours le même problème de fonds propres... Ce sera une des grandes leçons qui sera tirée de la crise : on ne peut faire du business en misant uniquement sur l'endettement. Au moindre retournement ou d'évolution de l'environnement, c'est la catastrophe.
Dans la crise actuelle, il y a deux types d'entreprises : celles qui ont du cash et qui profiteront des opportunités de cette crise et celles qui n'en ont pas et qui soit disparaîtront, soit seront reprises pour une bouchée de pain par les premières.
Revenons à notre dossier : que s'est-il passé ?
« En 2007, la folie boursière s'était emparée de l'éolien. Le secteur rafle cette année là 25,8 milliards de dollars d'investissements dans le monde. Et la bataille fait rage pour s'emparer des sociétés spécialisées.
« Areva, entré au capital du fabricant allemand REpower en 2006 au prix de 30 euros par action, fait face à une surenchère avec l'indien Suzlon pour s'emparer de la totalité du capital. Le groupe français dépose d'abord 105 euros par action, mais les surenchères grimpent vite : 126 euros, 140 euros... Il doit finalement jeter l'éponge : Suzlon acquiert Repower pour plus de 150 euros par action, valorisant ce dernier 1,2 milliard d'euros. Tout cela alors que Repower ne dégage des bénéfices que depuis un an. »
Mais surtout, « la rentabilité des parcs éoliens est en question » car il y a eu de nombreux « investissements hasardeux ».
« Le souci de rentabilité n'est pas toujours pris en compte. L'Allemagne par exemple aurait réalisé "trop d'implantations à l'intérieur des terres dans des zones de vent insuffisant, ce qui conduit son parc global à une performance médiocre", assure Gilbert Ruelle, le président de la commission Énergie et changement climatique de l'Académie des technologies dans un rapport d'août 2008. »
« Les collectivités locales n'ont pas été les seules à être aveuglées par le mirage éolien. Plusieurs industriels se sont également engagés dans des projets peu rentables. "Theolia a eu une politique de croissance incontrôlée", estime Nicolas Rochon, gérant à la Financière de Champlain. S'étant engagée à acquérir une certaine capacité électrique auprès des investisseurs, elle a racheté des parcs non rentables. De l'emprunt de 233 millions d'euros qu'elle avait contracté en 2007, il ne restait plus que 63 millions à fin juin 2008. Avec le retournement de la conjoncture, l'entreprise a annoncé en catastrophe une réduction de moitié de ses effectifs. »
C'est hélas toujours comme cela que les choses se terminent : c'est le personnel embarqué dans l'aventure qui trinque.
Au final, c'est un véritable gâchis car : « Beaucoup d'analystes estiment que les fondamentaux de l'éolien restent favorables et que bon nombre de valeurs ont été injustement décotées. D'ailleurs, si la crise étouffe les crédits aux entreprises, elle pourrait paradoxalement les aider d'une autre manière. En effet, les gouvernements du monde entier voient dans les énergies renouvelables un moyen de stimuler l'investissement et donc la relance. »
Tout n'est donc pas perdu pour cette énergie alternative, à condition de disposer d'un modèle économique plus sérieux.