Faut-il brûler Wikipédia ?

Publié le par Bernard Sady

Le phénomène anti Wikipédia s'amplifie et les articles, après être partis des blogs, se propagent dans les journaux les plus sérieux et sur les sites d'information les plus importants sur le net.

C'est ainsi qu'une tribune du Journal du Net du 19 mai signée de Henri Tcheng et Jean-Michel Huet de BearingPoint pose la question : « Web 2.0 et utopie : faut-il brûler Wikipédia ? »

Les auteurs élargissent le débat et veulent dépasser la critique de base (critique de la valeur des articles et de la base technique) en posant le problème de l'utilisation « en soi » de Wikipédia.

Tout d'abord ils nous rappellent la taille gigantesque du "monstre" : « 7,5 millions d'articles en 253 langues dont 650.000 notices en français à comparer aux 27.000 de l'encyclopédie Universalis et même aux 72.000 de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Avec plus de 1.000 modifications par heure sur le Wikipédia français la force de l'oeuvre collective et collaborative est indéniable. » C'est impressionnant !

Pour nos auteurs, les limites de Wikipédia seraient les suivantes :

  • - La construction des articles par «accumulation chronologique» qui «ne permet pas de mettre en relief la richesse de certains faits ainsi décrits.»
  • - L'utilisation des sources: «Wikipédia ne peut être l'unique source; si le Web 2.0 se nourrit des échanges, c'est aussi dans la variété des sources, distinguant les sources primaires des sources secondaires.»
  • - L'absence de médiation: «l'accumulation de données anecdotiques ne fait pas une pensée construite, hiérarchisée. Il manque le travail de professionnels (journaliste, historien, scientifique, linguiste ou tout type de médiateur) permettant de synthétiser, de hiérarchiser et de guider la réflexion des lecteurs des différentes pages proposées.»

 

Leur conclusion : « Ces limites ne sont pas des critiques de Wikipédia mais montrent juste ce que Wikipédia n'est pas. »

J'ajoute que cela montre aussi ce que Wikipédia est : une addition de pages de valeur totalement inégales sans aucune structure et surtout sans aucune garantie de véracité, même sur des sujets scientifiques, malgré ce que semblent dire nos auteurs. Et ce n'est pas le label « article de qualité » créé depuis 2003 qui peut donner de la crédibilité. Quant on sait que ce label s'obtient par  le vote des internautes... on ne peut être que dubitatif : la somme des ignorances n'a jamais fait une connaissance...

 

Ils continuent : « Le risque réside donc bien dans l'usage qui en est fait et non de Wikipédia en soit. »

Comme de continuer à manger des pommes vertes qui vous rendront malade...

Le risque n'est pas dans les pommes... mais dans le fait de les manger...

Ne vaut-il mieux pas renoncer à utiliser Wikipédia qui n'offre aucune garantie ? C'est pourtant bien ce que nos auteurs suggèrent lorsqu'ils écrivent qu'il peut y avoir « une nouvelle fracture numérique non basée sur l'accès aux outils et à leur maîtrise, mais sur une distanciation que peuvent prendre les utilisateurs par rapport à ces outils ». C'est exactement cela, il y aura ceux qui prendront leurs distances avec cette pseudo encyclopédie et ceux qui croiront dur comme fer, tout ce qui y est écrit.

 

Enfin, « c'est ici que réside l'enjeu majeur pour le Web 2.0 : formidable support aux échanges, les outils tel que le wiki doivent s'accompagner d'une pédagogie d'usage et de comportement pour être bien utilisé tant par les internautes que par les entreprises. »

Et cela nous ramène au monde de l'entreprise, où le Web 2.0 ne démarre que très lentement.

Il faudra certainement de la pédagogie pour apprendre à utiliser correctement ces outils, mais ce sera surtout une question d'état d'esprit. Ce que font très bien ressortir nos auteurs, c'est que les outils sont une chose et que leur utilisation est une toute autre chose. Cela a toujours été. Un outil est "neutre". C'est l'usage qui en est fait qui donne le sens.

Si les gens n'ont pas envie de collaborer et de partager, ce ne sont pas les meilleurs outils du monde qui les feront changer d'attitude. La solution est à rechercher dans le mode de management adopté.

 

Un autre problème qui est rarement soulevé sur Wikipédia, c'est la gratuité des contributions. Les véritables experts professionnels sont en général "surbookés" et n'ont pas le temps, ni d'écrire, ni de modérer les articles. Surtout à titre gratuit... C'est le modèle même de Wikipédia qui est faux dès le départ.

Pour les entreprises, cela doit servir de leçon : il ne faut pas croire que les salariés vont aller spontanément passer leurs temps libres pour déposer leur savoir et collaborer sur un outil, même s'il est "up to date"... C'est une des raisons de l'échec patent du "Knowledge Management".

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Publié dans Wikipédia

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F
Bonjour Bernard.<br /> Pour l'anecdote, la Présidente de la Fondation est diplômée de l'ENSAIA:<br /> http://fr.wikipedia.org/wiki/Nibart-Devouard
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B
<br /> Merci de l'info. Je vais me faire mal voir des anciens de l'ENSAIA............<br /> <br /> <br />
M
Sur le blo wikipedia un mythe, voir, parmi d'autres une série d'articles sur internet et la culture : http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/0-categorie-1086232.html<br /> <br /> Et sur le mythe de la neutralité : http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/0-categorie-1020126.html<br /> <br /> Des critiques critiques de Wikipédia, sur le blog, qui cite de nombreux autres articles.
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B
<br /> C'est ce blog qui m'a fait découvrir ce qu'était Wikipédia. C'est effectivement l'un des plus importants et un des plus ancien à critiquer Wikipédia. Et aussi le plus documenté. Je l'ai d'ailleurs<br /> cité plusieurs fois dans mes autres billets sur Wikipédia. Comme cela en fait un certain nombre, je vais les mettre dans une rubrique "Wikipédia".<br /> <br /> <br />