Les français et l'anglais…
Une chronique de Favilla dans Les Echos du 1er septembre 2009 a attiré mon attention. Son titre : « Analphabètes en anglais ». Tout un programme !
Favilla explique : « Chacun sait que les étudiants du monde entier qui souhaitent s'inscrire dans une université anglo-saxonne doivent subir le test TOEFL, qui mesure leur niveau en anglais. On vient de connaître les résultats globaux pour 2008. Les étudiants de 109 pays ont concouru et les Français atteignent, en moyenne, la 69ème place, au même niveau que les étudiants bulgares. »
L’anglais est effectivement important, car qu’on le veuille ou non, qu’on le déplore ou qu’on s’en réjouisse, l’anglais (ou plutôt un ersatz d’anglais, mais qui reste quand même à base d’anglais…) est la langue internationale et celle du business dans le monde. Ce résultat est effectivement inquiétant. Et encore, ce résultat ne concerne que les étudiants ayant souhaité passer le TOEFL. Le niveau moyen est certainement beaucoup plus bas.
Favilla pose la bonne question : « A quoi est dû ce résultat calamiteux ? ».
Et il tente de répondre. Mais il constate d’abord que le principal intéressé, « l'Education nationale se terre dans un silence gêné »… Le jour où on verra ce mammouth se remettre en question…
Favilla émet trois hypothèses, « après avoir éliminé la pétition ridicule selon laquelle les Français ne seraient pas doués pour les langues ».
La première : « les Français se croient encore au XVIII siècle, lorsque Voltaire parlait sa langue natale à la cour de Suède ou de Pologne ».
Cette première hypothèse me semble exagérée. Même si les français parlent mal l’anglais, de plus en plus le parlent.
Deuxième hypothèse : « certains défenseurs de la francophonie pensent que le meilleur moyen de défendre notre langue, c'est d'ignorer l'anglais. Suggérons-leur de réfléchir à la dégradation simultanée de l'usage de leur langue natale par les Français et de l'usage de l'anglais ».
Je ne vois pas de relation évidente entre l’usage de l’anglais et celui du français. Sauf à dire que le niveau moyen général baisse. Ce qui est réel. Mais ce n’est certainement le fait de favoriser la pratique de l’anglais qui remontera le niveau général. Le problème est beau coup plus vaste.
C’est ce qu’expliquait le philosophe Michel Serres lors d’une interview explosive dans les Echos du 24 août dernier : « Si nous nous étions vus n'importe quand au cours des vingt-cinq dernières années j'aurais pu vous décrire l'ampleur de la tempête que subissent les instituteurs, les professeurs du secondaire et du supérieur. La génération a changé, le savoir a changé, la transmission a changé… Ce que nous avons subi dans l'enseignement est un tsunami de la même importance que ce que vous avez vécu dans la finance. La vôtre de crise a fait plus de bruit, mais la société n'a pas prêté au tsunami vécu par ses enfants une attention à la mesure de l'événement. Elle préfère son argent à ses enfants. Je me dis souvent que les gens ne se rendent pas compte de ce que vont être les prochaines générations adultes. Je vois l'importance de votre crise, les milliards en jeu, l'effondrement de certaines fortunes. Mais avez-vous conscience de l'effondrement des savoirs ? Il n'y a plus de latin, il n'y a plus de grec, il n'y a plus de poésie, il n'y a plus d'enseignement littéraire. L'enseignement des sciences est en train de s'effondrer partout. »
Il a malheureusement raison… J’ai commencé à aborder ce problème dans mes billets ayant pour thème le cerveau droit et le cerveau gauche. J’y reviendrai.
Venons-en à la troisième hypothèse de Favilla, « sans doute la plus solide : l'anglais est enseigné trop tard dans le cursus scolaire. L'expérience prouve que la capacité d'assimilation d'une deuxième langue par les enfants est beaucoup plus grande à l'école primaire, voire dès la maternelle. » Et pour confirmer son propos, il explique : « c'est d'ailleurs ainsi que pratiquent tous les pays, par exemple en Scandinavie, qui ont compris que le bilinguisme est une condition absolue de réussite dans le monde actuel. »
Hélas, le mammouth ne l’a pas encore compris : « Mais, pour suivre leur exemple, encore faudrait-il convaincre l'appareil éducatif, à commencer par les syndicats d'enseignants, de la faillite à peu près complète du système de grand-papa et leur ordonner gentiment d'exercer en CP et non quand c'est devenu trop tard. »
Il est vrai que le fait de commencer une langue très tôt est certainement une bonne chose. Mais il faudrait également que les méthodes pédagogiques soient adaptées aux profils pédagogiques des élèves. Et que l’anglais soit enseigné comme une langue vivante et non comme une langue morte. Shakespeare, c’est certainement très bien, mais savoir demander son chemin en anglais est certainement plus important que de savoir commenter un texte de Shakespeare... On se rend compte de cette aberration lorsqu’on sait qu’au bac S l’anglais est une épreuve écrite…
La conclusion de Favilla : « On objectera que ces chères petites têtes blondes ne parviennent déjà pas à bien parler le français ; alors l'anglais, vous rêvez ! Non, on ne rêve pas. Il est aberrant que la France, 5ème ou 6ème puissance économique traîne à la 69ème place, à l'aune de l'un des critères les plus décisifs pour tenir son rang dans la compétition future. Que dirait-on si nous étions 69ème en maths ? Ce serait une honte nationale et l'on exigerait une réforme radicale. Il est grand temps de réagir de même vis-à-vis de la langue des échanges internationaux et de comprendre qu'être analphabète dans le monde actuel, ce n'est pas seulement ne savoir ni lire ni écrire sa langue maternelle, c'est aussi être nul en anglais. »
Tout à fait d’accord, mais c’est le système scolaire qui est à revoir. Et la réaction que propose Favilla ne restera qu’un vœu pieu. Qui va réagir ? Nos politiques n’ont aucun pouvoir pour faire bouger le mammouth. Et le Mammouth n’a aucune envie de modifier ses méthodes pédagogiques. Il est tellement sûr de sa supériorité…
Que faire ? Comme il n’y a rien à attendre des pouvoirs publics, la seule solution est de se débrouiller seul. Après tout, c’est l’intérêt de chacun d’améliorer son anglais et c’est donc à chacun de se prendre en main..
Si vous êtes étudiant, une bonne solution est de faire une année ou un semestre d’étude dans un pays anglophone. Même si vous êtes mal classé au TOEFL, vous reviendrez avec un niveau nettement meilleur qu’avant votre départ. La plupart des écoles et universités proposent des périodes d’étude à l’étranger, et avec Erasmus c’est assez bien organisé. N’hésitez pas à en profiter.
Si vous voulez en savoir plus sur les autres moyens d’améliorer votre anglais, je vous renvoie au billet que j’ai publié en début d’année.