Toyota, l'usine du désespoir
Sachant que j'étais un fervent partisan du « Toyota Production System », un ami m'a fait passer ce week end un article de la Voix de Nord daté du 28 mars 2008 traitant de Toyota.
Le journaliste Laurent Breye n'y va pas par quatre chemins : « Toyota il est beau, Toyota il est gentil. Arrivés avec le nouveau siècle comme le sauveur d'un bassin d'emploi exsangue, le constructeur japonais et sa nouvelle usine plantée à Onnaing n'échappent plus aujourd'hui au vent des critiques d'un système de production et de méthodes de management. Le fameux « Toyotisme ». Sans parler des condamnations pour discrimination syndicale, accumulées en un an près la cour d'appel de Douai... »
Il nous apprend ensuite la réédition du livre du journaliste Satoshi Kamata "Toyota, l'usine du désespoir", écrit en 1973. Satoshi Kamata s'était fait embaucher pendant cinq mois comme intérimaire au sein de l'usine de Nagoya et raconte cette expérience. Laurent Breye en conclut : « De quoi casser un homme en quelques années ».
Et il cite ensuite le délégué syndical CGT du site : « Ce qu'il y a dans le livre, on le vit exactement à Toyota en 2008 à Valenciennes. Le sous-effectif scientifiquement organisé, les cadences qui augmentent, les pressions pour transformer les arrêts maladies en congés, la dépression permanente... Tout ça, c'est le résultat d'une politique où la variable d'ajustement, ce ne sont pas les stocks, mais les hommes. »
Pour moi qui considérais Toyota comme un modèle, très performant et nettement supérieur à Taylor par son soucis des hommes, je tombe de haut...
Cependant, il s'agit d'un article de journaliste, et j'ai appris (à mes dépends...) qu'il faut se méfier des journalistes. D'autant plus que sa seule source semble venir des délégués syndicaux CGT. J'ai également appris à ne pas les croire sur parole.
Alors, faut-il refuser cet article comme pure calomnie ou bien rejeter en bloc le système Toyota comme anti humaniste, comme exploiteur de l'homme ni plus ni moins que le taylorisme ?
Heureusement, j'ai lu Pfeffer et Sutton qui expliquent dans leur ouvrage "Faits et foutaises en Management" qu'aucun système n'est parfait, présente toujours des inconvénients et qu'il faut savoir le reconnaître.
Le système Toyota n'est donc pas aussi idéal que ce que j'imaginais.
J'en avais eu un pressentiment il y a quelques années en voyant un reportage sur une usine Toyota dans laquelle un opérateur travaillait à une vitesse impressionnante... surhumaine.
Un deuxième point m'avait également perturbé dans le livre de Jeffrey Liker "Le Modèle Toyota" lorsqu'il explique qu'un cadre a annoncé froidement à son épouse qu'il allait passer six mois à l'usine, nuits et jours, à cause d'un projet important...
Un ami passionné et connaisseur du monde oriental m'a également ouvert les yeux cet été sur la mentalité japonaise. Il m'a ri au nez lorsque je lui ai expliqué les Cercles de Qualité et la manière dont Toyota considérait les hommes. Et m'a conseillé de voir "Stupeur et tremblements" pour comprendre la gestion des hommes (et des femmes...) dans les entreprises japonaises... C'est effectivement très instructif...
Alors que conclure ? Le Système Toyota est très intéressant et a prouvé son efficacité, mais comme tout système il a ses limites et ses inconvénients.
J'attends avec impatience la traduction française du dernier livre de Liker "Toyota Talent : Developping your people - The Toyota Way".
A approfondir.
Si certains lecteurs ont des informations complémentaires sur l'usine d'Onnaing, merci de les transmettre.