LE SMED ou comment changer d'outillage en moins de dix minutes
Un récent article de l'Usine Nouvelle (13 mars 2008) m'a ramené presque 20 ans en arrière lorsque j'ai découvert le livre de Shigeo Shingo, « Le système SMED - Une révolution en gestion de production ». Shigeo Shingo est l'inventeur de cette technique véritablement révolutionnaire permettant de changer un outil en moins de 10 minutes. C'est la signification du sigle SMED : « Single Minute Exchange of Die » littéralement « changement d'outil en une seule minute (en fait en un nombre de minutes à un seul chiffre, donc inférieur à 10 minutes) ».
Cet article permet à tous les responsables de production de se rafraîchir la mémoire et de repartir avec de nouvelles idées permettant d'améliorer encore la souplesse de la production et les conditions de travail.
En cette période où Toyota n'est pas à la fête à la suite de la réédition du livre « Toyota, l'usine du désespoir », cela fait du bien de revoir nos fondamentaux.
Shigeo Shingo donne une répartition (qui est encore réelle dans bien des cas) du temps lors des opérations de changement d'outillage :
| Opération | Part du temps |
| Préparation - démontage - vérification de la matière des outillages, jauges de contrôle, etc. | 30% |
| Montage et démontage des outils | 5% |
| Centrage, réglage des dimensions et autres paramètres | 15% |
| Pièces d'essais et ajustements | 50% |
Le Smed va permettre de gagner sur tous les fronts. C'est une technique très simple dans ses principes. Pour Shigeo Shingo, il y a quatre stades dans l'amélioration des changements d'outillage :
- - Stade préliminaire: les réglages internes et externes sont mélangés
- - Stade 1: séparation des réglages internes et externes
- - Stade 2: transformation de réglages internes en réglages externes
- - Stade 3: rationalisation de tous les aspects de l'opération de réglage
Le plus important est donc de bien isoler ce qui ne peut se faire que machine à l'arrêt (réglages internes) et faire tout le reste en temps masqué pendant que la machine tourne.
Après avoir exposé et précisé ces principes dans deux chapitres de son livre Shigeo Shingo donne de très nombreux exemples dont chacun pourra s'inspirer.
Maxime Amiot, dans l'excellent article de l'Usine Nouvelle « Comment réussir le changement minute d'outillage », donne également quelques exemples intéressants.
Il propose une démarche un peu différente de celle de Shingo, mais qui présente l'intérêt d'être plus large :
- - Etape 1: observer les pratiques pour identifier les goulots d'étranglements. Cette étape n'est pas chez Shingo, mais est néanmoins très importante. Depuis, «Le But» de Goldratt est passé par là...
- - Etape 2: rationaliser les opérations internes et externes. Ce sont les stades 1 à 3 de Shingo
- - Etape 3: Communiquer et pérenniser la méthode. C'est un élément tellement évident chez les japonais (voir les 5S) que Shingo n'en parle pas. Mais il est bon de nous rappeler ce point à nous, français, qui avons tendance à nous enthousiasmer pour tout ce qui est nouveau, et que nous laissons tomber petit à petit. Quant à l'adhésion des hommes, je n'ai jamais rencontré d'opposition à ce type de technique. Il est important, bien sûr de les associer dès le départ à l'étude et à la mise en place.
En conclusion, je dirais que cette technique, loin d'être obsolète, présente encore un intérêt dans toutes les entreprises où des changements d'outillage existent (soit 99% des entreprises industrielles...). Même avec des machines super perfectionnées (CN), il y a toujours des améliorations à faire, ne serait-ce que dans l'optimisation des opérations externes.
Quelques livres conseillés par M. Amiot pour approfondir la méthode :
- - Bien sûr le livre de Shigeo Shingo «Le système SMED» aux Editions d'Organisation
- - «La Pratique du Smed» de Thierry Leconte
- - «La Méthode Smed» de Patrick Pontier et Marcel Orriols.
Vous pouvez faire appel à des consultants pour vous accompagner, mais c'est tellement simple (j'y suis arrivé...) que vous pouvez mettre en place tout seul.