L'Entreprise 2.0 et le principe de subsidiarité

Publié le par Bernard

Il est étonnant de lire un billet sur le principe de subsidiarité sur le blog d'un des personnages les plus en vue de la Planète 2.0.

C'est le cas pour Bertrand Duperrin qui a publié un billet intitulé « Discussions avec Michel Hervé (1) : le principe de subsidiarité » en date du 23 mars 2008.

Celui-ci rend compte d'une discussion qu'il a eu avec le patron charismatique de l'entreprise Hervé Thermique.

Il est clair que Bertrand Duperrin n'a pas vu ou compris toutes les subtilités et l'intérêt de ce principe, mais c'est quand même très intéressant de voir la dernière mode du management "High Tech" associée avec un principe vieux comme le monde et un des points centraux de la Doctrine Sociale de l'Eglise Catholique...

 

Les tenants de l'Entreprise 2.0 ou du Management 2.0 prétendent que les dernières techniques collaboratives de l'internet vont révolutionner les relations et le management des entreprises. Grâce aux blogs, wikis et autres mashups, les membres des entreprises vont se mettre à collaborer, échanger, le tout dans une confiance et une autonomie inconnue jusqu'ici... Cela ne se fera pas tout seul, mais la nouvelle génération "Y" née avec une Playstation dans les mains bousculera les managers 1.0...

En fait à bien y réfléchir, l'Entreprise 2.0 n'est rien d'autre que l'Entreprise du 3ème type utilisant les derniers outils du Web...

Pour Bertrand Duperrin, si je l'ai bien compris (il faut avouer qu'il n'est pas toujours très clair...), avec le Web 2.0, nous avons enfin les outils qui nous permettront d'appliquer la "Théorie Y" chère à Mc Grégor.

 

Donc effectivement, le principe de subsidiarité va dans le même sens.  Ou plutôt, c'est la Planète 2.0 qui semble redécouvrir ce principe de base de l'organisation des sociétés.

 

Examinons maintenant ce qu'est ce principe.

« Si c'est l'Eglise qui a le mieux explicité le principe de subsidiarité et qui en a précisé les fondements, la notion de subsidiarité se trouve déjà chez Aristote, les principes de secours et de suppléance chez Thomas d'Aquin ». (Philippe Pradines dans un article très intéressant : "Management : la subsidiarité").

Mais c'est surtout au 19ème siècle que le principe de subsidiarité sera explicité par les catholiques sociaux. Jean-Yves Naudet dans son article "Le principe de subsidiarité" cite Mgr Ketteler : « Tant que la famille, la commune, peuvent se suffire pour atteindre leur but naturel, on doit leur laisser la libre autonomie. Le peuple règle lui-même ses propres affaires ». Il cite également Mgr Freppel, le célèbre évêque d'Angers : « L'Etat ne doit faire que ce que les particuliers et les associations secondaires ne peuvent pas faire. »

C'est Pie XI qui a donné dans "Quadragesimo Anno" en 1931, la définition moderne du principe de subsidiarité : « De même qu'on ne peut enlever aux particuliers pour les transférer à la communauté, les attributions dont ils sont capables de s'acquitter de leur seule initiative et par leurs propres moyens, ainsi ce serait commettre une injustice, en même temps que troubler de manière très dommageable l'ordre social, que de retirer aux groupements d'ordre inférieur, pour les confier à une collectivité plus vaste et d'un rang plus élevé, les fonctions qu'ils sont en mesure de remplir eux-mêmes ».

Mais cette définition s'applique à l'organisation de la société et est une réaction face à l'individualisme et à l'étatisme : « Depuis que l'individualisme a réussi à briser, à étouffer presque cet intense mouvement de vie sociale qui s'épanouissait jadis en une riche et harmonieuse floraison de groupements les plus divers, il ne reste plus guère en présence que les individus et l'état. » (Pie XI - Quadragesimo Anno). Il est à noter que dans cette encyclique, le mot de "subsidiarité" n'apparaît pas.

A ma connaissance, ce mot n'apparaît que dans l'encyclique "Mater et Magistra » de Jean XXIII en 1961, lorsqu'il cite l'extrait de "Quadragesimo Anno" définissant ce principe.

Ce principe très fort et très puissant doit redonner vie à toutes nos communautés naturelles. Mais force est de constater que nous en sommes encore loin dans nos sociétés modernes.

Par ailleurs, il est regrettable que ce principe ait été pollué par le personnalisme dans la Doctrine Sociale de l'Eglise, mais ceci est une autre histoire...

 

Revenons à la subsidiarité et précisons sa définition.

Ce principe peut se décliner selon trois propositions :

  • - L'échelon supérieur s'interdit toute tâche que peut accomplir par lui-même l'échelon inférieur (principe de compétence).
  • - L'échelon supérieur doit soutenir (si nécessaire) et peut aider (éventuellement) l'échelon inférieur (principe de secours).
  • - L'échelon supérieur peut remplacer exceptionnellement et de manière limitée dans le temps l'échelon inférieur en cas de défaillance ou de grave insuffisance (principe de suppléance).

 

Il nous reste à voir maintenant l'application de ce principe dans l'entreprise et surtout ce qu'il pourrait avoir de commun ou de différent avec l'Entreprise 2.0.

Ce sera dans un prochain billet.

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Publié dans Entreprise 2.0

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L
Merci de vous être - indirectement - intéressé à mon travail... Je vous le concède, à la lecture de l'article, vous pourriez penser que ma seule source est un délègué CGT. Malheureusement, en ce qui concerne Toyota, les exemples et les témoignages s'accumulent entre mes oreilles... Ceci dit, je vous conseille vivement la lecture de ce livre, "Toyota, l'usine du désespoir". C'est assez édifiant. Les dirigeants actuels de Toyota vous répondraient que les méthodes de production actuelles ne sont plus celles des années 70. Pas si sûr. Enfin, suite à la parution de cet article et d'une dépèche rédigée par une journaliste AFP, elle comme moi n'avons jamais réussi à contacter les dirigeants de l'usine valenciennoise suite à leur (triple) condamnation pour discrimination syndicale.<br /> Cet article concerne Toyota, il pourrait très bien parler des conditions de travail chez sa voisine sur la zone industrielle d'Onnaing, le fabricant de pain Harry's. D'ailleurs, je me demande si je ne vais pas me pencher sur le sujet un de ces jours...<br /> Cordialement<br /> Laurent Breye
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B
Pour être précis si le terme entreprise 2.0 est bien pratique car il permet de positionner une discussion dans une tendance bien actuelle je pense que tu me fais aux outils une place bien plus importante que celle que je leur donne. C'est 1% de la question...et encore. Le reste est purement "qualitatif" et tu le maitrises fort bien.<br /> <br /> Il n'y aura pas plus d'entreprise 2.0 que de management 2.0, qui ne sont que la réactualisation de concepts souvent plus vieux que nous, mais adaptés au contexte qui est le notre aujourd'hui. Disons que ce sont davantage des aiguillons supposés provoquer la réflexion.<br /> <br /> Dans le cas présent l'essentiel est le principe de subsidiarité. Peut importent les moyens, les outils.On peut ensuite appeler ça l'entreprise 2.0, ou 3.0 ça n'est que l'habillage marketing.<br /> <br /> Surtout ne commet pas l'erreur de croire qu'il s'agit de matières ou de concepts totalement nouveaux qui, de surcroit, seraient autosuffisants. Ca n'est ni plus ni moins qu'un toilettage et une adaptation de choses que tu connais fort bien (et souvent mieux que nombres d'"experts").
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B
<br /> Merci pour ton commentaire qui m'a permis de mieux comprendre ta pensée. Donc OK pour dire que ce ne sont pas les outils qui rendront le management plus humain. Il y faudra autre chose et en<br /> particulier des principes vrais appuyés sur les faits (Cf. Pfeffer et Sutton). Mais ce n'est pas si simple, car même Toyota que je prenais pour un modèle de management humain et réellement<br /> efficace, en prend un coup avec la réédition de "Toyota, l'usine du désespoir".  <br /> <br /> <br />